I. Mémoires d'outre-tombe
Bonaparte, d'autres chants, ailleurs, se préparaient. Il ne paraît pas impossible que l'idée première de la Symphonie héroïque ait été suggérée à Beethoven par le général Bernadotte, pendant sa courte mission d'ambassadeur à Vienne, au printemps de 1798. Il convenait, aurait pensé l'ambassadeur, peut-être sur l'avis du grand violoniste Kreutzer, et surtout il convenait à Beethoven, indépendant, républicain de désir et novateur en son art, d'écrire une grande symphonie en l'honneur de Napoléon Bonaparte, sauveur de sa patrie et fondateur aussi d'un ordre politique et social nouveau.
La figure de Prométhée avait déjà séduit le musicien. Celle de Bonaparte était autrement prochaine et vivante. Un cahier d'esquisses de l'année 1802 en porte les premiers traits. L'été suivant, retiré près de Vienne, à la campagne, Beethoven était à l'œuvre, et, quand vint le printemps de 1804, son élève et ami. Ries, put voir sur le bureau du maître la partition manuscrite. La page de couverture ne portait, ainsi disposés, que ces deux noms :