‹ Notes d'anatomie et de physiologie comparées. [electronic resource]Chapitre 2 sur 4 · DEUXIÈME NOTE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME NOTE

Les expériences que j'ai rapportées dans ma première No te démontrent que la mort des poissons de mer immergés dans l'eau douce est due, en partie, à la diminution de la densité du liquide. «Très )) probablement, disais-je, la différence des densités agit surtout y> en raison de la ditîérence des pouvoirs osmotiques, avec laquelle » elle est en rapport. ^>

Mais le pouvoir osmotique d'un liquide est en rapport, non seulement avec sa densité, mais, comme chacun sait, avec sa composition chimique. Or, l'eau de mer est un liquide très complexe, contenant plusieurs sels qui manquent à l'eau douce : il était intéressant de chercher comment agiraient des modifications portant seulement sur la densité seule de ces liquides et sur la quantité absolue de ses matériaux salins, non sur leur nature ou leur proportion relative.

Les expériences ont été faites avec de jeunes hippocampes, âgés de cinq ou six jours : 1° Trois de ces animaux ont été mis dans l'eau distillée préalablement bien aérée; 2° trois dans l'eau douce (l'eau dite blanche à Arcachon) ; S** trois dans l'eau de mer, qui, la veille, avait été maintenue en ébullition jusqu'à ce que sa

(^) Voir ci-dessus, page 7.

SUR LA MORT DANS l'EAU DOUCE

densité surpassât la densité de Feau de mer autant que celle-ci surpassait celle de Feau douce n" 2 ; cette eau avait ensuite été agitée et laissée vingt-quatre heures au contact de Tair; 4° trois dans Teau de mer ramenée par l'addition d'eau distillée à la densité de l'eau douce n"* 2 ; 5"" trois dans l'eau de mer ordinaire (comme témoins). J'ai à peine besoin d'ajouter que toutes les autres conditions (capacité des vases, etc.) étaient égales pour tous les animaux en expérience.

Les poissons des n" 1 et 2, c'est à dire de l'eau distillée et de l'eau douce, sont morts sensiblement dans le même temps (maximum une heure); ceux du n'' 3 ont vécu bien plus longtemps (maximum cinq heures) ; enfin , ceux des n'''^ 4 et 5 étaient encore vivants vingt-huit heures après le début de l'expérience.

Il résulte d'abord de ces faits que les poissons d'eau de mer redoutent beaucoup plus l'augmentation de la densité du liquide dans lequel ils sont plongés que la diminution de cette densité : étant supposé, bien entendu, que la valeur de l'augmentation est égale à celle de la diminution.

Mais nous en tirerons encore une conséquence bien plus importante : Si les poissons de mer immergés dans l'eau douce y périssent rapidement, ce n'est pas à cause de la moindre densité de ce liquide, en tant que densité;' c'est à cause de la composition chimique différente du liquide, laquelle est nécessairement liée à une certaine différence dans son pouvoir osmotique, et, par suite, dans la perméabilité des membranes respiratoires. Nous arrivons donc, par une autre voie, à la conclusion déjà énoncée dans ma première Note; il n'y a rien d'étonnant à ce qu'en augmentant, à l'aide d'un peu de sucre, le pouvoir osmotique de l'eau douce, j'aie pu me rapprocher des conditions physiques présentées par l'eau de mer, et conserver un peu plus longtemps mes poissons vivants.

Si, au lieu d'employer le sucre, on emploie le sel marin, on arrive à des résultats bien plus favorables encore, comme, du reste, on le sait depuis longtemps. De jeunes hippocampes semblables à ceux dont il vient d'être question, placés dans l'eau distillée ramenée à la densité de l'eau de mer par l'addition de chlorure de sodium, vivent dans cette solution plus longtemps que dans l'eau douce (maximum six heures).

Page 1