‹ Notes d'art et d'archéologie (volume 3)Chapitre 33 sur 77 · Ouvrage cité, I · texte numérisé non relu

Ouvrage cité, I

Portail et porche.

bois sculpté, d'environ deux mètres de largeur sur un mètre trente centimètres de hauteur. ^lalgré son importance, ce beau morceau de l'art du XVI® siècle n'a jamais été reproduit et les auteurs se contentent de le citer en passant, sans ajouter le moindre commentaire (i). Estce à la situation trop longtemps cachée qu'il occupait naguère encore derrière le maître-autel, qu'il doit d'avoir été si négligé, est-ce plutôt à la difficulté d'en relever les finesses, le fouillé et la richesse d'ornementation? Peu importe^. Cette œuvre était ignorée, et elle mérite d'être connue. Nous n'avons pas l'intention d*entrer dans une description minutieuse de tous les détails; le lecteur y suppléera lui* même, en se reportant à l'excellent dessin que nous pouvons mettre sous ses yeux.

Ce retable nous est heureusement parvenu dans son état primitif, sauf quelques brisures de peu d'importance. Aucun peintre de village, plus doué de bonnes intentions que de goût, n'a jugé à propos de le recouvrir d'un affreux badigeon, sous prétexte d'en raviver les couleurs, comme il y a trop souvent lieu de le regrejtter. L'encadrement et les ornements sont dorés ; les personnages ont été polychromes, mais en beaucoup d'endroits la couleur a disparu, .

L'artiste a disposé sa composition en forme de triptyque. Le panneau central, plus élevé que les deux autres, est comme eux .divisé en deux parties horizontales par une large moulure. Dans .la partie supérieure, où les sujets sont les plus grands, les scènes de la Passion sont protégées par des dais richement travaillés. La zone inférieure contient cinq motifs différents, figurant des épisodes de la vie de Jésus-Christ.

Le crucifiement occupe toute la partie supérieure du panneau ^central. La croix domine la scène. A droite et à gauche, les deux larrons, touchant au cadre^ sont attachés à des croix faites d'arbres tordus et non équarris. Au pied de la croix, un cavalier, monté sur un cheval tout couvert de draperies, semble s'unir à la foule pour insulter le Christ. Au premier plan, un groupe d'hommes et les Saintes Femmes parmi lesquelles on distingue la sainte Vierge s 'évanouissant entre les bras d'un saint Jean à cheveux frisés : elle n'est point, selon Tordî-

. I. Graves. Récit statistique sur le canton de Maig-nelay, in-S'^, 1839. — D' Woillez. Répertoire archéologique du département de FOise, in-4°, 1862. — P. Joanne. Guide de TOise, in-8^.

naîre, placée au pîed de la croîx. A droite de ce groupe, un soldat portant Tarmure et rëpée recourbée propres aux sculptures flamandes du commencement du xvr siècle, discute avec un vieillard qui fait face au spectateur.

A gauche, est le portement de la croîx. L'artiste Ta représenté au

Retable de Maignelay.

moment où sainte Véronique va essuyer la face de Notre-Seigneur, Un homme (Simon le Cyrénéen) porte l'extrémité de la croix. On aperçoit au fond du tableau un e foule grouillante et des mains qui se lèvent pour frapper.

A droite, la descente de la croix. Notre Seigneur est étendu sur le linceul, et un homme aux cheveux bouclés lui soutient les épaules. La Vierge est au second plan, à genoux, les mains jointes, la tête cou-

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verte d'un long voile quî lui cache la figure. Au iopd, une foule recueillie, où l'on distingue les Saintes Femmes portant les vases aux aromates pour Tembaumement, forme contraste avec celle du panneau opposé.

La partie inférieure du triptyque est occupée, comme nous l'avons dit, par cinq sujets plus petits. Le panneau central contient une scène unique, divisée par deux colonnettes en trois parties surmontées par des arcades trilobées que frange une dentelle délicate. Au centre, Jessé est assis dans un trône ; il soutient la tige de l'arbre mystique, dont les branches traversent le premier plan de la scène supérieure, pour aboutir à une suite de personnages perdus au milieu de Qeurs et de rameaux qui forment un cadre gracieux autour de la scène du crucifiement. A gauche de Jessé, David jouant de la lyre; puis xm personnage, à moitié caché derrière la colonnette, déroulant un rouleau de parchemin ; enfin, Notre-Seigneur bénissant de la main droite. Au côté opposé, trois autres personnages viennent équilibrer la composition.

Les deux autres panneaux inférieurs contiennent chacun deux sujets. En commençant parla gauche, nous trouvons d'abord l'Annonciation. La Vierge, à genoux près d'un prie-Dieu, se tourne vers l'ange. Dans le fond, on aperçoit un personnage, probablement saint Joseph, se détachant sur un grand meuble qui paraît être un de ces énormes lits à baldaquin en usage au XVl^ siècle.

Puis vient la Nativité. L'enfant Jésus est couché par terre. A côté de lui, un tout petit ange en adoration et la sainte Vierge debout» L'étable forme le fond de la scène.

Le premier des sujets de droite est la circoncision. L'enfant Jésus est placé sur une table à pieds tournés, reposant sur un large socle et entourée de plusieurs personnages.

La dernière scène représente l'adoration des mages. Au centre, la sainte Vierge, assise, tient Tenfant Jésus dans ses bras ; à gauche, l'un des rois mages est à genoux, en adoration; derrière et à droite, ses deux compagnons se tiennent debout et l'un d'eux porte un vase en forme de ciboire.

Les volets destinés à protéger le triptyque existent encore. Les peintures qui les couvraient sont fort détériorées, mais visibles encore, quoique très noircies et recouvertes d'un certain nombre de couches

NOTES D ART ET p'AKCHÉÛLÛGtB

d'épais vernis. La partie supérieure du cnicîfiemeot n'a que deux vantaux, tandis que les parties inférieures des panneaux en ont quatre* Nqus eussions désiré, en terminant, faire connaître le nom de Partiste qui a conçu et réalisé cette œuvre remarquable, d'une composition si hafl^^t si variée » d'une exécution si vivante. Mais, on le sait, les zmag/^^du moyen-âge ne signaientpas leurs œuvres ; ils travaillaient pour la^oire de Dieu et se préoccupaient assez peu de la leur, A la enaissMce, un revirement s*est produit, dont ne se plaignent cerinemqB pas ceux qui s intéressent àriiistoîre deTart ; il leur permet r les œuvres par écoles et de leur assigner des dates certaines* uté dans les premières années du XVI" siècle et sous Tinfluence othique expirant, le retable de Maignelay procède surtout s du moyen-àgc et, comme la plupart d'entre elles, ne porte ftii^^ui^sement aucune signature. G. DE WlTASSE.

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