ASSISE
Pero cki d'esso loco fa parole, Non dica Ascesi, che direbbe corio.
Ma Oriente, se proprio dir vuolé,
(Dante. Paradiso, canto xi.)
Or d'un tel lieu quiconque veut parler, Dirait trop peu, s'il le nommait Assise; Cest Orient qu'il le doit appeler.
Assise, c'est en effet l'aurore du jour renaissant. — A Textrême déclin du Xir siècle, après les glorieuses luttes où l'Italie, sous la conduite d'Alexandre III, avait gagné la liberté, la puissance» la gloire, à ce moment où les arts s'éveillaient, où la poésie parlait im nouvel et harmonieux idiome, Assise, comme les autres cités de i'Ombrie, fidèle au drapeau de la Papauté, apparaissait heureuse et ifière, fermée de murailles, défendue par ses milices et ses chevaliers, enrichie par ses marchands, dont l'un, revenant de trafiquer en
France, appelait le petit enfant qui lui était né du nom, alors -nouveau, à.<t François.
François d'Assise eut au même lieu son berceau et sa tombe (11 82-1226). Des flancs de cet autre Jessé sortit un chêne vert et robuste, dont Dante et Giotto furent les premières branches et aux derniers rameaux duquel notre génération indécise et souffrante s'accroche encore, tout en aspirant aux choses inconnues que réserve l'avenir.
Dans cette Italie du xiii® siècle, on n'aimait plus; les hommes s'entretuaient et les viUes rivalisaient de haine. Pérouse dérobait à Sienne sa louve (i) ; la tour guelfe se dressait en face de la muraille gibeline, et le sang coulait à flots. Il fallait bien que quelqu'un vînt parler d'amour aux hommes, répéter à ceux qui l'oubliaient l'éternel commandement du Maître : «Aimez- vous les un^ les autres», et soutenir de sa foi robuste l'Eglise vacillante.
Assise la première eatendit ce langage céleste et fut témoin la première des prodiges de la divine charité. François avait au cœur les élans d'une tendresse ineffable qui se répandait sur toute créature. Lièvres et faisans se réfugiaient dans les plis de sa robe. Il disait mon frère au loup, comme ma sœur à la brebis. Un jour, sur le mont Alvemia, comme il respirait l'air pur, loin des cités et des hommes, une multitude d'oiseaux l'environna, battant des ailes avec des cris joyeux, pour fêter sa venue. C'est au même lieu que, dans une mystérieuse extase où son cœur fondait 'd'amour, lui apparut le Séraphin couronné du nimbe crucifère et agitant ses six ailes. Alors sa poitrine s'ouvrit ; ses pieds et ses mains reçurent les divins stygmates, dolentes et délicieuses blessures qui le faisaient se pâmer d'amour.
c O Christ! Tu m'as dérobé le cœur, et tu me dis de mettre l'ordre dans mon âme!... Toi-même tu n'as pas su te défendre de Tamour. L^amour t'a ^t venir du ciel en terre; tu es descendu jusqu'à cette bassesse <l'aller par le monde comme un hpmme méprisé. Tu n*as voulu ni maison ni terre, mais la pauvreté seule pour nous enrichir. Dans la vie comme dans la mort, tu n'as montré qu'un amour sans mesure qui te dévorait le cçeur. Souvent tu cheminas sur la tçrre comme un homme enivré ; l'amour te menait comme un homme vendu.