END E VUE
tel est le but que la science doit se proposer. Et conunent atteindre ce but si ce n’est à l’aide d’une méthode rigoureuse d’analyse, d'observation et d’expérimentation ! C’est, Dieu merci, ce que la science moderne a fait hardiment et franchement.» (*)
Quant à l’empirisme qui, au nom des prétendus «ais» s’opposait encore à l’exploitation méthodique et scientifique des faits et du concept rationaliste de loi scientifique, voilà comment il le traite: «Le pius « grave reproche que l’on puisse faire à l’empirisme « systématique, c’est d’être contraire au progrès. L’em- « pirisme ne veut constater que ce qui est, il ne de- « mande pas ce qui doït être. Or, les idées préconçues « peuvent seules pousser ‘incessamment Flobservation « ou l’expérimentation dans des voies nouvelles, Com- « ment l’empirisme, qui ne veut pas d’a priori, s’y pren- « dra-t-il pour faire progresser n’importe quelle branche « de la médecine ? » (°). Ceci vaut, non seulement pour la médecine, maïs pour toutes les branches de la science. De même, ce que Charles Schützenberger dit du progrès. Il condamne l’empirisme, nous l’avons vu, comme contraire au progrès, et le progrès médical n’est pour fui qu'un aspect et qu’une partie de ce progrès total qui fut l'idéal de tout le XIXème siècle. Charles Schützenberger s’oppose au pessimisme avec la même ardeur sentimentale qui caractérisait Renan: À la suite d’une citation découragée de Goethe, il s’écrie: «Ce cri « du scepticisme découragé, serait-il expression d’une « appréciation exacte de la réalité ? Quoi! ces péni- « bles travaux de l’amphithéâtre, ces laborieuses ana- « Îyses chimiques, ces patientes investigations du mi- « crographe, ces recherches cliniques poursuivies dans € tous les hôpitaux, dans les pays les plus variés, ces
(9) «Fragments de philosophie médicale». (page 299). (10) «Fragments de philosophie médicale». (page 73).
SOUS ES y ER
« veilles solitaires dans le cabinet, en face des obser- « vations recueillies au lit du malade, laborieusement « classées, comptées, analysées; quoi! Il n’y aurait là « que le mouvement en rotation dans un cercle vicieux « et pas de progrès ? Ces expérimentations dont ia « physiologie moderne est si fière, tous ces travaux « accumulés, tout cet immense labeur du XIXème siècle « serait pratiquement stérile ? Nox ! Cela ne se peui, « car ce serait la dérision de l'esprit humain.» (1!)
Si ces théories valent pour la science en général, Schützenberger illustre du moins ces vues générales par des exemples empruntés à la discipline qu’il connaissait le mieux: la médecine. Là, nous pouvons voir que rien n'est lettre morte dans ses opinions, ei que cette collaboration de l’observation et de l’interprétation, ce comprorais entre la servilité aux faits et l’audace dans lhypotkèse qu’on appelle méthode expérimentale, signifie pour lui, en réalité, quelque chose de très réel, de très préeis et de vécu. Là, nous voyons apparaïître l’homine de métier et, bien que les procédés cliniques qu’il indique comme illusiration de sa théorie, aient bien souvent perdu de leur modernité, retenons-en du moins que sa philosophie a une base, une racine dans la réalité, qu-elie est fondée sur les connaissances du spécialiste et non sur la fantaisie du dillettante.
Il. — De la Médecine en tant qu Ari.
(L’apostolat médical, conseils aux médecins)
La médecine n’est pas seulement une science, eile est aussi un Art, et le Professeur Schützenberger ne néglige pas d'indiquer la portée et le caractère moral et humain de cet Art. Abordant cet aspect de la médecine
(11) «Fragments de philosophie médicale». (page 204).
dans un discours d’ouverture de son cours de clinique médicale, discours intitulé: «La médecine, son esprit et sa mission», il commence par ces belles phrases : «Je « ne connais pas de sphère d’activité plus digne et peu « d’études plus intéressantes que celle de la médecine... « Si l'intérêt, ce grand mobile de l’activité humaine, fait « tout d’abord de la pratique médicale une nécessité, la « médecine a sa source dans un des sentiments les plus « nobles du coeur humain, et répond, d’un autre côté, à « ce qu’il y a de plus élevé dans notre nature morale. À « mesure que la conscience s’éclaire, la compassion ix- « stinctive pour la souffrance d’autrui s’épure ; elle « s'élève et se transforme en une idée morale et reli « gieuse, celle du devoir (?) dont l’expression la plus « élevée et la plus pure se résume dans l’amour de « l’homme pour son semblable, dans la charité, dans « le dévouement à l'humanité souffrante.» (1*).
Il veut entrer dans le coeur de ses auditeurs avant de faire appel à leur intelligence. Y-a-t-il un meilleur moyen de capter l'intelligence des jeunes gens que de produire l’émotion qui ouvrira l’entendement ?
Partant de cette conception générale de la médecine comme art et comme mission, il donne aux jeunes étudiants et à ses confrères des conseils pratiques qui sont contenus essentiellement dans deux discours d'ouverture de son cours de clinique médicale intitulés l’un (Du médecin des conditions morales de son développement.» et l’autre (Du médecin, des conditions intellectuelles de son développement, de l'esprit d'observation.»
Il rappelle d’abord les grands principes moraux dans des phrases comme celles-ci: (1 faut qu’un but
(2) C’est l’auteur qui souligne.
(13) «Le médecin, son esprit et sa mission. Son caractère d’art et de science», discours prononcé à l’ouverture des cours de clinique médicale, le 19 novembre 1861, «Fragments de philosophie médicale. (pages 25—58), édition 1879.