‹ Notes d'un condamné politique de 1838Chapitre 11 sur 48 · C. HINDENLANG · texte numérisé non relu

C. HINDENLANG

& Prison de Montréal, 15 février 1839, 2 heures avant ma mort,

accompagné de quelques officiers militaires, de plusieurs soldats et d’un bon nombre de curieux, vint chercher les deux victimes. De Lorimier, en voyant approcher ce cortège, dit au geôlier d’une voix ferme :—“ Je suis prêt !” Il m'embrassa, salua tous les amis, auxquels il avait déjà dit adieu, et partit avec son compagnon Hindenlane.

J'ai dit que leurs trois compagnons d’échafaud étaient logés dans une autre partie de la prison, de sorte que je ne pus avoir avec eux aucun rapport.

Le bon prêtre qui assistait De Lorimier nous avait recommandé de prier pendant l’exécution, ce que nous fimes avec toute la ferveur dont nous étions capables. La religion est toujours vrale pour les bons cœurs et les esprits droits ; mais c’est surtout en face de la mort que ce caractère de vérité brille de tout son éclat.

Trois quarts d'heure après le départ de nos infortunés camarades, un employé de la prison, un canadien, entra dans notre logement ; il nous annonça, en fondant en larmes, que les cinq victimes étaient dans l’autre monde.

Ces exécutions furent les dernières : douze condamnés politiques avaient rougi le gibet de leur sang, entre le 21 Décembre 1838 et le 15 Février 1839, savoir : MM. Cardinal, Duquette, Decoigne, Robert, Ambroise Sanguinette, Charles Sanguinette, Hamelin, De Lorimier, Hindenlang, Narbonne, Nicolas et Daunais.

Mais si les exécutions cessèrent alors, grâce.

nous dit-on, à des ordres formels reçus d’Angleterre, les procès politiques et les condamnations à mort ne cessèrent pas.

Nous passâmes encore quelque temps sans apprendre de nouvelles de notre sort futur :

quand je parle de nouvelles, je veux dire deson dit ; car le gouvernement ne nous faisait signifier son bon plaisir, pour l'exil ou la potence, que quelques heures d'avance.

Au mois de Juin, nous fûmes informés qu’il était bruit que les condamnations à mort avaient été ou allaient être commuées en sentences de déportation à vie. Pour ma part j'étais résigné à tout ; nous avions contracté presque l’habitude du malheur, et nous ne pouvions guère être plus mal que nous n’étions, croyions-nous alors. Nous nous trompions.

Nous continuâmes donc d'occuper la prison de Montréal, ne recevant du gouvernement que du pain et de l’eau, mais généreusement secourus par nos compatriotes, et renfermés tous les jours dans nos cachots de quatre heures de

l'après-midi jusqu’à dix heures du lendemain de chaque jour.

Mes bons vieux parents vinrent me voir plusieurs fois dans le cours de ma détention. Ma pauvre mère, quoique bien aflligée, était moins affectée de la perspective de mon exil que de celle de ma mort. Elle me disait :

— Tu reviendras.”

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