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à plusieurs reprises^ protesté contre la légende douloureuse (1) et expliqué les rigueurs du comte Monaldo, il faut reconnaître que les apparences sont défavorables à cette famille éprise des idées d'un autre âge et véritablement guelfe, comme l'étaient les vieux Leopardi, ces preux défenseurs de la papauté. Gomment les parents du plus grand poète de l'Italie moderne, si ce qu'on rapporte est vrai, se laissèrent-ils aveugler par leur passion et leur orgueil jusqu'à traiter leur fils comme ils l'ont, dit-on, traité, jusqu'à lui refuser l'argent nécessaire à son entretien, jusqu'à l'abandonner, malade et désespéré, à la charité d'autrui ? L'honneur de toute cette famille, si fière de son nom et de sa race^ est intéressé dans ce débat, et madame la comtesse Teresa Leopardi a entrepris de défendre cet honneur, attaqué peut-être à la légère, dans l'opuscule que nous présentons au public.
Elle l'a écrit en français, et nous ne devons
(1) Eisai sur les idées phïlosophigues et Vins;piratim poétique de Leopardi, 1 vol. in-8, Paris, 1877. — Le même Essai (revu et accentué dans ce sens) a été réimprimé dans le premier Tolume de notre traduction des Poésies et œuvres morales de Leopardi, 3 toI. in- 12, Paris, 1880. ~ Enfin nous a^ons repris la question dans nos études sur le comte Monaldo (^Bevue politique et littéraire du 14 juin 1879) et sur les poésies inédites de Leopardi {Ibid.t 18 septembre 1880).
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pas seulement nous en féliciter comme d'un hommage rendu à noire langue et à notre nation^ qui compte encore, malgré l'ingratitude de quelques politiciens, tant de sympathies dans ritalie unifiée : madame Leopardi a pensé également que Topinion française serait, en ces matières délicates, souverainement impartiale et pénétrante. Le procès fait à la famille du poète, elle veut le faire juger, comme en dernier ressort, à notre tribunal.
Mais d'abord quelle est l'autorité de l'auteur de ces Notes biographiques?
Femme d'un esprit élevé, nourrie des lettres françaises et italiennes, formée aux discussions littéraires par une éducation tout exceptionnelle et par de doctes amitiés, madame Leopardi ne se fait l'interprète d'aucun préjugé. La bonne foi brille autant que l'esprit dans sa correspondance, je le sais, et dans ses souvenirs, comme le lecteur va en juger. Ses opinions politiques et religieuses sont très accentuées, très sincères,plusrapprochées de celles du comte Monaldo que du pessimisme et du libéralisme de Leopardi, et cet écrit que nous présentons au public, nous n'en acceptons pour notre part ni les tendances ni même toutes les conclu*-
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ftioiM(l): ce que aousaiaoas, l'auteur le frappe d'ao&lh^f àa hontde sa foi. Mais nous ne pouvoos quf> DOUA iocliner devant cette foi profoude et «tnc«re,qui est doublée d'une tolérance large elaccueilUole que l'on ne rencontre pas toojours che2 nos Françaises. La religioD de la comtesse Tere&a se tient dans des régions si sereines et si hautes que rien ne rempêche d'admirer el d'aimer le génie de l'auteur de la Gineslra. Ce n'est donc, à aucun degré, un réquisitoire contre Leopardi qu'on va lire. Si on défend ici la famille du poète, ce n'est pas aux dépens d'une gloire que Ton sait comprendre et chérir. Bien plus, en justifiant le comte Monaido et la comtesse Adélaïde, on prétend élever encore plus haut, dans l'estime publique, la mémoire de leur fils que des bïogriqitues légères et passionnées n'ont pas craint de compromoltre, en prêtant h ses jeunes années et à ses derniers jours une haine et une rancune impies qu'il n'a jamais éprouvées. Il est temps que le silence se fasse autour de cette querelle, où le prestige du grand homme a subi plus d'une
lH ÎJiiug noua refusona notamment à penser, comme madwno l/Mpaidi. que Leopardi est peut-être mort catholique. Tout nous fait croire an contraire qu'il n'a pas renié un înB- Uuit *et Ubiw «piniona.
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éclipse^ et que le scandale provoqué par des pùblioations indiscrètes soit enfin oublié. On n'a dévoilé jusqu'ici qu'une petite piurtiedela vérité, et on a livré à tous les échos de la publicité les cris de douleur de Leopardi^ que luimême a souvent regrettés. Il est temps de donner la vérité tout entière et d'achever les confidences commencées :1e poète en sortira plus grand, et sa famille^ mieux connue, sera plus équitablement appréciée. On verra que la cause de cette incompatibilité d'humeur, c'est seulement l'incompatibilité des opinions. Dans la famille pieuse et dévote dont la comtesse Teresa va nous tracer le tableau fidèle^ on comprendra qu'il n'y avait pas de vie possible pour le librepenseur pessimiste et athée. Le malentendu qui sépara Giacomo i^a ses parents était fatal, inévitable : personne, en cette affaire, n'est à bl&mer^ et si le pauvre poète vécut loin de l'affection des siens dont fl avait tant besoin, ce ne fut, à y regarder de près, ni sa faute ni la leur.
Telle est, à notre avis^ la conclusion qui se dégage de xes pages; tels sont les services qu'elles rendront aux futurs biographes de Leopardi.
Mais si la comtesse Teresa ne nous offrait
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utre autorité que la distïnctioa de son mt et la bonléde ses înteations, ce nesenùt s as&ez. Elle possède un autre droit pour endre la parole dans ce débat et le clôturer : l'sl la veuve de Charles Leopardi, de ce ries qui fut le confideut adoré de son frère S, son correspondaul après qu'il eut quitté canati et le dépositaire de tous ses secrets, ne distinguée, caractère nouchalaut, Charles n'a rien publié, et 1" peu que nous avons vu de sa correspondance nous fait regretter sa paresse et sa modestie. Mais il crut qu'il suffirait à son nom d'être le frère du grand poète, dont il sut £tre fier sans ombre de jalousie. Il vécut de la gloire de Giacomo. Il vécut aussi pour cette gloire, mais pas assez cependant. Que n'a-t-il fait violence à sa timidité et à sa réserve, et lui qui savait de Leopardi tout ce que d'autres devinaient, et devinaient mal, que n'a-t-il publié une biographie définitive de son frère ? C'était son droit de parler plus haut que tant de présomptueux ou de naïfs, qui créaient peu à peu une légende souvent calomnieuse, presque toujours sotte à plaisir. Qus dis-je, son droit ? c'était un peu , à mou avis , son devoir.
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Ce devoir^ sa veuve le remplit aujourd'hui.
Mariée en secondes noces au comte Charles , qu'elle a perdu en 1878, elle a vécu près de vingt ans dans le secret de ses penséea et de ses confidences i Ce qu'il racontait de son frère, elle le sait, elle s'en souvient pieusement. Les papiers de famille ne sont plus entre ses mains : mais elle les a lus, elle n'en ignore rien. Elle possède encore la correspondance de Leopardi avec Charles. Elle en a usé pour cet écrit dans des limites que son mari avait lui-même fixées d'avance. Enfin elle a mis à profit les souvenirs que lui avait laissés sa longue intimité avec la propre sœur dupoète, avec cette Pauline si lettrée et si intelligente, qui est morte en 1869, morte fille, hélas I elle dont Giacomo avait célébré les noces dans une ode fameuse. Madame Leopardi a vécu aussi dans l'amitié des personnes distinguées qui ont connu ou Leopardi ou les intimes de Leopardi, comme Viani, le savant éditeur de la Correspondance^ le célèbre avocat Pellegrini, et enfin l'ingénieux et docte éditeur des œuvres de Giordani, M. Gussalli (1), qui tous trois vivent
(1) Voir les Prose de Gussalli, un vol. in-8, Milan, 1877. Ces mélanges contiennent une aimable notice sur La Bochefoucauld.
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encore et gardent le culte du poète. Par eux et par elle-même, mais surtout par Charles, la comtesse Teresa était plus que personne mise en état de dire le dernier mot sur la jeunesse et la famille de Leopardi. Puisse ce dernier mot mettre fin à tant de biographies romanesques où la jeunesse et surtout les amours du poète sont impudemment travesties I
Quelle est la source de ces romans et de ces légendes ? C'est depuis la mort de Charles que pullulent surtout les anecdotes inventées à plaisir et les confidences apocryphes. Quand le témoin discret et informé eut disparu, toutes les langues se délièrent subitement, et chacun se prétendit au courant des secrets de jeunesse de Famant de Nérine. Sonneveu, le comte Leopardi actuel,fils dePierfrancesco,laissapuiser un peu au hasard dans les manuscrits qu'il poj^ sède. On en donna au public ou trop ou pas assez,et Leopardi sortit de cette épreuve un peu défiguré et amoindri. Il y eut des mystifications dont on rit tout bas en Italie. Nous avons sous les yeux un dessin placé en tète d'une petite brochure qui contient trois lettres écrites par Leopardi au moment où il songeait à fuir deRecanati : Fartiste a cru représenter la cham-
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bre de Giacomo, cette chambre où il a sonffert et pensé. Or il paraît que Leopardi n'y a jamais habité, et les journaux de la Marche se gaussent de la méprise (1). Vétilles, dira-t on, et sots commérages I Yoilà pourtant en quoi consistent les demiëres révélations et les discussions sur le poète dans les journaux italiens. Celui-ci accuse le comte Leopardi /tmior d'avoir vendu le propre berceau de Giacomo, celui-là Ten défend ! On ne saurait se faire une idée de la niaiserie de la petite presse provinciale en Italie. J'ai lu^ de mes yeux lu^ un article sur V encrier dont se servait le poète 1 Voilà de la superstition. Ce qui est pis, ce sont les contes à dormir debout dont la dignité du grand homme fait tous les frais. Quand on ne travestit pas sa mémoire, on fouille dans son pupitre d'écolier, et on publie ses versions et ses thèmes (2). Pauvre poète ! il se piqua de sobriété, ne laissa qu'un petit nombre de poésies et de
(1) L'honnête homme qui a fait ce dessin n*est pour rien dans la mystification : il est même le premier en date des mystifiés.
• (2) Est-on bien sûr que tons ces autographes de Leopardi enfant soient authentiques ? J'ai sous les yeux des manuscrits d'enfance de Pauline et de Charles et une lettre de Giacomo à Charles : les écritures se ressemblent à s'y ^parendre.
^ -A. ArLL