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DES POISSONS DE MER

Le sel marin est donc une des causes importantes de la propriété que nous étudions dans ce moment; mais les autres substances contenues dans Teau de mer agissent évidemment dans le même sens, et ne peuvent pas être, sans danger pour l'animal en expérience, supprimées ou remplacées par le chlorure de sodium.

Je n'ai parlé jusqu'ici que de Taclion de l'eau douce sur les membranes respiratoires , parce que cette action est la seule qui puisse expliquer la mort rapide des poissons recouverts d'écaillés, ou surtout des poissons cuirassés, comme les hippocampes. Ainsi, quand ces animaux ont perdu tout mouvement volontaire, quand ils sont considérés, et doivent l'être, comme morts, ils possèdent encore et la contractilité musculaire et l'excitabilité nerveuse, et même, pendant un temps, ils présentent encore les phénomènes réflexes. -

Mais si on met en expérience des animaux dont la peau non protégée peut être comparée à une muqueuse, on obtient des résultats différents. D'abord, la mort est beaucoup plus rapide. Ainsi, un Amphioxus immergé dans l'eau douce est presque aussitôt pris de convulsions violentes, et, après trois ou quatre minutes, devient immobile et tombe au fond du vase. Il est alors raide, dur; les muscles des cirrhes buccaux sont fortement contractés; sa peau et bientôt les tissus sous-jacents perdent leur transparence et deviennent opaques, effet que l'eau douce produit sur un grand nombre de substances albuminoïdes. Dans cet état, il est ou insensible ou incapable de manifester sa sensibilité, bien qu'il ait conservé sa contractilité musculaire, diminuée déjà. Le laisse-t-on dans l'eau douce quelques minutes encore, cette contractilité ellemême est détruite, et le mouvement des cils vibratiles intestinaux est la dernière manifestation vitale que présente l'animal. Ainsi, chez lui, la différence de pouvoir osmotique du liquide ambiant a agi sur toute la superficie du corps, et ses effets ont graduellement supprimé les propriétés vitales des éléments anatomiques nerveux et musculaires. Du reste, cette perte n'est pas défmitive. Si l'on n'attend pas trop longtemps (de dix à quinze minutes) et qu'on replonge l'animal dans son élément naturel, on le voit redevenir peu à peu transparent, se ramollir, et exécuter, quand on l'excite, des mouvements réflexes.

Une seiche nous présenterait des phénomènes analogues, et la

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noirceur de sa peau, due à la rigidité des muscles dilatateurs de ses cellules chromatophores, témoignerait, immédiatement après l'immersion, de Texosmose dont ceux-ci sont le siège.

Tous les faits que nous avons jusqu'ici constatés concordent donc pour nous faire admettre que la mort des animaux marins immergés dans Peau douce est la conséquence de Faction exosmotique de ce liquide. Si l'animal n'a point, pour protéger ses tissus, quelque cuirasse cutanée, ceux-ci souffrent directement; l'immobilité et la mort surviennent rapidement. Dans le cas contraire, ces phénomènes ne sont que secondaires, et résultent de l'asphyxie consécutive à l'altération des membranes respiratoires.

Il reste à voir maintenant en quoi consiste cette altération; il nous faut, en outre, chercher à expliquer comment, chez certains poissons (anguilles, saumons, mulles...), la modification apportée dans les actes respiratoires se fait assez lentement pour que la mort n'en soit point la conséquence. D'autres questions, qu'il serait oiseux d'énoncer ici, devront encore être étudiées, et peut-être de leur étude résultera-t-il quelque explication de l'action spéciale incontestable dans ses effets, inconnue dans sa cause, que les bains de mer et, en général, les bains minéraux exercent sur l'organisme de l'homme.

Les expériences ci-dessus rapportées ont été faites dans le laboratoire de la Société scientifique d'Arcachon.

Paris, 1er décembre 1867.

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