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« C’est alors qu’élevée à toute la hauteur de sa « mission d’Ecole supérieure de médecine, la Faculte « est jugée digne d’une spère d’action plus étendue que « celle que lui assigne sa situation géographique et sa « circonscription limitée. Le minstre de la guerre, d’ac- « cord avec le grand maitre de l’Unversité, lui confie « l'instruction de cette jeune et brillante médecine mili- &« taire, qui honore le génie humanitaire de Îa France « dans son armée.
«Ce développement progressif de la faculté, né de « sa propre initiative, ne s’esl pas fait un hasard. Il a ( suivi instinctivement d’abord, et plus tard en connais- « sance de cause, une direction constante. Détermiuéc « par une méthode scientifique sévère, cette direction (« imprime à notre Ecole un caractère spécial, souvent « méconnu et rarement apprécié à sa juste valeur.» (°).
Ce caractère spécial de la Faculté de Sirasbourg, qui lui assure une originalité parmi les autres facultés de France, ou d'Allemagne, n’est-ce pas précisément ectie relative autonomie, ce caractère netiement régional, voire municipal — cette indépendance, en un mot, que le professeur Schützenberger voulut affirmer par la création de l'Ecole de Médecine autonome en face de lP'Université impériale allemande. Et c'était déjà cette indépendance dont le professeur Schützenberger affirmait la nécessité en 1870, à la veille de la catastrophe, dans son ceuvre de longue haleine sur «(La Réforme de l’Enseignement Supérieur et les libertés universitairres». Le Docteur WILLEMIN, dans le discours qu’il prononca lors de linauguration du buste du professeur Schützenberger, résume excellemment cette partie de son oeuvre: «Les « universités allemandes s’adminisirent elles-mêmes sous « la direction de lEtat qui les subventionne: elles se
(8) Ch. Schützenberger : Fragments ct philosophie médicale. — (page 394.)
utRou
recrutent elles-mêmes, vivent sous le régime stimulant
de la libre concurrence; c’est à cette féconde influ-
ence qu'elles doivent la rapidité prodigieuse de leur transformation. Je ne rappellerai pas ici les trois catégories de professeurs, parmi lesquels l’élève choisit à son gré.
« Au régime français Schützenberger adresse tout d’abord le reproche du défaut d'indépendance. Par la création de ces 22 écoles préparatoires de médecine par celle d’une foule de petits centres, où l’on trouve des Facultés de droit, des Sciences sans lien entre eîles, on a nuï à l'esprit scientifique qui n°y trouve pas les éléments nécessaires. Dans nos facultés il faudrait, à côté de l’enseignement du professeur, celui des agrégés (*) Schützenberger s’élève contre le règlement qui interdit à ces derniers de faire des cours rétribués. Ii critique cette intervention constante «d’une administration centralisée, autoritaire, bureaucratique, qui absorbe toute liberté d’action, toute vie propre des corps enseignants.» La liberté absolue d’enseignement n’est pas possible en France, où l’on n’a pas l'habitude du self-gouvernement. Mais parmi les libertés néces-
“saires, la première à réaliser est la liberté universi-
taire, à savoir: liberté administrative des universites, liberté scientifique de leur enseignement, libre concurrence entre elles et dans leur sein. S’administrant elle-même, l’université nommeraït ses professeurs. La rétribution scolaire fixe d’aujourd’hui se transformerait en droit de cours mobile; le bre choix des maîires payés par l’élève entrainerait l’anéantissement du monopole des cours gratuits et officiels. Quant aux écoles secondaires, elles devraient être des écoles cliniques et professionnelles pour des élèves
Cet enseignement libre des agrégés existe aujourd’hui; il en est un, très suivi par les élèves de Paris, c’est celui que font dans les hôpitaux au lit des malades, bien des chefs de service.
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PACS
« de troisième et de quatrième année, et non des écoles « scientifiques préparatoires; pour ces fonctions des « médecins ordinaires ne suffisent pas, ils peuvent beau- « coup pour une école pratique.» (°).
Voilà bien le sens de touies les interventions du professeur Schüizenberger dans la vie civile et civique: il était non un régionalisie, mais un Français, non un autonomiste, mais un anticentraiiste, non un discoureur, mais un travailleur, non pas un politicien, mais un professeur et un spécialiste. Si l’on a pu croire qu’il était un ennemi de l’organisation, c’est qu’en réalité il était un ennemi de la confusion. Mais la véritable organisation, l’organisation qui est unité interne et nécessite pratique, et non pas centralisation arbitraire du pouvoir entre les mains de quelques fonctionnaires, il le souhaitait, il la préconisait pour le corps médical et pour l’enseignement et il chercha à la réaliser, comme membre du consistoire et du conseil d'administration du gymnase protestant et comme fondateur de la Faculté de Médecine autonome.
Dans ce dernier chapitre, nous avons vu une nouvelle confirmation de l’idée que nous nous faisions du professeur Schüizenberger. Dans sa vie publique, comme dans sa vie privée ei professionnelle, cet homme fut ce qu’un professeur de Médecine et un savant se doit d’être: une personnalité étrangère à la vie des factions et aux querelles vaines; un homme dont les actions, dont ies idées, dont l'existence entière sont, non pas l'affirmation de principes arbitraires exprimés avec un zèle tapageur, mais le fruit d’une réflexion objective sur des fais
(0) Docteur Willemin — Eloge du professeur Schützenberger. —
HS DES
dûment observés et sagement mûris. Habitué à se pencher sur un cas et à porter un diagnostic, habitué à réfiéchir sur son art et à dispenser généreusement à ses concitoyens le fruit de ses réflexions, il transposa en somme la méthode expérimentale dans la vie publique. C’est, par exemple, après avoir observé la vie des différentes universités et se basant sur la connaissance spéciale qu’il avait du passé de la Faculté de Médecine de Strasbourg, que Charles Schützenberger arrive à une ‘héorie positive sur l’organisation de l’Enseignement supérieur et à une attitude pratique dans la vie universitaire et sociale. Et s’il nous est permis de nous réclamer de lui, de chercher dans son exemple un stimulant et un idtal, rappelons-nous que nous avons à ne pas agir autrement que lui; nous avons à montrer la même réflexion, le même sang-froid scientifique en même temps que le même idéalisme. Car il n°” ya pas deux voies, une pour les grands et une pour les petits. Les uns et les autres doivent suivre le même chemin, c’est leur puissance seule qui les différenciera. La route est libre, le Docteur Schützenberger l’a quittée avec ces belles paroles: (Pour moi, Messiers, et chers confrères, ma tâche est accomplie. Je quitte l’amphithéâtre et la chaire, avec la conscience calme et sereine d’un devoir accompli.»