‹ Notes d'un condamné politiqueChapitre 10 sur 62 · SO · texte numérisé non relu

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LES SOIRÉES CANADIENNES

qui semble vouloir se déverser dans son sein. Au milieu de la plaine s’élève un grand temple, tout à fait seul, il abrite la cellule de St. François. Le soleil qui tombai1- en cet instant derrière les montagnes jetait encore un rayon sur sa coupole et la couronnait d’un nimbe enflammé ; ce temple m’apparaissait là, comme la consécration de toutes ces beautés de la nature. On ne pouvait mieux placer cet asile de la piété.— Le beau est une émanation divine, quand on le goûte, quand on l’aime, il inspire l’adoration, le cliant et la prière, ces expressions variées de l’amour ; et quel lieu pourrait en inspirer plus que celui-ci ?

J’étais donc complètement fixé dans une douce émotion, quand je sentis une main qui me touchait au coude, par une des ouvertures antérieures de la diligence ; et je vis au bout de cette main un cornet de bonbons qui me parut bien s’adresser à moi. Cependant avant de puiser dedans, je voulus voir plus loin. — Dans cette circonstance, la curiosité était bien de mise, meme chez un homme. Sans être peintre, j’aurais bien reconnu, aux contours souples et arrondis d’un joli poignet et aux articulations adoucies des doigts, que je n’avais pas affaire à un loup de mer, pas même à une personne d’un certain âge. Pour voir, je n’avais qu’à me baisser ; je regardai donc ; et je vis une jeune personne, tète nue, au visage gracieux, sans être d’une beauté éblouissante comme toutes les immortelles visions des voyageurs. Elle était assise à côté d’un vieillard que je connus plus tard comme étant son père, et vis-à-vis d’un gros oncle que le papa

SOUVENIRS DE VOYAGE

n’appelait jamais que signor maestro , ou signor prof essore. — C’était un notaire. — En me voyant du haut de mon siège impérial, la jeune fille me porta sa main encore plus directement, me priant, avec une expression de timidité ingénue, de vouloir bien partager ses bonbons avec la famille. Le désir était trop gracieux pour que je ne m’y rendisse pas. On aime les sucreries à tout âge.

On aime aussi à tout âge et dans tous les pays du monde ces démonstrations sincères de bienveillance. Après avoir fait un long séjour dans des villes étrangères, quand on s’est habitué à ne recevoir que des attentions égoïstes et des services jamais assez payés, qui cachent toujours des goussets tendus et des bienfaiteurs insatiables, on aime à trouver sur sa route une main qui verse dans la main de l’inconnu ce qu’elle a de bon, un cœur qui partage autour de lui ses affections et ses plaisirs ; cela n’indique pas toujours une bonté isolée, individuelle, mais des habitudes communes à une société.

OU JE m’arrête.

Tous ces petits témoignages de bienveillance que je

reçus dans l’Ombrie contribuèrent encore à me rendre

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ce pays cher. C’était déjà bien assez d’y avoir ti

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un séjour enchanteur, une multitude d’œuvres ravissantes de Beato Angelico, du Perugin et de Raphaël, des vieux sanctuaires, vénérables aux yeux de l’artiste comme à ceux du chrétien. J’y séjournai donc le plus longtemps qu’il me fut possible.

Etabli à Pérouse, je laissais doucement s’écouler les journées en attendant que le choléra disparut de sur la frontière, où il régnait toujours comme on me l’avait dit si énergiquement à Orvieto. Rien ne m’invitait à aller braver ses fureurs ; sans craindre l’épidémie, j'entrevoyais dans l'horizon bien des quarantaines ! L’étude, plusieurs jolies églises, des couvents intéressants à visiter, une excursion au lac de Trasimène, une autre à Assise se partagèrent mon temps.

Ce serait ici le moment de parler de cet art ombrien, dont nous touchons en ce moment le principal sanctuaire; mais je pense que le lecteur, (si lecteur il y a) éprouve, comme moi, le besoin de prendre quelques jours de repos, et comme je sais que nulle part on ne peut être plus tranquille qu’à Pérouse, je crois bien faire de m’y arrêter.

NAPOLEON BOUïiASSA.

O vous qui m’avez dit : “ Ne laisse point ton chaume, “ Ni tes bois ni tes prés en fleurs :

“ La gloire te sourit ; mais ce n’est qu’un fantôme “ Qui vend toujours cher ses faveurs :

“ Aux branches de l’ormeau suspend ta faible lyre “ Car nul ne voudra t’écouter :

“ Laisse chanter l’oiseau, l’homme souffre et soupire : “ L’homme n’est pas fait pour chanter. ”

— Non, vous ne savez pas que ce feu qui me ronge Est une étincelle des cieux !

Que cette rêverie où mon âme se plonge Est un travail mystérieux !

Non, vous ne savez pas qu’une amère souffrance Pèse sur mon cœur sans pitié !

Que je ne veux du ciel que la douce espérance,

Et du monde que l’amitié !

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Arrêtez dans son cours le frais ruisseau qui coule En murmurant dans la forêt !

Empêchez les ébats du pétrel sur la houle Ou du grillon sur le guéret !

Et mes cris de douleur, et mes chants d’allégresse Ne monteront plus vers les cieux !. . . . Et ce luth frémissant sous ma main qui le presse Demeurera silencieux !

Mais laissez moi chanter si ma voix a des charmes Et peut distraire vos ennuis !

Recueillez, goutte à goutte, en m’oubliant, les larmes Que mes yeux versent dans les nuits !

Recueillez, dans vos cœurs, mes accents de tristesse Quand ma douleur s’éveille un peu,

Et les humbles accords, qu’en mes heures d’ivresse J’ose moduler pour mon Dieu !

Rivage où je soupire Courbant mon front rêveur, Brise dont je respire L’enivrante senteur,

Feuille qui tourbillonnes, Dans la pourpre du soir, Etoile qui rayonnes Comme un riche ostensoir,

LAISSEZ MOI CHANTER

Vous publiez sans cesse,

Du Dieu qui vous a faits, La suprême sagesse Et les divins bienfaits !

Quand sa voix vous appelle V ous savez l’écouter,

Et son nom que j’épelle Vous savez le chanter !

Seigneur, dans la nature Tout soupire pour toi !

Ton humble créature Bénit ta sainte loi !

Seul l’homme dans la fange Dont ta main l’a pétri, Traîne sa face d’ange Et son cœur tout flétri !

Avec le pré qui fume Déchiré par le soc,

Et le flocon d’écume Qui va blanchir le roc,

Et le nuage sombre Que fendent les éclairs, Les atomes sans nombre Qui flottent dans les airs ;

Avec le vent qui pleure

En berçant le roseau ; Avec l’arbre qu’effleure Le gai petit oisaau ;

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Avec le flot de moire Qui murmure et s’en va,

Je veux dire ta gloire, Eternel Jéhova !

f Votre froideur m’étonne,

O mortels aveuglés ! . . . .

Soufflez, brises d’automne,

Sur nos plaines soufflez !

Si l’homme, dans ses fêtes, Chante ses voluptés,

\ Sa gloire et ses conquêtes. . . .

\ Pour Dieu, brises, chantez !

Gronde, éclate, ô foudre Et réduis en poudre,

Le chêne orgueilleux !

Déchire la nue,

La montagne nue,

Le roc sourcilleux !

Que ta voix sublime,

Au profond abîme,

A l’altière cime Dise du Seignenr La magnificence !

Chante en son honneur, Chante sa puissance,

LAISSEZ MOI CHANTER

Grande voix des mers !

Que les flots amers, Battus des orages,

Aux échos sauvages Des lointains rivages Content son amour !

Que l’airain sonore,

Dans les tours que dore Le rayon d’aurore

/Chante et vibre encore !

Que dans son séjour De mousse et de feuille, Dès le point du jour / L’oiseau se recueille, Jette, radieux,

Ses notes limpides.

Ses trilles rapides,

Ses cris glorieux !

Que le vent qui passe /Traînant, dans l'espace,

' La feuille des bois ;

Que l’insecte qui rase,

De son aile de gaze,

La coupe que je bois ; Qu’une voix éternelle, Immense, solennelle, Retentisse en tout lieu ; Qu’ici bas tout s’unisse, Tout proclame et bénisse Le nom sacré de Dieu l

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C’est ee nom ravissant que la vive allouette, Voltigeant sur la grève cl’or,

Redit aux flots d’azur, dans le cri qu’elle jette* Suspend et recommence encor !

C’est ce nom ravissant que, dans la solitude Des bois sans feuilles, sans oiseaux, L’âme rêveuse entend, avec inquiétude, Croyant ouïr le bruit des eaux !

C’est ee nom que l’écho, de colline en colline, Va répétant avec amour,

' Alors que,, vers le soir, chaque rameau s’incline. Comme lassé du poids du jour !

C’est encore ce nom que murmure et proclame Le météore qui s’enfuit,

Secouant, dans le ciel, sa crinière de flamme, Parmi les ombres de la nuit !

Et quand tout l’univers, dans'un concert sublime. Se plaît à bénir son auteur ;

Et quand, autour de lui, tout palpite et s’anime D’amour au nom du créateur,

L’homme, plus insensible, et fier de la puissance Dont il s’affuble en ce bas lieu,

L’homme reste sans voix et sans reconnaissance. Lui, l’œuvre d’amour de son Dieu !

LAISSEZ MOI CHANTER

Mais, Seigneur, l’homme est faible, et jamais sa malice Ne put égaler ta bonté.

Souvent sa main tremblante, en prenant le calice,

Sans ton secours avait compté ;

-^Souvent ses pas perdus dans les sentiers du monde Ne suivent point la vérité,

Et sa bouche, au hazard, jette un blasphémé immonde Que son cœur n’a point médité.

Mais quelle mélodie, enivrante, inconnue,

Flotte mollement dans les airs ?

Quel son plus ravissant vint jamais de la nue Sur l’aîle du vent des déserts !

Est-ce un écho du ciel que tour à tour répètent Le val ombreux et le coteau ?

Ou le chant matinal des oiseaux qui s’apprêtent A saluer un jour nouveau ? .

Là-bas, sur le sentier qui monte la colline,

Une veuve prie en marchant ;

Là-bas, dans le lieu saint, une pauvre orpheline Mêle des larmes à son chant ;

Et de son chapelet un pieux solitaire

Dévide les vieux grains bénis ....

Tous les anges du ciel aux anges de la terre, Pour louer Dieu sont réunis !

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