‹ Notes d'ethnographie musicaleChapitre 9 sur 11 · C-TT/r u · texte numérisé non relu

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Plus animé.

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Xous terminerons ce chapitre en groupant quelques documents qui vont nous permettre de retracer une série de scènes caractéristiques de la vie populaire arabe, où la musique joue un rôle important: les cérémonies des noces. Plusieurs troupes d'acteurs venues à Paris nous en ayant donné le spectacle, il nous sera facile d'en reconstituer les épisodes essentiels.

Les noces durent plusieurs jours. Pendant leur durée, la mariée est promenée processionnellement dans la ville, la tête et le visage couverts d'un voile blanc, escortée de ses amies et parentes et précédée de musiciens et de danseurs dont les évolutions et le bruit attirent la population. On marche ainsi dans les rues et sur les places, s'arrêlant devant les maisons amies. Le premier jour est consacré au transport du mobilier de la fiancée chez son futur époux : le second, à des achats et préparatifs de toilette ; enfin, le troisième jour, le cortège conduit la mariée au domicile conjugal. L'époux, également conduit en cortège par ses parents et amis, est introduit dans la chambre nuptiale, et, enlevant lui-même le voile qui cachait la figure de sa future compagne, est admis pour la première fois à contempler ses traits. C'est en effet là-bas un usage bizarre de ces pays lointains que les garçons font choix de leurs femmes et les épousent sans avoir pu les voir.

Au théâtre qui nous a représenté ces scènes de mœurs, les opérations des trois journées étaient naïvement résumées par trois tours et trois arrêts sur la scène.

La fiancée voilée s'avance lentement, conduite et soutenue par deux amies. Autour, des femmes en toilette de cérémonie portent des cierges allumés ; en avant une négresse marche à reculons, exécutant une façon de danse lente et cadencée en faisant sonner au bout de ses doigts les petites cymbales métalliques. Tout en tête marchent les musiciens, jouant de leurs hautbois aux sons rudes, et accompagnés de tambours

de diverses espèces. Le bruyant instrument à anche joue d'abord une série de fioritures entremêlées de figures rythmiques à peines mesurées, comme un prélude improvisé; puis il attaque une mélodie courte, qu'il répète indéfiniment, et entremôle à son gré, suivant l'usage maintes fois constaté. Ces marches de cortège (nuptiaux et autres) sont, en grand nombre dans la musique arabe, toutes de même style et de même caractère. En voici une que les visiteurs de l'Exposition de J900 ont pu entendre fréquemment aux abords du Théâtre égyptien. La première mesure, donnant le signal du départ, est répétée d'abord un nombre incalculable de fois, avant que le musicien se décide à attaquer la formule mélodique proprement dite, qui décide de la mise en marche.

Solennel

Les tambours accompagnent uniformément cet épisode initial par le rythme solennel d'une noire pointée suivie d'une croche. Puis, la marche étant commencée, l'instrument attaque et répète le thème processionnel ci- après :

Même mouv*

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Un autre instrument accompagne ce développement par la tenue de la note ut au grave, formant pédale, ou plutôt, pour nous servir d'une expression populaire empruntée à la technique de la cornemuse et de la vielle, faisant le « bourdon ». La percussion modifie son premier rythme, qui devient celui-ci dans chaque mesure : croche, noire, croche.

Le cortège s'avance ainsi, les musiciens répétant incessamment la même musique. Mais en arrivant devant la maison où l'on doit s'arrêter, le mouvement change : les instruments à percussion battent des rythmes contrariés et tumultueux, le bourdon passe du do au ré, et tandis que l'on entre, l'instrument mélodique fait entendre la nouvelle formule que voici :

Vite.

N'insistons pas sur les divers détails du cérémonial. Il y a, dans les noces arabes comme dans celles de nos provinces françaises, des chants alternés où les hommes et les femmes se répondent en formant deux chœurs. Voici la mélodie d'un de ces chants :

Les hommes.

Le dernier jour enfin a lieu la principale cérémonie nuptiale. La fiancée a été introduite dans sa nouvelle maison : tandis que les musiciens s'en vont à la rencontre de l'époux, les femmes, restées seules, se rangent aux côtés de leur amie, et lui chantent un épithalame dont le chant, comme les paroles, sont de tradition. Elles ne lui montrent pas le mariage sous des couleurs sombres, comme en France, où la « Chanson de la Mariée » la plus populaire dit à la femme que l'avenir est plein de menaces, que la liberté est à jamais perdue pour elle, qu'elle est liée

désormais

Avec un lien d'or Qu'on n'délie qu'à la mort.

Tout au contraire les femmes arabes prodiguent les compliments à cette mariée toujours invisible, lui disent qu'elle est belle comme les fleurs, admirent « ses yeux noirs aux minces sourcils », sa taille « souple comme le roseau », ses cheveux « aux lourdes tresses semblables au plumage d'une autruche ». Leur mélopée, chantée très librement et sans mesure, n'est pas sans charme, avec son indécision du ton mineur à son relatif majeur (c'est un hypodorien très pur). La voici :

' Pas trop lent et bien lié.

Kntin le marié est introduit à son tour au son des instruments: conduit auprès de l'épousée, il lui est eniin permis de soulever le voile qui jusqu'alors lui avait caché ses traits.

La journée se termine par des chants et des danses.

Ces divers échantillons de musique orientale nous montrent que, si l'art arabe est loin d'atteindre aux perfections de L'art moderne européen, il a avec lui des points de contact bien plus nombreux que ceux des pays d'Extrême-Orient ou de l'Inde. A une époque où la décadence de la civilisation arabe est entièrement consommée, il garde assez de traces de sa splendeur d'autrefois pour que l'on puisse avancer sans crainte qu'au temps de sa principale efflorescence il était certainement aussi riche, probablement beaucoup plus, que n'était l'art européen à la même époque. Même aujourd'hui il peut avoir encore pour nous du charme, nous révélant des aspects particuliers, des accents, une expression, des formes que nous n'aurions pas su trouver nous-mêmes, et qui appartiennent à lui seul. Il mérite donc de ne pas être dédaigné et d'être étudié avec intérêt et attention, comme un document de réelle importance pour la connaissance intégrale du génie musical de l'humanité.

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