CHRONIQUE MUSICALE
L'Etranger, action musicale de M. Vincent d'indy.
l est permis de s'étonner de voir une œuvre française obligée d'aller chercher
asile sur une scène de Belgique pleine d'initiative artistique, alors que notre
Académie nationale de musique est occupée par un ouvrage italien qui n'a
même pas le mérite de la nouveauté puisqu'il a été joué dans le monde
entier.
Mais malgré toute sa science, tout son talent, M. Vincent dindy n'a pas l'heur de plaire au public mondain de notre Opéra ; on trouve son écriture compliquée, son idée mélodique courte et les amateurs de musique eux-mêmes, répétant tout ce qu'ils entendent dire, s'en vont, bonne famille de Panurge, faire ainsi les réputations et fixer le goût artistique. Des humoristes quelque peu macabres nous disent de nous calmer et de songer au succès posthume de Bizet, de Franck, de Wagner même. Grand bien leur fasse, mais,
on nous permettra d'avouer qu'un auteur est bien en droit d'attendre un autre résultat, — plus immédiat.
Ce qu'il faut toujours relever chez le Maître qui nous est cher c'est l'élévation de l'idée, la recherche de cet ensemble, de ce tout artistique qui fait de l'oeuvre lyrique un tout irréductible, une œuvre d'art dans toute l'acception du mot.
Voici en quelques lignes l'argument de l'Etranger. Sur une côte sauvage, au milieu d'une rustique population de nos jours, un étranger est arrivé. Nul ne sait son nom, son pays, de quelle riye lointaine il est venu. Son aspect est rude, et cependant bon, une émeraude à l'éclat magique brille à son front. On dirait que ce mystérieux inconnu protège le pays où il s'est réfugié. Qu'une barque soit en perdition, vite grâce à sa vigueur et son courage il organise un sauvetage et arrache à la mort la proie qu'elle guettait !
Cependant une jeune fille du nom de Vita semble porter intérêt au sauvage inconnu qui lui-même n'a pas été sans la remarquer.
Aux hasards de l'océan une prise pour la douane ; voici notre héros refusant d'en partager le produit avec le fisc. Le jeune brigadier n'a pas les mêmes scrupules ; pour lui la prise est bonne, il en profitera, et cet argent sera la dot de la jeune fille qu'il aime. Pour elle c'en est trop, elle déclare hautement son amour pour l'étranger et repousse son fiancé qui semble n'y rien comprendre. Grande émotion pour l'inconnu. En vain veut il repousser cette femme qui l'aime et se met en travers de sa vie !
Allons le sort en est jeté; il a été envoyé là par pénitence par le Ciel pour se dévouer et sauver ses semblables, mais il s'est laissé distraire de son devoir, il perd donc sa puissance et doit s'éloigner.
S'il en est ainsi la jeune fille refuse de se séparer de lui et tous deux partent déjà lorsqu'une barque va se perdre dans le gouffre funeste, ils sautent tous deux dans un canot et s'élancent au secours des naufragés ; hélas il n'est plus l'invincible, l'esquif est englouti et les sauveteurs disparaissent dans les flots qui se calment subitement et s'éclairent d'une lueur de pardon pendant que retentit le De Profutidis.
Telle est résumée très simplement cette œuvre merveilleusement bien construite comme canevas de drame lyrique, mais contre laquelle se dressent de suite quelques objections. Il est certain qu'en écartant l'idée de tout plagiat wagnérien,il n'en est pas moins vrai que les analogies sauteront de prime abord aux yeux du spectateur. Ce héros mystérieux obligé de partir dès qu'on le connaît, venant de je ne sais quel pays lointain pour protéger l'infortune soumis à un destin mystérieux est évidement proche parent de Lobengrin. Cet homme qui brave les flots et la tempête, qui disparaît au milieu des vagues, entraînant la femme qui l'aime jusqu'au dévouement, pendant que la miséricorde céleste semble s'étendre sur la nature, n'est-ce pas, jusqu'aux impressions de l'œil même, le Hollandais maudit ?
Il en résulte une influence fatale sur l'écriture de la musique.
Le style de M. d'Indy est cette fois certainement plus simple et l'auteur me semble, autant que j'en puis juger, n'avoir pas recherché les complications de Ferwaal, mais cependant l'œuvre entière n'en est pas moins bâtie sur des lait-motifs qui par leur essence même se rapprochent tellement des types que nous connaissons que la phrase musicale ne pourra pas éviter certaine analogie. Certains détails sont à ce sujet frappants. Cette mystérieuse émeraude par une sorte de figure de rhétorique va fatalement nous représenter la partie pour le tout, elle va nous matérialiser l'idée de foi et de prière et nous allons l'invoquer comme dans Parsifal nous évoquions U Graal pour la prière et l'idée divine. Ce ne sont là que quelques impressions, quelques observations que je n'aurais
peut-être pas énoncées si j'avais vu représenter l'œuvre au lieu d'avoir été obligé de me contenter d'une froide lecture.
Espérons que nous pourrons au moins en entendre des fragments importants au concert.
Combien en tous les cas est digne de nos éloges ce compositeur qui ne sacrifiant à aucun mauvais goût, écrit une œuvre haute, idéale et pure, qui dégage le drame lyrique de toute idée en quelque sorte terrestre et le ramène dans ce merveilleux, le plus sublime, l'éternel Divin.
Vincent- Darasse.
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LES « CAMPS CELTIQUES » o' ALSACE ET LE S TAU FF EN
.% Alsace (suite). — Com moufle était un brave. En 1438, alors que les Français menaçaient d'envahir le pays, il remonta la Moselle en canot jusqu'à Novéant. Son artillerie manœuvra si bien qu'il força un détachement de 800 cavaliers français à suspendre leur marche en avant vers Ancy et Ars. La tour Camoufle ne saurait donc qu'être fière de porter le nom d'un aussi vaillant guerrier.
La description des fortifications de Metz de 1352 et l'esquisse qu'en a faite le colonel Parnajon lui assigne parmi les 71 donjons qui gardaient les remparts, le numéro 69. Ces tours, la plupart rondes, certaines aussi tétragones ou pentagones, étaient pourvues de meurtrières pour les arbalétriers et surmontées le plus souvent d'une plate-forme recouverte d'un toit de zinc. Les différents étages étaient reliés par des escaliers ; elles communiquaient avec la ville par une porte ménagée au rez-de-chaussée. Les corporations de métier avaient à veiller à l'entretien de 37 de ces tours qu'elles occupaient en temps de guerre. Elles avaient à les défendre et chacune d'elles portait le nom de la corporation qu'elle abritait. Les autres étaient en quelque sorte municipales. Leur entretien et l'obligation de les défendre incombaient aux paraiges et à leurs hommes, ainsi qu'aux gens d'armes de profession au service de la ville. C'est parmi ces dernières qu'il faut ranger la tour Camoufle.
Les tours de Lorraine. 11 existe, en Lorraine, une série de vieilles tours rondes, dont quelques-unes fort belles méritent bien l'attention des amateurs d'art. Ce sont d'abord les vieux castels du pays messin et lorrain : La Horgne-au-Sablon t Magny, Haute-ïèvoye, Ancerville, Baçoncourt, Lut lange. Vie, Mensberg (château de Malborougb), Crébange et la belle résidence des Hunolstein à Hombourg.
Ensuite quelques églises : la vieille chapelle de Heckenranspacb avec sa tour ronde assurément romaine (xi e et xu e siècles) dans sa partie inférieure et recouverte d'un lierre touffu ; dans la même région, la vieille tour ronde de Farscbwiller, connue sous le nom de Moderkircbe (Mutterkirche = église-mère), le clocher de l'ancienne église, resté debout au milieu du cimetière encore en usage. 11 est à 3 étages dont le dernier est éclairé par 3 fenêtres de style ogival primaire, ce qui fixerait le xiu e siècle comme époque d'origine ; il est recouvert d'une simple toiture à deux pans.
Enfin la tour ronde de Zetting, une massive construction du xi e siècle, à 4 étages en retrait, couronnés d'une flèche assez élancée datant d'une époque plus récente. Au premier étage se trouvent les vestiges d'un foyer, ce qui fait présumer que cette tour servait originairement de corps-de-garde. L'église adjacente est de style ogival tertiaire (1434), remarquable par ses verrières du xv* siècle (8 m. de haut) et les peintures décoratives retrouvées en 1896 sous une triple couche de lait de chaux. La tour et l'église sont classées parmi les monuments historiques, tout comme le clocher de Heckenranspach.
Au nombre des objets légués récemment au musée de Cluny à Paris par un collectionneur, M. Napoléon Mazet, nous citerons une coiffure alsacienne, une tête sculptée en pierre rouge, trouvée à Strasbourg, au faubourg national. Cette tête est très probablement une des figures de la Cathédrale, le corps de la statue sera resté sur le monument. Puis un chambranle de porte en pierre sculptée, trouvé à Strasbourg dans les fondations d'une maison, rue de la Scie, et qui porte inscrite la date de 1709. Enfin la base d'une colonne octogone. Dans cette sculpture, il y a un écusson tenu d'un côté par un lion et de l'autre par un ange. Symétriquement à l'axe de l'écusson est un chevalier armé, au costume du xiv e siècle, qui tient la queue du lion. Ce travail provient des fouilles de l'ancien couvent de Sainte-Barbe à Strasbourg.
Une grande meule romaine, en bel état de conservation, a été découverte à Strasbourg, au débouché de la rue de l'Outre sur la place Kléber, lors des travaux de canalisation. Comme toutes les meules trouvées en Alsace jusqu'à présent, elle est en lave durcie et provient des carrières de l'Eifel où les Romains puisaient fréquemment. — On distinguait également, dans cette même rue, deux couches superposées de décombres romains calcinés. La couche supérieure recelait des fragments de squelettes, dont plusieurs crânes dolichocéphales (on se trouve là sur l'emplacement de l'ancien cimetière des Dominicains) mêlés à des débris d'objets romains. P. B.
Rouffacb, Tune de nos plus vieilles petites villes d'Alsace, porte encore, en maints quartiers, le cachet du xvi e siècle. La plupart de ses maisons datent de cette époque ou du début du siècle suivant. Nous apprenons qu'aujourd'hui, l'une d'entre elles menaçait ruines ; force a donc été d'abattre ces murs où la charpente courait en zigzags gracieux, de démolir ces étages en saillie, selon la mode ancienne. Pourtant cette maison n'était point parmi les plus vieilles ; nous en voyons une, de 136a, dans la « Thorleingasse », qui est toujours debout; puis, dans la rue des Juifs, c'est l'arche d'une porte de 1485 ; enfin, à côté de l'Ecole d'agriculture, c'est la maison de l'architecte Lienhardde Haslach, construite en 1492, et sous laquelle étaient prononcés les jugements de peine capitale.
/„ Nord (communication de M. A. de Meunynck, membre correspondant). Lille. — Au mois de janvier 1902, la démolition d'une grande maison située à Lille au n° 54 de la rue de Béthune, a misa jour une pierre curieuse, enclavée dans une partie de la façade. La pierre porte l'inscription suivante :
De la fondation de Martine de Grave décédée le xi e septembre 1647
D'Antoinette Chuffart Trespassée le 14 de janvier 1686
Et d'Anne Chuffart Trespassée le 17 de novembre 1689.
Cette inscription rappelle la maison des orphelines de la Présentation Notre-Dame, fondée en cet endroit, en l'année 1646, par Martine de Grave et les soeurs Chuffart. L'or-
phelinat subsista jusqu'en 1730, époque à laquelle il fut réuni à la fondation Stappaett.
— La Compagnie des mines de Lens fait bâtir un immeuble à Lille, dans la rue Thiers, en face de la rue de la Chambre-des-Comptes. Au commencement du mois de mai, des ouvriers étaient occupés à démolir de vieilles murailles, quand l'un d'eux, en abattant une pierre, fit tomber un certain nombre de pièces d'or et d'argent. En continuant les recherches, on amassa 140 pièces environ, écus de six livres en argent et louis d'or, à l'effigie de Louis XV et presque toutes au millésime de 1720.
Chéreng. — En démolissant une partie du chœur de l'église de Chéreng, M. Roussel, architecte, membre de la Commission historique du département du Nord, a mis à jour une cavité dans laquelle se trouvait un cœur de plomb, contenant le cœur d'un personnage noble de la paroisse.
En effet, sur une plaque de cuivre, soudée sur ce cœur de plomb, on lit l'inscription suivante :
C'est le cœur de Messire François-Louis, Escuyer Baron de Worden, mort à Paris le 23 février 10Q4, entre la 17* et 18 e année de son âge.
Rcquiescat in pace.
Ce personnage est le fils du fameux diplomate Michel-Ange, baron de Wuorden, correspondant de Vauban et de Godefrov, qui a laissé des mémoires dont le manuscrit est conservé à la bibliothèque de Cambrai, avec la généalogie de cette famille (Catalogue Le Glay, n° 770). Elle a possédé la seigneurie de Chéreng aux xvi c et xvu e siècles ; le baron de Wuorden y a été inhumé dans l'église, à côté de son fils, en 1699.
LouvroiL — Une trouvaille de monnaies romaines a été faite à Louvroilau commencement de cette année. Un propriétaire de cette commune, en faisant creuser un silo pour y mettre de la drèche, a trouvé, à 70 centimètres de profondeur, 130 pièces environ, en argent et en billon, de l'époque romaine, agglomérées comme si elles avaient été placées dans un sac.
Le lieu de cette trouvaille est sur le bord d'une partie retranchée de la route de Maubeuge à Hautmont. Non loin de là est située la censé dite del Haute, en raison de la situation élevée de cette partie de Louvroil. Au pied du coteau coule la Sambre, ainsi qu'un ruisseau, dit du Paradis.
La majeure partie de cette trouvaille se composait de monnaies des empereurs Commode, Septime Sévère, Caracalla, Geta, Macrin. Elagabale, Alexandre Sévère, Maximin et Gordien. Les pièces de Septime Sévère, Caracalla et Geta étaient les plus nombreuses ; par contre il y avait très peu de Gordien. Cinq des monnaies de cet empereur, qui se classent entre les années 338 et 242, permettent de fixer à cette époque la date d'enfouissement des pièces retrouvées.
,\ Lorraine.
Nous avons reçu la lettre suivante :
« Un groupe d'anciens condisciples et amis du regrette Gaston Jacquot-Defrancc, désireux de lui voir élever un monument à l'École des Beaux-Arts de Nancy, où il commença ses études et où la mémoire de Mathias Schiff est déjà consacrée de la même manière, a décidé de constituer dans ce but un comité, auquel on a pensé que vous consentiriez à accorder la participation de votre nom et de votre bonne volonté. »
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CALENDRIER DU MOIS
Le 4 Février, nous avons assisté aux obsèques de M. le général Cosseron de Villenoisy, père de notre sympathique directeur M. F. de Villenoisy que nous prions de recevoir nos condoléances les plus sincères.
La Rédaction.
Le o Février, dans la liste des Officiers d'Instruction Publique, nous avons trouvé avec plaisir notre confrère M. Auguste Marguillier, et dans celle des Officiers d'Académie, MM. E. de Laheudrie, et André Girodie, membres titulaires, et Chassevent, collaborateur des Notes d'Art et d'Archéologie.
La Rédaction.
HISTOIRE DE L'ART
♦*♦ M. Henri Lechat publie, sous le titre : Au Musée de l'Acropole d'Athènes, ses études sur la sculpture en Attique avant la ruine de l'Acropole, lors de l'invasion de Xerxès (in-8°, 468 p.. 47 fig., 3 pi., Paris, Fontemoing, 8 fr.) — M. Jean Guiffrey donne un catalogue descriptif et historique de la Collection Thomy-Thiery au Musée du Louvre lin-4», Paris, Librairaie de l'Art ancien et moderne, i5 fr.)
TECHNIQUE
»*. Ferronnerie de Style Moderne : oeuvres exécutées en France et à l'Etranger (in- 4 «», 4 5 pi., Paris, Charles Schmid, 5i, rue des Ecoles, ±b fr.). — Anatomic Artistique des Animaux, par Ed. Cuyer (in-8*, 3oo pages, u3 fig., Paris, J.-B. Bailliere -fii. .« -iclïautefeuilTe, 6 fr.) — Paraîtront
HISTOIRE
»% M. le comte Fleury réunit diverses études historiques sous le titre : Fantômes et Silhouettes (in-8«, Paris, Emile Paul, 5 fr.) — M. Paul Dubois donne une esquisse de Frédéric le Grand, d'après sa correspondance politique iin- 12, Paris. Perrinet C" 3 fr. 5o). — M. Jules de Varaville publie une Histoire de V Abbaye de Saint-Denis et des Maisons i' {? Lé 8J9 n ^Honneur (in- 12, Paris, Lecène. Oudm et O, 3 fr. 5o). — M. Paul Gauthier étudié Madame de Staël et Napoléon (in-8; Paris, Plon- Nourrit et O, 8 fr.) — M. Marcel Thibaut décrit la Jeunesse (1 370- 1450) d'Isabeau de Bavière, reine de France (in-8\ Paris, Perrin et O, 3 fr. 5oj.