POESIE
Sur nous, vous le savez, on a dit de tout temps,
Les rêves les plus fous, les plus gros contresens, De nous défigurer il faudra qu’on s’arrête.
Lorsque vous ferez voir au savant Philarète Qu’il a trop ménagé l’insolent Warburton,
Dont les pointes parfois sont d’assez mauvais ton, Qu’un critique pourrait sans trop se compromettre, Etudier la carte afin de ne pas mettre,
Dans les Etats-Unis Bytown ni Toronto,
Que Montréal n’est point voisin de Tampico,
De New-York à Boston que les Indiens sont rares, (Ici même nos bois s’en montrent très avares)
Que la terre du Sud n’eut jamais l’Yucatan,
Pour son extrémité, car c’est de Magellan,
Le détroit qu’il faut dire. Avec ces variantes,
Les critiques seront bien moins hilariantes.
A vos amis, surtout, de grâce dites bien Qu’on n’est point tatoué pour être Canadien, Que le dernier Huron est vivant à Lorette, (*) Qu’il a peint son portrait et que chacun l’achète, Que nous serons ici bientôt un million,
De français oubliés sous la main d’Albion,
(*) Notre habile artiste M. Plamondon a peint un excellent portrait de Vincent Ta-ri-o-lin, le dernier huron pur sang du village de Lorette. Ce fut ce portrait qui inspira à M. Garneau sa belle poésie, “ i e dernier Huron. ” Ta-ri-o-lin s’est fait enseigner la' peinture et a fait lui-même quantité de copies de son portrait qu’il a vendues aux étrangers.
LES SOIREES CANADIENNES
Que l’on parle à Québec un assez bon langage,
Semblable en bien des points au français d’un autre âge, Que tout français, chez nous, est â peu près chez lui,
(A moins que du théâtre, il n’éprouve l’ennui)
Que de revoir nos gens , on se fait grande fête, Aujourd’hui comme au jour qui suivit la conquête,
Que pour vous plaire usant tous ses talents divers, Chacun fait ce qu'il peut . . même de mauvais vers î
P. J. O. CIIALVEAU.
Québec 15 Avril 1S50.