I>OL
cooiBoe au Mans et dans tant d'autres ^lises , le contraste de parties de style différent j une restau* ration gothique implantée sur des constructions romanes I en quelque sorte, le combat de deux systèmes opposés.
\jà plan y d'une régularité remarquable , représente une croix latine, le transsept divisant Té* glise en deux parties égales. A Torient, la muraille du chœur fait un retour à angle droit comme dans les églises anglaises, et l'on trouvera un au* tre rapport avec l'architecture des monumens reli* gieux de la Grande-Bretagne dans une chapdle allongée qui remplace l'apside à l'extrémité orientale du chœur. C'est un pentagone , ou plutôt un rectangle plus long que large, dont les angles extérieurs ont été trpnqués.
Dans la nef, deux rangées de piliers soutiennent les arcades. Ils se composent de quatre colonnes accouplées qui semblent plus légères qu'elles ne le sont réellement. Du côté de la nef centrale, une colonnette mince comme le meneau d'une fenêtre, part de la base commune des quatre colonnes formant pilier, et sans s'y attacher, s'élève jus* qu'aux retombées des voûtes, complètementisolée des parois de la nef. Dans les bas-côtés, même décoration ; seulement, on le sent bien, la colonnette est infiniment moins élevée, et n'arrive qu'a la hauteur de la naissance des arcades inférieures. Ces colonnettes si frêles sont de granit, probablement bien garnies d'une armature en fer. Je
prise peu les tours de force , et celui-ci a un défaut majeur, c'est qu on ne s'en aperçoit pas au premier abord. En effet j la colonnette est si près du pilier et de la muraille qu'on peut l'y croire engagée; ce n'est qu'en la touchant, pour ainsi dire , qu'on reconnaît la difficulté vaincue. Or, ce me semble, le premier mérite d*un tour de force, si tant est qu'il y ait du mérite à faire une chose inutile , c'est d'étonner le spectateur. Ici , l'étonnement ne vient qu'avec la réflexion. A tout prendre, ce long fil de pierre suspendu entre la voûte et le pavé ne nuit pas à l'effet général et remplace parfaitement la longue ligne verticale qui sépare les travées dans tous les temples gothiques.
L'ogive des arcades de la nef est dessinée fortement par de larges moulures alternativement saillantes et creuses, des quarts de rond et des scoties , composant une élëgante archivolte , où le mélange de lumière et d'ombre se combine agréablement. Au-dessus règne une galerie avec deux ogives par travée, séparées par une colonnette. Le haut de la travée est occupé par trois fenêtres dont la plus élevée, celle du milieu seulement, est ouverte; les deux autres sont figurées. Devant cette fenêtre passe une autre galerie beaucoup plus étroite que la première et dépourvue de balustrade. Une seule fenêtre géminée et surmontée d'une rose éclaire chaque travée ttes bollatéraux. Dans toute la nef, les chapiteaux, d'une grande simplicité, se composent d'un bouquet de
larges feuilles et de crochets saillans; au-dessus un
tailloir carré.
Au lieu de granit on s'est servi pour les voûtes
d'un tufFeau léger. Elles sont en blocage ^ très minces, renforcées de nervures rondes qui se croisent diagonalement.
C'était une règle constante au moyen-âge de donner au choeur une ornementation plus riche que celle de la nef. A l'époque gothique, on voulut encore que cette partie de l'église eût une apparence de légèreté extraordinaire, et à cet effet on en multiplia les ouvertures. La cathédrale de Dol fournit un exemple de cette pratique. Son chœur répète la décoration de la nef, mais en la perfectionnant. Comparons ensemble deux travées. En place des quatre colonnes groupées , formant les piliers de la nef, dix colonuettes en faisceau, d'inégal diamètre, soutiennent les arcades du chœur. Il y avait deux arcades k la première galerie de la neip, il y en a trois dans le chœur, géminées, trilobées, surmontées d'un quatrefeuille. Au lieu des trois fenêtres de la nef, il n'y en a qu'une dans le chœur, mais aussi large que les trois premières ensemble. Elle se décompose d'abord en deux ogives 9 et le haut de son tympan porte une rose; chacune des ogives inscrites a de même un quatrefeuille a son sommet, et se subdivise elle-même en deux trilobés. Il faut observer que dans toutes les fenêtres de cette cathédrale, la ligne des naissances est la même pour toutes les ogives, quelles
DpL. 113
que soient leurs dimensions ( i ). I^ finesse des meneaux est véritablement surprenante; ils sont d'ailleurs très bien conservés.
Dans le chœur , les chapiteaux ne diffèrent de ceux de la nef que par un travail plus soigné; par exemple, leurs crochets sont, à leurs extrémités, garnis de feuilles plus délicatement sculptées que ne semble le comporter une matière aussi rebelle à l'ornementation que le granit.
Telle est la simplicité de bon goût de toutes les parties de ce chœur, qu'on l'apprécie davantage à mesure qu'on l'étudié avec plus d'attention. Ses piliers , alignés parallèlement aux murailles , forment, par conséquent, une enceinte rectangulaire, terminée à l'orient par deux arcades dont le pilier rencontre Taxe de l'église. Dans le mur oriental s'ouvre une fenêtre semblable par sa disposition à celles du chœur, mais infiniment plus grande. C'est une immense ogive se divisant; d'abord en deux, puis en quatre, enfin en huit ogives toutes inscrites dans la première, décroissant en hauteur et en diamètre, à mesure qu'elles se multiplient. Les huit ogives inférieures sont trilobées, les quatre qui les comprennent ont à leur sommet un trèfle à jour. Un autre trèfle remplit le haut du tympan des deux ogives principales ; enfin , dans l'ogive maîtresse , une grande rose occupe
(i) J'insiste sur C€ point, parce qu'il me sembje caractériser un système dislinit. Voir plus haut l'abbaye de Beauport.
la même place. I.es vitraux de cette fenêtre , les seuls conservée aujourd'hui , m*ont paru contemporains de Téglise, et, pour Tharmonie et la variété de leurs couleurs , on peut les comparer aux meilleurs du treizième siècle.
La disposition des fenêtres du transsept est, à quelques différences près, la même que celle de cette fenêtre orientale. En général , on peut définir l'ornementation de tous les tympans des fenêtres : une combinaison de courbes ogivales.
Un rang de chapelles borde les bas-côtés du chœur, toutes séparées par des piliers et des murs de refend correspondant aux divisions des travées. Toutefois la dernière chapelle, à l'orient, de chaque côlé, comprend deux travées et se trouve du double plus grande que les autres. La chapelle de la Vierge, dont j'ai décrit le plan plus haut, ne se distingue des autres que par sa profondeur, par une ornementation plus soignée, par le plus grand nombre de ses fenêtres.
Si je suis parvenu à rendre ma description intelligible , on observera que la cathédrale de Dol réunit presque tous les caractères distSnctifs (i)
(i) Je les étunère brMteaenc : réfutorké «1a la fabriqtw, développement coDsUnt du système vertical, légèreté apparente de la construction, assurée par des arcs-boutans solides , maïs moins importans que dans les époques postérieures ; légèreté des voûfes construites en tuffeau, absence de chapelles latérales à la nef» ornementation simple et sévère, forme constamment arrondie des motflm^, emploi vti^tnH de rdgive cl de set combimdftoils dans la décoration des fenêtres.
da premier style gothique, ayâSil déjà reçu tout son développement , mais non encore corromptT par l'exagération 9 la prétention, et la manie des petits détails , qui précédèrent sa décadence. L'époque la plus probable de la construction serai donc le milieu du treizième siècle, et de Tharmonîe fju'on observe entre toutes ses parties, cin peut coticlnfe que ce siècle ne s'est point écoulé, sans doute, avant que tout l'édifice, Fintérieurdu nKHns , ne fût complètement terminé.
Une observation qui ne pent échapper à qui* conque a voyagé en Angleterre, c'est la grande analogie qu'offre la cathédrale de Dol avec les premières églises gothiques de ce pays ( earlj engtish stylé). La forme rectangulaire du chœur, la chapelle de la Vietge {^Ladfs chapel)^ la décoration intérieure, m'ont rappelé fortement Fune des plus belles et des plus imposantes cathédrales anglaise, celle de Salisbury. Ce rapport singulier de style et surtout de plan semble confirmer kt tradition répandue en Bretagne, qui attribue à des architectes anglais la construction des principales églises de cette province. JTai vaîneneievit cherché quek]UesHins des noms de ces af>> tJÉîWf mais les rapports constans de commerte et de poHtique entre PAngleterre et la Bretagne aux treizième et quatorzième siècles permettent de supposer que les deux pays ont employé les mêmes architectes , ou du moins des architectes de la même école.
La façade, qui devait être flanquée de deux tours, n'est point terminée. On voit que sa construction a été reprise et interrompue plusieurs fois. Le premier étage de la tour du sud parait appartenir au treizième siècle; au quinzième, je crois, on Ta continuée; enfin au seizième on IV surmontée d'une lanterne dans le goût de la Renaissance. Le reste du portail semble avoir été ébauché au quinzième siècle, du moins c'est à cette époque que l'on peut rapporter des ornemens fort médiocres sculptés sur le massif qui devait porter I9 tour du nord. Abandonnée bientôt, cette tour ne s'élève guère plus haut aujourd'hui que le toit de la nef. La grande fenêtre occidentale est remplie par une arcature en plein cintre probablement du seizième siècle. Au reste, toute cette Êiçade est fort maltraitée : les fenêtres et les portes sont murées , et les omemens qu'on y remarque à moitié couverts de plâtre n'offrent plus d'intérêt.
La légèreté des contreforts et des arcs-boutans de la nef et du choeur contraste avec la saillie excessive (i)^t la lourdeur des contreforts de la tour du sud. S'ils ne sont pas une addition de mauvais goût du quinzième siècle, il se peut qu'ils aient été motivés par l'intention d'élever prodigieusement cette tour. A l'intersection des transsepts est une troisième tour de forme caiTée , médiocrement haute ; son ornementation se rapporte entièrement
(i) Oractère assez ordinaire des tours du quinzième siècle.
à celle de Fintérieur de l'église. Une bakisUradede granit en arcades trilobées couronne sa plateforme. Une autre , absolument sepiblable , entoure extérieurement la nef et le chœur.
On entre aujourd'hui dans l'église par deux portes latérales, l'une au midi, vers l'entrée de la ne^ l'autre du même coté, à l'extrémité des transsepts : c'est la plus grande; un porche la précède, surmonté d'une terrasse et de deux clochetons. L'ornementation de cette porte est d'ailleurs d'une grande simplicité. Sur ses moulures et ses voussures en retraite, assez élégantes d'ailleurs, on ne voit ni statues ni figurines, à peine quelques feuillages. L'autre porte, qcii a son petit porche. aussi, paraît plus moderne; sa décoration est plus riche et d'un goût moins pur. On reconnaît le gothique fleuri; mais ses détails manquent de grâce, car avec tout le talent possible, on ne peut atteindre à la perfection de la sculpture végétale y si la nature a refusé les matériaux convenables. Des cœurs qui couvrent un pilier octogone à l'entrée du porche, me font soupçonner que cette porte, avec les constructions qui en dépendent , auraient été ajoutées par l'évéque Cœuret, mort vers i4^o. Ce seraient alors des armes parlantes.
On voit dans le transsept gauche un magnifique tombeau de la Renaissance, malheureusement aujourd'hui fort mutilé. Deux médaillons échappés aux destructeurs représentent le chanoine à qui ce tombeau fut érigé, et son frère. Au bas du pre-
oûer médoîlloD ^ on lit : Dû6.*Jos.«JAjffEs iur la*
▼RBATUS LEHOVnOOHElfn A AC HUI0S SCCUESIJE THBSA V.
rr tàjfo ETAT XXXI, Aififr si*vcc vu. Puis dans une banderole , autour du même médaillon : Spss vra tir Dvo. Au bm du second portrait : M» Fa ahciscvs-
JaiIBS HTlva BCCIiXSIA eCOLAStCVS (sic) AG COBr«
MToms PRATXR 1 5o7. — - Sur un pilastre : Joaunis-
ihUU XVRmi LAVRBATQ8 (sic) LeHONII COIIEKOA AC TBBSA¥. rr CARO limifSIS ET CVRA OTRUCmc ET
URRATITM aspCLCRRTM. Enfin ^ 9ur un autre pi« Iftstre^ se trouve le nom de Tarchitecte, arec cette ûiscription très (nnte et difficile à lire :
6CELTE STRUXIT OPVS IffAGISTER IsTOD JottAITIfES CVITS COGIfOMEW EST IVSTVS (?) ET FLORBITTINVS.
11 faut noter que, malgré sa date très ancienne , ce tombeau est absolument classique , et qu'on n'y découvre pas le moindre souvenir gothique. Le surnom de Ftorentinus, donné au maître, explique cette pureté de style , encore si rare en France au commencement du seizième siècle.
L'état actuel de la cathédrale de Dol est assez satisfaisant quant à Tintérieur. Mais les balustrades de la galerie qui règne le long du toit , surtout celle de la tour centrale , sont horriblement mutilées. Les voûtes et le toit demandent aussi des réparations. H n'y a point de paratonnerres sur cette belle é^se , et cependant on m'assure que c'est la foudre qni â ^causé les dégâts que je viens de signaler. Je iv'en VOIS pas en effet d'autre explication probable, si tîe n'est la malice des hommes; car rédifice,bâti
presque en entier d'ua granit exirémemest dur, seoiÛe défier les efforts du temps. U aérait bie» à désirer que Ton établit des paratonuenies aur les plus importantes de nos églises; loaîs si le gouver*nement ne donne pas TaKemple, il fsat inalbeupeu<> aemeut probable que les pommunes se reliaeroot encoM long-temps k les adopter (i).
Je ne saurais appeler trop wirtammept votre at* teution , Monsieur le Ministre , sur Télégante cathédrale de Dol; et je crois remplir les vœux de tous les amis des arts, en vous priant de vouloir bien la faire comprendre au nombre des monumens à Tentretien deaqvds il est poarvu par des fonds spéciaux. L'abandonner aux foibles ressources de la ville de Dol, c'est enqoelque sorte la condamner à une ruine inévitable.