‹ Notes d'un condamné politiqueChapitre 9 sur 62 · DE BRAVES GENS · texte numérisé non relu

DE BRAVES GENS

Pendant que je cbeminais à travers ces campagnes, j’ai trouvé des paysans qui m’ont offert de monter leur âne, presque tous me souhaitaient une route proxpère, la bonne nuit, et se prêtaient volontiers à ma curiosité. A Orvieto où j’ai passé plusieurs jours, pour étudier les belles fresques de Luca Signorelli qui se trouvent dans la cathédrale ; une bonne dame, en apprenant que j’étais étranger, me donna des témoignages sincères d’intérêt : elle m’envoyait ses petits enfants pour m’accompagner dans la ville et me désigner les sentiers les plus sûrs de la plaine. A Pérouse, un vieux notaire qui travaillait dans les Bureaux du Palais del Cambio où je dessinai quelques

SOUVENIRS DE VOYAGE

belles tètes du Perugin, après m'avoir fait connaître sa famille, m’avoir donné sur l’administration de la justice d’amples informations, me dit ces bonnes paroles, à mon départ : “ adieu, vous allez bien loin, et j’espère peu vous revoir ; que votre voyage soit heureux ; j’espère que vous retrouverez tous vos bons parents. ” Puis il m’embrassa avec émotion : il semblait penser que j’étais bien seul.

Pour aller de Cita-del-Pieve à cette dernière ville j’avais repris la diligence. Après avoir fait près de soixante milles à pied, j’étais bien aise de goûter encore à mes anciennes amours. J’occupais, à côté du postillon, le siège le plus élevé de l’avant, que l’on nomme l’impériale. Je pouvais de là dominer tout le paysage.

J’avais fait peu de cas de mes compagnons de route qui étaient assis à l’intérieur. Il faut avouer que les aspects variés qui avaient frappé mon regard, en se succédant comme à l’envi autour de moi, avaient complètement absorbé mon attention. Nous arrivions sur la vallée de Pérouse, après avoir franchi des terrains inégaux et sans horizons. Le Tibre à cet endroit se divise en deux branches, qui vont en serpentant se perdre dans les gorges des Apennins. Un de ces affluents baigne le rocher où s’élève Assise, et l’autre vient passer sous les murs de Pérouse, mirant dans son cours une végétation surabondante

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