‹ Notes d'un condamné politiqueChapitre 27 sur 62 · DURANT ET APRES LE COMBAT · texte numérisé non relu

DURANT ET APRES LE COMBAT

Le 9 Novembre, sur les neuf heures du matin, des hommes de piquet vinrent nous avertir que l’ennemi s’avançait. Des trépignements de joie accueillirent cette nouvelle dans nos rangs, et l’ordre fut aussitôt donné de nous mettre eu rang de bataille nour attendre l’ennemi.

Notre commandant, le Docteur Perrigo, après avoir donné ses ordres, s’était absenté, pour s’assurer que rien ne nous menaçait sur les derrières et voir à ce que tout fut mis en règle dans le camp : 11 n’était pas encore revenu, lorsque nous vîmes l’ennemi déboucher par le grand chemin. L’enthousiasme de nos hommes était tel et leur désir d’en venir aux mains si grand que, sans attendre le chef, ils demandèrent à M. Neveu, un de nos officiers, de se mettre à la tète et de prendre le commandement, ce que celui-ci, aussi impatient que les autres, fit, en criant de sa voix de tonnerre et du haut de sa grande taille : — En avant ! . .

A ce cri répondirent, parmi hourra ! nos cinq cents

voix, puis de suite nous nous élançâmes, à travers champs, dans la direction des troupes en criant : — ■ Victoire !

Fous courrions sur l’ennemi, en le prenant en 'écharpe et nous fi mes une décharge qui ne doit pas .•avoir eu grand effet, étant tirée de trop loin ; mais dont le bruit joint aux cris que poussèrent, en apparaissant, nos bandes dont l’ennemi ignorait le nombre, qu'il s’exagérait sans doute, eut l’effet de créer une certaine panique, dont nous profitâmes pour recharger nos armes, sans ralentir nos cris et à péine notre course.

Une décharge générale mal dirigée des troupes fît siffler audessus de nos tètes une grêle de balles, dont pas un de nous fut atteint, pas plus que des autres décharges qui suivirent. Pendant ce temps-là, nous .•courrions toujours, à travers les guêrets, les fossés et les clôtures, tirant à volonté, avec un certain effet .'Comme nous le sûmes un peu plus tard.

Enfin, nous allions toucher Tennemi, lorqffune 'dernière décharge, accompagnée d’un redoublement «de cris, acheva de le démoraliser et nous le vîmes prendre la fuite, emportant deux morts et plusieurs blessés, d’après ce que nous remarquâmes nous mêmes et les informations que nous îeçumes plus tard des gens du voisinage.

Fos gens se mettaient déjà à la poursuite sur le

chemin, lorsque le Dr. Perrigo qui nous avait rejoint au bruit de la première volée, s’avança, jusqu’aux premiers rangs donnant partout l’ordre d6 s’arrêter.

Sans doute que notre commandant redoutait, avec raison, une reprise d’offensive de la part de soldatsarmes de bayonnettes contre nos hommes qui n’en avaient pas ; probablement qu'il ne pouvait s’expliquer la retraite précipitée des troupes autrement qu’en supposant, dans ce mouvement,,, une ruse imaginée pour nous amener à une rencontre corps à corps à armes tout à fait inégales. Quoiqu’il en soit des opinions de~ notre chef alors et du motif de læ retraite de l’ennemiÿ nous n’obéîmes qu’à grand regret à l’injonction denotre commandant, et plusieurs de nous, entre autres Chevalier de Lorimier, lui en firent' sur le champ dè« sanglants reproches.

L’ennemi, qui comptait quelques centaines d’hommes, mais pas huit cents comme on nous avait dit, observé par des hommes chargés de ce soin, était bien eu retraite : nous rejoignîmes, alors, nos quartiers de résidence an camp, dont les logements étaient les maisons et les granges de MM.- Baker, Yallée et autres cultivateurs- établis à. la fourche, des quatre . chemins .

Il faisait froid ce jour là et il neigeait un peu ; la* tristesse de l’atmosphère était en harmonie avec notre î

mécontentement de n’avoir pas profité d’une victoire, acquise sans sacrifice de notre part, qui aurait pu, selon nous, nous fournir des armes et des munitions en. abondance.

Sur le soir un courrier vint nous apprendre la* fâcheuse nouvelle de la déroute de nos- amis de Lacolle et des Côtes il ajoutait que beaucoup avaient été faits prisonniers et que les nouvelles étaient partout mauvaises.

Il était évident que notre position allait devenir intenable et que rester plus longtemps réunis en ce* lieu était vouloir attirer la dévastation dans l’endroit, sans aucun résultat possible pour la cause que* nous défendions. Toute la nuit du 9 au 10 sepassa à délibérer;, nous comprenions dès lors qu’il devait être bien triste pour nous le lendemain de la* victoire.

Il fut convenu que. ceux qui n’étaient pas trop* compromis rejoindraient tranquillement leurs foyers,, que les autres, sous les ordres de Chevalier de* Lorimier, se dirigeraient vers la frontière éloignée dequinze lieues, tandis que moi je retournerais avec mon monde à Beauharnais, pour y conférer avec nos amisrestés dans ce village..

J’arrivai: à Beauharnais le 10 à onze heures de la

bA

matinée j„’y trouvai, deux cents quarante hommes

LES SOIRÉES CANADIENNES

-sous les armes ; le reste après une absence de sept jours, bien longue pour un cultivateur canadien, étaient allés rendre visite à leurs familles. Le découragement se lisait sur toutes les figures ; Il y avait de quoi, en songeant à l’absence totale d’organisation et de moyens, aux périls certains et inutiles que couraient tant de familles et à la pensée que, probablement en ce moment, nous étions les seuls sous les urines. Malgré tout, comme nous n’avions pas reçu d’ordre de mettre un terme à toute tentative de

résistance, nous résolûmes de tenir bon aussi longtemps que possible.

A trois heures de l’après-midi, un messager vint mous apprendre qu’un corps d’armée qu’on estimait à 1,200 hommes, composé de réguliers et de volontaires de Glengarry, qu’on disait traîner avec lui six pièces d’artillerie, avait traversé le fleuve au pied du lac Saint François et marchait sur Beauliarnais.

A la réception de cette nouvelle, nous nous mîmes à faire à la hâte nos dispositions pour marcher à la rencontre des troupes, sans songer meme, pour le moment, à la folie je puis dire d’une semblable idée. •Je donnai l’ordre à un certain nombre de garder le village et nos prisonniers et nous nous mîmes de suite en marche vers St. Thimothée (ma paroisse), par où venaient les troupes, traînant avec nous quatre •canons de bois montés sur des affûts improvisés.

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