I. Daniel Seghers..,, par le P. Fr. Kieckens. Anvers
geaieot la gilde de Saint-Luc Vers la fin de 1611, ilfut reçu francmaître en tête de la liste de promotion des Ltggèf'en de cette année. Josse de Momper était alors c Doyen suprême » de cette fameuse école flamande.
Ce fut environ deux ans après que Daniel, entraîné dans l'hérésie par l'exemple de samère, revint à la foi catholique. Sa ferveur, encours^ée par les conseils de son maître Jean Breughel, triompha de tous les obstacles que lui suscitait sa famille.
Non content de faire partie d*une des nombreuses congrégations qui ilorissait alors à Anvers^ il se présenta au provincial de la Compagnie de Jésus, dans laquelle il fut reçu, dit un de ses historien, c à cause de la gentillesse et de la douceur de son esprit ». \
Après avoir achevé son noviciat à Malines, le Fr. Seghers fut envoyé à la maison professe d'Anvers dont la magnifique église, alors en construction, fut la première dédiée à la gloire de saint Ignace. Le P. Hésius en avait dressé les plans; la décoration en fut confiée à Corneille Scbut, à Antoine van Dyck, à Gérard Seghers (i) et surtout à Rubens qui peignit les trente-neuf tableaux du plafond, œuvre admirable, malheureusement détruite par un incendie en 1718.
Quand au Fr. Daniel, il orna de ses gracieuses peintures l'espace laissé vide au- dessus des confessionnaux ; c'étaient des paysages qu'animaient des scènes de la vie des saints de son ordre.
Rubens, qui l'avait connu à l'atelier de Breughel, devint dès lors s<mi intime ami. Il lui rendait de fréquentes visites, lui donnait d'utiles conseils et se plaisait à collaborer à ses œuvres. C'est Rubens qui apprit à Segbers l'art de ne pas mettre en lumière toutes ses fleurs, d'en laisser . quelques-unes dans l'ombre et de ne pas donner le même fini à toutes indistinctement.
De son côté, Daniel prouva son affection à son illustre ami en efiiOAtrast d'une magnifique guirlande les portraits de Rubens et de sa première femme, Isabelle Brandt (2).
n fit mieux encore : par des avis pleins de mesure et d'affabilité,, il détennina le grand peintre à mener une vie chrétienne, à suivre fidè-
I. On a souvent confondu Gérard Seghers avec son homonyme, le Fr. Daniel dont, probablement, il n'était même pas parent.
2* Ces deux t^kati^p^ se trouvent à Gr(»venor House, dans la galerie du marquis de Wesminstcr*
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lement les pieux exercices de la Cpngrégation de la Sainte-Vierge (i), à entendre chaque jour la messe, louable habitude que Rubens conservait encore dans un âge avancé. De grand matin il se rendait à l'église de Saint-Ignace, bien que celle-ci fût assez éloignée de sa demeure.
Daniel Seghers apportait au travail une merveilleuse ardeur. Il se levait à quatre heures du matin en hiver, mais à trois heures en été, afin de pouvoir cueillir au jardin les fleurs dans toute leur fraîcheur et leur beauté. Sa journée était partagée entre la prière et Tétudc ; son pinceau ne s'arrêtait pas même pendant les visites fréquentes qu'on luî rendait.
En 1625, le P. Florent de Montmorency, qui gouvernait la province flandro-belge, envoya à Rome le Fr. Daniel Seghers qui fit connaissance, dans la Ville Eternelle, avec Le Dominîquln* Ce grand peintre, alors dans tout Téclat de sa renommée, ne dédaigna pas de travailler avec Seghers à une œuvre commune, qui, après avoir orné longtemps la galerie de la villa Ludovisi, est à présent au Louvre.
Au centre d'un panneau qui avait été préalablement couvert d'une couche de couleur noire, Le Dominiquin a représenté, presque en minia* ture, un Amour antique sous les traits d'un enfant, qui dirige, les rênes à la main, un petit charriot traîné par deux colombes. D*autres enfants ailés l'accompagnent, portant des palmes et une couronne. Tout ce groupe est peint avec une délicatesse admirable ; les nuances en sont ménagées avec une finesse extrême et s'harmonisent parfaitement avec les fleurs. Seghers, à son tour, a peint deux guirlandes qui entourent le char et les enfants de deux anneaux de fleurs. L'une brille sur le fond sombre comme une couronne de grandes étoiles, l'autre comme une couronne de nébuleuses. Tout cela semble flotter, léger météore dans la nuit, gracieux fantôme dans un rêve.
Seghers profita de son séjour à Rome pour étudier les fleurs éclatantes qui s'épanouissent sous le ciel du midi. € Il y travailla incessamment, dit Bullart, à desseigner ce qu'il y avait déplus exquis dans les palais et les jardins, pour faire paroistre ces raretez agréables aux yeux des curieux avec une élégance qui fist naistre le désir d'y pouvoir participer. »
I. Dans le registre manuscrit du collège de Notre-Dame, a Anvers, nous trouvons, à Tannée 1623, parmi les dignitaires de la Congrégation de la Sainte- Vierge, la mention suivante : Conseillers : ... Z>. Petrus Paulus Ruèmius.