‹ Notes brèvesChapitre 78 sur 85 · BUONAPARTE · texte numérisé non relu

BUONAPARTE

LuiGi VAN Beethoven

între eux, un grand vide, et l'on ignorera toujours quel 3xte l'aurait rempli. Mais, quelques mois plus tard, empire était proclamé. Lorsqu'il en eut la nouvelle, n sait dans quelle fureur entra Beethoven. Il s'écria : Ainsi, ce n'est plus qu'un homme ordinaire! Il va ouler aux pieds tout droit humain, se livrer à son am ition et devenir un tyran tel qu'on n'en vit jamais! » *uis, saisissant son manuscrit, il en déchira la prelière page, dont il jeta les morceaux à terre. Jamais lus il ne parla de Napoléon, si ce n'est dix-sept ans près, lorsqu'il apprit que le prisonnier de Saintelélène était mort : « Autrefois, murmura-t-il, j'avais omposé la musique de cette catastrophe. » Non seulement de la catastrophe, mais de l'épopée ntière, et dans la Symphonie héroïque , — nous Taons essayé jadis, — il ne serait pas impossible de suire et de reconnaître tout le destin du héros. Publiée en Bo6, l'œuvre le fut sous ce titre : Sinfonia eroica, com- ')Sta per festeggiare il sovvenire d'un grand' uomo. Ile était devenue impersonnelle, anonyme, et par là us vaste encore. Rien désormais d'aucune grandeur amaine, obscure ou fameuse, ne lui demeurait étran- ;îr. Mais c'est en vain que Beethoven a renié l'empe ur. Il n'a pu lui reprendre tout à fait son hommage, la Symphonie héroïque, dédiée à tous les héros, rapîUera toujours, même en ne le nommant plus, celui a'elle a chanté le premier.

" Un autre, tout autre chef-d'œuvre de la musique le

Dmme : je parle de l'admirable ballade de Henri Heine

de Schumann, les Deux Grenadiers. Elle le nomme

même avec insistance, et justement c'est du mot : dei Kaiser, « l'Empereur », obstinément répété, que laj musique, avec la poésie, a tiré l'un de ses effets les plus^ émouvants. Elle en a fait, de ce mot, ou de ce nom, le centre et comme le cœur de la guerrière et tragique] chanson. Vous vous rappelez comme il bat, et chacui de nous, en son propre cœur, en a ressenti les battements. « Napoléon raconté par l'image » ne le fut jamais plus magnifiquement que par cette image sonore. Image mouvante aussi, qui, peu à peu, se déroule et monte. D'abord c'est comme un grondement, et, puisqu'il s'agit d'un dialogue entre grognards, je dirais presque un grognement sourd. Il s'accroît par degrés et s'élève. Esquissé dès le début et dans l'ombre, le rythme — • avant le thème — de la Marseillaise anime la masse musicale et l'agite. Enfin, longuement préparé, longtemps pressenti, le thème éclate et se développe. Le nom glorieux : Der Kaiser! Der Kaiser! en domine, en couronne encore le faîte. Le chant révolutionnaire, ainsi que la Révolution même, aboutit à Napoléon, et sur la stèle sonore, comme sur la colonne de bronze, l'empereur est debout.

Nous le voyons réellement dans cette musique. Ailleurs, en musique toujours, un de ses vétérans, autre-;] fois, crut le voir. On raconte que pendant l'une des] premières exécutions de la symphonie en ut mineui au Conservatoire, lorsque vint le fameux et vraiment héroïque passage du scher:{0 au finale, un vieux soldat, qui se trouvait dans la salle, se leva brusquement et cria : « L'Empereur ! »

J'aime à tenir pour historique cette légendaire anecdote et je me garderai bien de répudier l'hommage posthume ainsi rendu par Beethoven à celui que de son vivant il avait chanté. Pour Napoléon et pour la musique, c'est un honneur partagé, qu'un des plus magnifiques mouvements de la musique entière ait arraché d'une bouche et d'une âme humaines, pour en définir et pour en personnifier la magnificence, ce seul mot, ce seul cri : « L'Empereur! »

>r LA MUSIQUE ET LA MORALE

'est une question que nous aurions aimé traiter — nous ne disons pas résoudre — du vivant et comme sous les yeux de notre maître Ferdinand Brunetière. Sa maîtrise, en effet, s'étendait aux choses mêmes qu'il affectait parfois de tenir pour indifférentes. La musique figurait au premier rang de celles-là. Mais ces choses, qui n'étaient pas siennes par le sentiment ou la sympathie, il les voulait du moins et les faisait telles par l'intelligence, par une intelligence à laquelle rien d'humain — ni de divin — ne fut étranger. « La musique, nous disait-il un jour, je ne l'aime pas et je ne m'y entends guère... Mais tout de même il ne me serait peut-être pas impossible de la réduire à deux ou trois idées générales. » Assurément, et par bonheur, il ne l'y eût jamais réduite. Mais toujours c'est aux idées générales qu'il nous conseillait de la rapporter. En souvenir de lui, nous suivrons encore aujourd'hui son conseil.

Une des conférences les plus fameuses du grand orateur eut pour sujet et pour titre : l'Art et la Morale^-

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