‹ Notes d'art et de littérature: avec une notice biographiqueChapitre 1 sur 80 · I. Marc Debril, dans le Journal de 6en^v · texte numérisé non relu

I. Marc Debril, dans le Journal de 6en^v

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XIV JOSEPH CAPPEBON

il s'était formé l"oreille et le goût musical), et presque toujours il dit juste et profond, très souvent il exprime des vues originales.

Me permettra-t-on de citer, entre vingt exemples , ses délicates psychologies du politique et de l'homme de lettres, ses pénétrantes analyses des nuances dans l'évolution des genres et des écoles en littérature comme en art; l'ample et limpide définition qu'il donne de l'esprit français à propos de Haupassant ; le délicat portrait, et tout plein de traits d'une observation neuve et personnelle, qu'il trace de M. Jules Lemaître, et où il le défend très spirituellement du reproche de scepticisme; l'étude admirable de courage intellectuel et de conscience littéraire qu'il consacre à Dumas fils ; les médaillons d'originaux qu'il aime à fouiller comme ceux de Villiers de l'Isle-Adam et d'Henry Céard ; la grande fresque où il groupe « nos poètes en 1894 », déployant là toutes ses ressources d'artiste et d'écrivain par la vie des portraits, la belle ordonnance des groupes, l'évocation des rytfimes et le raccourci puissant des œuvres symbolisées?

De ses lettres politiques, il n'a pas été possible de rien retenir ici : écrites au jour le jour, elles devaient durer ce que dure le journal qui les emporte. Mais elles sont d'un publiciste de la bonne école française.

Il avait le gens de l'histoire ; du vivant de

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Taine, il a osé discuter avec une parfaite convenance et une force réelle les résultats de sa méthode historique. Son article sur a l'Idée de l'État », à propos du livre de M. Henry Michel, le dernier qu'il ait écrit, d'une main défaillante, est véritablement l'oeuvre d'un penseur politique.

Quant à la forme de ses écrits, on ne saurait mieux la caractériser que n'a fait M. Michel Salomon, son successeur au Journal de Genève : « Il possédait l'art exquis de ce que J.-J. Weiss nomme « le sermon pédestre », celte simplicité jamais plate, qui atteint même au relief à force de justesse concise... Il excellait au glissement léger, à cette façon de passer sans appuyer, mais non sans toucher qui on veut, et où l'on veut, du piquant de sa plume. Ajoutons qu'il avait l'autorité qui se fait entendre à mi-voix, sans hausser le ton jamais. Enfin, il annonçait, il était un écrivain du goût le plus épuré, d'une touche preste et sûre, délicatement tempéré, ce qui ne signifie pas terne : au bout de ses phrases unies, éclatait souvent l'étincelle du mot... »

Il avait certes reçu en partage les dons les plus variés et les plus rares, lui qui sut à la fois surprendre les secrets des artistes et des poètes, et pénétrer le fond même de la pensée des philosophes et des politiques. N'étions-nous pas en droit

XVI JOSEPH CAPPGRON

d'espérer que sa pleine maturité nous donaerait des œuvres maîtresses?

Ceci est un livre de souvenir : c'est aussi un livre de survivance. Il ne faut point que le tout d'une vie si pure et d'un si noble exemple disparaisse sans qu'un effort ait été tenté pour en conserver au moins un témoignage, fût-il imparfait.

Laissons ces courtes œuvres, qui n'étaient guère que des ébauches, parler tout de même pour lui. Profondément Français, par la race, par le cœur et par toutes les qualités de l'esprit, il rêvait surtout de grandeur intellectuelle pour son pays, et il l'aurait honoré. Mais il aimait aussi à voir agir près de lui ceux qui, plus que lui-même, se sentaient nés pour l'action.

Quand il perdit sa mère prématurément (elle mourut h peine plus d'un an avant lui), il reçut un coup dont il ne se releva point. C'était la brisure irréparable par où il sentit peu à peu ses forces s'en aller. Mais il lutta en homme, et s'il se tenait plus h l'écart, il n'en suivait pas moins passionnément le mouvement de la vie.

... Pendant sa dernière maladie, un ami, qui savait flatter son goût le plus vif, lui apporta une admirable médaille antique. 11 fut tout de suite

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SOUS le charme, il ne se lassait point de la con-i templer : et il s'éteignit en serrant dans sa main \ la gracieuse figurine, — - suprême et touchant 1 hommage de son culte fervent pour l'art et la I beauté. '

Joseph Capperon fut une belle intelligence, admirablement saine et active et toute pénétrée de culture française : puisse son livre durer comme un témoin singulier de cette vie intense de resj)rit qui renaît toujours sur notre terre de France.

Max LiïCLËac.

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ET

L'exposilion des graveurs au burin. — Les paslellislcs,

La gravure au burin — l'art très français des Robert Nanleuil et des Baudouin — est en danger de mor). Les procédés industriels, d'application rapide el de coût modique, nés de la photographie, et la photographie elle-même, ont fait délaisser les estampes sévères. L'eau-forle, avec sa couleur el son accent, est préférée, par les éditeurs de livres à images, à la taille-douce, dont la froideur, peu goûtée du public, ne compense pas le prix élevé. Cependant, la chalcographie nationale, au Louvre, et la Sociélé française de gravure au burin luttent contre cette décadence.

Celte dernière vient d'organiser une exposition. Le petit nombre des œuvres et la notoriété ancienne de

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plusieurs d'entre elles sont peu faits pour frapper l'opinion. Cependant les amateurs y ont retrouvé, avec joie, le Berlin d'Ingres et la Sainte Catherine de Corrège, gravés par Henriquel-Dupont , le doyen presque centenaire des graveurs français, un maître artiste dont chaque interprétation est une page originale. L'autre gloire du burin, Gaillard, le portraitiste des grands cléricaux du siècle, a disparu trop tôt : il avait renouvelé son art par une chaleur d'expression toute moderne; ses élèves sont ici, surtout M. Burney, avec l'effigie si fine du cardinal Guibert, l'ancien archevêque.

Il y a, bien entendu, beaucoup d'estampes d'après l'inévitable Meissonier. Enfin, il faudrait aller au Cercle de la librairie, rien que pour le chef-d'œuvre d'Ingres, traduit et non tralii par L. Flameng, cet admirable portrait de M°" Devançay, que le Louvre ne possède pas, et dont la beauté glaciale, sous ses bandeaux plais, dans sa robe Empire, ne s'oublie jamais quand, une fois, on l'a vue.

La gravure se meurt. Mais le pastel est très vivant. Les crayons de couleurs s'accommodent des nuances claires et du dessin rapide où se complait la jeune école. L'élégance parisienne y rencontre l'art de ses prédilections. Chaque année, à l'exposition oi^anisée par la Société des pastellistes, c'est une agréable suite de portraits féminins et de babys dans toutes les postures. Cette fois la prédominance des profils aristocratiques risque de lasser un peu. La virtuosité de nos artistes tourne, elle aussi, à la monotonie. M. Doucet a toujours la même habileté artificieuse. M. Gervex les mêmes audaces bien vieilUes. M. Chérel lire toujours le même harmonieux feu d'artifice.

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