‹ Notes d'art et d'archéologie (volume 3)Chapitre 7 sur 77 · A TIFFAUGES (VENDÉE · texte numérisé non relu

A TIFFAUGES (VENDÉE

En remontant le cours de la Sèvre nantaise, on voit, un peu après Torfou, cette rivière s*élargir au point de former un vaste étang. En face, l'horizon est limité par une colline abrupte, crénelée par les ruines du château de TifFauges, connu sous le nom légendaire de Château de Barbe bletie, depuis les sinistres exploits de son possesseur au XV« siècle, le trop fameux Gilles de Rais. — A gauche, la Sèvre, et à droite, la Crûme, semblent deux larges fossés défendant l'approche de cette position (i).

Cet emplacement a toujours dû paraître particulièrement facile à défendre, d'autant plus que, si nous continuons à remonter un peu la Sèvre et la Crûme, nous trouvons un ravin naturel qui relie ces deux cours d'eau et achève de déterminer un delta.

I, Une vue, prise sous cet aspect, a été publiée par M. le baron de Vismes dans son ouvrage sur la Vendée.

Notes d'Art. 15 avril 1889. — N" 3

l8 NOTES d'art et D' ARCHEOLOGIE

Nous allons, dans cette étude, suivre les perfectionnements que la défense a imaginé d'ajouter à la nature, à mesure que lattaque devenait plus puissante.

Les Romains ont, probablement les premiers, fortifié cette position- Dé nombreux fragments de tuiles à rebors, trouvés sur place, ne laissent aucun floute à cet égard (i).

Comme au camp de Jublains^ Tenceinte était défendue par une série de tours mi-cylindriques et mi-rectangulaires, espacées d'une portée de trait, c'est-à-dire de 30 ou 40 mètres. Une éminence natuturelle, qui porte encore sur le cadastre le nom de la Motte, était sans doute le siège du Praeiorium ou logeAent du général en chef- Certains archéologues, un peu trop ingénieux, à notre avis, affirment recoi^naître non loin Tinflexion du Vallum ou fossé, dont la charrue aurait du reste bien nivelé les terres.

Les matériaux de cette construction, comme de toutes celles qui ont suivi, ont été pris au nord de la colline, dans l'endroit qui s'appelle la Pierrière. De là on extrait une petite granité à larges paillettes, facile à travailler.

Ce castrunt était alors occupé par un détachement deTheiphales(2) à la solde des Romains. Ces Theiphales se fixèrent dans la ville protégée par la forteresse, et lui donnèrent leur nom.

Pendant les invasions normandes, la forteresse dut être fortement endommagée, sinon détruite. Au xr siècle, son possesseur, également propriétaire du château de Pouzauges, fit rebâtir ces deux citadelles, probablement par le même architecte; car, dans Tensemble comme dans les détails, nous trouvons des ressemblances frappantes. A cette époque, les tours d'enceinte furent reconstruites et peut-être sur les fondations mêmes des Romains. Nous pensons qu'alors on arrivait au château par le Coteau des Epinettes (3), et que la porte de la baille était située près de l'emplacement de la tour de la Renardière. De là, on se dirigeait vers la forteresse composée du gros

1, Les fouilles de 1885, dont il sera question dans ce travail, ont été exécutées par M. Georges Balleyguier, qui a envoyé au Salon de 1887 un travail complet sur le château de Tiffauges.

2, Sur ces auxiliaires d'origine probablement scythique, voy. la Nùiicîa dignifaîum et les œuvres de Grégoire de Tours.

3, Un a signalé par des lettres majuscules toutes les appellations tirées de documents authentiques.

Donjon carré flanqué de quatre contreforts et divisé en deux pièces, et d*un corps de garde, où plus tard fut établi le service des herses. Les constructeurs du XI® siècle ont conservé la tradition romaine. Entre des assises irrégulières dé très petit appareil, ils ont intercalé des fragments de tuiles provenant du camp romain.

La chapelle date de la même époque. D'après le procès de Gilles de Rais, elle était sous le vocable de Saint-Vincent. Cet édifice est à deux étages. La chapelle souterraine est voûtée sur des colonnes,

fijjta 7hn praire

HT

F/JAT de 11 Câsûcifâ

Colonne

engagée de la

crypte.

dont les bases, taillées dans le granit même qui lorme le sol, suivent la déclivité de la colline. Cette crypte est peut-être antérieure au Ja** siècle. Les chapiteaux en sont fort intéressants et accusent les débuts delà période romane (i). Un puits funéraire, engagé en partie sous le mur latéral^ contenait encore des osssements et des débris de poteries lors des fouilles de 1885. Il est certain que ceux qui ont élevé la crypte connaissaient l'existence de ce puits, car, pour le respecter, ils ont établi en porte-à-faux une des colonnes

I. Cette chapelle en partie comblée a été déblayée en 1885. On y a trouvé une monnaie d'Henri II, deux baïonnettes provenant de la grand'guerre et les anciens gonds de la porte.

NOTES D'ART ET d'ARCHÉOLOCïR

adossées. A quelle époque faire remonter ce puîts ? Nous laisserons à d'autres le soin de ces recherches. Mentionnons pourtant un pas* ?age de Grégoire de Tours, qui nous apprend que « le bienheureux Senoch, Theiphale, s'était retiré dans une cellule construite entre de vieilles piurailles. » Peut-être y auraît-il quelque relation entre la cellule de saint Senoch et ce puits, qui inspirait une telle vénération qu'on avait édifié une chapelle sur son emplacement (i),

La chapelle supérieure, surmontée d'un clocher, est construite avec des coupoles de la même famille que celles de Fontevrault et d' Angoulême. Les points d'appui étaient en pierres d'appareil, taillées et sculptées. Ce clocher, dont l'escalier existe encorej indiquait au loin le caractère seigneurial de l'édifice.

Ce fut également au Xl^ siècle que fut fortifiée la ville. La disposition d'ensemble rappelle Coucy et beaucoup d'autres villes de la même époque, où le château est situé de façon à protéger la ville et à s'appuyer sur cette dernière tout en la dominant. Le ravin qui joint la Sèvre à la Crûme rendait cette tâche singulièrement facile. De l'extérieur on pouvait entrer dans la Baille ou basse-cour par la porte Parleresse (ou Pallerèse), corruption du mot Bailleresse. Cette porte, située sur un saillant, dissimulée par la Pierrîère et protégée par l'estuaire de la Sèvre, n'était abordable que par le Coteau de la Moulinette. La route ainsi nommée longe un front bien garni, enfilé par les défenses de la ville.

Le point faible était évidemment la porte du côté des Epi nettes. La Crûme n'était pas un obstacle sérieux et le coteau, lui-même peu élevé, pouvait être gravi par des hommes déterminés. Aussi voyonsnous la défense se transformer constamment sur ce point. La tour de la Renardière est d'abord modifiée, puis la tour de TEperon est construite. Un donjon annexe, d'une construction robuste, s'élève sur l'emplacement de la tour du Pertuîs. Malgré ces modifications, ce grand front est toujours très vulnérable, et les perfectionnements de l'attaque rendent de plus en plus laborieuse la défense d'une porte non flanquée.

Au xm° siècle^ on a enfin l'idée grandiose de faire de la vallée de la

I. Dans certaines régions, on enterrait encore dans des puits au v^ ou vr siècle de notre ère. Voir Touvrage Puits funéraires GaUo-Ramams du Bernard (Vendée), par MM. Baudry et Ballereau.

Crûme un vasteétang.Une dîgue de 3oopîeds de long est construite entre les deux collines qui limitent cette vallée, celle de l'est servant d'assiette au château* De ce moment les eaux sont forcées de s'accumuler et de remplir toute la vallée. Les prés ainsi inondés portent encore les noms du Petit-Etang et des Aires. Comme trop-plein, on établit un ponceau immédiatement au pied de l'enceinte. Le nom de la Bonde indique bien l'usage de ce pontceau. En même temps, la Sèvre plus' abondante qu'à l'heure actuelle, ou peut-être barrée en aval, remplit la Petite Douve, d'où les divers, constructeurs avaient extrait les pierres du château. La Moulinette, destinée à fournir la farine de la garnison, est établie sur un des bras de la Sèvre. Sur le Portage, on peut décharger les provisions et les munitions amenées par eau. Enfin on aveugle la porte des Epinettes pour forcer les arrivants à passer sur la Chaussée. La tête de cette chaussée était défendue par un fortin dont il reste quelques vestiges. Il fallait ensuite franchir le ponceau de la Bonde, fermé d'une porte ; suivre le Coteau de la Tour, en passant au pied de plusieurs tours du XI** siècle et de la Tour Ronde ; enfin on arrivait à la porte Bailleresse.

La Tour Ronde, bâtie pendant le Xlir siècle, dans le but principal de surveiller la Chaussée, est, à tous les points de vue, un modèle de construction militaire. Son plan, tout en satisfaisant absolument la défense, a une régularité et une symétrie qu'on ne retrouve qu'aux plus belles époques de l'art. Le revêtement extérieur, les piles et les arcs sont en pierre soigneusement taillées, le surplus est en blocage. Chaque porte se développe dans une sorte de niche de façon à ne faire en s'ouvrant aucune saillie sur le mur. Tous les détails ont été étudiés avec le même soin et la même précision.

L'accès de l'extérieur étant assuré, il fallait ménager aux habitants de la ville une entrée plus directe, quoique toujours bien défendue. Une sorte d'îlot situé entre la ville et le château servit à établir un boulevard, soutenu par deux tours du côté de la ville, et, en même temps, on construisit autour du Donjon une chemise et au devant la Tour Carrée, sorte de tour-porte.

Voici quels étaient à cette époque, pour les habitants de la ville,, les moyens d'accéder au Donjon.

Le pont-levis entre la ville et Tesplanade du boulevard franchi, on passait devant une guérite et sous une cchauguette pour arriver soit à la

poterne, soit à la grande porte du Boulevard (i). Le poste de ce boulevard laissait entrer Tarrivant ; ou pouvait, par une poterne d'accès sur la douve, prendre contact avec la poterne du Pertuis. Alors le pontlevîs situé en tête du pont s'abaissait; au droit du mur d'enceinte, nouvelle porte à franchir pour arriver jusqu'à la Herse. Le visiteur était sur\''eillé et reconnu depuis le pont par des meurtrières et des échauguettes garnies de sentinelles. A la Herse, nouvelle reconnaissance qui amenait la levée de la herse et l'ouverture d'une première ^ porte au nord du bâtiment de la herse, puis d'une seconde au droit

f du contrefort du Donjon. A cet endroit, un pont-levis permettait de

j traverser la Douve, vaste fossé creusé dans le roc et alimenté par les

\r' eaux du ciel. On se trouvait alors dans la Baille. L'accès du Donjon

r avait lieu par la poterne de la chemise ou par la poirte de la Tour

[' Carrée. De l'une ou l'autre façon, il fallait gagner, en passant par un

Il vestibule, la grande cour du château située entre le Vivier et le Donjon.

f: C'est là que se trouvait l'entrée d'un escalier droit également surveillé

^;; par le Donjon et la Tour Carrée. En traversant cette dernière au pre-

t mier étage, on arrivait sur le mur de la chemise, d'où, par un petit

^ pont-levis défendu par une herse, on pouvait enfin pénétrer dans le

ST; Donjon. Pour s'introduire dans cette forteresse, il avait fallu faire

^, abaisser cinq pont-levis, ouvrir six portes et lever deux herses.

♦' Rien n'était pourtant plus facile au seigneur, logé dans la chambre

c. ouest du Donjon, que de gagner le Boulevard sans donner l'éveil.

V Par un escalier dérobé, il passait directement sur les mâchicoulis de la

; Herse et arrivait par un chemin assez rapide à la salle basse de la tour

du Pertuis. Par une poterne, le chef avait accès dans les fossés et gagnait la poterne du Boulevard, située près du pont-levis. Une autre poterne dissimulée devait permettre de gagner la ville.

Le château était ainsi défendu de la façon la plus parfaite pour l'époque. La garnison, composée d'éléments disparates , se trouvait répartie en petits groupes isolés les uns des autres, mais tous sous la surveillance immédiate du chef. Pour garnir les postes qui défendaient la Herse et le Pertuis, il fallait passer par la chambre même du seigneur. Il était donc impossible à un traître de s'introduire parmi les défenseurs sans risquer d'être reconnu.

I. Les deux parcelles de terrain, de chaque côté de cet ouvrage, s'appellent champs du Blouoir^ corruption probable du mot Boulevard.

Une cuisine fut construite dans la Baille, à côté de l'ancienne cuisine du XI*, dont la tradition seule nous a conservé la forme et le nom, la tour du Four.

Au Xlir siècle, le château de TiflFauges est donc une place d'une importance hors ligne. Nous pensons que les remaniements de cette époque ont été faits lors de la remise, par le vicomte Guy de Thouars au comte de Poitiers, frère du roi Louis IX, du château de Tiff auges pour une période de cinq années, à partir de la Pentecôte de Tan 1246. Les frais de garde restant à la charge du vicomte Guy étaient de 120 livres par an.

(A suivre,) Pierre Nuay,

LE TEMPLE SOUTERRAIN D'ELEPHANTA

(Suite.)

En pénétrant dans le temple par la nef centrale, on aperçoit au fond, dans une niche à peine éclairée, une figure colossale formée de trois bustes accolés, dont un de face et deux de profil. Cette idole, qui mesure 19 pieds de hauteur, est un énorme bas-relief de plus de 4 pieds d'épaisseur. On Ta décrit dans plusieurs ouvrages comme étant la représentation de la Trimourtî, la trinité hindpue, composée de Brahma, Vishnou et Siva. Un orientaliste distingué, Héber, a découvert, ily a cinquante ans, que ce temple était dédié au culte du seul Siva, appelé aussi Mahadêva. Cette grande déité des Mahrattes e^t quelquefois représentée, elle aussi, avec trois têtes. Des études récentes ont corroboré cette opinion et (comme le dit fort bien Héber) « le style de

1* architecture, les ornements, les proportions des colonnes, les attributs des idoles, et les autres détails sont pareils à ce que Ton rencontre encore aujourd'hui dans les temples de Tlnde centrale et même dans ceux de toutes les nations indiennes, où les coutumes des musulmans n'ont encore fait que peu de progrès ». Mais Siva» comme Vîsh* nou et Brahma, a plus d'un millier de noms dans la mythologie hindoue- Comme eux, il a subi de novcA^tç^xn avatars ou transformations, et sans donner aux trois bustes un nom spécial, on pourrait les décrire cependant d'après leurs ornements et accessoires, comme représentant également la divinité sous les trois formes du créateur, du conservateur et du destructeur, attribuées aux premiers. Peu importent les noms, et l'idée du sculpteur a bien été celle qui a présidé au mythe antique de la Grèce, personnifié dans la figure des trois Parques, La mythologie indienne est tellement compliquée d'ailleurs que les brahmînes eux-mêmes s'y perdent; aussi, malgré l'opinion d'Heber et des savants modernes, comme nous ignorons les noms divers de Siva, nous continuerons pour plus de facilité à étudier les statues de ce temple sous les noms plus généralement connus de Brahma, Vishnou et Siva.

La figure centrale du groupe trifrons qui représente Brahma porte, comme les deux autres, une haute coiffure rappelant vaguement les bonnets élevés encore portés par les Parsis de Bombay* Cette coiffure est couverte d'ornements sculptés, d'un caractère assez indistinct. Cela ressemble à une tiare avec bandes et bijoux: métalliques enchâssant des pierres précieuses. La face est large à ovale court, très fortenient arrondi par le bas; les reliefs du nez, des arcades sourcilières et de la lèvre supérieure sont peu accusés- La lèvre inférieure, large et épaisse, est plus proéminente. Les oreilles sont longues et étroites, le lobe inférieur arrive presque à toucher les épaules. C'est bien là le type bouddhique tel qu'on le trouve dans tous les temples chinois. La ressemblance se continue d'ailleurs dans Temblême que porte la main gauche, une sorte de globe surmonté d'un léger cône, et qui dans les peintures et idoles de la Chine n'est autre que la pêche de longévité.

Sur le cou et la poitrine s'étale un magnifique collier, formé de trois ou quatre rangées de perles, pierres précieuses, etc., finement ciselées dans la roche. U semble être suspendu aux oreilles. Ces orne-

ments, ainsi que ceux de la coiffure, étaient probablement peints et dorés à l'origine. On a en effet retrouvé dans la partie est du temple des traces de couleurs sur les bas-reliefs et au plafond. , Cette tête est superbe et inspire le sentiment du repos parfait, le fameux Nirvana des bouddhistes.

La figure de droite, vue de profil, comme celle de gauche, est décrite dans la plupart des ouvrages comme représentant Vishnou le conservateur. La tiare est moins élevée que celle de Brahma ; les ornements en sont moins nombreux^ mais ils sont encore du meilleur goût. Au-dessous et sur les tempes, les cheveux paraissent en boucles serrées, cachant en partie l'oreille qui est plus courte et mieux faite. Le nez est droit, la lèvre supérieure à peine sensible, l'inférieure très prononcée et épaisse, la paupière est baissée et Toeil semble considérer une fleur de lotus, bien conservée, que la main élève à la hauteur du menton. L'aspect général du visage est féminin comme les ornements de la coiffure. Nous ferons observer ici que le lotus est encore aujourd'hui la fleur consacrée à Bouddha dans tout l'Extrême Orient. La tête de gauche, qui regarde l'Orient est, au contraire de celle-ci» essentiellement masculine (i). Elle représente Siva comme le destructeur, ainsi que l'affirment une tête de mort sculptée sur la tiare avec les fleurs qui lui sont consacrées et le nâga (Naja trtpu^ dtans) le fameux serpent cobra que la main porte aussi à la hauteur de l'épaule, et dont le dieu semble considérer le cou gonflé et la tête menaçante. Les boucles de la chevelure sont formées de serpents enlacés. Elles retpmbent derrière l'oreille, qui est petite et bien dessinée. Une légère moustache ondulée orne la lèvre supérieure. Le nez, busqué, est malheureusement endommagé, comme les lèvres, qui sont légèrement entr'ouvertes. Sur le milieu du front, une petite bosse représente, paraît-il, son troisième œil avec lequel il lance les flammes qui doivent détruire le monde. Au coin de la bouche, une légère protubérance est tout ce qui reste d'une défense. On représente en effet le destructeur avec une sorte de dent d'éléphant ou défense minuscule . à chaque commissure des lèvres. Cette tête qui est, au dire des artistes, la plus belle des trois, possède un caractère essentiellement sévère. Comme l'épaisseur de cette colossale image est d*environ 6 pieds, on

I. En général, dans tous les temples, la statue de Siva est disposée faisant face à rOrient.

a pu ménager derrière la tête une petite niche dans laquelle se cachait sans doute le prêtre chargé de faire parler Toracle. II est probable que des portes cachaient d*ordinaîre aux yeux du public Timage sacrée, car on trouve encore les entailles dans lesquelles tournaient les montants de ces portes.

De chaque côté de laTrimourtî on remarque deux statues en pied, à peu près nues, dont les têtes coiflFées de tiares s'inclinent vers la grande idole. Ces têtes, belles et expressives, ont les yeux baissés, ce qui leur donne une apparence de repos calme et contemplatif. De celle de gauche, il ne reste malheureusement que le haut du buste, un collier de perles entoure le cou et un serpent s'enroule sur la partie supérieure du bras gauche. Sur la statue de droite, une sorte de guirlande, que l'on retrouve sur les autres statues du même genre, passe sur une épaule, descend sur une hanche et remonte en baudrier sur l'autre épaule (i). Une sorte de pagne très étroit entoure les reins. Les jambes sont grêles et dépourvues de mollet, comme c'est le cas aujourd'hui encore dans toutes les races de l'Inde; un nain avec une grosse chevelure crépue est au pied de chaque image.

Immédiatement à droite et à gauche de la grande idole à trois têtes, et séparée d'elle par les deux statues ci-dessus décrites, se trouvent deux grands bas-reliefs carrés.

Premier bas-relief ," Siva ^nâle et femelle, — Celui de gauche ou de l'est représente, paraît-il, Siva dans sa double incarnation masculine et féminine ; les deux natures étant réunies dans la même statue qui forme le centre et le principal personnage du tableau. Cette figure, malheureusement détruite au-dessous de la ceinture, possède quatre bras gracieusement dessinés. La moitié droite de la statue est masculine, l'un des bras de ce côté repose sur la tête du bœuf sacré le Nandi la monture ordinaire de Siva ; l'autre bras se dresse et tient un cobra autre symbole du dieu ; un bracelet en forme de serpent s'enroule autour de la partie supérieure de chacun de ses bras, au-dessous de . l'épaule. Des deux bras féminins, l'un élève à la hauteur du visage un disque vu de profil qui représente, croit-on, un miroir métallique, l'autre tombe sur la hanche qui comme le sein est très accentuée.

Cette statue, décrite sous le nom de l'Amazone par Niebuhr, n*est

I, C'est le cordon sacré des brahmes.

suivant d'autres auteurs^ que la déesse Dourga ou Parvatî, l'épouse de Siva. Ceci prouve combien l'on connaît peu. encore la mystérieuse mythologie indienne.

Le reste du bas-relief est abondamment pourvu de figures presque toutes féminines debout ou flottant sur des nuages, l'une d'elles est assise sur un éléphant, c'est Indra ; une autre tient une sorte de chasse-

mouches, le cJiamara fait d'une queue [de vache. Toutes sont nues sauf, quelquefois, une étroite ceinture et des colliers. Les figures supérieures presque intactes ont des poses gracieuses et légères.

Deuxième bas-relief: Siva et Parvatî, — Le compartiment de droite, l'un des mieux conservés du temple, représente Siva et son épouse Parvatî. Ils sont debout, légèrement inclinés l'un vers l'autre ils n'ont pour tout vêtement qu'une étroite ceinture. Sur la tiare de Siva l'on remarque, entre autres emblèmes, le croissant et trois figures féminines représentant l'union de trois rivières sacrées de l'Inde : le Gange,

]a Yamuiia et la Sarawastî, qu'on dit nées de la chevelure du dieu.

L'un des bras tient un serpent, l'autre s'appuie légèrement dans une \. . attitude pleine de grâce sur Tépaule de Parvatî. La tête de celle-cî

est ornée d'une sorte de couronne au-dessus de laquelle les cheveux t;. s'élèvent en un triple dôme. Des nains grotesques se tiennent aux

pieds de ces figures.

Au-dessus on trouve : à droite, Brahma et Indra portés sur les nuages, à gauche Vishnou monté sur Garuda dieu moitié homme, moitié aigle, qui rappelle certaines divinités égyptiennes. X^hose curieuse toutes les têtes de Garuda ont été mutilées dans le temple d'Elephanta.

fi , On compte encore dans le temple central six autres bas-reliefs,

K, .' savoir: un de chaque côté de l'entrée, puis un de chaque côté des

1':.: deux porches donnant, l'un sur la cour de l'ouest, l'autre sur celle

J, de l'est. Nous allons décrire rapidement ces sculptures.

|;: Mariage de Siva. — Le bas-relief que Ton trouve à gauche sous

\) le porche descendant à la cour de l'ouest, représente, paraît-il, le

|> mariage de Siva et de Parvatî. On se base jpour l'interpréter ainsi sur

la position de cette déesse debout à droite de Siva. En effet, ce n'est % qu'au jour du mariage que cette place est accordée à l'épouse suivant

P^X la religion brahmanique. Siva debout, lui aussi, mesure dix pieds

y: dix pouces de hauteur, la jambe droite manque ainsi que deux des

f quatre bras. Les reins sont entourés d'une écharpe étroite retenue

s 7 par la main droite. La chevelure tombe abondante sur les épaules,

l; l'ornementation de la tiare est sobre comme la parure qui ne comporte

|; qu'un simple rang de perles au cou et les bracelets de serpents au haut

^ des bras. La rotule du genou gauche est bien marquée, ce qui est rare

■' . dans ces statues; le tronc est svelte et la ceinture étroite lui donne

^ une apparence légèrement féminine. La corde brahmanique en sautoir

/nanque. Derrière la tête on remarque un nimbe à forme allongée, La ^ figure est bien traitée, les yeux sont baissés, le nez est malheureuse*

\: ment brisé.

\ Parvatî mesure huit pieds six pouces de hauteur, les jambes sont

brisées à partir du genou, les avant-bras manquent; la taille est très \ étroite et les hanches très accentuées comme dans toutes les statues

de femmes dans ce temple et dans celui de Carli, qui date probablement de la même époque. Les seins sont fort accusés et se touchent*

En somme Tànatomie des statues féminines est bien inférieure à celle des statues d'hommes ou de génies masculins* La tête est penchée vers Siva, les yeux sont baissés et Tattitude générale du corps indique la soumission modeste à Tépoux divin. Derrière se trouve une statue d*homme qui semble la pousser en avant ou la soutenir, on croit y reconnaître l'image de son père Himalaya.

A droite de cette figure on remarque une tête de profil, un bras et une main bien sculptés portant un vase dont la forme est encore aujourd'hui celle des chattys en poterie dans lesquels on garde Teau. On croit que c'est là le dieu de la lune, offrant Teau, qui avec le feu, était toujours employée dans la cérémonie du mariage. Un certain nombre de figures d'hommes et de femmes remplissent la partie supérieure du cadre et semblent suspendues dans les airs.

En face de ce bas-relief se trouve celui d'un dieu à huit bras que l'on suppose représenter Virabhadra, une des nombreuses incarnations de Siva. Suivant un autre savant orientaliste, ce serait la figure de Bhairava, un des avatars de Rudra, massacrant un enfant, qui serait la victime d'un sacrifice. En tout cas, la plupart des auteurs anglais décrivent ce bas-relief, qui est certainement le plus remarquable du temple d'Elephanta, sous le nom du Destructeur. Sur les huit bras il n'en reste plus qup trois d'entiers. Ils sont tous ornés de bracelets, soigneusement ciselés, tant au poignet qu'au-dessus du coude:

L'un des bras de droite tient un glaive ayant servi à immoler le jeune enfant, percé par une lance qui a disparu avec le premier bras droit qui la tenait, et dont le sang a dû être recueilli dans le bol tenu au-dessous par un second bras. Le signal du sacrifice a été sans doute donné par la cloche également tenue par un bras du côté gauche. Une sorte de voile qu'on suppose être une peau d'éléphant est soutenu derrière la figure du dieu par deux de ses bras dont il ne reste que l'humérus. Elle était sans doute destinée à envelopper le corps. On aperçoit aussi la tête d'un éléphant et deux figures de femmes ; celle d'en bas est à peine reconnaissable. Les jambes du Destructeur ont disparu, la cuisse gauche seule est encore visible. Le torse et la tête sont superbes, le visage trahit la rage, des défenses accusées sortent des coins de la bouche et lui donnent un air sauvage, les yeux respirent la vengeance, le nez est malheureusement abîmé. Un riche collier, si finement sculpté qu'il pourrait servir de modèle à un orfèvre, retient

30 NOTES d'art et d'archbologie

une sorte de bijou carré sur la poitrine* La tiare, d'un travail très soigné, porte sur le devant une tête de mort et sur le côté une sorte de palme ou croissant*

Au-dessus de la ligne horizontale formée par le voile soutenu derrière la tête, on remarque une série dedix figiures symétriquement placées des deux côtés d'une sorte de blason que supportent d'une main deux enfants couchés. Sur cet emblème en forme de cloche, est profondément gravé en creux un signe imitant une crosse ou un point d interrogation. Cela rappelle beaucoup un des hiéroglyphes égyptiens affecté aux dieux et sur la signification duquel on n'est pas encore fixé; peut-être est-ce tout simplement le signe de la mort.

(J suivre.) . A. A. Fauvel.

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Nous parlerons prochainement de la vente des Œuvres de F. Gaillard» qui vient d'avoir lieu. Mais, dès aujourd'hui nous tenons à signaler les numbreuses inexactitudes du catalogue, qui pourtant est des plus succincts. Nous aurions voulu un catalogue défaille, méthodique, chronologique, contenant l'histoire et la description des œuvres du Maître, et groupant autour de chacune d'elles les études qui l'ont préparée.

Par ce moyen, on aurait suivi les efforts de cette nature énergique et les curieuses transformations de son talent.

Nous exprimerons un autre regret, c'est que tant d'admirables cartons soient désormais dispersés ; quelle mine inépuisable pour celui qui aurait voulu porter, en s'appuyant sur des documents certains, un jugement définitif sur ce grand artiste.

Par bonheur, nous avons recueilli quelques épaves; la Revue aura bientôt l'occasion d'en exhiber quelque chose aux yeux de ses lecteurs.

Porte du chàteaii de Chenonceaa.

(VHr le Nmniro pricidtnt.)

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