BULLETIN DES SOCIETES ARTISTIQUES DE
l'Est (Février). — Note sur Emile FrianU — Nécrologie d'Eugène M tînt], d'après l'étude publiée par notre confrère M. André Girodie, dans le Monde catholique illustré du i5 décembre. — Etude sur Louis Beethoven, par M. G.
— L'Occident (Février. — Eloquente lettre ouverte de M. Adrien Mithouard à M. Charles Maurras, à propos d'un article de ce dernier publié par la Cadette de France, le 2 5 décembre 1902 : « Les bénéfices de la Renaissance nous ont en somme coûté assez cher pour qu'il semble dangereux de consentir d'autres sacrifices encore à vouloir acquérir ce oui demeure acquis pour toujours. A l'humanisme, les artistes n'ont plus guère à demander. L'antiquité, désormais, c'est nous. ». — Notules sur la Bretagne d'Anatole Le Braz. — Lettres inédites d'Ingres, communiquées par M. Lapauze (2 portraits de la collection Léon Bonnat). — Article substantiel de M. F. Vielé-GrirBn sur le journal Lutèce et les essais de littérature moderne. — Suite des lettres de Jules Laforgue et de la Vie de Beethoven écrite par lui-même dans ses œuvres, de P. Lacuria.
— Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest. (3 # trimestre 1902). — Le Livre d'Heures de l'abbaye de Charroux, étude posthume de Mgr X. Barbier de Montault, avec notes de M. A. Richard. Description très détaillée des onze miniatures à pleine page que contient le manuscrit imputable au xvi* siècle. Hypothèses discutables sur l'auteur et les possesseurs de cette oeuvre « de la belle période de l'Art renouvelé ». — Note de M. Brac sur la Boule de Brigueil-le- Chantre qui. d'après l'auteur, n'est pas une escau-
f ail le (chauffe-main), mais devait servir à contenir et à transporter les burettes des Saintes Huiles de l'Extrême-Onction, aux xvi* ou xvin* siècles. (Reproduction de l'objet ouvert et fermé).
— Les Contemporains. (Février). — Les frères MontgplRer, par J.-M.-J. Bouillat. — Greu^e, par André Girodie. — Roland et les quarante chanteurs montagnards, par J.-M.-J. Bouillat.
— La Revue Septentrionale. 1 Février). —
Note de M. G. Hector Quignon sur Corot à Beauvais :
« Ami du directeur de la manufacture de tapisseries. M. Badin, avec qui il avait été en Angleterre, Corot vint assidûment à Beauvais à partir de 1845; M. Wallet, peintre amateur, lui offrit souvent l'hospitalité dans sa pittoresque propriété près de la rivière du Thérain, à Voisinlieu, au milieu de ces prés, de cette nature qu'aimait Corot et qui lui inspira une vingtaine d'oeuvres. Trois semblent provenir du côté sud de la ville; six ont pour sujet Marissel et ses alentours; huit représentent des sites de Voisinlieu. Quatre études ont été prises à Compiègne, à Pierrefonds, à Gournav et au T réport. Le tableau « Plaines en Beauvaisis • (4.5X34) appartient à M. Lebeau à Boulogne-sur-Mer ; un autre, même sujet (35X21 ), un peu plus près de l'église Saint-Jean, avec une digue plantée de saules, une barque et un pêcheur, a figuré à l'Exposition des maîtres du siècle sous le n* 62.
La « Petite école de natation » (42X35) d'après M. Robaut, appelée « Une matinée aux environs de Beauvais ■ dans les catalogues (n° 45 bis de l'Exposition des Maîtres du siècle) est un effet de matin printanier, avec une prairie, des ormes au bord de l'eau, deux personnages. Les « Laveuses à Marissel » du musée de Reims (55X4$) représentent au premier plan deux femmes lavant dans une mare peu profonde; une petite fille les regarde: la scène est placée dans l'éclaircie de deux massifs d'arbres, en avant du village.
Corot a fait deux études dans le chemin qui longe la voie ferrée entre Marissel et Voisinlieu : « Les saules à Marissel ■ phot. (Braunj, avec une variante : « Paysage, allée de Beauvais », qui aurait été donnée à la Société des Amis des arts d'Arras, pour sa loterie annuelle. Au premier plan, un sentier entre les prairies ; à gauche, une rangée de peupliers, à droite, de beaux saules le long du fossé ; un groupe de trois personnes y figure. La seconde étude (26X37) «A Marissel» prairie aux troncs brillants, présente les deux mimes lignes d'arbres et un faucheur dans une prairie : effet de printemps.
Corot a fait au moins deux études préparatoires de l'église de Marissel (le tableau définitif était au Salon de 1867). La première est entre des mains inconnues. La seconde : « Marissel, chemin en face de l'eau » (43X28, en hauteur), est un effet de printemps, une ébauche. Le « Souvenir de Marissel 9 est une œuvre capitale.
— La Chronique des Arts. (Février).— Dalou et la conservation du Musée du Louvre en 1871, d'après le volume de M.Maurice Dreyfus (Paris, Laurens, in-4 # , loo3), par P. D. « C'est à la ferme résolution de Barbet de Jouy de se maintenir au Louvre, malgré sa révocation ( 187 1) que le Loti* vre dût être sauvés. L'auteur narre les incidents de ce drame et dépeint l'attitude de l'éminent conservateur du 21 au 24 mai. A la rentrée de l'armée de Versailles, après avoir sauvé les collections, il favorise la fuite de l'artiste, avec le même désintéressement. —-Correspondance d'Italie, où M. Gustave Frizzoni décrit les nouvelles acquisitions du Musée Poldi-Pezzoli à Milan. — Eloquente protestation de M. Auguste Marguillier, à propos de la restauration de l'Autel Paumgartner, d'Albert Durer, de la Pinacothèque de Munich. Une planche hors texte reproduit les volets avant et après l'acte de vandalisme qui vient de les dénaturer sous le fallacieux prétexte de leur restituer leur forme pre-
— Bulletin de la société des Sciences et Arts du Beaujolais. (Octobre-Novembre-Décembre). — Un fragment de poterie rouge à couverte lustrée, par M. le D* Antoine Sabatier. — Jean-Baptiste Martiny, médecin de Villefranchecn-Beaujolais (1673-1751J, par M. le D r Léon Missol. — La Milice bourgeoise de Villefranche (suite), par M. E. Longin.— Chronique du trimestre, par M. Eugène *Ëerlot. — Gravures : Fragment de poterie, décor au corbeau.
— Bulletin du diocèse de Dijon. (Janvier).
— Les fleurs littéraires' d'une correspondance épiscopale : lettre de Mgr Cal lot, évêque d'Oran, à Mgr Rivet, évêque de Dijon. — Question d'esthétique : le luxe décoratif dans l'art. — Attribution à Beneuvre d'un atelier monétaire de l'époaue mérovingienne (F. Pajol). — Chronique. — Questions et réponses.
(Février). — Madame de Sévigné en Bourgogne d'après ses lettres (R. Elie). — La Vie littéraire à Dijon au xvm* siècle (E. Debrie). — Chronique.
— Questions et réponses.
— La Tribune de Saint-Gervais. (Décembre).
— Etude de Mgr Foucault sur la Rythmique gré' gorienne d'après Guy d'Aretto. — (Janvier). — feuite des études de MM. A. Gastoué et H. Quitta rd.
— Le Monde Catholique Illustré. (Décembre). — Etude de S. Lipparini sur Le* fresque* de Saint Jean-Baptiste à Ùrbin et la peinture ombrienne primitive. (9 gravures). Critique de l'ouvrage de M. l'abbé Broussolle 6ur la Jeunesse du Pérugin et le* origines de l'Ecole ombrienne : « l'étude est incomplète en ce qu'elle vise par dessus tout à décrire les caractères originels des premières peintures de 1 artiste dans lequel la plupart veulent personnifier toute l'histoire de l'art ombrien ». — Autre étude d'Horace Marucchi sur les Catacombes et le Dogme catholique. (l3 gravures). — Compte rendu de l'Exposition de* primitif* flamands à Bruges, par R. Le Cholleux. (8 gravure»).— Etude de M. André Girodie sur les Seines de la Nativité dans la Peinture française moderne. • 11 est fort difficile de découvrir dans le xix* siècle un cycle d'oeuvres nées d'une même idée et tendant au même but. La Chapelle des Espagnols, de Florence, ou le Campo Santo, de Pi se, merveilles d'homogénéité seraient impossibles à l'heure actuelle. L'individualité a tué l'Ecole, la fantaisie a démoli la règle et, nul ne l'ignore, la tradition religieuse n'a que faire des artifices d'une esthétique ou, tour à tour, le culte de la ligne ou le culte de la couleur se disputent la faveur des artistes. Si la frise de Saint- Vincent-de-Paul, d'Hippolyte Flandrin est un des chefs-d'œuvre de la peinture religieuse conte mdoraine, c'est qu'elle fut la conception d'un seul artiste : l'étrange dissonance du cycle de Sainte-Geneviève, au Panthéon, en est la preuve ».
— La Tradition. (Février). — Note de M. de Beaure paire- Froment sur l'Abbaye de Conques arec la suivante attribution de la statue d'or de Sainte- Foy : « Je ne serais pas étonné qu'elle vint d*E-
;ypte et qu'on l'eut baptisée en France ». — Suite le l'article de M. Jacob Christillin : Dans les Alpes
et fin du Débarquement de Cadoud al en 18 03, de
M. Jean Gaillard.
— Bulletin mensuel de la Société d'archéologie LORRAINE ET DU M USÉE HISTORIQUE lorrain. (Janvier). — Note de M. Lucien Wiener sur Un portrait de Charles Mellin catalogué jusqu'alors sous le nom de Claude Gellee. L'auteur dé-
montre que la seule physionomie due à Sandrart est celle de Claude Gellee, dit Le Lorrain. Le Bulletin publie la note suivante :
M. l'abbé A. Bouillet, Inspecteur de la Société française d'Archéologie, a entrepris de dresser un catalogue raisonné des Sépulcres ou Mises au tombeau du Sauveur. — 11 a adresse à quelques-uns d'entre nous le questionnaire suivant, que nom croyons devoir reproduire ici :
Quelles sont, dans votre région, les localités qui possèdent des Sépulcres sculptés ?
Dans quels édifices (églises, chapelles...) se trouvent-ils?
Prière d'indiquer, pour chaque Sépulcre, dans la mesure du possible : - !• Sa matière /marbre, pierre, terrecuite, bois....:
2* Ses dimensions principales (longueur du tombeau, hauteur des personnages...);
3* La date ou l'époque de son exécution ;
4* Le nombre, la disposition et l'attitude de* personnages ;
5* Les particularités (détails de costumes, inscriptions, signatures...) qui s'y rencontreraient:
6* Les ouvrages imprimés ou les périodiques qui en font mention *,
7* Les reproductions qui en existent, soit en gravure, soit en photographie, soit même en carte postale, avec le nom et 1 adresse des éditeurs. •
— La Lorraine Artiste. (i5 Janvier). — Suite de Sites lorrains, d'E. Nicolas et du Salon Lorrain. du même auteur. — il" février). — Suite des mêmes articles.
— La Diana. (Juin 190a).— J. Déchelette.— Découvertes gallo-romaines dans la ville de Roanne.
— E. Br assort. Epitaphe récemment découverte au chevet de l'église N.-D.-de-Montbrison. — Le dôme du tribunal à Montbrison.
EXPOSITIONS
»*. Galerie Silberberg : Tableaux de MM. Delachaux, Gui guet y Ch. Cailloux, Hochart, Peter* Destèract.
— Cercle de l'Union artistique : Exposition de l'Union artistique.
— Galerie Th. Belin : Peintures et aquarelles de M. Houbron. — Exposition de la Société des Peintres enlumineurs miniaturistes.
— Galerie des Artistes modernes : Paysages de M. Jean Desbrosses. — Panneaux décoratifs de M. Leloir.
— Grand Palais des Beaux-Arts : Union des femmes peintres et sculpteurs.
— Galerie Durand-Ruel : Société nouvelle des peintres et sculpteurs.
— Galerie Georges Petit : Le* Arts réunis.
— Galerie Bernheim jeune : Tableaux de M. Eugène Carrière.
»*» Nancy : i8» Expos, des Amis des Arts, jusqu'au i5 mars. — Nice : 19* Expos, internat, ae la Société des Beaux-Arts, jusqu'au 3 1 mars. — Avignon : Exposition des Beaux-Arts, du il avril au 24 mai. — Dieppe : 2* Expos, des Amis des Arts, du 19 juillet au 24 septembre. — Evreux ; 4 - . Exposition des Amis des Arts, du 6 juin au 20 juillet.
— Nîmes : io # Exposition de la Société des Beaux- Arts, du 19 avril au 21 mai.— Rouen : Exposition internationale, du 14 mai au l5 juillet. — Toulon: 19e Exposition de l'union artistique.
»*, Glabcow : 22* Exposition annuelle de l'Institut royal des Beaux-Arts.
Lt gérant : André GIRODIE.
1406-03. — Imprimerie F. Ducloz, Moûtiers (Savoie)
L'Exposition de
la Société de Saint-Jean
ouR juger l'exposition que la Société de Saint-Jean a faite à la salle de la rue des Sants-Pères et pour apprécier l'effort artistique donné parce groupement de peintres, de sculpteurs, d'architectes, -.- de graveurs, il faut se rappeler que le but poursuivi par la Société, est le relèvement de l'esthétique de l'art chrétien dans la peinture, dans la sculpture, dans l'édification des sanctuaires sur le sol français, gardien fidèle des grands monuments de notre foi, et aussi de la propagation des idées religieuses parmi les masses par la diffusion des images saintes et des emblèmes pieux.
A ceux qui, par indifférence ou par hostilité, prétendent qu'il manque aux artistes modernes la foi ardente, qui inspira des chefs-d'œuvre aux maîtres du Moyen-Age et de la Renaissance,
Dans les dernières promotions parues à l'Officiel, nous avons eu le plaisir de trouver nos confrères MM. G irordot , Laurent et Pinta, membres titulaires, nommés chevaliers de la Légion d'honneur. Nous leur adressons nos cordiales félicitations.
il faut faire visiter l'exposition de la rue des Saints Pères : ils y verront que Part chrétien, loin de décliner, suit les évolutions, les progrès du goût à notre époque; s'ils ne sont pas de parti pris, ils seront forcés de convenir qu'un grand sentiment de recueillement se dégage de l'ensemble des œuvres exposées et pénètre le visiteur comme il a du pénétrer les artistes au moment où leur pensée s'est matérialisée sous le pinceau ou sous l'ébauchoir.
D'ailleurs, pour que des maîtres de la valeur de Merson, de Maignan, d'Adan, de Richemont et de Michel aient tenu à s'associer à cette manifestation d'art en y envoyant leurs œuvres, il faut qu'ils aient apprécié à sa juste valeur l'importance de la Société de Saint-Jean.
Puisque les noms de ces artistes viennent d'être prononcés, examinons tout d'abord leurs envois.
La petite toile que L.-O. Merson a exposée est une délicieuse fantaisie humoristique et satirique, où le peintre fronde agréablement la politique actuelle du gouvernement. De la pointe de son pinceau le plus fin, il a tracé deux personnages allégoriques, étendus sans vie sur le sable ; l'un est un génie, il a des ailes; un bonnet phrygien gît à côté de lui, c'est le génie de la Liberté. L'autre, une femme, a un poignard planté dans le dos; une main de justice et des balances disent assez que c'est la Justice immanente ; et sur le catalogue la petite toile est intitulée : Mortes? avec un point d'interrogation.
Albert Maignan a envoyé deux petits tableaux : l'un représente sous le titre de Chevalerie un saint Georges au profil hiératique, un peu dans le genre d'une ancienne peinture sur bois ou encore d'un très vieil émail de Limoges; l'autre, une Martyre de la charité est une étude dans les tonalités lumineuses et claires habituelles à la palette du maître, qui lui a servi pour la coupole de la chapelle de la rue Jean-Goujon.
Il y a une jolie impression de mélancolie triste dans la toile d'Emile Adan, représentant la façade de l'église de Ciboure, aux tons de brique rouge, avec sa cour silencieuse, où l'herbe pousse entre les pavés, et les grands murs qui la font ressembler au préau d'un cloître. Son pèlerinage à l'église d'Eu est un curieux et intéressant morceau d'architecture peinte.
L'intérieur de la chapelle Saint-Marc de A. de Richemont est clair comme le sont toutes les petites églises de la côte bretonne; il semble qu'elle doive rester souvent ouverte au grand air salé qui vient du large. L'autel en est curieux avec ses colonnades si imprévues de forme et de coloration, et Ton doit bien prier dans sa solitude recueillie.
Quant à Gustave Michel, il a envoyé un buste exquis de jeune fille, une Enfant de Marie, dont le regard de jeunesse, de candeur, de charme spirituel, est de la vie jaillissant d'entre les paupières de marbre.
Six grandes toiles attirent tout d'abord l'attention lorsqu'on pénètre dans la salle : le Saint François d'Assise prêchant aux poissons, de Girardot; la Première prédication de saint Antoine de *Padoue, de Flandrin; Jésus à Béthanie, d'Amédée Buffet; c Ooye\ s'il est une douleur semblable à la mienne, de P. G. Rigaud; un Martyre de saint Laurent, de J. Girard, et les Rameaux, de Pierrey.
Dans un paysage verdoyant, sur les bords d'un ruisseau aux eaux transparentes, à l'ombre d'un saule argenté, Girardot a placé son saint François d'Assise dans une attitude à la fois digne et familière, et Ton comprend que les jolis poissons aux écailles dorées se décident à sortir de l'eau pour goûter l'éloquence du saint par cette journée d'été radieuse et ensoleillée.
Le Saint Antoine de Padoue de P. H. Flandrin, fait contraste avec le tableau précédent par l'austérité voulue du décor, par l'ascétisme inspiré du prédicateur, par la note sombre des robes de moines se détachant sur la nudité du mur. Cela cadre bien avec le caractère décoratif de cette peinture destinée à une chapelle de communauté.
Une impression de tristesse poignante, non exempte de grandeur, se dégage de la toile de M. Buffet, Jésus à Béthanie, où la simplicité des personnages, les tonalités sourdes du paysage concourent à faire de ce tableau, une page magistrale.
Très poignante aussi la vision de ce Christ ensanglanté de P.-G. Rigaud, sur lequel se penche une Vierge désolée. Il y a une coloration brillante et des qualités sérieuses de composition dans le
Saint Laurent, de J. Girard; enfin, Pierrey s'est montré soucieux de la pure tradition évangélique dans tous les détails où s'encadre son Christ faisant son entrée à Jérusalem.
Parmi les autres sujets religieux de moins grande dimension, citons au premier rang une Vierge douloureuse de Moreau-Néret, peinte très sobrement, presque en grisaille, et qui serre, dans un
geste adorable d'amour maternel, l'enfant par lequel elle souffrira; deux toiles de Maxence, une tète de sainte : Après la Victoire et le portrait de sa fille qui rappellent en plus grand, en plus modelé, en plus personnel aussi, les riches enluminures des missels du xv e siècle, et, à côté de cela, pour montrer la souplesse
de son art, dans une note toute différente, les types exquis d'un vieux paysan et d'une bonne femme de campagne.
Une esquisse, empreinte d'un charme mystique, d'Ernest Laurent, est intitulée Madeleine, une tête expressive de sainte Catherine d'Alexandrie, est signée Urbain Bourgeois.
Trois intéressantes toiles à signaler d'Etienne Azambre, d'une finesse de coloris, d'une jolie harmonie de tons, en première ligne son Annonciation, et ensuite la tache lumineuse de sa Première communiante. La Sainte Claire enfant de Léon Printemps, profile sur un fond sombre sa délicate silhouette dans une attitude hiératique de sainte de vitrail.
Nous retrouvons P. -H. Flandrin avec une Madone tenant sur ses genoux l'Enfant Jésus, toute une gamme de blancs sur lesquels se détachent très doux le visage irradié de la mère et les chairs roses de l'enfant. A noter ancore une tête de Sainte Monique, puissamment modelée, d'Alexis Douillard et un Ecce Homo, très habilement peint de Santiago Arcos. L'expression de la vieille femme de Delamarre de Monchaux est bien observée. Un Chartreux d'Henri Pinta est d'une touche vigoureuse et hardie. J'en pourrais dire autant de son Intérieur d'église, et ceci m'amène à parler des intérieurs d'église traités par un certain nombre de peintres.
C'est Verdier, avec trois toiles très intéressantes d'une forte coloration et d'une justesse de valeurs très observée, le Christ des Rameaux à la cathédrale du Mans, la Chapelle du Lycée de Caen et la Chapelle de Saint-Marc à Saint-Quay. C'est Jean Brunet avec sa petite Chapelle de Ploumanah et ses Mendiants de la clarté à Perros Guirec, peints avec une simplicité voulue, dans une jolie matière, bien appropriée au caractère du sujet. C'est Léopold Delbeke qui, dans YInoubliable Leçon nous montre un autel flambant de lumières, contrastant violemment avec ses personnages de premier plan noyés dans l'ombre. C'est enfin Placide Thomas avec son église de Santeuil.
Parmi les paysages ayant un caractère religieux une petite toile de Pibrac a cela de particulier qu'elle reproduit exactement le même coin de la même église de Ciboure, traité déjà par Emile Adan; et il est intéressant de voir comment chacun des
8o notes d'art et d'archéologie
deux peintres a interprété la nature selon son tempérament ; un paysage d'un grand effet par son caractère de désolation, au milieu duquel se dresse l'église de Pemmarck : ce paysage est signé Rémond; enfin, un jardin de couvent, donnant une note très juste de mélancolie douce et grise, peut être rangé par le sentiment de recueillement qui s'en dégage parmi les paysages ayant un caractère religieux.
A côté d'eux, il y a les paysages proprements dits: un effet du soir, d'une poésie très intense, par Amédée Féau, toute une série d'études intéressantes au point de vue documentaire et en même temps d'une coloration superbe, rapportées par Joseph Aubert d'un voyage en Palestine, des marines délicates de ton, faites à Noirmouticrs par P. Vincent-Darasse, plusieurs petits panneaux, également des marines, donnant bien l'impression de l'atmosphère embrumée d'un grand port comme Boulogne, par Benoni Auran, une étude de Chênes dans la forêt de Fontainebleau, par O. Callaghan, bien silhouettés sur un ciel clair.
J'ai remarqué parmi les aquarelles un Lever de lune de d'Assignies, un Bassin de Versailles et un Petit Trianon de Pierre Lahalle, peints avec beaucoup de hardiesse et de brio, ainsi qu'une Vue de la Seine de Julien Barbier.
Arrêtons-nous un instant devant les dessins, les aquarelles et les lithographies de Georges Claude, où le talent d'exécution si souple et si puissant est mis au service d'une inspiration absolument élevée, d'une conception vraiment sublime de Fart chrétien. Quelle grandeur dans cette tète de Christ! quelle science de la composition et des effets dans la Cène! comme sa Vierge et r Enfant sont traités dans une note de délicatesse et de charme! Tout dans son œuvre est à citer, car tout est également parfait.
Chez les sculpteurs, il faut admirer les deux bustes, pleins de vie et largement modelés, de C. Theunissen : l'un, représentant le maître Harpignies, la palette à la main, l'autre, le grand organiste Guilmant. Une très belle statuette où Louis Noël a fait revivre le Père Olivaint, est éditée par la maison Arthus Bertrand et Béranger; une exquise personnification de la Peinture Florentine dans sa préciosité élégante est signée L. Castex. Il y a encore
une Rebecca de Louis Noël, une Jeanne d'Arc de Déchin et une Douleur de Gaston Contesse.
Vient ensuite la pléiade des architectes qui ont tenu à contribuer au succès de l'exposition d'art chrétien en y envoyant un aperçu de leurs projets et de leurs travaux. Richardière a exposé des vues de l'église d'Equennes; Balleyguier, une très intéressante restauration du château de Tiffauges (Vendée) ; Louis Duthoit un projet d'agrandissement de l'église de Malesherbes, et Lameire des détails de la coupole de Saint-Martin-d'Ainay à Lyon.
Une dernière section, et ce n'est pas la moins intéressante, nous reste à passer en revue : celle des objets d'Art.
mL * fC •
Dans une même vitrine Lucien Béranger a réuni plusieurs œuvres remarquablement artistiques et d'ordre exclusivement religieux. Ce sont des plaquettes de Mouchon, un émail très fin et d'une jolie coloration du même, représentant Jeanne d'Arc en prière, deux médailles d'Hippolyte Lefebvre et enfin un chapelet qui mérite une mention spéciale en raison de sa conception très neuve et inspirée par une haute pensée chrétienne.
Les dizaines de ce chapelet sont des médailles tripartites où le graveur a reproduit les cinq mystères glorieux, les cinq mystères
NOTES D ART ET h ARCHEOLOGIE
douloureux, et les cinq mystères joyeux. La croix du chapelet se termine par des trèfles; celui du haut contient le Père, à droite le Fils, scène de la Rédemption, au bas le Saint-Esprit inspirant l'Eglise, à gauche le Jugement Dernier.
L'antépendium et la chasuble d'Adrien Duthoit sont très remarquables. Mais, ce qui m'a plu, surtout, c'est l'esquisse absolument ravissante de ses calices et de ses burettes d'un art tout à fait imprévu de formes nouvelles, élégantes et osées tout à la fois.
J'ai remarqué encore de très fines plaquettes de Scalliet et d'Ovide Yencesse; on remarquait, également, un projet de calice