INAUGUREE A LOURDES AU MOIS D AOUT
Nous sommes arrivés à une époque de reconstruction d'églises comparable à celle qui suivit Tan mille et à celle qui se produisit après la soi-disant Réforme qui détruisit vingt mille églises en France, ff Notre pays, disait le regretté docteur Cattois, archéologue artiste, rare oiseau I notre pays a lieu de restaurer co}istamment ses églises ei de les rebâtir de fond en comble tous les ci}tq cents ans. »
Le travail ne manque donc pas de nos jours pour les restaurateurs et les rebàtîsseurs d'églises ; ceux-ci non plus ne font pas défaut ni la fécondité d'un sol toujours chrétien quand même.
Le mérite des fastueuses constructions du Champ-de*Mars, doit revenir exclusivement aux architectes, aux ingénieurs et aux décorateurs français. '
Ces architectes, qui sont en somme les artistes les plus soucieux de la dignité de Tart, ces artistes d'une fécondité si puissante et d'un si réel talent ont seuls le droit de critiquer leur oeuvre exubérante, parce qu'eux seuls savent combien ils y auraient apporté d'heureuses modifications si le temps ne leur eut été refusé. Leurs productions hâtives ressemblent à ces plantes dont la végétation forcée est le résultat d'une culture de serre chaude ; fleurs exotiques qui peuvent bien un jour figurer pour la décoration, dans une fête, mais qui ne peuvent supporter ni le grand air ni le coup de pouce du temps.
Pour voir une floraison architecturale indigène et vivace, pour contempler de l'architecture de plein vent il faut gravir les coUines de Fourvières et de Montmartre et les voir se couronner de monuments sur le caractère desquels les opinions peuvent se partager ^ mais (lui n'en sont pas moins d'une majesté si imposante et d'une telle importance qu'ils pourront lutter avec ce que les siècles passés nous ont laissé de plus grandiose.
Il faut descendre sur les bords du Gave à Lourdes, au milieu de cette nature accidentée, admirable, où les eaux courantes et vivantes foisonnent j bondissent et chantent parmi les rochers, les troupeaux et les fleurs,
Là s'élève V église dît Rosaire , création contemporaine qui fera plus d'honneur encore à son auteur, M. Hardy, que sa belle façade du palais de l'Exposition universelle de 1878, et qui, plus heureuse que ce somptueux décor, ne disparaîtra pas.
Placée en avant et au-dessous de Téglise ogivale élevée au-dessus de la grotte miraculeuse, cette église nouvelle, inférieure par sa place, est bien supérieure en mérite architectural à toutes les églises modernes de cette région.
Trois grandes chapelles en forme d'absides groupées autour d'une coupole centrale contiennent chacune cinq autels en l'honneur des (juinze mystères du Rosaire et, pour y donner entrée, un grand portail en plein cintre ouvre sa baie à la foule des pèlerins.
Le symbolisme et les exigences pratiques sont ainsi combinés d'une heureuse manière.
Deux grandes rampes construites en granit donnent accès au bas de Tuglise supérieure et permettent un magnifique déploiement des processions.
Les arceaux qui soutiennent ces rampes colossales vont crescendo depuis le niveau des quais du Gave jusqu'au faîte des coupoles de réglise du Rosaire et jusqu'au portail de l'église supérieure.
Il n'y aura de comparable au grand effet de ces constructions que les plus belles colonnades et les plus beaux escaliers dont sont accompagnés quelques temples et quelques palais parmi les plus fameux de tous les temps.
Le style adopté par M. Hardy est le roman de la fin du XII*" siècle, ce roi des styles ; mais traité d'une manière appropriée à la place^ aux matijriaux indestructibles dont il dispose, à la destination de l'édifice, bref avec une incomparable puissance d'originalité.
Dans cette église et dans bien d'autres monuments qui s'élèvent en province, quel sérieux, quelle dignité, quelle sève et quelle floraison ! Eh bien ! voilà des œuvres importantes que n'iront chercher ni les récompenses des jurys, ni les décorations, ni les réclames des critiques.
Toutes ces vanités ne préoccupent d'ailleurs en aucune façon des hommes appliqués aux problèmes de leur art et absorbés par les nécessités de la construction de leurs chefs-d'œuvres.
Ik savent combien l'avis des journaux pèse peu et dure peu; ce
NOTES d'AET et D'ARCHÉOLOGIE.
n est pas sur les feuilles volantes qu'ils comptent établir leur réputa"
tion, mais bien sur le granit.
Et quant aux récompenses, ils en reçoivent qui sont inhérentes à
leur incessant labeur et ils en espèrent qui ne dépendent pas d'un vote
ou des caprices de ropinion-
NOEL Lavergne.
BIBLIOGRAPHIE ARTISTIQUE
Babelon (Ernest). — Manuel d'archéologie orzeniale... (Stai^,)
Les principaux monuments qui subsistent sont d*imraenscs basreliefs tous assez mal conservés, d'une banalité de technique et
d'une gjossièreté frappantes; A cet / V. art se rapporte notre quatrième gra-
vure; le bas-relief qu'elle représente peut donner une idée des Héthéens, de leur art rude et sauvage, du style particulier de leurs sculptures et enfin de leur costume, dont une des pièces les plus caractéristiques est cette sorte de demi-botte à pointe relevée, que portent tous leurs personnages. On a rapproché à dessein des deux personnages un groupe de ces hiéroglyphes sioiruUers qui restent encore indéchiffrables.
Des Héthéens ou Hittites, M, Babelon passe au peuple juif, le prescripteur de la sculpture, le moins artiste de tous les peuples de lantiquité. Les Israélites n'eurent qu'un seul temple, à la construction et à Fentretien duquel ils consacrèrent tous leurs efforts et toutes leurs ressources ; en lui se concrète en
Sculpttjre rupcstrc iVAhrli (îîabeJon, p. 213, tiri;. I^y.)
RECH:NTKS PUBLICAllONS DE Mgr X. BARBIER DE MON FAULT
Mgr X. Barbier de Montault, dont on connaît les nombreux travaux archéologiques et l'infatigable ardeur, adresse aux Noies d'Art un recueil (en tirages à part) de quelques-uns de ses travaux les plus récents, ainsi que des bonnes feuilles de deux ouvrages importants qui paraîtront sous peu et que nous nous contentons aujourd'hui de signaler.
quelque sorte tout l'art judaïque, et AI. Perrot le prend comme type ï
du temple sémitique.
Par un contraste frappant, pas un temple de l'antiquité n'a été détruit plus radicalement, et pas un, même dans toute l'antiquité clas- Û
sique, n'a été décrit plus minutieusement, pas un aussi n'a provoqué autant de tentatives de restitutions que ce monument si vénéré à la fois des Israélites et des Chrétiens. Aussi, est-ce à Tétude de cette œuvre illustre et vénérable entre toutes que l'auteur s'est attaché, s'aidant, comme il convient, des récits d'Ezéchiel et du Hvre des rois, des travaux antérieurs ainsi que des faibles v^estiges qui subsistent encore et peuvent fournir quelques points de repaire au savant.
Le Manuel d'archéologie ori'ejitale se termine par l'étude de l'art phénicien. Les Phéniciens furent avant tout des navigateurs hardis et des trafiquants consommés ; au point de vue artistique, ils empruntèrent tantôt aux Assyriens, tantôt aux Egyptiens, auxquels ils furent soumis tour à tour; enfin, à partir du IV** siècle, ils subirent l'influence g^recque. Dès le IX*" siècle, ils parcoururent toutes les côtes delà Méditerranée, portant partout leurs marchandises, et cependant ils n'ont laissé dans toutes les contrées qu'ils ont visitées que; de bien faibles traces de leur vie artistique et même de leur puissance industrielle et commerciale. Uniquement préoccupés de la dextérité manuelle et du côté matériel, ils travaillaient et transformaient avec habileté toutes les matières premières, mais ne s'occupaient que fort peu de l'esthétique. Ce n'est guère qu'à Chypre que l'art phénicien paraît avoir eu quekjue originalité, et il est bon de faire remarquer que la populatîoQ de cette île se composait surtout d'un mélange de grecs et d'asiatiques, et que l'influence hellénique s'y lit sentir dès le Vl" siècle avant notre ère.
L'un d'eux est un traité d'iconographie, qui nous parait appelé i rendre de grands services aux archéologues et aux artistes ; Taulre, sous le titre général, Inve7itaires de Rome, comprend deux volumes : le premier volume est un catalogue des musées de Latran (musée profane et musée chrétien) ; le deuxième volume est consacré au Vatican et comprend : i° le palais avec son musée, sa bibliothèque, son jardin ; 2^ la basilique avec ses inventaires et ses dévotions.
Le buste de saint Adelphe ^ d'après une gravure du xvn*-' siècle. Nancv, im|>r Crépin-l^eblond. ln-8 de 22 pages et une gravure typot|^rapliicjue. — Hxtmit des Mémoires de la Société d'archéologie lorraine pour 18^-5.
A signaler dans ce mémoire, un intéressant passage sur le surhumcral, insi^iic liturgique propre à certains diocèses.
La grande pancarte de la basilique de Latran. Bruges, impr. Saint-Aug^ustin, 37 pages. — Extrait de la Revue de l'Art chrétien, 1886, \^ livraison.
La grande pancarte est un énorme parchemin de plus d\m mètre de haut, « accroché derrière Tabside, au côté gauche du déambulatoire »^ elle date du commencement du xvi" siècle et a été lacérée en quelques points; elle est dÎTisée en trois parties : l'inventaire, le baptistère, les indulgences. Mgr de Montault donne d^abord le texte, puis des commentaires qui forment parfois de vraies dissertations, par exemple sur le sens du mot iribuna, sur les restauratious et ks iravaux successifs faits au Latran, sur le sort des reliques de cette basilique au moyen-âge.
Le Gérant : Eugène BEL VILLE.
Les orfèvres et joailliers de Rome, Desclée, de Brouwer et Cie, 18S9. Iq-8 de -
20 pages. — Exfrait de la Revue de l'Art chrétien, \
Mgr X. Barbier de Montault ajoute beaucoup de noms aux listes des noms déjA connus; il donne ensuite une notice sur le culte de saint Eloi à Rome et il termine en complétant utilement Tarticle publié par le P. Cahier, dans ses CaraciéHstiqtas des Saints, sur saint Andronic et sainte Athanasie.
(A suivre.) H. T. - ♦
Paris. -J.Mersch, imp. '2i, PI. Denfert-Rochereatt
FRANCESCO COSSA (i438?.i48o?) (')
Fils de Cristoforo ou Crîstofano, Francesco Cossa, un des plus remarquables peintres de Técole ferraraîse, naquît vers 1438, une dizaine d^années après Cosîmo Tura. Un acte qui existe encore nous apprend, en effet, que le contrat par lequel il s'engagea, le 11 septembre 1456^ à exécuter pour la cathédrale une Pietà et des compartiments simulant le marbre fut passé, à cause de son âge, non avec lui, mais avec son père. Il pouvait donc avoir environ dix- huit ans. Deux épigrammes attribuées à Ludovico Bolognini, humaniste et jurisconsulte, indiquent qu'il mourut à quarante-deux ans. Sa mort, par conséquent, eut Heu vers 1480.
De même que Cosîmo Tura, Francesco Cossa adopta d'abord les principes en honneur à l'école du Squarcîone, et îl ne cessa jamais de se les rappeler, tout en demeurant un artiste purement ferrarais (2). Piero délia Francesca exerça aussi sur lui une puissante influence, et c'est en regardant, à Ferrare même, dans le palais des princes d'Esté et dans l'Église de Saint- Augustin, les ouvrages du peintre de BorgoSan Sepolcro, que Cossa s'initia aux lois de la perspective.
Entre Cessa et Cosîmo Tura, les peintres les plus éminents de leur époque à Ferrare (3), on remarque de singulières analogies de style; on sent qu'ils obéissent tous deux au même esprit, qu'ils suivent les mêmes traditions. Ils ont l'un et l'autre le goût des figures grandioses ;
1, L. N. Cittadella, NoUaie relative a Ferrara^ t. ï, p. 52. — Ad. Venturi, L'arte a Fetrara net periodo di Borso d'Esie, dans la Rivista siorica iialiana^ octobredécembre 1885, p. 723. — Ad. Venturi, Francesco del Cossa^ dans VArt du 15 février et du i'^'^ mars 1888. §
2. L. N, Cittadella a prouvé que Cossa ne put être élève de Tura. (Ricordi e documenii intorna alla vita di Cosinto Tura, p. 18-19.)
3- Ib occupe ot dans Técole de Ferrare, comme Ta fait observer M. Morelli (Die We>*kc itaiîcnischer Meisier in den Galérien von Mûnchen^ Dresden und Berlin, p. \i\) la même place que Piero dei Franceschi ou délia Francesca dans 1 école ombrienne^ Fra Filippo Lippi^ Andréa del Castagno et Antonio del Polla • juolo dans T école florentine, les Vivarini dans Técole vénitienne, Mantegna, Dario de Tré\ ise et Carlo Crivelli dans Técolc de Padoue, Libérale dans Técolc de Vérone, Vincenzo Foppa dans Técole lombarde.
Not«i d'Art, 15 janvier 1890. — N« 11.
226 V NOTES d'art et D'ARCHÊOLOGIB
ils se plaisent à reproduire scrupuleusement la nature, sans éprouver la moindre répulsion pour la laideur, se contentant d'ennoblir par l'expression leurs modèles trop souvent vulgaires. Cossa, cependant, est sous certains rapports supérieur à son concitoyen. Il a moins de raideur ; il donne aux carnations plus de souplesse et de naturel; son riche coloris présente des dégradations plus délicates- Enfin, il aborde les sujets profanes avec une aisance toute nouvelle. Comme les autres artistes formés à Padoue, il aimait Fart antique et cherchait de temps en temps à s'en rapprocher. C'est ce que prouvent les arcades en plein cintre, les corniches et les détails d'ornementation qui accompagnent les édifices introduits dans ses . tableaux (i). Mais il était incapable, en traitant des sujets mythologiques, d'atteindre à la beauté idéale : semblables aux créatures terrestres qu'il prenait pour modèles, ses déesses ont de grosses lèvres, des pommettes saillantes et un cou trop long* On en peut dire autant de ses figures religieuses, qui rachètent du moins ces défauts par leur ferveur sincère ou leur attachante placidité.
On n'a que très peu d'informations sur le compte de Francesco Cossa. Baruffaldi, dans son ouvrage sur les artistes ferrarais, ne parle point de lui, et Vasari a supprimé dans la seconde édition de ses AV/^ les quelques Ugnes qu'il lui avait consacrées dans la précédente (3)* Le premier document où il soit question de lui est l'acte du 11 septembre 1456, que nous avons déjà mentionné.
Le père de Francesco Cossa et Giovanni, son grand père, sont connus pour avoir pris part à la construction des remparts de Ferrare et des forteresses du territoire. En outre, un certain Antonio del Cossa travailla aux palais de la famille d'Esté et à la villa de Belfiore, Comme au XV® siècle le maçon était souvent architecte et ingénieur, Francesco Cossa, selon la remarque de M. Venturî (4), aura pu étudier avec ses proches ce qui constitue la noblesse et l'élégance d'un édifice,
A Ferrare, il ne se trouve que deux tableaux exécutés par Fran* cesco Cossa. Ces tableaux, qui font partie delà collection Barbi-Cxnti,
I. Ad Venturi, VArte a Ferrara ne l période di Borso d'Esté^ p- 736,
3. G. Campori, I pUtori degli Estenst nel secolo XV, dans les AI fi e Memorié délie deputasioni di storia patria fer le provincie modemsi e parmim^i,^ série lOj vol. III, parte n, 1886.