‹ Notes d'art et d'archéologie (volume 3)Chapitre 20 sur 77 · PAR M. JULES GARNIER · texte numérisé non relu

PAR M. JULES GARNIER

L'exposition de M. Jules Garnîer est ouverte depuis la fin du mois d'avril, ce n'est donc pas à titre d'actualité que nous en parlerons. — J'y suis entré pour attendre la fin d'une averse ; c'est ma seule excuse. Sans cette circonstance, je n'aurais probablement pas pensé à en parler à nos lecteurs, et si je le fais, c'est que je n'ai pu résister à la tentation de dire en quelques mots le peu de bien que je pense de l'œuvre et une faible partie de tout le mal que je pense de l'artiste.

Il est bien entendu que je ne veux pas faire d'incursion dans la vie privée de M. Gamier, que ses nombreux amis nous représentent comme un homme charmant, causeur aimable et spirituel, et qui garde pour sa peinture la vulgarité insupportable et Tinexcusable grossièreté dont il vient de nous donner une carte d'échantillon des plus complètes.

M. J. Garnîer s'est fait une triste spécialité de peinture indécente : pour lui le nu n'est pas un prétexte, c'est un but. Pour soulîg-ner l'intention égrillarde, quelques caricatures de moines trouvent toujours place dans un coin du cadre;. — G* est faire d'une pierre deux coups ; deux actions vilaines d'un seul vilain tableau. — Apres Borgia s'amuse, nous avons eu le Baptême par immersion. Je parle Ici des œuvres les plus connues (car les œuvres de ce genre le sont toujours, bien plus que d'autres), et la gravure et la photographie ont reproduit à l'cnvi ces grosses femmes qui font la fortune des arcades de la rue de Rivoli,

Au Salon, M. Garnîer fait grand (je parle dimensions). Tout le monde ne peut orner son salon du Flagrant Délit; aussi le but vrai de l'exposition particulière qu'il nous oflfre semble- 1 -il n'être autre chose que ceci : mettre la peinture pornographique à la portée de toutes les bourses. L'œuvre de Rabelais était un cadre fort approprié; M. Garnîer pouvait se dire humble traducteur, pas autre chose ; une série de polissonneries diverses était moins facile à qualifier.

Toutes les toiles exposées sont de très petites dimensions ; elles ne sont pas toutes également mauvaises et c'est ce qui est attristant.

Quand le peintre oubliant sa préoccupation malsaine et, il faut bien le dire, guidé par le sujet choisi (on ne peut pas illustrer Rabelais qu'avec des moines ivres et des femmes déshabillées), nous montre un coin de paysage, une scène populaire, il a de fort jolies choses^ des types bien vivants, des foules joliment grouillantes et des tonalités heureuses.

Une remarque d'ailleurs : ses meilleurs tableaux sont les plus petits et les moins poussés.

Ce que je reprocherai par dessus tout à M. Jules Gamierj plus encore peut-être que cette recherche incessante de Tintention sale, c'est la vulgarité avec laquelle il présente des scènes que beaucoup de tact et d'esprit feraient à peine admettre.

Ces femmes épaisses, à ventre jaune, à pieds rouges, toutes pareilles dans leur parfaite laideur sont essentiellement répug^nantes ; vous les connaissez : ce sont celles de tous les Salons, celles qui étalent leurs hanches carrées dans les vitrines des photographes et que les journaux illustrés publient en prime à leurs lecteurs.

Donc, sous le titre fort audacieux de « L'Œuvre de Rabclaù ^^ M. Garnier ne nous montre qu'une série de tableaux de vente que Ton peut diviser en deux catégories distinctes : les uns, purement pornographiques, c'est le fond de l'exposition ; les autres un peu btkles à la hâte (les meilleurs sont parmi ceux-là), pour faire nombre.

Que Ton ne m'accuse pas d'exagérer à plaisir et de prêter gratuitement à l'artiste des intentions malsaines; les 126 toiles sont photographiées en deux formats, on vend ces reproductions à la porte ; la clientèle est nombreuse, et nç^s potaches bien modérâtes en encombrent leurs pupitres.

Eh 1 mon Dieu ! Monsieur Garnier, vous n'êtes pas le seul à faire de mauvais tableaux; un par an, au Salon, c'est beaucoup; cent vingtsix à la fois ! . .. vraiment, vous abusez. J. DuV-lL.

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