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« si è il riflettere cbe la sua scettica anima, e il suo
< negare pieno, assoluto, inflessibile, mai nol fe- ( cero declinare di un punto, di un attimo dai piu ( severi dogmi roorali, roailo indussero a far sacri-
< fici alla voluttà : e il Manuale d'Epitetto fu pure ( il suo Manuale, conforme lo dichiara egli stesso « nel tradurre VEnchiridion in si purgata e simplice « prosa Italiana. »
Et cela est vrai. Aucune souillure n'a profané la jeunesse de ces deux frères, qui ont même ignoré les vices dont on la pervertit d'ordinaire ; et je dirai plus encore, n'en déplaise aux biographes qui les ont inventées et recueillies je ne sais où : Giacomo fut complètement étranger aux amourettes d'écolier, aux idylles de village inventées sur son compte. Elles auraient été incompatibles avec sa nature, ses études absorbantes, ses rêveries sublimes, ses enthousiasmes ardents. Je ne nie ni n'affirme rien de ce qui peut s'être passé loin de Recanati, quoique là, aussi, les preuves manquent ; mais je soutiens qu'il a vécu une jeunesse éloignée des vulgaires distractions dont on a recueilli les détails près de je ne sais qui. M. Yiani etM. Aulard (1) ont
(1) P. Viani, Appendice alVepistolario e agîi scritti giovanili di CHacomo Zeopardij 1 y. in-18, Florence, chez Barbera, 1878. — F.- A. Aulard. Mudes nouvellee sur Leopardi : tes
rétabli une partie de la vérité dans des pages qui resteront. Je tâcherai de continuer.
La première révélation de l*aniour le frappa d'un coup de foudre, à la vue de sa cousine, la comtesse Gertrude Lazzari, née Cassi de Pesaro, une beauté accomplie, quoiqu'elle ne fût plus de la première jeunesse quand elle arriva à Recanati vers 1817, avec sa fille Yictorine, âgée de 10 ans environ, qui entra alors comme pensionnaire au couvent des Oblates. Pour prouver une fois de plus la légèreté avec laquelle on écrit l'histoire et les biographies, je cite celle de Napoleone Giotti (H. Jouhaud),oii il soutient que Tobjet de la passion de Giacomo fut Yictorine (1). Charles, écoutant ces choses avec son sourire ironique et triste, appelait ces écrivains-là c faiseurs de statuettes >.
La comtesse Lazzari avait une taille magnifique, un port de reine, la démarche d'une déesse, des yeux sibilliniy disait Charles, la pâleur mate des Pesaraîses. Sans être une femme de talent, ni même instruite, sa conversation était des plus agréables, quoique sans solidité. Les jeunes Leopardi furent
poénes inédttss et la critique italienne, dans la Revue politv' que et littéraire dn 18 septembre 1880.
(l) Mariée depuis au célèbre docteur Regnoli, médecin de la famille Grand-Ducale de Florence et vivante peut-être encore. Nous nous sommes perdues de vue depuis quelques années, Yictorine n'ajant jamais été en grandes relations avec non&t
d'autant pins éblouis parla présence de cette femme aux élégantes séductions, qu'elle leur apportait ce parfum d'un grand monde plus brillant et plus animé que celui dans lequel ils vivaient. La comtesse Grertrude ne comprit rien à Torage qui grondait dans le cœur de cet adolescent rêveur, chétif et silencieux, qui n'essayait même pas de lui faire la cour. La taille de Giacomo qui, me disait Charles, n'arrivait même pas aux épaules de sa cousine, n'en faisait pas un cavalier assorti à cette majestueuse beauté. Il comprenait son infériorité auprès d'une femme qui ne se laissait captiver que par les dehors élégants, qui aimait à briller, même par son entourage, et il constatait avec rage que cet esprit futile ne pouvait atteindre aux cimes où planait son propre génie. Mais il continua de brûler ses ailes à cette flamme éblouissante.
Le désespoir de Giacomo fut terrible quand sa cousine quitta Recanati. Ce fut pour lui comme la fin d'un feu d'artifice qui laisse après lui les ténèbres les plus sombres. Charles le veilla toute la nuit suivante. « Ce fut, me disait-il, une nuit épouvantable. Il était en proie à un délire qui éclatait en cris, en rugissements; vers le matin, il se calma, et c'est aux premières lueurs de l'aube qu'il composa ce chant sublime del primo amore. » Quelques jours après, il écrivait sur de petits carrés de papier de même dimension La Btoriâ del miù amore, en prose^ promet-
tant à son frère de la lui montrer un jour : il lui en lut quelques fragments, des pensées pleines de vérité et de grandeur ; son cœur se brisait en relisant ce manuscrit, et Charles n'avait même pas le courage de le faire revenir à ces souvenirs déchirants. Il ne pensa jamais à fouiller dans les papiers de son frère : il attendit^ mais en vain. Il savait cependant qu'il n'avait rien détruit. Ce n'était pas dans les habitudes des jeunes Leopardi, et la découverte de la cantica Ta prouvé (1 ) . Giacomo avait emporté ce cahier à Naples avec i Pensieri qui, d'après ce qu'a toujours dit mon mari, l'écrivant aussi à M. Yiani, « formaient un recueil bien plus volumineux que celui publié par Ranieri •. Charles chercha toute sa vie des intermédiaires auprès de Ranieri, le seul qui ait pu recueillir cet héritage que la famille de Giacomo ne lui a point disputé, le seul qui puisse décider du sort des rranuscrits que celui-ci avait emportés avec lui ; mais peut-être les instances de Charles ne sont-elles point parvenues jusqu'à Ranieri.
La morne tristesse de Giacomo ne fit que s'accroître depuis cette époque avec ce dégoût fatal de la vie. et de toutes choses qui s'exhala dans ses compositions. Je ne puis espérer donner moi-même l'analyse de cette nature qui a échappé à tous les
(l) Cette cantica a été retrourée et publiée par M. Za-* nino Volta en 1880, à Milan.
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examens durant sa courte existence, pendant laquelle son génie fut presque ignoré, ou du moins ne fut pas apprécié à sa juste valeur. Je dois donc me borner à l'expliquer au point de vue de ma faible intelligence et de mon cœur encore sous l'impression des confidences de son frère et de sa sœur bien-aimés. Il me semble que cette nature a été tout exceptionnelle. Ce fut un génie dont la puissance s'exerça aux dépens d*une organisation trop faible pour résister aux fatigues qu'il lui imposait. Le travail surhumain auquel il se livra sans trêve ni repos devait le briser, et il y succomba. Son isolement ne peut être nié: il n'avait que son frère pour le comprendre. Des savants, des hommes d'élite passèreat à Recanati, mais trop rapidement. Giordani, le marquis Benedetto Mosca de Pesaro, son cousin, d'autres parents qui cultivaient avec succès les lettres et les sciences, mais avec toutes les ressources qui manquaient à nos pauvres reclus, Stella, l'éminent éditeur, et bien d'autres avaient laissé de leur passage un affectueux souvenir à Charles et à Pauline, bien que leur apparition eût augmenté leurs regrets en leur donnant l'occasion de constater avec plus d'amertume les obstacles qui les séparaient inexorablement du monde intellectuel et littéraire qu'ils leur auraient fait entrevoir. Si ces mêmes personnes eussent vécu près de Giacomo, le séjour de Reca-
nati n'eût point produit dans son âme ce malaise inquiet qui la rongea comme le vautour de Prométhée. Qu'on n'oublie pas qu'il fut en proie aux plus cruelles tortures physiques, que les plus amères déceptions Tassaillirent à ses débuts dans la vie, et l'on concevra avec une pitié profonde la raison de ces désertions de Tâme qui ont égaré parfois son intelligence tourmentée, sans qu'il ait jamais prêché ou répandu des doctrines immorales Quelle est après tout la pensée dominante de ces découragements, de ces dégoûts, si ce n'est c l'infînita vanità del tutto » ? Ne retrouve- 1 -on pas cette même tristesse dans ce gémissement de Salomon qui a traversé les siècles : « Vanitas vanitatum ! • Qu'on étudie attentivement et sans passion ses œuvres, ainsi que le voulait Giordani, ainsi que l'implorait Charles (1), et l'on n'y trouvera d'autres caractères que la douleur, l'ironie également immenses : la douleur qui fut son partage, Tironie qui lui fut ins-
(1) Je cite ici une lettre que m'écrivait, il y a longtemps, M. Gussalli, dont Tautorité en littérature et surtout en ce qui regarde Giacomo est irrécusable. Charles disait toujours : oc lo m'inchino a Gussalli. » Voici la lettre : a Per me il « solo finora che abbia scritto di Giacomo con savio proposito a è Giordani il quale ne propone le opère e ne addita l'eccel-
c lenza inarrivabile, niente di più L'essenza di Gia-
a. como è piuttosto di un genio che di un nomo : tutto egli « consiste nelle idée, niente negli atti, perô chi vuol farsi ^ giusto concetto di lui, dice bene il Cw Carlo, cerchi gli a scritti e non la vita 2>.
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pirée par les folies et les sottises humaines qu'il ne fut que trop habile à découvrir>, trop intolérant à supporter. Il a soufTert au delà de toute expression, en partie par sa faute, incapable d'accepter le martyre avec la résignation des' âmes chrétiennes, oubliant les théories consolantes qui auraient calmé ses sombres désespoirs.
De cette époque jusqu'à la fin de 1822, ce ne furent que luttes sourdes et opiniâtres entre TinflcKibilité, hélas 1 si justifiée du père et les fureurs concentrées du fils. Le départ de presque tous les Antici ainsi que de la famille Mazzagalli pour Rome, la mort de leurs grand'mères (l'une, la marquise. Antici, mourut en 1818,rautre, la comtesse Virginia, en 1820), celle du P. Torres, en 1821 (1), rendirent plus amères pour les jeunes Leopardi les tristesses de la solitude. J'ai déjà dit plus haut, et j'y reviens avec peine, que la vie dans leur famille, dans Recanati, ne leur offrait pas d'heureuses distractions: « la sombre uniformité des jours, les restric* a tions parcimonieuses exercées sur toutes leshabi- € tudes de la vie, le mur de glace » que l'austérité de leur mère élevait entre elle et ses enfants^ tout conspira à les rendre constamment mécontents et irrités, surtout Giacomo,à qui manquaient la santé, la vigueur, la belle prestance de ses frères. Charles^
(1) L'abbé Sanchlni avait quitté la maison Leopardi à la fin de sa mission de précepteur.
du moins, avait une diversion. Il était alors épris de sa charmante cousine Marie, fille du marquis Carlo Antici, un ange de beauté et de candeur, et cet amour resta dans sou cœur et pour toute sa vie un souvenir pur et radieux. Cette union qui aurait pu être heureuse trouva Téternel obstacle: Charles, cadet, sans fortune, dut renoncer à ses espérances» sa cousine étant destinée à une union plus convenable sous le rapport matériel. Il m'est doux, cependant, de pouvoir dire, en T honneur de la mémoire de mon mari, que sa cousine le payait de retour dans la mesure d'une affection toute £raternelle,que ses parents l'aimaient beaucoup, surtout Donna Marianna ; et quand la sagesse des décisions paternelles brisa cet innocent amour, celle-ci le consola dans des lettres admirables, pleines de bonté et de raison alliées à la tendresse, de sainte compassion pour cet enfant qui avait grandi sous ses yeux, à côté des siens.
Ainsi tout s'écroulait autour des jeunes Leopardi^ la mort, l'absence leur enlevaient tous ceux qui avaient embelli de quelques jours de fête leur vie décolorée. L'apathie de Charles le sauvait des velléités de révolte qui avaient un cours violent dans le cœur de Giacomo, celui-ci pensa alors à une fuite qui ne réussit point. Le comte Monaldo finit enfin par céder aux désirs de son fils, sans espérer de bons résultats de cette concession. En effet, Oiacomo
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sance d'un service rendu et accepté? Quoi qu'il en soît« où sont les preuves qu'aucun de ceux qui ont mérité le nom d'amis de Gia."^mo ait divulgué cette nécessité humilianie et affirmé son insolvabilité? Seul, Ranieri Ta fait, emporté par la colère (<|ue Dieu le lui pardonne!) ; mais ce qui me laisse la conviction que Giacomo ne se trouva jamais réduit à cette extrémité, c'est qu'il a refusé les généreuses et délicates libéralités de Bunsen, qu'il aurait pu accepter sans dommage pour sa dignité ni pour celle de ses parents.
Giacomo partit pour Rome en novembre 1822, et je renvoie mes lecteurs aux lettres publiées par M. Viani, en 1848, pour le juger à cette époque d'après lui-même.