L-# IJ
Juenou la a - ne
ca-ni - no.
me nou la a - ne o ca-ni-no.
La petite formule ci-après sert encore à accompagner des danses du même genre:
No. 8. Autre danse des Hurons (môme provenance).
A-na-ou-ï-o A-nanouïo. Yé a-nanouïo a-nanouïo a-nanouïo a-nanouïo.
Enfin, voici les danses de guerre. Celle qui va suivre est la Danse de la découverte, exécutée par un danseur représentant par sa mimique, en même temps qu'il explique par les paroles de son chant, l'action du guerrier à la recherche de l'ennemi.
«Je veux aller à la guerre. — Je t'avertis, je pars. — Je vais faire le coup tout à l'heure. — J'ai un grand nombre d'ennemis.»
On le voit en effet s'avancer avec précaution, se glisser, se traîner sur le ventre, puis, lorsqu'il a découvert l'adversaire, bondir sur lui, faire usage
Julien Tiersot, La Musique chez les peuples indigènes etc.
de ses armes, ramener enfin, eu se réjouissant, les jDrisonniers qu'il a conquis, — et ses compagnons poussent le cri de guerre, consistant à faire suivre des paroles précipitées d'un cri aigu durant lequel ils se frappent de la main sur la bouche à plusieurs reprises pour, alternativement, intercepter le son et le laisser sortir avec violence. Voici le chant sur lequel cette pantomime s'exécute :
No. 9. Danse de la Découverte, danse de guerre des Huvons (même provenance). Animé et rudement rythmé.
;^=gfar^^j5|^
i^^=^JL^^^„zip=:.
A-ni-ô, a-ni-ô, a - ni-ô. A-ni-ô, a-ni-ô. A-ni-ô, a-ni-ô, a - ni-ô.
-0^ pf^F
Tt:;:^
-=iq;
Jou oua ta -ni -a. Jou oua ta -ni -a. A-ni-ô, A-ni-ô.
lH^r:qz==:|ii3==zrq:
ZÉZ^ZJ
A-ni-ô, a-ni-ô, a-ni-ô.
Quand le danseur indique qu'il a découvert l'ennemi, tout le monde chante, comme en un murmure grandissant, suivi du cri:
No. 9 bis. Conclusion de la même chanson. Animé.
Cri de guerre.
ïou kennonouake-rinyou kincha cannon ouak, etc.
Oua!
M. Ernest Gragnon, qui avait déjà noté quelques-uns de ces chants, et a bien voulu me dire que ma notation en traduisait mieux les formes rythmiques, a, d'autre part, donné dans un ouvrage dont le titre a été déjà cité: Notre-Dame de la Jeune Lorette, deux autres chants de même origine, qu'il importe de reproduire encore pour compléter cette enquête. Le premier est la Dame du calumet^ chant huron (d'origine iroquoise), qui lui fut chanté par le fils d'un chef huron, Prosper Vincent, «Saouatanin, l'homme du souvenir».
No. 10. Danse du Calumet, Iroquois et Hurons (même provenance.)
Ef:
3=fc1=?nfzî;;ii=^r=lS:^
=fc=:j:
Hé-ïa, hé-ïa Tankennonoué.
Cet autre est la Danse du calumet des Hurons.
Hé- ïa, hé - ïa yanken non oué
No. 11. Autre Danse du Calumet (même provenance).
Mi-am hi - eh ho oui yé-héh! Hi - am hi - éh ho oui ye-héh!
Hi-am hi - éh ho oui yé-héh! Hi-am hi - éh ho oui yé-héh!
Julien Tiersot, La Musique chez les peuples indigènes etc. 17
Enfin un autre ouvrage également cité déjà, la Vie de Catherine Tckhaimta^ vierge iroquoise, reproduit deux chants de guerre des Iroquois. Le premier est l'appel chanté par le crieur public pour assembler les guerriers: sa voix seule entonne la mélopée, à laquelle tous répondent sur la syllabe Li:
No. 12. Chants de guerre des Iroquoi?. a) l'Appel.
Tsia-ta wei-a ta -ne.
Puis les guerriers se mettent en marche sur ce chaut : b) Chanson de marche des guerriers.
Li ke-ne Li ke-ne Li ke-ne 0 non nonwaionkmahtention-ba-ti - e.
Il paraîtra sans doute intéressant de joindre à ces chants, dont les ^jaroles ont disparu ou restent incomprises, la traduction d'autres chants analogues dont les poésies (sans^ musique) ont été publiées d'autre part. Voici donc, d'après un ouvrage en 5 volumes imprimé à Philadelphie en 1853: hidian Antiquities par Henry E. Schloolcraft, deux chants de guerre et un chant d'amour, suivis de l'hymne au Grand Esprit. J'en dois la traduction à la confraternelle obligeance de M. P. B. de Crèvecœur, Bibliothécaire du Fraser Institute à Montréal.
Premier Chant de guerre.
Je me lève pour chercher le sentier de la guerre. La terre et le ciel sont devant moi.
Je marche jour et nuit, Et l'étoile du soir est mon guide.
Deuxième Chant de guerre.
Je voudrais avoir la rapidité de l'oiseau pour fondre sur l'ennemi. Je regarde l'étoile du matin pour guider mes pas. Je voue mon corps à la bataille.
Je prends courage du vol des aigles.
Je désire être compté avec les tués, Car toujours alors mon nom sera répété avec louange.
Chant d'amour.
C'est ma forme et ma personne qui me fond grand. Entendez la voix de ma chanson: c'est ma voix. Je me protège avec des couvertures secrètes. Toutes vos pensées me sont connues: rougissez!
Je pourrais nous prendre loin d'ici, fussiez-vous dans une île lointaine, Si vous étiez sur l'autre hémisphère.
Je parle à votre cœur nu.
Au Grand Esprit.
Regardez vers l'Esprit. C'est celui dont on parle, Qui arrête nos vies, qui habite dans le ciel.
Tels sont des vestiges des chants indiens qui ont pu être recueillis jusqu'à ce jour au Canada. C'est peu de chose assurément: c'est pourtant mieux
18 Julien Tiersot, La Musique chez les peuples indigènes etc.
que rien pour donner une idée de l'art d'une race qui s'éteint et dont les diverses manifestations de l'esprit seront sans donte, d'ici peu, complètement effacées.
Afin de ne négliger aucune des indications qui m'ont été fournies, fussentelles négatives, je reproduirai les passages intéressants de deux lettres qui furent écrites, pour m'être communiquées, au Département des affaires indiennes du Canada. La première, écrite par M. H. Vassal, propriétaire d'une scierie à Drummondville, localité de l'Etat de Québec autrefois peuplée d'Abénakis, exprime des regrets pour le peu de lumières qu'elle apporte:
«Je ne connais pas d'autre musique primitive chez les Abénakis que celle de mon guide d'autrefois, mon vieux Louis Paul. Il introduisait deux ou trois poignées de petit plomb dans sa corne à poudre et s'en servait pour battre la mesure en se frappant dans la main à coups continus (notons au passage ce procédé pratique pour remplacer l'indispensable instrument rythmique des Indiens), et chantait: Couhiouu-aninè en pilotant le plancher en cadence. L'assistance le suivait en répondant à l'unisson: Han-hey, et la danse ainsi formée sur trois ou quatre rangs circulait autour de la salle, avec peu de variations, jusqu'à épuisement.
<La danse de guerre est à peu près la même chose, avec plus de contorsions. Le «Barde> raconte les exploits de sa tribu.»
Le correspondant témoigne encore un autre regret : celui de ne pouvoir même plus montrer un seul costume des petites sauvagesses d'autrefois:
«Le petit soulier garni en poil d'orignal, la mitasse brodée, le matchicoté en drap fin avec bordure en ruban vert, la chemise fleurie ornée d'épinglettes en argent,
— les cheveux réunis en une tresse tombant sur le dos, tête nue, pour la danse,
— et de plus, pour compléter le costume, la couverte en drap fin et le haut chapeau orné d'un large ruban vert dont les bouts retombent sur le dos.>
H annonce enfin qu'il va demander la copie de cantiques abeuakis, dont il existe un bon nombre: il en désigne un comme particulièrement populaire.
La lettre par laquelle il est répondu à cette demande témoigne plus encore de l'oubli dans lequel sont définitivement plongés ces souvenirs anciens. Elle a été écrite par un Indien lettré, lequel déclare n'avoir pu copier le cantique abénakis qu'«avec beaucoup de misère, tant à cause de bien des mots que nous n'employons plus et que, par conséquent, je ne comprends pas, que par la manière toute différente d'épeler la langue que nous parlons présentement. »
«Quant aux chansons de guerre, ajoute-t-il, j'en connais encore bien moins: pas du tout! Nos anciennes prières sauvages sont même bien changées, celles du moins qui ne sont pas tout à fait oubliées. >
On voit que le folk-lore aurait eu fort à faire s'il s'y était pris à temps pour recueillir les traditions diverses des Indiens du Canada.
Ces derniers textes révèlent une préoccupation demeurée étrangère à la partie de cette enquête qui eut pour champ d'exploration la province de Québec : ils tiennent compte à l'ethnographie indienne non seulement de ce qui, dans son domaine, provient des traditions primitives, mais encore des particularités introduites aux temps modernes par l'action du christianisme.- Cette manière de voir est légitime, car, depuis trois siècles environ que les Indiens du Canada ont été évangélisés et convertis, leur esprit en a pris nécessairement une profonde empreinte. Nous devons donc, dans l'étude de leurs chants, ne pas négliger les cantiques en leur langue, composés, sinon
Julien Tiersot, La Musique chez les peuples indigènes etc. 19
par eux, du moins pour eux. Les aptitudes musicales des Indiens ont naturellement favorisé ces pratiques. Nous avons vu déjà un missionnaire qui n'admirait aucunement les chants indigènes exprimer une opinion beaucoup plus favorable quand il s'agissait du chant religieux:
«Leur voix est tout autre quant ils chantent à l'église. Pour ce qui est des femmes, elles Font d'une douceur qui surprend; elles ont même beaucoup dégoût et de disposition pour la musique. >
La messe franco-iroquoise à laquelle j'assistai à Caughnawaga m'avait permis déjà de faire des observations analogues et de confirmer, sur ce point, ce qu'écrivait au XVIII® siècle le P. Charlevoix.
Ces cantiques sont invariablement chantés sur des airs venus d'Europe. Le dernier correspondant cité m'a communiqué le texte iroquois d'un hymne à Saint Jean Baptiste, en tête duquel il a écrit: «Sur l'air Iste confessor». Mais les plus nombreux et les plus populaires sont, comme en France, les noëls. Il en a été publié récemment un volume, avec des notations musicales: Noëls anciens de la Nouvelle-France, par Ernest Myrand (Québec, 1899). M. Ernest Gagnon , auquel il nous faut toujours revenir en ces matières , en a exactement défini la nature dans un chapitre de son livre : Choses d'autrefois.
cSi nous nous transportens, dit-il, dans les vastes forêts qui séparent la province de Québec de la Baie d'Hudson, nous trouvons des sauvages chrétiens, évangélisés par nos missiouaires, chantant des cantiques en langue indigène, sur des airs français, pendant la nuit de Noël, «la nuit où l'on ne dort pas>. Tous les sauvages montagnais, pour ne parler que d'une seule tribu, savent lire et chanter la prière.
«Les Hurons sédentaires de la Nouvelle-Lorette chantent un très beau noël en leur langage d'autrefois: Jesons ahatonnia [Jésus est né\) dont l'origine remonte au temps des glorieuses et sanglantes missions de la péninsule huronne. Les paroles en sont consignées dans un manuscrit du Père Chaumonot, et l'on suppose qu'elles sont du Père de Brébeuf, l'apôtre martyr, ou du Père Ragueneau, deux linguistes. L'air en est très populaire parmi la tribu. C'est une simple mélodie à deux temps, d'allure toute française ; elle appartient au mode mineur, ou, plus exactement, au premier mode plagal de la tonalité grégorienne.»
Certains de ces airs sont singulièrement profanes, et parfois plus modernes qu'on ne pouiTait croire. C'est ainsi que, dans l'air d'un cantique qui me fut communiqué par le Département des Affaires indiennes, j'ai reconnu,' sous maintes altérations, l'air démodé de la romance de Nina ou la Folle par amour, cette sentimentale inspiration de Dalayrac que Berlioz enfant se plaisait à jouer sur sa flûte, dans les sites romantiques du Dauphiné, en rêvant à la jeune beauté qui faisait battre son cœur précoce! D'autres ont plus de gravité. Tel est le cas pour le noël «Jésus est né», que nous avons vu signaler spécialement par M. Gagnon, et dont la musique est notée dans le livre de M. Myrand. C'est une belle mélodie, qui semble avoir un air de famille avec les cantiques bretons. Elle mérite d être reproduite ici comme le meilleur spécimen de la chanson religieuse chez les sauvages de l'Amérique du Nord.
Signalons, avant de commencer, une particularité graphique qui sera observée dans la notation ci-dessous: les livres imprimés en langue huronne représentent le son ou par un caractère semblable au chiôre 8. < Jes8s» se prononcera donc «Jesous», etc.
s. d. IMG. XI. 2
Julien Tiersot, La Musique chez les peuples indigènes etc.
Allegretto.
No. 13. Cantique huron.
Es - te - ia - Ion de tson - 8e, Je
a ha - ton - hia. On
na 8a te 8a d'o - ki n'on San das sk8a en tak. En-nonchien sk8otchi
rail.
ha -ton -hia. Je - s8s a - ha -ton -hia, Je - s8s
ni.
ha - ton - hia.
Et maintenant, il nous faut sortir du Canada, on nous avons épuisé nos observations musicales. Pourtant, avant de pénétrer au cœur des Etats- Unis, ne nous éloignons pas encore. Les peuples indiens auxquels nous avons eu principalement affaire sont les Iroquois et les Hurons ; les premiers, venus de l'Etat de New-York, y ont encore laissé quelques épaves: finissons en donc tout d'abord avec eux.
Nous avons mentionné déjà l'ouvrage allemand consacré par l'américain Th. Baker à la musique des sauvages d'Amérique : la partie de ce travail la plus intéressante, étant le résultat d'observations personnelles, a pour objet les chants d'une tribu iroquoise, les Senecas. D'autre part, un excellent critique musical de New- York , M. Henry-Edward Krebbiel (dont le nom reparaîtra maintes fois dans la suite de cette étude) a bien voulu me communiquer un cahier de chants des indigènes de l'Amérique, inédits pour la plupart, et parmi lesquels s'en trouvent trois de provenance iroquoise.
Les Senecas étaient une des six tribus fédérées dont l'ensemble formait autrefois la nation des Iroquois. Leur territoire de chasse s'étendait dans le grand district des lacs de New-York et dans la pittoresque vallée de la Mohawk Hiver. La plupart, nous l'avons vu, ont été refoulés vers le Canada ; quelques uns sont demeurés dans les réserves de l'Etat de New- York, où ils vivent en agriculteurs paisibles. C'est là qu'a été les voir M. Th. Baker, qui a passé une saison au milieu d'eux. Il a assisté à la célébra- ^ tion de leur fête annuelle — fête de la moisson et fête de mai, — et a entendu leurs chants, formant un total de quatre-vingt-neuf, dont l'exécution par deux chanteurs, au cours d'une cérémonie de caractère essentiellement religieux, ne dure guère moins de quatre heures. Il en a transcrit dix. Soit dit en passant, la constatation de ce petit nombre, produit d'une enquête assez longue et qui fut faite par un homme vivant dans le pays, pourrait m'inspirer quelque vanité pour le résultat obtenu par mes recherches au Canada, lesquelles n'ont duré que quelques jours. Mais Alceste l'a dit: le temps ne fait rien à l'affaire; tenons-nous en donc à constater que les notations de M. Baker, quel qu'en soit le nombre, sont intéi-essantes, non seulement par elles-mêmes, mais encore parce qu'elles nous apportent l'écho musical de ces fêtes de la
Julien Tiersot, La Musique chez les peuples indigènes etc.
nature dont les littérateurs — Chateaubriand par exemple — ont tracô des tableaux plus ou moins réels, et dont nous allons trouver ici l'expi-ession lyrique vraiment sincère.
Reproduisons quelques-uns des chants des Indiens Senecas tels que les a transcrits M. Th. Baker.
Voici d'abord leur premier chant de la Fête de la Moisson.
No. 14. lei" Chant des Fêtes de la Moisson des Iroquois (Baker). Assez lent.
Ka-yon a hi a de ni ta - a
he wi non he haahanhan son g-ua
^7|ç3=:iv
:ïz
gj^feî^
hua yo ni he he ahanhankayon hi ya de he he ahanhan. ho! a ho!
Des trois chants iroquois donnés par M. Krehbiel, il est un qui présente de sensibles analogies^ de forme avec celui qu'on vient de lire. La modalité, il est vrai, est toute autre ; mais on comprendra la raison de cette différence, quand on saura que ce second chant; qui est aussi un chant de cérémonie, est celui du deuil et des funérailles. Les Iroquois auraient donc le même sentiment modal que nous, s'ils appliquent le mode mineur à ces sortes de solennités, et réservent le majeur pour les fêtes joyeuses du printemps?
M. Krehbiel avait fait enregister sur le phonographe ce chant, exécuté par la voix de son interprète sauvage; il me l'a fait entendre ainsi: c'est donc une impression presque directe que j'en ai pu avoir.
No. 15. Chant de deuil iroquois (Krehbiel).
Khe-ya - dawendhdeske-non we-ron-ne Ke -ya - dawendhdes-kenon.
We-ron - ne
Donnons encore, d'après M. Th. Baker, un autre chant (le quatrième) des fêtes de la moisson. Celui-ci, à son tour, appartiendra à la modalité mineure: son échelle est celle de l'hypodorien grec, incomplète il est vrai, et bornée à cinq notes, car elle ne contient pas les deux notes fa ré.
No. 16. 4"ie Chant des Fêtes de la Moisson chez les Iroquois (Baker). Allegretto. «^
Yo son-gua we - ni Yo han-an yo ho ho han-an yohan-an! yo
Julien Tiersot, La Musique chez les peuples indigènes etc.
Ire fois
i£ 2me fois
hi