Voyez VArt du 15 février i888,-n
NOTBS d'art et D'ARCHÉOLOGIE 337
repTésent^nt saïnl Pierre et saznf /ean (i). Ils doivent appartenir à la jeunesse du maître. Il en est de même d'un saint Dominique de la Galerie Nationale, à Londres (n*^ 597)i qui a été faussement attribué à Marco Zoppo, puis à Técole de Cosimo Tura (2). Ç^yx^xA^^VAtrestaiion et à la Décapitation de saint Maurelio dont on regarde Cessa comme Fauteur dans la Pinacothèque de Ferrare, elles semblent avoir été peintes par Cosimo Tura.
Si Ton ne peut apprécier qu'imparfaitement Cossa d'après ses tableaux conservés à Ferrare, on ne trouve nulle part ailleurs des fresques qui témoignent plus éloquemment de soù mérite. Dans le palais de Schifanoia, il décora seul, ou du moins avec le concours de sesélèveSjla partie réservée à la glorification des mois de mars, d* avril et de mai, pendant que divers autres maîtres étaient chargés des autres moîSp Les sujets sont répartis dans trois compartiments divisés en trois zones. Minerve, Vénus et Apollon, sur des chars de triomphe, occupent la zone supérieure, où Ton voit, en outre, les trois Grâces et les neuf Muses, des femmes brodant et tissant, des lettrés, des magistrats et des jurisconsultes conversant ensemble, quelques groupes d*amoureux et d'enfants nus. Dans la zone centrale, apparaissent trois des signes du zodiaque, le Bélier, le Taureau et les Gémeaux, accompagnés de figures allégoriques, tandis que la zone inférieure nous montre Borso, duc de Ferrare, rendant la justice en présence de ses ministres et de ses courtisans, tendant une pièce de monnaie au bouffon Scoccola^ partant pour la chasse et en revenant. La taille de la vigne, des courses d'hommes, de femmes, de chevaux et d'ânes, et les travaux des champs au mois de mai attirent aussi l'attention dans le voisinage des scènes dont le duc est le héros. Si Cossa, étranger aux belles productions de l'art antique et indifférent d'aillemrs à la vulgarité des types, n'a pas le don de nous intéresser à ses dieux et à ses déesses, non plus qu'à ses allégories morales ou astronomiques, en revanche
I» Voyez dans le Jahrbuck der preussischen Kunstsammlun^en un articfe de M. Bode, t. Vin, 1887, p. 124.
j. Saîût Dominique, debout et vu de face, tient de sa main gauche un livre ourert et bénit de la main droite. Derrière sa tête on remarque un fragruent d* édifice brisé, supportant une tringle à laquelle est suspendu un rosaire dont les extrémitas pendent aux côtés du saint. Plusieurs petites figures circulent au lond parmi les rochers et sous une arcade bizarre. Dans le ciel, le Christ assis est entouré d* anges qui tiennent les instruments de la passion.
il nous captive par les saisissants portraits de ses concitoyens rassemblés autour de Borso, par le naturel des femmes du peuple qui tissent et qui brodent sous les regards de visiteuses de haut rangf, venues pour les voir à l'ouvrage, par la grâce des jeunes gens et des jeunes filles qui se livrent à de doux entretiens ou qui font de la musique. 11 y a plaisir aussi à observer les riches costumes du maître de Ferrare et des seigneurs qui composaient sa société, les ajustements des dames de distinction et l'agencement varié de leurs coiffures. Francèsco Cessa avait le droit d'être fier de son œuvre (i) : elle ne lui procura pourtant que des déceptions. Ayant appris que les experts consultés sur la valeur de toutes les peintures exécutées dans la grande salle du palais de Schifanoia proposaient de donner seulement à chaque artîstc dix bolognini par pied carré, il adressa au prince, le 25 mars 1470, des réclamations dont le texte a été récemment retrouvé. Dans sa juste fierté, il s'indignait, moins encore d'être payé d'une façon dérisoire, que d'être assimilé à des peintres très inférieurs à lui . Borso fut assez mal inspiré pour repousser la demande de Cossa. En outre, dans les fresques dues à celui-ci, il'fit retoucher par Baldassare d'Esté un certain nombre de têtes. Cette nouvelle humiliation acheva d'exaspérer l'éminent artiste, qui prit la résolution de s'expatrier. Avant la fin de 1470, il quitta Ferrare et alla se fixer définitivement à Bologne (2). A sa période ferraraise appartient sans doute une prédelle {3) qui figure dans la galerie vaticane sous le nom de Benozzo Gozzoli, car elle présente de nombreuses analogies avec certaines parties des fresques du palais de Schifanoia que peignit Francèsco Cossa, comme l'ont fait remarquer MM. Harck (4), Bode (5), et Venturî (6). Cette
1. Entreprise probablement en 1467, elle fut terminée à la fm île 1469 ou au commencement de 1470.
2. Ad Venturi, Gli affreschi del pal»J3rso dt Schifanoia^ dans le JakrBuek^Ur prâussichen Kunstsammlungen su Berlin, t. VIII, 2™« livraison de 18S4.
3. Elle est reproduite dans VArt^xx i®*" mars 1888, et Alinari Ta photographiée
4. Die Frcsken int PaJaszo Schifanoia in Ferrara, dans le lahrbuck dsrpreus^ sischen Kunstsammlungen, 1884, 2* livTaison, p. 18 dans le tirage à part.
5. Die Ausbeute ausden Magajsinen der koeniglichen GemaeldegaUrie mu Bûr^ lin, dans X^Jahrbuch^ t. VIII, 2® et 3*^ livraisons de 1887.