‹ Notes d'art et d'archéologie (volume 3)Chapitre 43 sur 77 · LS · texte numérisé non relu

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Au moîs de janvier 1628 nous retrouvons notre aimable artiste à Anvers où il demeura jusqu*à la mort.

Les splendeurs de l'Italie ne lui firent pas oublier les beautés plus modestes du sol natal. Il resta affectionné aux vieilles fleurs des artistes ^othîques^ sans aller néanmoins jusqu'aux fleurs des champs. Ce qui domine dans ses gracieux bouquets, c'estlagiroflée,la violette, le pois de senteur, l'iris, la pensée, la boule de neige; ce qu'il préfère à tout le reste, c'est le lis, c'est la rose. Il ne mêle à ses guirlandes ni oiseaux ni petits animaux, comme le fait Breughel; il les anime seulement en y multipliant papillons, mouches, abeilles, cirons et libellules. Une douceur harmonieuse, une lumière paisible, un sentiment délicat distinguent ses ouvrages^ où l'imitation de la nature s'unit au géme inventif.

Aussi les maîtres les plus célèbres, Breughel et Rubens, Van Dyck et Gérard Seghcrs, Schut et Téniers, se faisaient-ils un honneur et un plaisir de remplir le cadre fleuri que leur préparait leur modeste amî.

Les princes ne passaient point par Anvers sans lui rendre vîsîte- I^'infante Isabelle en 1625 admira ses œuvres dans l'église de Saint- Ignace, Marie de Médicis en 1631, l'infant cardinal don Ferdinand, en 1635, vinrent tour à tour converser avec l'humble Frère dans son atelier*

En ce tempS'là, la passion pour les tulipes régnait en Hollande- Parfois un seul oignon valait une fortune et suffisait à doter une jeune fille, Scghers se rendit, probablement à plusieurs reprises, au pays de cette fleur rare pour la reproduire avec plus de fidélité.

Sans parler de toutes les œuvres qui marquèrent cette période, arrêtons- no us un instant à celle qui fait aujourd'hui Tornement principal du musée d'Anvers. C'est la fameuse guirlande de Saint-Ignace, Cette toilcj haute de 2»", 98 et large de 1^,89, présente le buste du fondateur de la Compagnie de Jésus au centre d'un monument dans le style et le goût de Rubens. Une riche guirlande de fleurs plus grande que nature l'environne. Quelques anges planant dans les airs, soutiennent une grande couronne de fleurs. Les figures^ de grandeur naturelle, sont l'œuvre de Corneille Schut.

La renommée du Fr. Seghers était alors universelle. Frédéric- Henri j prince d'Orange, lui envoya un peintre attaché à sa personne, Thomas Willebardts, pour obtenir un tableau de sa main. Daniel lui

fit d'abord hommage d'un bouquet de fleurs dans un bocal, entouré de mille insectes. Ce présent ravit tellement le prince qu'il fit par\^enir au Fr. Seg-hers, avec une lettre de sa main toute remplie d'éloges, un chapelet de dix grains d'or massif émaillé, en forme d'oranges, supportant une croix du même métal. Le tout pesait deux livres et était estimé de deux à trois mille florins. Ce présent, dont le choix étonne de la part d'un protestant, fut expédié par Constant Huygensj secrétaire intime du prince d'Orange, avec trois pièces de vers.

Seghers répondit à tant de bienveillance par Tenvoi du tableau que le prince lui avait demandé l'année précédente. Il représente la sainte Vierge avec l'Enfant-Jésus toute entourée de guirkindes de fleurs. Cette toile avait cinq pieds de haut sur quatre de large et valut au Fr. Daniel, avec une nouvelle lettre de remerciements, lenvoi d'une croix d'or estimée 2.000 florins.

Frédéric-Guillaume, marquis de Brandebourgs qui épousait en 1 647, à La Haye, la fille du prince d'Orange, ne se montra ni moins empressé ni moins généreux. Il envoya, en retour d'un tableau de la sainte Vierge, de précieuses reliques qui avaient appartenu à Téglise de Koeln-sur-la-Sprée (un des cinq faubourgs de Berlin), jadis fondée par sa famille, avec une agrafe incrustée de pierreries.

Nous n'en finirions pas, s'il fallait raconter en détail les relations de Seghers avec maints autres princes, avec Léopold-GuLlIaume, archiduc d'Autriche; avec Charles II, roi d'Angleterre; avec Philippe-Guillaume, palatin du Rhin, Christine de Suède, etc. Contentons- no us de dire que la veuve du prince d'Orange, Amélie de Solms, envoya au peintre un appui-main en or massif émaillé et portant cette inscription : A Daniel Seghers, peintre des fleurs et la fleur des peintres ^ Ainélic de Saints^ veuve du pri^ice d' Orange , qui a voulu par cet or et ces lauriers symboliser le périssable éclat de la vie et la gloire d'un tmmorteî piîKeau (i).

La carrière artistique du Fr. Seghers se termina pieusement au milieu de longues souffirances. Pendant trois ans il ne cessa de languir; mais il supporta la douleur et vit venir la mort avec sa douceur accoutumée. Muni des sacrements de l'Eglise, il s'endormit paisiblement le 2 novembre 1661.

I. Le pommeau de Tappui-main représentait une tête de mort couronnée de lauriers.

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Les cadeaux de la maison d'Orange sont encore conserves aujourd'hui en Belgique, mais ils ont changé de mains. Au mois de juillet 1718, la foudre ayant détruit Téglise de SaintJgnace^ on vendit, pour aider à la reconstruction, ces objets précieux qui, après avoir appartenu à Pascal-Ignace Van der Cruyce, alors bourgmestre d'Anvers, se trouvent à cette heure au château de Mme de Fret de Calesberg, au Donck, près d'Anvers. Ils sont la propriété de M. le comte Cornet de Ways Ruard, dont la famille les possède depuis plus d'un siècle, C. C,

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