‹ Notes d'un voyage dans l'ouest de la FranceChapitre 3 sur 22 · VIXIT AN LXV · texte numérisé non relu

VIXIT AN LXV

CF I lANVARI

VS FIL POSVIT

Ce Januarius était probablement un légionnaire ou quelque employé du gouTemement romain, qu'im ordre de l'empereur transportail d'une extrémité du monde à l'autre, aussi facilement que

(i) diagistro, Is'uUs dominœ ? M G Q*eat pis rabréviation ordinaire.

(3) Clariisimœ femitue ?

(4) Probablemeol L pour Lucius. Ogée doooe une copie inexacte de ceUe inscription ; au lîeo de CF, I ou Lt il lit CN, Cneius.

Les lettres sont grandes, assez bien formées. Le D et 1*0, lig. 3, n et le K , lig. 4 , le T et TE, lig. 5 , sonl réunis.

DINANT, LEHON, COBSEUL. 103 de nos jours on envoie un percepteur de Donker* que à Perpignan. Pour supposer que c'était un milîtaire, on a cette présomption que des troupes venues d'Afrique, Mauri ossi^micicij stationnaient en Bretagne. Voir Notitia ImperiL

La même église renferme encore un monument fort curieux : c'est une cuve ronde de granit noirâtre d'environ trois pieds de diamètre, soutenue par quatre figures sculptées. Deux d'entre elles toumaut le dos à la cuve en soutiennent les bords de leurs mains : les deux autres semblent cher- <^r à la soulever par sa base : les têtes de ces dernières ont été brisées. Ce sont des espèces de mains difformes, dont le corps s'appliquant à la courbe du vase est grand comme nature; mais ils n'ont ni jambes ni cuisses, et leurs pieds sortent de dessous une tunique fort courte qu4 est leur unique vêtement; serrée à la taille, cette tunique s'attache avec un seul bouton au-dessous du col comme la saie gauloise. Leurs cheveux crépus sont taillés en rond autour de la tête ; les moustaches relevées, et sous le menton un peu de baii>e. Tout le travail en est fort grossier, et sa rudesse même ne p^met pas d'y observer quelque caractère qui précise une époque. Je ne saurais dire en vérité si c'est un ouvrage antique (les têtes ressemblent fort à certaines caricatures de Maures du bas empire), si c'est une cuve bysantine destinée au baptême par immersion, ou bien im bénitier du douzième ou treizième siècle. Quel qu'il soit.

104 DINAlNT, lehon, corseul.

c'est un monument très curieux et qui mériterait d être dessiné avec exactitude.

L'église dle-méme n'offre aucun intérêt. D'un pilier à chapiteau roman, isolé au milieu d'autres du quinzième siècle ^ on peut conclure qu'elle a été restaurée long-temps après sa fondation.

De Corseul je suis allé visiter une ruine voisine qu'on appelle dans le pays le temple du dieu Mars. Elle est située sur une colline àpune demi-lieue à peu près au S.-E. de Corseul. C'est une muraiUe élevée d'une trentaine de pieds , à petit appareil très régulier, couverte en grande partie par un lierre énorme. Son plan serait la moitié d'un octogone à côtés égaux. De distance en distance el à plusieurs hauteurs sur des ligues parallèles, on voit des trous dans la maçonnerie, qui paraissent laissés k dessein pour fixer un échafaudage. Dans le bas , la muraille est percée en quelques endroits, mais ces ouvertures irrégulières semblent produites accidentellement. Point de portes ni de fenêtres. Que ce soit un ouvrage romain , je n'en puis douter, mais sa destination est pour moi incompréhensible. Si c'était un temple , pourquoi ces trous, pourquoi cette hauteur de muraille? Comment n'y trouveraiton pas la moindre trace de décoration? Je ne puis regarder cela comme une tour fortifiée, vu le peu d'épaisseur delà maçonnerie. Enfin je ne connais pas d'usage civil que l'on puisse assigner à cette singulière construction. Nul doute, Monsieur

DINANT, LEHON, CORSEUL. 105 le Ministre, que des fouilles entreprises sur le terrain pourraient conduire à la solution de ce problème. Il est évidei^t que Ton trouverait des substructions qui feraient connaître le plan primitif du monument Peut-être découvrirait-on dans les décombres des indices plus certains. Je vous prierai donc de mettre à la disposition de . M. le sous-prefet de Dinant une somme suffisante pour faire exécuter ces fouilles ; une demi-douzaine d'ouvriers déblaieraient le terrain eu trois jours, de manière à permettre de lever un plan exact de ces ruines étranges.

A un quart de lieue de la ville, au milieu d'un champ de blé, on aperçoit de loin un énorme menhir ( i ) , surmonté d*un grand calvaire. Cal-

(r) Ayaot soaveot à parler dans ce rapport de mooumeos celtiques, je crois à propos de définir les ternies dont je me serrirai.

Menhir , pierre longue , est le nom qn'oo donne m Bretagne anx gramies pierres élevées debout, beaucoup plus longues que large. Dans d'autres provinces on les nomme : pierrts fiches onfichades.

Peulpen peut s'appliquer à toutes les pierres en général plus longues que larges posées verticalement , quelles que soient leurs dimensions. J'appellerai ainsi les pierres debout de médiocre grandeur.

Un dolmen, littéralement table de pierre, est coin|M>9é de deux pierres au moins, une verticale et une homoniale posée sur la

▼aire est le nom qu'on donne en Bretagne k un crucifix entouré des instrumens de la Passion , et quelquefois des personnages principaux de sa dernière scène. Ces calvaires sont extrêmement multipliés , et il n'y a guère de carrefour où Ton n'en trouve en pierre ou en bois. Celui-ci a préservé le menhir des tentatives des paysans qui auraient

première. D^ordinaire il y a plusieurs pierres verticales pour en soutenir une seule horizontale. Les archéologues anglais appellent cette espèce de monument cromlech; c'est, dît-on, une dénominatioQ victf ose , cromiech signifiant nn oerde de pierres. En Pranot on les nomme souvent pierres levées , pierres couvertes.

Une variété de dolmens , qu*on désigne en anglais par le mot de trilithon^ est formée par trois pierres, deux verticales faisant office de piliers, qui en portent une autre horizontale, comme un bandeau d*imposte. Je n'en ai vu qu'à Stone-Henge. Je ne sache pas qu'il en existe en France. — 11 me semble qu'on peut faire deux grandes divisions des dolmens. Les premiers auront lears piliers disposés avec une plus ou moins de régularité; les autres, au lieu de piliers, auront des espèces de parois formées de grosses pierres plates alignées de manière à représenter un rectangle. Ces derniers ont reçu difîérens noms, tels qu'ai/^ coiivertes ^ grottes aux tiet^ eto. Aucune de ces expressions ne me parait convenable; je me servirai cependant de celle à*JUée couverte, déjà adoptée par M de Caumont. Quelques antiquaires anglais les nomment kystven ooflres de pierre. En Bretagne on réserve ce mot, avec raison , ce me semble, pour des mouumeos semblables aux allées couvertes quant au plan, mais très peu élevés. Les •liées couvertes proprement dites, au contraire, sont assez hautes généralement pour qu'un homme puisse y entrer sans se baisser.

Enfin je me sers du mot latin tumulus , à peu près consacré aujourd'hui , pour désigner ces monticules de terre élevés de nudn d'homme, de forme conique , quelquefois oblongs , qu'on a'aocorde à regarder comme des sépultures. Les Bretons distinguent, par le mot galgal, les éminences artificielles composées en majeure partie de pierres ou de cailloux amoncelés.

voula le renverser ) soit pour chercbér des trésors^ soit pour l'exploiter en pavés.

Le menhir s'appelle la pierre du Cfiamp Dolentj et ce nom est d'autant plus remarquable qu'on le donne fréquemment en Bretagne et aille£irs à des monumefts semblables. Rappelle-t-il des sacrifices humains , ou bien un lieu de sépulture ^ je n'oserais décider. A Dolf une tradition populaire attribue à César l'érection de cette masse gigantesque. Ailleurs, c'est le diable en personne qui a construit ces monumens singuliers : plus loin les gnomes en sont les architectes.

La pierre du Champ Dolent a de aS à ^o pieds de haut, elle se termine en pointe; à sa base son diamètre est de 8 pieds à peu près, et sa forme représente un cône légèrement aplati. C'est un bloc de granit grisâtre; or le granit ne se trouve dans les environs, qu'au MontDol^ à plus de trois quarts de lieue, sur une colline entourée de lo^unér cages, qui probablement était une ile autref^jis. Le terrain sur lequel repose le menhir est une «roche qu'on appelle dans le pays Pierre de fer; c'est, je crois, du quartz presque pur. On m'a dit qu'il y a quelques années l'on avait fouillé au pied de cette pyramide, qu'on n'avait absolument rien trouvé, et que la pierre s'enfonçait en terre de douze pieds (i). Qu'on juge de l'énorme poids d'une

(i) Je soupçonne ici qutlqoe exagératioo.

masse de granit longue de quarante pieds et

épaisse de huit (i).

La grande rue de Dol est bordée d*arcades en ogive ou en plein cintre , soutenues par des colonnes ou des piliers de toutes les formes^ à chapiteaux généralement assez bien travaillés, quoique exécutés en granit. On en trouve de toutes les époques depuis le roman fleuri jusqu'aux derniers caprices du gothique. Ils semblent qu ils proviennent, pour la plupart, d'édifices ccmsidérables, détruits depuis un siècle au plus, car les maisons dont les façades s'appuient à ces piliers ont une apparence toute moderne. 11 y en a une pourtant dont les fenêtres en plein cintre entourées d'archivoltes sculptées, les corniches ornées de damiers et d'étoiles indiquent une construction antérieure au treizième siècle.

L'ancienne église des Carmes sert aujourd'hui de halle au blé. Elle parait avoir subi de grandes réparêffions. La nef, divisée par deux rangées d'arcades en plein cintre, eat éclairée par des fenêtres en ogive. Je suppose que les murs latéraux , ou

(i) Il existe à une lieue de Dînant un menhir à peu près blable haut de vingl-cinq pieds. Un entrepreneur avait offert de le transporter k Dinant et de le dresser sur la place , moyennant uoe somme de a,5oo fr. Dinant est sur une hauteur escarpée , et les chemins sont aui eovironi généralement mauvais. La propotitioa ne fut pas acceptée. Je doute que l'entrepreneur eût fait un giand bénéfice. Maié un menhir de vingt -cinq pieds aurait bien valu uo obélisque égyptien. Il eût été du moins infiniment plus ntuionoL

peut-être seulement les chambranles des f^tres, ont été refaits au treizième ou quatorzième siède. D'aiUeurs, le petit nombre de piliers dont les chapiteaux soient ornés de sculptures, paraissent dater du douzième. Au lieu de voûte, c'est un toit en charpente qui couvre la nef; mais les transsepts ont une voûte en pierre, légèrement ovoïde, renforcée de nervures rondes. Quant à la partie à Test de l'église, le choeur si Ton veut, c'est, suivant toute apparence , une addition du treizième ou quatorzième siècle; on n'y voit point d'apside. La suppression de l'apside se fait remarquer dans pr^que toutes les églises de village. J'aurai bientôt occasion de vous la signaler comme un des ca*ractères distinctifs de l'architecture gothique en Bretagne.

La cathédrale est un grand et noble édifice qui ferait honneur à une ville beaucoup plus importante. Outre le mérite très réel de son architec^ ture , elle se distingue encore par cette circonstance fottrare, que presque tout le monument semble avoir été exécuté sur le même plan, et l'on serait tenté de dire, par les mêmes ouvriers. Rien n'est plus rare qu'un édifice complet qui porte le cachet d'une époque. A ce titre, la cathédrale de Dol mérite une attention toute particulière. En effet, à l'exception de la façade et des porches latéraux, toute l'église présente l'aspect à la fois sévère et gracieux de l'architecture gothique à son premier développement. On ne voit point ici,

Page 1