‹ Notes d'art et d'archéologie (volume 3)Chapitre 1 sur 77 · PARIS · texte numérisé non relu

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LE TEMPLE SOUTERRAIN D'ELEPHANTA

Dans cette magnifique baie qui s'ouvre sur la côte occidentale de rinde, au pied des pittoresques montagnes des Ghàts, et qui fit, diton, donner à la ville bâtie sur ses bords le nom de Bombay (bonne baie), se trouve, au milieu d*une île, le fameux temple-hypogée d'Elephanta, que nous visitions Tété dernier.

L'île s'appelle en langue hîndoustanîe Gharàptiri, que Ton traduit diversement. Les uns l'interprètent : montagne de la purification ; d'autres, plus savants et non moins précis, nous affirment que Puri veut dire ville ou cité, et G/tara excavation. Suivant eux il faut donc traduire Gharapiiri par cité des excavations. Peu nous importe d'ailleurs, puisque l'île et le temple sont aujourd'hui connus du monde savant tout entier sous le vocable anglo-grec ^Elephania, On trouvait autrefois, près de la plage sur laquelle débarquent encore aujourd'hui pèlerins et globe iroiierSy un éléphant de pierre dont les excel-

15 mars 1889. — N" 1.

lentes proportions attestaient le goût artistique des anciens habitants de l'île. Cette statue qui tombait en ruines et a été transportée en 1864 à Bombay, dans le jardin du Musée de la Reine {Viciona Museufft)^ a donné son nom à l'île et au temple. Il est probable qu'elle faisait partie d'une allée de statues, comme on en trouve dans les mausolées chinois, entre autres aux tombeaux de Mings, prcis de Pékin, et à Nankin. On parle en effet d'une autre image de pierre représentant un cheval et qui a disparu, ensevelie sans doute sous l'humus formé par la végétation tropicale si active dans ces pays (i). Le temple que nous allons décrire a été excavé à une époque fort reculée, probablement dans les premières années de l'ère chrétienne; puis il tomba complètement dans l'oubli, ses sculptures furent mutilées par des iconoclastes inconnus, peut-être des musulmans. D'autres prétendent qu'il faut accuser les conquérants portugais de cet acte de vandalisme qulla auraient accompli, dit-on, en amenant jusqu'à l'entrée du temple des pièces de canon et en tirant à boulet sur les bas-reliefs et les statues. J'inclinerais pour cette dernière version, et voici sur quelles raisons j'appuierais ma théorie. Si l'œuvre de destruction est du fait des musulmans, pourquoi ces fanatiques ennemis de toute représentation de la figure humaine, auraient-ils respecté l'essentiel même, je veux dire les têtes des statues qui toutes sont à peu près intactes, pour ne s'attaquer qu'aux parties médianes et aux membres inférieurs? On comprend beaucoup mieux la chose en admettant l'intervention des Portugais catholiques. En effet, le sentiment de la pudeur ayant évidemment complètement manqué aux architectes du temple idolâtre de Vépoque, fervents adeptes du culte le plus naturaliste et le plus immoral qui ait existé, ils ont sculpté dans la pierre des dieux et des déesses dont la nudité révoltante et lubrique était faite pour parler aux sens dévergondés d'une race licencieuse par excellence. Les Portugais ^ scandalisés de cette grossière immoralité, mais artistes, ont respecté les têtes et les bustes, et détruit tout ce qui choquait leur morale religieuse.

Le temple fut ensuite comblé aux trois quarts, et l'humidité, terrible dans ces climats à la saison des pluies, pénétrant dans ces terres rapportées, aida sans doute beaucoup Tceuvre destructive des hommes.

I. Ces deux statues taillées dans le basalte noir étaient, paraît- îl, lî y a deiut cents ans, des chefs-d^œuvre de statuaire indienne.

C'est ce qui expliquerait pourquoi la partie inférieure des colonnes ne présente plus guère qu'un fût sans forme bien distincte ; il en est de même dans tous les bas-reliefs. Les Anglais vinrent, ils déblayèrent soigneusement le sanctuaire^ mais ne purent y découvrir une seule inscription jetant quelque lumière sur Torigine du monument, son usage, ou le nom des fondateurs. On prétend que les Portugais auraient enlevé et transporté dans un des musées de leur pays, où elle se trouverait encore, une table de pierre portant une inscription, qu'ils avaient déterrée à l'entrée des grottes. Cela semble peu probable, car dans un temple monolithe les inscriptions sont généralement gravées sur les parois mêmes, ainsi qu'on le voit dans le célèbre temple souterrain de Karlie, à 70 milles à l'ouest de Bombay, et qui date de l'an 10 de notre ère. En tout cas il n'existe pas de tradition de cette inscription, et l'origine du temple d'Elephanta reste perdue dans la nuit des temps. D'après le style des colonnes et des statues on a quelque raison de^ le croire à peu près contemporain du commencement de l'ère chrétienne.

Les habitants du pays eux-mêmes n'ont aucune donnée sur ces monuments. Leurs pundtts (i) consultés vous raconteront volontiers que ce gigantesque et merveilleux travail est l'œuvre des dieux, qu'il fut exécuté par eux en une seule nuit, et ils ajoutent, pour expliquer l'inachèvement des façades et de certaines parties (le fût des colonnes par exemple), que les divins arcliitectes s'enfuirent terrifiés tout à coup par le chant d'un coq annonçant le retour de l'aurore.

L'île d'Elephanta se trouve isolée dans la baie de Bombay à 6 milles de la ville à l'ouest et à 4 milles de la terre ferme à l'est. Elle consiste en un îlot de peu d'étendue, massif rocheux et peu élevé de basalte noir, comme les montagnes voisines des Ghâts, dont les sommets pittoresques formés des assises tabulaires du trapp simulent des tours et des châteaux forts émergeant de la verdure tropicale et dessinant sur le bleu du ciel un fond de tableau des plus pittoresques. On aborde sur une plage basse et vaseuse que l'on traverse sur un môle en blocs de béton comprimé, bâti lors de la visite du duc d'Edimbourg. On gravit la colline par une route dallée et garnie de chaque côté d'un mur bas, destiné à empêcher l'invasion de la chaussée par

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