XXXIII. — 3° PÉRIODE
ce genre de céramique est sorti; mais l’origine andalouse en est très probable.
Une grande jarre complète, et les grands fragments supérieurs de deux autres, récemment entrés au musée du Louvre — qu'accompagnaient deux autres superbes morceaux recueillis par le musée de Sèvres et le musée d'Amsterdam — sont parmi les pièces capitales de cette série.
La forme ovoïde de toutes ces jarres avec les anses en ailes, est celle des grands vases à reflets, très certainement originaires des ateliers de Malaga, depuis que nous avons pu comparer la qualité de leur lustre et leurs motifs de décor avec la jolie coupe de la collection du D' Sarre, qui porte la marque « Malaga » *. Mais la technique de ces jarres est toute différente. Les pièces ont reçu, à peine dégourdies, une décoration gravée d’ornements très variés, se développant en frises autour du col et autour de la panse. Ce sont des inscriptions sans signification, des feuillages dérivés de l'antique, et sur deux d’entre elles (celles du Louvre) des zones de motifs d’architecture, des arcatures du plus pur style moresque.
IL est intéressant de constater que l'émail vert (très irisé en argent par le séjour dans le sol) a coulé de bas en haut, les pièces, à cause de leur forme instable, ayant été cuites la tête en bas. De plus, cet émail, apposé au bord d’une zone, s’arrête au bord de la zone voisine, sauf quelques gouttes accidentelles, dénotant ainsi la volonté du céramiste de ne faire qu’une décoration émaillée alternée, et de laisser en réserve une zone sur deux.
L’admirable forme de ces jarres, dont la courbure si accentuée, s’amincissant dans le bas, développe, à la naissance du col, deux anses en forme d’ailes, rappellera immédiatement le vase fameux de l'Alhambra, celui du musée de Palerme, et celui du musée de Stockholm (ancienne collection Fortuny), pour ne citer que les principaux. Une telle similitude plastique ne peut guère s’expliquer que par l'identité d’origine, et l’on peut croire que dans cette région d’Andalousie au xiv° siècle, se pratiquèrent de façon simultanée deux genres de céramiques : celle du lustre métallique (dont les origines orientales ne sont pas douteuses), et celle de la gravure dans la terre avant la couverte, sans doute plus franchement locale, et dans laquelle les artisans s’inspiraient de motifs décoratifs que tant de monuments antiques encore existants leur présentaient en grand
4. Jahrbuch des kôün. Preussischen Kunstsammlungen, 1903, fasc. Il.
nombre, et que les monuments de l'architecture moresque (en particulier l’Alhambra) commençaient à leur offrir. Des fragments de vases trouvés près de Bab el Oued {musée d'Alger), et d’autres de même origine offerts au musée du Louvre par M. Charrier, sont de technique toute semblable, et confirment une fois de plus, bien que de fabrication locale, combien fut grande sur tout le Maghreb l'influence de l’art arabe d'Andalousie!.
Je pense donc qu'il est assez juste d'attribuer au xive siècle ce