‹ Notes d'un condamné politiqueChapitre 23 sur 62 · POESIE · texte numérisé non relu

POESIE

Les soins fastidieux de la chose publique,

Les vieux livres jaunis, les ennuyeux papiers, Les clameurs du palais, les clients, les huissiers, Ont chassé loin de moi cette vierge craintive Dont l’inspiration n’est que rare et furtive.

Que j’aime votre sort et le préfère au mien ! Vous suivez votre goût, vous ne gênez en rien Vos penchants favoris, l’étude et les voyages. Votre vie est le fleuve aux fertiles rivages,

Qui parcourt à sa guise un pays enchanteur, Reçoit maint tributaire en roi triomphateur,

Et semble avoir lui-même improvisé sa course.

La mienne est le ruisseau détourné, dès sa source, De ses bords tout couverts de gazons, de roseaux, Encaissé sans pitié clans d’ignobles dalleaux,

Et forcé d’accomplir un destin prosaïque.

Vous avez parcouru toute notre Amérique, Visité tour à tour tous ses climats divers,

De la riche Cuba, la merveille des mers,

Au Canada glacé, Thulé du nouveau monde ;

Le vieux Meschacébé vous a vu sur son onde,

Du noble Saint-Laurent vous avez admiré,

Le cours majestueux, le cristal azuré :

Vous avez vu français, anglais, yankis, créoles, Ici nos Algonquins, là bas les Séminoles,

LES SOIRÉES CANADIENNES

Vous pouvez comparer l’ancien monde au nouveau ! Eh bien, qu’en pensez-vous ? Tout est-il aussi beau, Au pays de Franklin qu’on vous l’a dit en France ? New-York a-t-il ou non trompé votre espérance ? Nos fabuleux voisins vous ont-ils étonné ? Voyez-vous quelque borne à leur prospérité ?

Du Nord avec le Sud, l’éternelle querelle,

Quels malheurs selon vous en germe couve-t-elle ? Leurs conquêtes sans fin sur d’antiques forêts,

La nature chassée au loin par le progrès,

Leurs railways , leurs canaux, leur incroyable audace, Voyez-vous tout cela sous une même face ? Admirez-vous beaucoup leur guess républicain ?

Et comment aimez-vous leur Sabbath puritain ? Etendront-ils bientôt de l’un à l’autre pôle Leur drapeau constellé ? Fils de la vieille Gaule, Quel sort annoncez-vous aux enfants exilés De la mère commune ? Irons-nous, dépouillés Des moeurs de nos aïeux, comme une indigne race, Disparaître sans même avoir laissé de trace ?

De quel côté nous vient le plus grave danger,

De notre propre sol ou d’un sol étranger ?

Mais à ces questions, il faudrait un volume, Aussi je compte bien que votre habile plume,

Au retour du voyage en écrira plus cl’un.

Parmi vos Parisiens, il n’est pas très commun, De trouver un auteur, qui revient de la Chine, Ou bien du Canada. . . . c’est tout un j’imagine !

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