‹ Notes d'un voyage dans le Midi de la FranceChapitre 18 sur 18 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

L'appareil est de petites pierres réunies par une masse considérable de mortier.

La porte est carrée, surmontée d'un bandeau en forme de fronton , dont Tangle supérieur est extrêmement obtus. Au-dessna, nne archivolte cintrée^ uruce (Vune moulure étroite à palmettes, 86 lie À deux fragmens de corniehe, sur laquelle on remarque deux lions dévorant des hommes.

Une croix grecque occupe le tympan. Le Père Étemel est au milieu, et les extrémités de la croix sont terminées par les attributs symboliques des évangélistes. Tous ces ornemens sont en mar»

hre blanc. Vient ensuite nne rangée d'arcades bouchées, au-dessus de laquelle on remarque autant de longues pierres saillantes , dont je ne puis m^expliquer Fusage. Elles soiit placées de chaque côté d'une grande fenêtre, qui parait une restauration, moderne. Deux fenêtres géminées , plus petites, raccompagnent. Enfin, immédiatement sous le fronton triangulaire qui termine la &çade, une dernière rangée d'autres ouvertures , inégales en hauteur, suit à» peu près la direction des corniches rampantes. — Un clocher carré , à plusieurs étages est placé à droite du chceur. Ses fenêtres cintrées , ornées de colonnes engagées , sont plus larges que celles de la plupart des tours du XI* siècle que j'aie eu l'occasion d'examiner.

Un cloître du xui" siècle assez vaste et très élégant , communique avec le collatéral gauche de l'église. 11 n'a jamais été terminé, et n^est pas

même Toûté. SesarcadesBontogivales, retombant

sur des colonnettes minces en marbre, avec des chapiteaux i crochets. Contre Tordinaire^ il n'y a de piliers qu'aux qnatre angles,

A gauche de la façade , sous une espèce d\iuyent, on voit nn tombeau fort simple, en pierre, avec le monogramme du Christ. Il est soutenu sur quatre dés de pierre , qui Télèvent de terre d'un pied environ. Le couvercle est en dos d'âne , et paraît scellé sur les parois du tombeau. C'est la plus précieuse relique de Téglise d'Arles , et en même temps tme source de revenus pouir la fabrique. Cette tombe est remplie d'une eau miraculeuse, qui ne tarit jamais, bien que le tombeau soit dit-on , complètement isolé. Quand aux propriétés de cette eau, elles sonl nombreuses et variées, u comme celles de l'huile de Macassar , ou comme les vertus de Dona Inès, n

Il faut savoir qu'autrefois, je ne saurais dire précisément à quelle époque, le territoire d'Arles fut infesté d'une grande quantité de bêtes féroces, lions, dragons, ours, etc., qui mangeaient les bestiaux et les hommes. La peste vint encore ajouter aux maux qui affligeaient la contrée. Un saint homme , nommé Amulphe , résolut d*aller chercher des reliques à Rome , pour guérir l'épidémie et chasser les animaux féroces. Pendant longtemps , ce fut l'unique remède dans toutes les calamités. Arrivé à Rdiiio , Amulphe exposa au Saint-Père la misère de ses concitoyens, et lui

présenta sa requête. Le pape toaché de eompas*

sion raccueiliit avec bonté , et lui permit do choisir parmi les reliques cojiservées à J[lome, exeeptant toutefois celles de saint Pierre et d'un certain nombre de saints, dont il eût été imprudent de se dessaisir « Amulphe était embarrassé pour se dé* cider. Après avoir passé tout un jour en prières, il a^endojcmit, et eut un songe, dans lequel deux jeunes hommes s^apparwent à lui : k Nous som- «( mes, dirent ils, Abdon et Scnnène , saints tous « deux* De notre vivant, nous étions princes. La <i Perse est notre patrie. Non» aTons été marty- « risés à Fiome, et nus corps sont enterrés en tel il lieu : exhume-les et porte-les dans ton pays ; ils « feront cesser les maux qui TajEUgent* h

Le lendemain, Arnulphe, accompagné d'une griHide &nle de peuple et suivi de travailleurs pourvus d'instrumens convenables, fit fouiller l'endroit indiqué* Ou trouva bientôt les corps de deux jeunes gma, parfaitement conservés, reconnaissables pour saints à l'odeur. Il les exhuma en grande pompe , et se disposa à les emporter. Arnulphe était un homme prudent. II pensa que , pendant le long voyage qu'il av ait à faire pour retourner dans son pays , il pouvait trouver bien des gens qui voudraient s'approprier le trésor qu'il portait, car on se faisait peu de scrupule alors de s'emparer, même par forée, des reliques de vertus bien ( onstatëes. Pour détourner les soupçons, il mit ses saints dans un tonneau, en-

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fermé dans un autre beaucoup plus grand, qu'il moplit dVmu. Dès qu'il fut en mer, les- fliatelote firent un trou au tonneau, croyant qu'il contenait du vin^ mais s'étant aperçus qu'il n'y avait que de l'eau, ils ne ponssèrent pas plus loin leurs Techerches. Je passe rapideiuent sur les <ivcnemens du voyage, tempêtes apaisées, vents £avorables«et le reste* Amulphe, débaiiqué à Reuss, avec ses reliques en double futaille, entendit toutes les cloches sonner d'elles-mêmes et se garda bien d'expliquer la cause de la merveille. Le chemin de Keuss à Arles était alors, comme il est aujourd'hui, extrêmement mauvais et praticable seulement pour les mulets* Le tonneau est donc chargé sur un mulet, et le saint homme avec un guide se met en route. Dans un sentier dangereux, bordé d'affreux précipices, le muletier, homme grossier et brutal , crut qu'il fallait donner du courage à sa bête et lâche un gros juron. Soudain ]e mulet tombe dans le précipice et disparaît. On juge du désespoir d'Arnulphe. Retrouver le mulet était impossible; retourner à Rome, en quête d'autres reliques ne Tétait pas moins. Il prit le parti de poursuivre sa route et de rentrer dans sa ville natale. Quelle est sa surprise et sa joie en entrant dans Arles d'entendre soimer les cloches et de voir iuir la place de l'église tout le peuple à genoux, entourant le mulet et son tonneau, qui avait déjà opéré la guérison des pestiférés et fait déguerpir les lions et autres bêtes féroces. Amu^he

tira d*abord les saints de leur toaneaù, et quant

à l'eau, il la versa bonnement dans un tombeau vide, pour s en débarrasser. Or, un lépreux, qui vint s*y. laver, fat guéri dans Finstant. D'autres malades vinrent bientôt constater la vertu de c( lt é eau miraculeuse. Avertis de sa propriété , les moines du lieu la renfermèrent avec soin et n'en donnèrent plus que pour de l'argent. Elle coûte encore vingtsoos la fiole ; mais on n*en donne pas à tout le monde. Il en £siut demander en catalan, pour en objteoir; et pour avoir parlé yorncAe j'ai eu le chagrin d'être refusé*

Dans le mur de l'enceinte où Ton tient l'eau miracoleuse, on a encastré un bas-relici en marbre refirésentant un chevalier d'Homs qui fut guéri

par elle d'un caiicr r au nez. Il se fiL moine , et mpurutvers liûO. Deux anges de style bysantiu sont auprès de lui dans une attitude d'adoration. Ils proviennent d'un autre monument détruit , et ont été accolés au chevalier d'Uoms par goût pour la régularité , ce goût fatal qui produit tant de disparates.

Pour aller d'Arles à Coustouges, il faut faire en« viron trois lieues dans les montagne par des sentiers difliciles. Mais la beauté des sites que je traversai me dédommagea complètement de la fatigue de la route. Sur le dernier plan d'unmagnifique panorama , s'élevait la cime du Canigou , couverte de neiges , et dans l'espace de quelques heures , mille accidens de nuages et de soleil va.*

rièrent autant de fois Taqpect de ce paysage mar , gique.

L'église de Coustonges a cLc fondée par le pape Damase , vers S7d. £lle fut ruinée par les Arabes» puis reconstruite dans le siècle. L'extérieur de rédilice ne dément pas cette date. L'appareil est de gros morceaux de granit assemblés avec précision. Du côté du midi , la teinte de ces pierres d'un orangé foncé est admirable. La porte estpla* cée à l'extrémité du mur méridional. Ce n'est pas la seule analogie que présente cette église avec celle de Ville-Neuve. J'ai retrouvé le même soubassement extérieur , les mêmes contreforts larges et un peu saillans, n'atteignant pas le haut des murs, enfin la même décoration de Tapside entourée d*une corniche en dents de scie. La tour est aussi placée à la droite du chœur. La façade , ou plutôt le mur opposé à l'apside, est dépourvue d'omemens , n'ayant qu'une fenêtre bouchée , sunnontée d'un ironton triangulaire sans corniche.

Le sol sur lequel l'église est fondée s'abaisse depuis la nef jusqu'à l'apside. A l'intérieur de l'église 9 au contraire , l'apisde est plus élevée que la nef, en sorte que je ne doute pas qu'elle ne renferme une crypte qui aura été bouchée depuis long-temps.

La porta méridionale, dépourvue d'omemens , Couvre dans unvestibtde séparé de la nef par une muraille. On y entre par une seconde porte cin-

trée avec six archivoltes très ornées qui m'ont paru présenter deux styles différens. Les troisinférieures, couTertes de palmettes , d'oves et de rinceaux, sont les plus anciennes et appartiennent incontestablement à une époque où les souyenirs de Fornementation romaine n'étaientpas encore oubliés. Les trois archivoltes supérieures présentent au contraire le caractère du style roman , sa bizarrerie et ses caprices. Au lieu de palmettes et de détails régulièrement reproduits, on voit des têtes plates, des mùnstres fantastiques, desaer-

pens, etc. Leurs retombées se tcrmiiieiit par des têtes de démons, de la bouche desquels on voit sortir des bras et des jambes d'homme. Je me trompe fort, ou ces trois archivoltes sont une addition du xi® siècle , ou du commencement du xii«.

Les voûtes de la nef sont ogivales, mais l'ogive est encore peu prononcée. L'appareil de cette TOÙte est très diflférent de celui des murs , et je suis porté à croire qu'elle a été construite asseï long-temps après l'église, qui peut-être n!aea jusqu'à la lin du xn*' siècle qu'une toiture en charpente*

On descend dans la nef par deux marches; deux

autres marches élèvent le sol de l'extrémité opposée à la hauteur de celui du vestibule; et, peur parvenir à l'autel, il faut encore monter une autre marche.

L'église n'a qu'une seul nef, et son plan est un

parallélogramme rectangle , terminé par nne apside* Deux colonnes sont placées en avant de l'oaverture de cette apside , et soutiennent une ToAte d*arétes plus basses que la voûte principale. Il en résulte comme deux portions de collatéraux qui se terminent au mur oriental, ou, si Ton yeat une espèce de transsept , car de ce côté les murs la* téraux sont moins épais et la distance d'un mur à l'autre est plus grande qu'au milieu de la nef. Ces colonnes sont grosses et courtes* Leur chapiteau parait une ébauche de chapiteau corinthien , mo* difice pourtant par quelques ornemens roaians, tels que des chevrons. Une espèce de corniche règne au-^dessus des arcades dont j*ai parlé. Elle est soutenue par des consoles , entre lesquelles «ont des dents de scie ou de larges moulures prismatiques.

La tour est carrée, assez haute et à trois étages. L'étage supérieur est percé d'une fenêtre géminée en plein cintre, surmontée d'une archivolte quadrilobée. Les deux étages inférieurs n'ont chacun qu'une fenêtre étroite et cintrée. — Je remarque que, dans le Languedoc et dans le Roussillon , les toun romanes sont plus hautes que dans le nord et même qu'en Provence. Je n'en ai pas vu une seule qui ne fut carrée.

Cette église est consacrée à la Vierge , et c^est

encore un rapport de plus [\\rc la ])lupart des . églises de la fin du viii^ siècle que j'ai observées. Charlemagne, dit-on, fonda dansFAquitaine mille

^ises, toutes sous rinvocatiion de la Vkrge. En tenant compte de rexagcration de cette tradition,

on doit remarquer que cette invocation peut être admise comme présomption en faveur de Fanliquité d'un monument, lorsque d'ailleurs elle se trouve réunie à des caractères que je résumerais ainsi pour les vm^ etix" siècles: appareil régfuliery moyen , de pierres taillées , soubassement au bas des murs^ porte latérale, donnant entrée dans un porche qui précède la nef; façade dépourvue d^ornemens, tour unique carrée, placée vers l'extrémité du chœur; style d'ornementation imité de l'antique et mêlé à des détails du roman primitif, tel que les dents de scie , les chevrons , etc.

Ma dernière cxcurnon aux environs de Perpignan me eoiiduisit au monastère de Serrabuna, dans les montagnes, à deux lieues d'UL Le site est triste et sauvage. Lesbàtimensqui dépendaient de Fancienne abbaye s'élèvent à mi-côte sur une montagne aride au-dessus d*une vallée profonde et étroitequiFentonrede trois c6tés«Sur quelque point que la vue se porte, elle ne rencontre que des roches schisteuses d'une teinte sombre et verdàtre , parmi lesquelles quelques arbustes rabougris croissent comme à regret. Les murs sont construits de gros morceaux de schiste, assemblés avec. précision. L'appareil île l'église, et surtout l'apside, est remarquable par la taille de ces pierres, que leur contexture feuilletée rendait très difficile à tra* vaiUer. Aujourdhui les bâtimeus dcpcndans du

monastère tombent en ruines, et Tëglise elle-même est en trèii mauvais état.

Sa forme est celle «Tiuie etoH latine terminée par une apside , ornée à l'extérieur d'une petite arcature et de dents dé scie. Un soubassement

assez saillant règne le long d'uno partie des murs. Cette forme de croix n'existe qu'à l'intérieur ; car les murs qui terminent les oollatëranx se prolongent parallèlement à ceux de la nef, foniiaut ainsi de chaque côté une espèce de galerie qui ne comraunique point avec Péglise. Dn (siAé du midi , cette galerie est ouverte à l'extérieur avec des arcadès en plein cintre, qui lui donnent l'apparence d'une allée de cloître. Je suppose qu'elle servait de promenade d'hiver aux religieux de Serrabona. Le bas du mur est construit de gros cailloux dispohés en arête de poisson. Les colonnes sont doublées, surmontées de chapiteaux historiés représentant des animaux ftntastîques grossièrement sculptés, le tout d'un marbre rouge et blanc tiré des carrières de Villefiranche , peu éloignées de Serrabona. Un portique très bas , sombre, voûté, et soutenu par deux rangées d'arcades cintrées, communique ayec les deuxgalerieslaléralesetprécède la nef. Au-dessus une tribuneavecun escalier p(3ur descendre daq/s Téglisc. Les colonnes du portique, du même mrabre que celles delà galerie méridionale forment deux rangées d'areades cintrées j

« Parmi une multitude de monstres biiarres, on remarque

les yoùtes sont d'arêtes avec des nervures croisées

très saillantes, cgaleiucut eu marbre do Villeiranohe. L'ornementation de ce vestibule n'a pas été terminée. Un mur B*élève devant la première ran<gée d'arcades, et ce n est qu*i\ l'aide d'une torche que Ton peut distingruer les détails de soulpture qui couvrent les archivoltes , les pendentifs et la oomiche de la première rangée d'arcades« Sans douteelles n'étaient pas destinées à demeurer dans robscurité, et devaient figurer dans le bas de la façade.Le style dessculptnres annonce les commencemens de l'art bysantin mais déjà très éloigné des souvenirs romains, et plein de caprices^ d'ailleurs nul goût y nulle portion. Je ne pense pas qu'on doive assigner à ce porti<pie une date postérieure à la fin du xi® siècle.

A rintérieur on n'observe aucun ornement caractéristique , si ce n'est quelques colonnes dont les chapiteaux à feuillages sont encore plus grossiers que ceux du portique et de la galerie méridîonale. La voûte est ogivaie , fort semblable à celle de Sainte-£ulalie à £lne } mois le badigeon épais qui la recouvre ne permet pas de l'observer couvenablemcut. Je n'ai pu me procurer de renseignemens sur l'époque où le monastère aurait été fondé* L'église , je présume , a été bâtie vers

pinsieurs singes, assez bien imités, de Tespèce des cynocéphales.

' Voir , dans la f^oyage piitor$êqu0 en FhtneOf le beau dessin de M. Dausats.

le vni^ au le ix* siècle , pois restaurée considérablement dans la suite. La galerie méridionale et le vestibule seraient du ix^ siècle. Telles sont les dates qui me paraissent les plus probables.

Les ruines du monastère et quelques arpens de roehers appartiennent au chapitre de Solsona en Catalogne. Peut-être trouverait-on dans les arohives de Solsona quelques détails intéressans sur les différentes époques de ce monument.

3lUt,

L'ëjplise d'Alet ( Ehcta ) appartint à une abbaye

de Bénédictins jusqu'au xiv* siècle; un siège épiscopal 7 fut ensuite établi.

De cette magnifique éj;lis(!, il ne reste plus aujourd'hui que l'apside, trois piliers, les murs des collatéraux, une portion du transsept gauche et deux tours , dont uac rasée à la hauteur du premier étage. 11 n'y a plus la moindre portion de ▼oAte , mais par quelques arrachemens du collatéral de droite , on devine qu'en cette partie elles étaient d'arétes et cintrées.

Avec ces fragmens , il n*est pas difficile de retrouver le plan original. C'était une basilique à trois nefs , terminée par une apside à cinq pans ,

avec des iraus&epis très peu saillans , et deux tours placées latéralement yers le milieu de la nef^

L'appareil est régulier, de moellons taillés et rangés par assises parallèles.

La feçade, presque dépourvue d^omemens, a deux portes bouchées, correspoudiuit à la uel principale, et encadrées par deux contreforts carrés très saillans sur Fali^nement des piliers qui soutenaient la voûte. J 'ignore si ces portes ont jamais été ouTertes. Ou cette £aiçade n*a pas été terminée, ou bien , comme on l'observe dans beaucoup d'égUses romanes, rentrée principale éUit sur un des côtés de la nef. Sur la face méridionale , entre le deuxième et le troisième pilier ( à partir de la fiiçaile), on voit une porte cintrée, entourée d'une fiche archÎTohe , couyerte d'omemens bysamtins d'un travail très précieux. Deux lions fort mutilés sont sculptés des deux côtés de l'archiTolte , à peu près à la hauteur des impostes. Probablement autrefois cette porte était précédée par un portique avancé; car des arrachemens et des pierres saillantes, qu'on observe sur le mur , ne peuvent s'expliquer autrement. Plusieurs bas-reliefs et quelques statues ornaient ce portail autrefois; ils ont été enlevés récemment pendant la nuit, sans qu'on ait pu découvrir l'auteur de ce toK • Au-dessus de la ]jorte est une fenêtre cintrée dont le chambranle et l'archivolte sont également très ornés et du même style que la porte* Un oeilde-bœuf et deux autres fenêtres existent encore

du même côté. Leurs m clûvultes, couvertes de damiers , de palmeites, de têtes de clous, etc., reposent sur des impostes décorés de palmettes très élégantes, dont le dessin antique contraste singulièrement avec la bizarrerie des détails romans dont les chambranles sont surchargés.

X^e mur septentrional parait avoir été entièrement re£sût. Du moins Tappareil est de petites pierres , cl il n'a point de fenêtres. Peut-être étaitil adossé à d'autres bàtimens dépendant de Tab* baye.

Le diamètre des tours est précisément égal à rintenralle entre deux piliers; elles sont carrées. La seule qui se soit conservée jusqu'à présent , bien que très lézardée , a deux étages ; le premier reçoit du jour par une fenêtre cintrée entourée d'une archivolte ornée de biilcUcs qui se prolongent le long des impostes et de la corniehe. De longues et minces colonnes à ehapiteaux de feuillages pseudo-corinthiens garnissaient chacun de ses angles* L'étage supérieur, plus moderne , présente deux fenêtres en ogive, surmontées d*une corniche très saillante.

L'apside est la partie la plus riche et la plus curieuse de réglisc. A rextcricur , elle est décorée de quatre grosses colonnes à feuillages imités de l'ordre corinthien , mais minces , étroits , contournés. Une corniche très ornée , soutient un toit plat, et fait des retours en saillie au-dessus des tailloirs des chapiteaux. Bien que le style de ses

ornemens soit tout*Â*firit antique, il serait imposa sible de ranger cette corniche dans mi ordre quelconque; des oves, des palmettes, des perles, y sont aecamnlées avec profusion; et comme on y distingue deux rangées de modillons séparées par une moulure saillante, on pourrait la regarder comme double et formée de deux corniches superposées. Quelle que soit la bizarrerie de ruriiementation , on ne peut disconvenir que Teffet général ne soit assez agréable.

. A rintérieur, cette apside n'a jamais été terminée. J'y remarque une singularité que je n'arais observée nulle autre part : à savoir , cinq niches cintrées y séparées par des colonnes dont les chapiteaux ne sont qu'épannelés ; au-dessus est une voûte en cul de four , percée de trois baies ti ès étroites.

Deux cdonnes engagées supportent les retombées de Tare décrit par l'ouverture de l'apside. Leurs chapiteaux et les impostes sont terminés.

On y Terra une incontestable imitation de Tordre corinthien, mais pourtant singulièremeut modifiée par le goÂt du moyen-Âge : par exemple , le tailloir cal orné d'oves ; les feuilles siipér iiMires se recourbent en liaut , et un cordon de grosses perles est substitué à l'astragale. L'imposte est aussi bizarre. Elle ressemble à une corniche , soutenue par des modillons. £nfin les angles supérieurs du chapiteau s'évasent, s'étendent considérablement , et se prolongent même sur le mur où

la colonne est engagée* lequel à cet elfet est creasë à la haateur de ce» angles, tandis qu'il coupe le chapiteau jusqu'à celle des deux premiers rangs de feuilles*

Cette ornementation 9 dont les détaih eonsidérëâ isolément ont un caractère antique , a fait penser à «fuelques archéolognes que cette apside

avait lait partie triin temple sur les ruines duquel réglise avait été élevée ' • L'appareil de l'apside, encore pins régulier que celui des murs, paraît oon« firmer cette opinion. Je ne la partage point , et je ne puis admettre qu'à aucune époque, même du Bas*Empire, on se soit jamais écarté aussi andacieusement de toutes les règles classiques. Que Tarchitecte ait eu sous les yeux des modèles an* tiques , cela n'est pas douteux ; mais l'ignorance de leur emploi convenable , et la confusion bizarre de tous les omemens qu'il a copiés, me

prouvent (pi'il travaillait à une époque où les règles étaient oubliées , où le caprice seul etrbabileté matérielle de l'exécution étaient en honneor.

Je Fai déjà dit : chacun de ces détails , si on l'examine i part, a une physionomie antique; l'ensemble est moderne. D'ailleurs ces oves , ces palraettes , se retrouvent dans d autres parties de Téglise, mêlées àdes omemens bysantins, et personne n'hésite à donner à ces parties une date postérieure aux^ siècle. La seule diliérence pour Tap-

* On appelle cette apside, dans le paya, le temple de niane.

aide, c'est queies omemen» y sont tous antiques, mais le travail est le même , et on reconnut pour ainsi dire la main du même ouvrier*

Des piliers qai subsistent eneore, deux sont carrés, portant trois colonnes engagées et un pilastre du côté du collatéral. Un gros pilier rond est placé entre les deux'premiers. Probablement ils alternaient ainsi , et cette variété s'observe assez fréquemment dans les édifices romans. — £n lace de l'apside , la décoration intérieure des fenêtres est très soignée , taudis qu'à rextéricur on voit à peine une moulure saillante. J'en suis d'autant plus porté à croire qu*il n'a jamais existé de portail proprement dit dans le mur occidental

A enjugerparla hauteur des fenêtres du côté méridional, comparée arec celle des piliers, je présume que les collatéraux étaient surmontés de tribunes. Les tours , ou du moins leur partie infé* rieure , contenaient des escaliers qui communiquaient à ces tribunes , et Je crois que dans le plan primitif elles n'ont pas en d'autre usage.

Tout ce qu'où sait de riiistoire de ce monastère, c'est qu'il fut fondé d'abord Tcrs 81S ; que l'église

< Une partie de la muraille opposée à Tapside oiTre des reste de couleurs, et 1*0D y voit encore an ange les mains jointes , peint à fresque. Il est revêtu d^une longue robe jaune et bleue ^ pardessus laquelle retombe une tunique couleur d*hyacinthe. Ses cheveux sont coupés court, et ses ailes sont entourées dVne bordure de petites plumes semblables à nos maraboutâ.

fut cousaci ce une première fois en 873 , puis une seconde en 1018, sans doute à la fiuite d'une restauration imp<Hrtattte* II est yraisemblable qu*II ne

s*agit pas encore ici de 1 église dont nous voyous les ruines, car en 1083, le oomie de Beziers dévasta le monastère . C'est donc à partir de cette époque jusqua la guerre des Aliugeois (^u'ou doit cherolier la date de Tédifioe que j'ai décrit. L'absence de chapiteaux historiés , la fréquence des ornemens imités de Tantique, la forme de Tapside a pans coupés , me font penser que c'est le milieu du xi° siècle, uu Je commencement du xu'^ , qui présente le plus de prol^abilitcs»

Les amateurs d'ét^^mologies ont fait dériver le nom de Carcassonne de la langue celtique ; Koerp ville, et Omî frontière, oe qui convient i sa position sur les limites du territoire des Yolces Ârécomices et des Volées Tectosages.

Il y a deux villes à Careassonne : la Cité j sur le haut d'une colline , encore enceinte de murailles , est la plus ancienne; la ville moderne, appelée autrefois le Bour[j-Ncuf, a pris plus dlmpor tance à mesure que la tranquillité s'établissait dans le pays , et la vieille ville n'est guère habitée aiqonr-

d'hui qae par de pauvres artisans. Ses rues sont irrëgulières , ses maisons tombeut en ruines , tandis qyâ la ville neuve est aujourd'hui Tune des mieux bâties de Frïince.

Je n'y ai vu qu un seul fragment antique et j'en j'ignore Tongine, C'est un tronçon de colonUe en marbre gris avec celte iuscriptiun :

PRINCIPI IWENTVTIS M îiymERIO NVxlIERUNO CAESARI MNPI

ta ville moderne ne présente rien de remarquable que deux grandes églises, la cathédrale et Saint*Yineent, toutes deux de la fin du xm*» ou du oommeneement du xiv« siècle. L'intérieur a été restauré complètement depuis peu d'années. La tour de la cathédrale est d'uneœnstruetion hardieet élégante. Saint- Vincent parait n'avoir jamais été terminé.

La vieille ville offre plus d'intérêt; sa double enceinte fortifiée peut fournir matière à des études importantes sur l'architecture militaire du moyen-' âge. Malheureusement des réparations multipliées ont rendu très difficile de reconnaître et de classer les construotions successives exécutées sans doute à des intervalles peu éloignés. Pourtant deux époques bien distinctes ne peuvent échapper à Tœil le moins exercé.

Cinq tours de 1 enceinte intérieure et la eour^ tine qui les unit^ sont bâties à petit appareil, de

pierres carrées , miremëlëes arec des assises de

larges briques. Quelques-uns les regardent comme une construction romaine, d'autres comme un ouTrage des derniers rois Tisigoths : cette opinion me paraît la plus probable ' , bien que le pare- »ent de ces tours ait les plus grands rapports avec l'appareil romain , surtout pour les dimensioiis et la coupe des pierres. Mais on observe que la couche de mortier qui les sépare est beaucoup plus épaisse que dans les édifices romains. De plus , le parement n'est pas vertical , mais le haut du mur est sensiblement en retraite sur sa base , en sorte que les tours représentent un cône tronqué. Tout porte à croire que les Goths établis dans la Gaule dorent adopter la manière de bâtir des Romains, et il n'cîït pas extraordinaire que leurs constructions se ressemblent. — Au sommet ds ces tours , on Toit une rangée de trous carrés, séparés par une seule pierre , qui semblent n'avoir pu servir qu'à mettre à couvert des sentinelles , car le diamètre des baies ne permettrait pas de s*en servir pour lancer des traits.

Le reste de Fenceinte intérieure, ainsi que le château , parait appartenir au xiu' siècle , .-i Texception d'une tour carrée fort élevée, qui présente quelques omemens romans et des ouver-

>C*e8t celle qu'a émise M. le marquis de Castellane (2«Vol. des M {'moires de la Son clé archéologique du Midi de la Fi anre). Voir le pku de la cité de Carcassomie auiiexé à ce Mémoire.

tmm dntrëes ; je la oiois du xi* ou du xu* siède* Quant à Tenceiiite extérieure , iplixa basse que la pramièro, elle est , suivant toute apparence , postérieure à celle-ci, et je doute qu'elle ait été tracée avant la fin du xui'' siècle. — Du côté du levant, une grande porte gothique en bossage {porte Narbonnaise) forme «'i elle seule comme une bastille indépendante ; j'ai déjà eu occasion de faire remarquer ce système de défense des portes pi iiicipales. — Le fossé large , avec un parement en talus, ne règne que du cèté où l'escarpement de la colline n'est pas snflhant pour empêcher Fassiégeant de s'approcher au pied ' du rempart, — En général la base des tours est plus large que leur couronnement, mais ce n*est point une règle constante. Les tours les plus anciennes sont semi-circulaires, et fermées à la gorge par un mur droit, tandis que les autres sont rondes ou bien ouvertes à la gorge. Le diamètre des dernières est aussi plus grand , et j'e»« time qu'elles pourraient contenir le double de combattans* Aucune n*a de plate-forme, mais seulement une ratnpe circulaire , qui sans doute soutenait un plancher en bois. Peut-être les plates>fonnes ont-elles été détruites avec le couronnement dçâ tours , qui est en général très endommagé.

Dans la partie de Tenceinte que je suppose du xiii** siècle , les courtines sont beaucoup plus longues que celles que j'attribue aux Visigoths. J'f

vois la preaire d'un perfectionnement des armes

de jet. Avant rinvention de la pondre , les tonrs devaient être espacées suivant la portée des projectiles le plus en nsage ; or, les pins anciennes lours sont suffisamment rapprochées pour faire croire que leurs défenseurs ne lançaient leurs trats qu'avec la main« Je cherchais dans laibrmé des meurtrières des inductions sur la nature des mnes pour lesquelles elles avaient été faites; mais j*ai reconnu bîentAt qu'il était impossible d'eu tirer quelque conclusion satisfaisante , car la fimne de ces ouvertures a dù être changée à différentes reprises, suivant les progrès de Fart de la guerre; et, en effet, la plupart des meurtrières que j'ai examinées n'ont pu servir que pour des armes à feu.

Du côté de Toccident, sur la pente qui jEait face a la ville moderne, on rmiarque une espèce d'allée entre deux murs , qui vient aboutir au bas de la colline. On l'appelle racore la Batèaeane, Son usage était de favoriser les sorties de l'assiégé et de permettre à ses postes avancés de se replier &cilenient dans la {dace.

La solidité de ces vieiilcs murailles est extraordinaire. Une des tours a été ruinée, probablemmt par l'effiét d'une mine , telle qu'on les faisût avant Tinvention de la poudre, c'est-à-dire en pratiquant sous les murailles une excavation qu'on soutenait par des arcs4)outans de bois auxquels on mettait le feu. Ën se réduisant eu cendres, ils

entrainaient la raine dei eonstracAioiu au-dessus.

Cette tour s'est fendue en deux morceaux seule-* ment, dont Ton est tombé tout d*une pièoe. — Voici ce qu'on raconte a oeite occasion : Charlemagne assiégeait inutilement Carcassonne depuis plusieurs années. Vainement ses preux avaient es* sayé d'y planter leurs bannières. Pourtant toute la garnison se composait d*une seule femme sarratine, nommée Carcas; mais elle courait d'une tour à l'autre arec une agilité surprenante , décochait une flèche d'un côté , lançait un javelot d'un autre ; il sembUit qu'une armée nombreuse défendit les remparts. L'espoir restait de prendre la place par famine , mais Carcas avait deviné le projet des assiégeahs. Elle jeta dans le fossé un coclion ' gorgé de maïs, et les Français, concluant que la garnison avait des vivres en abon* dance , se disposèrent à lever le siège. Us auraient abandonné la ville en effet , si par un miracle, une tour, c'est celle dont je parlais tout à rheore , ne se fftt inclinée devant Charlemagne, le saluant comme pour rendre hommage à l'empereur d'Occident. — Le portrait de l'héroine se voit encore auprès de^la porte Narbonnaise. Cest une grande figure très grossièrement sculptée , coiffée d'une espèce de bonnet orné d'ailes et de guidandes. Je ne sais trop de quelle époque * est œ buste in*

* Le cochon dans une ville sarrazine est maliuveutuj mais on ne connaissait pas encore la couleur locale. 3 Proboblemeut au xvi^ siècle.

formet que les eniaus appellent madame Carcane. Sur le flode <m lit : SVM GÀRCAS.

Au centre de la ville , est un puits très profond et d'un grand diamètre, ouvrage des rois goths, dans lequel , suivant la tradition, ils jetèrent leurs trésors. Sa construction ne présente d'ailleurs rien de particulier. Je ne aache pas qu'on aitjamaiB essayé de vérifier si les trésors y sont encore.

L'église de Saint-Nazaire, au milieu de la Cité, est de deux époques distinctes : la nef est romane, et le chœur, gothique.

L'appareil de la nef est asses régulier , de moêl* Ions taillés; on y entre par une porte placée sur

le côté gauche ; ses archivoltes cintrées ornées de boudins , ses colonnes à chapiteaux historiés , indiqaent le miliea da xii» «ècle. La porte qoi fidt face à Tapside est bouchée depuis long-temps , et qttehjues constructions modernes ne m'ont pas permis de Texaminer de près.

L'église a trois ne£s , divisées par des piliers gros et massi&, dont les uns sont cylindriques, les autres carrés avec des colonnes engagées sur leurs quatre laces; il y a dans chaque rangée quatre piliers carrés et deux cylindriques. Les chapiteaux des coh>anes représentent différentes espèces de ieuillages bizarres assez mal exécutés^ un seul porte des oiseaux. JTai observé déj \ que, dans les chapiteaux romans , l'imitation de la nature végétale avait précédé celle des animaux et des formes humaines. Les chapiteaux des piliers

paraîMent représenter comme le coaroimeroent

de tours. Deux ou trois quarts de rond empilés, très fiaillans et chargés de moulures , de damiers, de palmettes 9 reposent sur une espèce de couronne de modiilons; Faspecten est assez agréable.

Les Toûtes des collatéraux sont cintrées; celle de la nef principale est en ogive , affectant un peu la forme en fer à cheval de l'ogive sarrazine.

L'ancienne église romane se terminait sans doute autrefois aux derniers piliers de la nef, et sa forme était celle d'une basilique. Des transsepts et une apside gothiques y ont été ajoutés« Deux piliers, ioniiés de colonnettes en faisceau, s*élèvent sur l'alignement de ceux de la net' ; derrière et le long des murs orientaux des transsepts , de longues colonnes gothiques isolées, minces et grêles , s'élèvent jusqu'à la voûte , mais ne servent qu'à romeraent , car elles sont trop délicates pour rien ajouter à la solidité ' .

Deux roses très belles brillent à l'extrémité des transsepts; leurs meneauv sont formes par des combinaisons de Togive , trèfles et quatre-feuilles* Il en est de même des fenêtres longues et étroites de l'apside, qui semblent tout à jour, tant elles sont rapprochées. Les vitraux, médiocres sous le rapport du dessin , sont remarquables par la viva-

» ^architecture de cette portion de Téglise contras It» fortement par sa grâce ot sa légèreté avec la pesanteur de la nef romane. Rien de plut gracieux que ces sTeltcs colonnettcs des trinssepts^ comptréet sus pitters maiaifs de le nef.

cité et rharmonie de leurs cDolenn; l'effet griné* raie est admirable.

L'apside I à 1 extérieur, est entourée par ua raDg de modilloiui représentant des tètes de

femmes. L'emploi de têtes saillantes , si fréquent à la période romane , est rare, au contraire, dans rarehitectnre gothique; sous ce rapport, cet

ornenu lit mérite d'être cité

Saint-Mazaire, je dis Tanciennc église, a été consacrée , en 1096 , par le pape Urbain IL La nef et les collatéraux actuels appartiennent évidemment à cette époque , i Texception de la pcnrte latérale , dont romementation , quoique toute romane, me parait postérieure à celle derintérieur. Quant à la voûte, sa forme en berceau ne permet pas de supposer qu'on Fait co'nstruite à l'époque où les transsepts gothiques ont été bâtis, il £ftat admettre, de toute nécessité, ou qu'elle. est de construction priniitive , ou bien qu'elle date du zn^ siècle, peut être du même temps que la porte latérale* Ge cpii me confirme dans cette opinion , c'est que le fronton de la façade a été exhaussé , oomme le prouve une différence notable dans l'appareil. Une réparation a donc eu lieu, et il est probable qu'elle a pour objet de donner une

> On montre, à cM du msHxe-aatel , une daUe de aiailire rouge et blano sur laquelle, dilF-oa, fut déposé, pendant quelque teuips, le corps de Simon de Hontfbrt, tné défaut Toulouse en 1218. .^lailieurouscment pour lu tradition, celle partie de Tégliiie n^eûstait pas encore*

▼oûte à rëglisc , qui peat4fTe , au temps d'Urbain II 9 n eUit couverte que par un toit en char* penle.

On trouve dans la Gallia christiana Textrait d'un acte de donation faite à Saint-Nazaire par le roi do France, en 1369 , d*ane portion de terrain destinée à construire le nouveau chœur. Mais il ne parait pas que les travaux ait commence immédiatement , puisque ce fut Fevèque Pierre , de Rochefort , qui bâtit ce chœur* Il fut nommé , en 1290, an siège de Carcassonne^ et mourut en ISSl.

Dans la muraille d*une des chapelles latérales ajoutées à la nef, on voit un bas-relief fort curieux, quoique d\iu travail grossier, représentant l'attaque d'une place forte* La forme des boucliers terminés pointe, les armures de mailles, un soldat armé d'une arbalète \ paraissent convenir au commencement du xiu® siècles On peut y trouver des renseignemens curieux sur Tart des sièges à cette époque. L'assaillant essaie de forcer les barrières extérieures d'une ville à double enceinte. Tandis qu'une partie de la garnison se défend derrière les palissades, 1 autre lance des traits du haut du mur ; quelques-uns font jouer une luacliine, dont la lorme m'était

* L*arbalète a été adoptée asses tard en France. Un pape rexoomtnunia en 11S1. Ce n^est guère qu'an xni« siècle qu'elle devint d*u]i usage général. Les Génois et les Catalans s'en servirent les premiers.

inconnue. C'est un châssis semblable à une porte,

au milieu duquel est ajustée une longue poutre, ihe manière à se mouvoir dans un plan yertieal , en jouant sur un axe implanté dans le châssis. A l'extrémité de la poutre, dirigée du côté de rennemi , est une traverse à laquelle est attaché un grand nombre de cordes; Tautre extrémité porte un boulet rond, suspendu à une chaiue. Un soldat à genoux sur une petite plate-forme est représenté au moment où il accroche le boulet. Au-dessous, un grand nombre d'hommes tiennent les extrémités des cordes de la traverse , et se préparent à les tirer à eux avec force. On conçoit qu'alors l'autre extrémité de la poutre décrira rapidement un arc de cercle, et lancera le boulet comme ferait une fronde. Cette machine me parait d'ailleurs bien inférieure à la catapulte, dont la cuiller est engagée entre des cordrâ tordues , qui lui impriment un mouvement violent quand on leur permet de reprendre leur position naturelle

I Voir, dans les Mémotrê» de ia SociM arehéolû^éqm du

Midiy les conjectures ingénieuses du savant M. Dumège, pour Pexplication de ce bas-relief.

— Atl —

L'église de Rieux ( arrondissement de Carcasfionne ), doit être comptée au nombre des monu-* mens les plus curieux^ du midi de la France. Sou pian intérieur est un polygone de quatorze cotes» inscrit dans un cercle , mais dont les angles ne sont pas sensibles à l'extérieur. Son diamètre est de cinquante-qaatre pieds* Au milieu s'élève une coupole légèrement ovoïde, soutenue par sept arcades cintrées, disposées circulairement , et formant une mceinte intérieure ou un chœur , dont le diamètre égale la moitié du diamètre total de Téglise* L'espace compris entre la première et la seconde enceinte , que Ton peut considérer comme la nef ou les bas-côtés du chœur, est couvert d'une voûte décrite par un quart de cercle , qui sert d'aro-boutant aux murs du chœur. Chaque côté du grand polygone intérieur est décoré d'une arcade bouchée, soutenue par des colonnes en* gagées dans les angles du mur d'enveloppe. 11 y a de la sorte quatorze arcades et autant de co-

* Je dois la plupart des détails qu'on va lire à robligeance de M. Tournai fils , de Narbonue, secrétaire de la Société archéologique de Narbonne , avec lequel j VI \isité Té^ise de Kieux, et qui, à ma prière , a bien voulu en faire un plan et desdegiinfl*

— 4âa —

lonneâ. Au-dessus des arcades règue une corniche peu saillante et sans oraemens* Trois fenêtres cintrées, percées un peu au-dessus de la corniche^ étroites a Textérieur, s'élargissant au* dedans , jettent dans cette partie de Téglise une clarté insuffisante. Une quatiièiue fenêtre m*a paru toute moderne. Les colonnes engagées ont sept à huit pieds de haut , et leur base , composée de deux tores inégaux séparés par une scotie, a beaucoup de rapport avec la base attique. Quant aux chapiteaux, tous variés, ils sout d'un fini raer- Ycilleux. La plupart sont orné» de feuillages élégans , quelques-uns de masques ou même de figures appartenant aux meilleurs temps de la sculpture bysantine. D'autres offrent une hnitation heureuse et assez fidèle des feuilles d'acanthe du chapiteau corinthien. Les tailloirs carrés sont également courerta d'omemens yariés et d'une

grande riclicsse.

L'arcade située exactement à Torient est plus ornée qtie les autres ; son archiyolte repose sur huit consoles couvertes de palmettes très délicatement travaillées. Au milieu de la partie du mur enfermée par Farcade, on voit une petite niche cintrée , avec deux moulures continues tout autour. C'est là évidemment ce qui remplace l'apside dans une église circulaire. On observera que les colonnes qui supportent cette arcade sont plus élégantes que les autres, etque leurs chapiteaux appartiennent à l'ordre corinthien presque pur.

Les arcades du chœur ou enceinte intérieure , portent sur sept piliers » quatre carrés ou plutôt prismatiques, et trois cylindriques hauts d'une vingtaine de pieds, en comptant la base, qui est semblable i celle des colonnes en{;a[^ées, et leur socle qui est octogone. Les premiers n'ont qu une espèce de tailloir, les autres des chapiteaux à femllages ou historiés.

A différentes époques, on a ajouté une sacristie et des chapelles gothiques autour de Téglise , communiquant avec elle par les arcades du mûr extérieur , qu'on a percées pour en faire des portes. Les deux portes du plan primitif sont ehcorc facilement reconnaissables. La première , et la plus ornée, qui, je crois, a été la principale, est opposée à la niche qui sert d'apside ; aujourd hui, elle conduit à une chapelle moderne. Elle est ornée extérieurement de huit colonnes engagées, quatre de chaque c6té, soutenant autant d'archivoltes concentriques et en retraite à mesure qu'elles décroissent de diamètre. Sur ces archivolles et sur les chapiteaux on trouve réunis tous les ornemens les plus riches du style hysantm. Il feut renoncer à lea décrire, comme à essayer de donner une idée de la perfcctioii

des ciselures , de la délicatesse et du fini du travail.

AuS.-E., une autre porte s'ouvre dans le jardin du presbytère; elle est dans le même style, et également très ornée.

Ol).

L^appareil de l'église est remarquable par sa régularité et le parallélisme des assises.

Le clocher, médiocrement éleré, et placé audessus de la coupole du chœur , est à sept pans , sur chacon desquels on a pratiqué deux fenêtres étroites en plein cintre* Quant aux chapelles gothiques , quelques-unes sont assez remarquables par leurs détails, mais on ne peut se déjfendre d'un sentiment de mauvaise humeur contre ceux qui , en les bâtissant, ont altéré le caractère original de la G<mstniction primitive. A en juger par la différence de styli3 , on peut leur assigner des dates différentes dans une période comprise entre le xm^ et le xt* siècle.

Je n'ai pu découvrir aucun document historique, ni recueillir aucune tradition sur Torigine de réglise de Rieux. Sa forme circulaire, et quelques-uns de ses détails , lui donnent une grande ressemblance avec Téglise du Temple de Londres, et il serait intéressant de rechercher si elle a cLé construite en effet pour une cou}inanderie de cet ordre.

Les églises circulaires , ou dont le plan est un polygone inscrit dans un cende , sont fort rares en France. En général , elles paraissent avoir été bâties â l'imitation du Saint -Sépulcre de Jérusalem, et c'est probablement pour cette ressem*

' blance que les Templiers ont souvent adopté cette forme. Jeue pense pas pourtant que l'on doiveieur attribuer toutes les églises construites de la sorte.

Décembre,

L*approche de lliiver, la brièveté des jours, et des plaies continuelles , m'obligeaient à terminer ma tournée , qui durait déjà depuis quatre mois ; je quittai Carcassoune au commeucement de déeembre, pour me rendre directement à Toulouse»

Le musée créé par la société archéologique , et qui prend chaque jour plus d'importance , grâce au lèle de ses administrateurs, est, sinon le plus riche , du moins le plus complet que Ton puisse trouver en France. On y peut lire Thistoire entière de Tart, dans une collection non interrompue de monumens de tous les styles depuis l'ère gailoromaine, jusqu'aux gracieuses fantaisies de la Renaissance.

Je n'essaierai pas , après le savant M. Dumège , à qui Ton doit tant d'intéressantes notices sur le musée de Toulouse , de décrire les richesses qu'il renferme , et que ses explorations ont notable* ment augmentées; je me bornerai à dire quelques mots d'un monument dont Torigine , vivement contestée , a donné lieu récemment à une polé* mique un peu acerijc.

Lursf|uc j'étais à Toulouse , le musée ne possédait encore qu'un seul des bas-reiie& trouvés à Nërac. Il offre les portraits des deux Tetricus , de Nera Pivesuvia et de Claude le Gothique ; sur l'autre face est tracée une inscription relative a rhistoire des Tetricus. ( Voit le mémoire de M. Dumège , premier volume des Mémoires de la SociM jirokéolojiique du Midi^ page S87.) Il ne m'appartient pas de discuter ici les nombreuses questions que soulève cette inscription , ni même d'jexaminer ce qui dans son texte tend à la faire admettre comme authentique , ou rejeter comme suspecte* Je ne veux parler que du bas-relief que j'ai examiné avec soin et sans prévention.

Mon opinion fut , et est encore , qu'il est réellement antique. Pour faire partager mon sentiment, je n'ai d'autres titres à la confiance du lecteur que le fait d'avoir vu un grand nombre de sculptores de différentes époques , d'où il peut inférer que j'ai du acquérir quelque discernement par la oomparaison d'une multitude de caractères indéfi, nissables qui constituent le style d'une époque et d'une nation.

Mais comme on ne peut guère laisonner sur ime impression produite par la vue d'un objet d'art, impression qui n'est jamais la même pour deux observateurs , j'ajouterai à l'appui de la mienne quelques considérations qui reposent sur des faits incontestables.

Si ce bas-relief n*est pas antique > il y a deux

hypothèses entre lesquelles il faut ohoisir* Ou il a été fait de nos jours , on bien du temps de la Renaissance. Je ne couuais aucune autre époque où on ait cherché à fabriquer des antiques.

Dans le premier cas on doit penser que Ton a eu pour but de mystifier les personnes qui s occupent d'antiquités ; dans le second , on peut croire encore que le faussaire avait intérêt à inventer une fable relative aux Tetricus* Examinons la première hypothèse.

Je ne conteste pas le plaisir qu'une mystification peut procurer à son auteur ; mais la première condition pour qu'elle soit bonne, complète, c'est qu'elle ne lui coûte pas trop de peine. Or, est-il bien ^probable que, pour rire aux dépens d^une douzaine d'antiquaires , quelqu'un ait sculpté ou fait sculpter un grand bas-relief, qui a dà exiger beaucoup de temps, de travail, sans parler du secret qu'il est difficile de garder dans un pays où les ateliers des artistes sont assiégés d'une foule de curieux et d'oisib. — Il faut savoir encore que ce bas-relief a coûté 300 iv, au musée de Toulouse, et qu'au rapport d'un sculpteur, M. Valois , qui l'examinait avec moi , il aurait coâté dix fois plus à celui qui l'aurait fabriqué. Il me semble qu'un homme qui dépense mille écus et passe six mois, k sculpter un faux antique, n'aurait pas trop bonne grâce à faire rira quelques savans aux dépens de leurs confrères qui se seraient trompés. Il • sera lui-même fort ridicule aux yeux du public,

qui n'examinera que la question d'argent. J'ajouterai enfin que ce bas-relief, antique ou moderne, annonce du talent , de l'habitude , de FadreMe , qu'on ne peut l'attribuer à un amateur, et que ' Fimagination se refuse à supposer qu*an artiste

connu se soit prcté à rimposture.

Passons a la seconde hypothèse* Ët d'abord cout- ▼enons qu*aa tv^ siècle Fart a recherché ses modèles dans l'antiquité, qn*il a été essentiellement hnitateur, et que souvent l'imitation a été heureuse et secondée par le talent. Je pourrais dire que les connaisseurs prétendeut distinguer les originaux des copies, et qu'il n'y a guère d'ouyrages de la Renaissance qui ne soient reconnaissables; mais je serais obligé d'en appeler à mon jugement , à mon impression a l'égard du bafr-reUef. Je préfère continuer , comme j'ai commencé , par des inductions négatives*

Quel pouvait être le but de l'artiste dn xvi^ siè*

oie qui fabriquait un faux antique? Mystifier la postérité ? Cela n'est pas admissible , et l'on a toujours réservé ces plaisanteries-là pour ses contemporains* — Gagner de l'argent en vendant cher son ouvrage? Mais dans ce oas il aurait fait une lourde faute d'idler choisir Tetricus , tyran presque inconnu , dont toute l'histoire tient dans une demi-page. Que ne faisail^il un Auguste , un Tn^ jan , un Marc-Aurèle on un Jules-César? il y avait bien plus à gagner, et les acheteurs auraient été plus nombreux* — Mais , dira*^on , il est possible

que quelque eourtisan de la petite cour de Séarn ait Tonla donner de Timportance à Nérac, en lui trouvant une existence antique , en rappelant les empereurs qui ont résidé. Fort bien , et Xetricus est en effet le pins probable. Mais alors , comment se fait-il que la trouvaille n'ait pas été ébriiitce? que le monument n'ait pas été placé en lieu honorable , que les savans du temps n'aient pas réhabilité la mémoire de Tetricus, leur compatriote ? qa*on ne cite pas de sonnets, d'épitres, de madrigaas où Henri IV ou son père soient comparés à cet empereur?

n me semble qu'en pesant les probabilités pour et contre , on arrivera à préférer lliypothèse que j'ai adoptée , Tantiquité du monument. Restent toujours les solécismes , les étrangetës , les invrai* semblances mêmes de Tinscription ; je le répète , je ne me charge ni de les expliquer , ni de les défendre. Il faut attendre du temps la solution d*unê énigme que bien des circonstances rendent fort embronillée.

Saint-Sâtnmin, on Saint-Sernin , est la principale et probablement la plus ancienne égalise de Toulouse. Sa fondation, comme église dirétienne, remonte au v*" siècle. Charlemagnc la restaura ou la reconstruisit au Tin^. Détruite de nouveau, puis rétablie encore, elle fut consacrée en 1098. Telle est, je crois , la date des parties les plus anciennes de ce monument.

Son plan forme un croix latine terminée à To-

rient par un ^onpe de neuf chapelles semi-circui lair^ y dont cinq adossées à l'apside , et quatre aux transsepts. L'apside pardt au-dessus de ces chapelles , dominée elle-même par les murs de la nef principale. Toutes ces constructions semblent servir de base i une haute tour. De cet ensemUe résulte une disposition pyramidale des plus heureuses, qui frappe de loin le spectateur. S'il se rapproche , il admirera romementation simple mais élégante des corniches et des archivoltes des fenêtres ; malheureusement, une sacristie moderne appliquée à Fextmeur du transsept de droite, en détruisant la régularité et la correspondance des différentes parties de ce groupe , nuit un peu à Feffct gciicral. En outre , un restauration bien fâcheuse , qui a couvert les murs d'une couche de plâtre , empéehe l'œil de saisir facilement les détails de romementation en pierres sculptées, qui autrefois se détachaient harmonieusement sur la teinte riche et foncée des briques qui forment la masse des luurs.

Le portail occidental a été restauré ou plutôt complètement défiguré. Deux portes latérales , .dans le mur méridional de l'église, ofirent des détails assez curieux et assez bien conservés. Celle

qui s'ouvre à Textrëmité du transsept droit est remarquable par ses chapiteaux historiésquir^résentent les chfttimens réservés en enfer aux sept péchés capitaux. A en juger par le style des sculptures, je serais tenté de croire ce portail de la fin

du xn^ siècle ou peut-être même du commence-

ment duxm®.

Saint-Semin est du très petit nombre d*églÎ8es divisées en cinq nefs par quatre rangées de piliers. Malheureusement au xiv° siècle, iorsqu on a élevé la tour, à l'entrée du chœur, il a fallu renforcer quatre piliers pour en soutenir le poids ënoruie et former des massife qui produisent une espèce d'étranglement dans la nef principale , lui ètent une partie de sa grandeur et Fisoleut désagréablement du reste de l'église. Les colonnes engagées dans les piliers qui font face à la nef, portent des chapiteaux à feuillages fort simples et médiocrement sculptés* Quant aux piliers des collatéraux, ils ont sur leurs faces des pilastres sans chapiteaux et terminés seulement par des tailloirs à moulures. Toutes les Toutes sont cintrées avec des arcs doubleaux dépourvus d'ornemens.

Au-dessus des collatéraux régnent de larges tribunes qui font le tour de Féglise. Les colonnes géminées qui soutiennent leurs arcades sont plus riches d*omemens , et leurs chapiteaux bysantins se font souvent remarquer par la délicatesse du travail* Quelques-uns n ont pas été achevés , et la ciselure parait avoir été remplacée par des ornemens peints.

Au-dessous du chomr est une crypte d'un style toutdifiérent du reste de Féglise. La voûte ogivale surbaissée, couverte de nervures prismatiques ré-

tombant sur des colonnes sans chapiteaux , indique une construction du xv* siècle.

Le clocher , moderne relativement au reste de rédifice a été élevé dans le xiv« siècle, avecrintention évidente de se conformer au style général de la construction primitive. Les iéuê très cintrées, ornées d'archiyoltes à boudins, d'autres cuver* turcs en ibrnie de mitre , lui donnent l'apparence d-une construction plus ancienne : et c'est en eliet ime singulartité qu'il fout noter, qu'une addition aussi importante exécutée dans un système abandonné depuis deux siècles. Je ne connais pas d'autre exemple d'une restauration aussi bien entendue, et les architectes de notre temps devraient prendre exemple sur cette scrupuleuse exactitude à éviter des cou bas tes de i)tyle dont l'effet est presque toujours désagréable à la vue.

Dans le soubassement du chœur , on remarque plusieurs bas-reliefs , représentant des anges et des saints en marbre , encastrés à l'époque de sa reconstruction , et qui proviennent , dit-on , de l'église carlovingienne. Les moaumens de cette époque sont si rares , que si cette tradition était authentique , ils auraient une immense importance. J*avoue que rien à. mes yeux ne les. distingue des ouvrages des xi" et xii^ siècles. La mai* greur des draperies , la raideur des membres , les broderies et les joyaux prodigués sur les, habits, conviennent parfaitement aux sculptures de cette époque. Si elles apparteuaient au temps

de Cliarlemagne ^ il faudrait croire que , depuis ce grand homme , la sculpture est demeurée sta*

tionnairc.

Ou a transporté dans le musée deux autres basreliefs, auxquels on donne la même ori^^îne , mais dont rexécutîoii est noiablemeut dilléreutc. Ils faisaient partie, dit-on, d^un calandrier qui décorait le portail de Saint-Scrnin , à l'époque de Charlemagne , et qui fut détruit pendant la guerre des Albigeois, à l'exception de ces deux fragmens, dont la eonservatlon est d'ailleurs aussi parfaite que possible.

Ce sont deux figures de femme , tenant sur leurs geuoux,rune le Bélier, l'autre le Lion. Le nom de chaque signe est écrit à côté, et sur le fond d'un de ces bas-reliefs , on lit cette inscription : Hoc factum est in tempore Juin Cœsaris Les lettres disposées dans les parties lisses se suivent , tantôt d(* gauche à droite , tantôt dt; haut en bas , suivant la largeur du fond. Cette manière de disposer les lettres convient bien à l'époque' èarlovingienne; mais on ne peut y avoir un indice suffisant pour la caractériser , car plusieurs siècles après on trouve des inscriptions semblablement gravées.

Je remarque la longueur de ces figures et la

* On ne doit pas supposer que l'intention du sculpteur ait été de faire croire que ces ligures avaient été faites avant Tcre chrétienne , maiti plutôt de rappeler la fijuition du calendrier par Julec-César.

gracilité de leurs membres; c'est une exagération évidemment laite par parti pris, et qui s'est reproduite à la Renaissance , mais modifiée par les progrès de Fart. Les têtes sont petites, allongées, les Tisages étroits, et suivant l'expression vulgaire, pris entre imw poriee, A cet égard on observera une diilérence sensible entre ces bas-reliefs et les sculptures du xu* siècle, où la proportion des têtes , par rapport à Tensemble , est d'ordinaire un peu trop iurte. Les draperies, collantes comme dans les monumens bysantins , offrent cependant des plis plus larges, indiquant des étoffes d'une autre nature que celles qui étaient en usage de 1000 à ISOO. Enfin , je ne trouve pas cette profusion de broderies et de perles , où Ton s'est complu pendant la période romane. En un mot , les fifjures du musée, réputées carlovingiennes , sont travaillées d'une manière plus large, moins minutieuse , que celles que nous présentent les monumens des xi^ et xn* siècles. — Une dernière considération vient à l'appui de l'origine qu^on leur attribue. Louis-le-Débonnaire a régné longtemps eu Aquitaine , et il est probable que sa présence y attira les meilleurs artistes de son temps, — Toutefoiii les légères dillerences que j'ai signalées ne forment que des présomptions insuffisantes pour établir une opinion à Tégard de ces sculptu* res, et j'avoue que leur date me parait toujours extrêmement incertaine*

L*église cathédrale , Saint-Étieune , est un bel

édifice gothique ajoute à une nef romane de la lin du XB^ siècle* £Ue a été décrite par M. d'Âldéguier, dans nn mémoire étendu , auquel je ne piw que renvoyer mes lecteurs ( Mém. de la Société arch* du Midi, UU)

Un autre monument intéressant de la période romane , est un tombeau à côté de la façade de Saint-Pierre, église qui sert aujourd'hui de dépôt d'armes à l'arseiial de Toulouse. Le cercueil eu pierre est placé dans une niche pratiquée dans un mur , élevée de sept à huit pieds , cintrée par en haut, et divisée par trois arcades , également cin* trées , reposant sur des colonnettes à chapiteaux romans. Le trayail de ces chapiteaux est remarquable et parait fort ancien. Leur forme se rap« prodbte de celle d'une pyramide renrenée^ air^ rondie sur les angles, et leurs ornemens , au lieu d'être sculptés en saillie , sont taillés dans le Uoe et cernés par nn trait profond qui en fiut ressortir les contours. On y remarque des griffons et des feuilles bizarres* C'est le commencement dn ea* price bysantin mêlé avec un souvenir récent d'un des attributs symboliques que Ton retrouve iréquemment dans les monnmens antérievm à Féla^ blissement du christianisme. Aucune inscription ne rappelle le nom de la personne h laquelle ce tombeau a été élevé , mais on pmse qM c'est oelui d'une comtesse de Toulouse, fondatrice de 1 église de Saint-Pierre an commencement du xn* sièéle*

Plusieurs maisons du xvi* siècle sont remarqua-

blcs par l'élégance de leur architecture. L'une des plus célèbres , près du pont de la Garonne , eiA attribuée au Primatiee.- La régulnrilë classique de cet édifice, contraste , ce me seniblc , assez malheureusement avec la disposition du terrain. Ija cour intérieure n'est pas carrée^ et ce défaut pa* rait plus sensible par l'opposition avec les lignes sévères delà façade* 11 mesemble^en effet, que le style classique admet difficilement des transactions, et que le plus petit manque d'uniformité y devient on défeut que Fœil le moins exercé saisit anssilAt; J'aime mieux les détails capricieux de l'hôtel dé Catelan, construit par Bachelier, et surtout une maison du même style dans la me du 6rand-Rai<^ sin. Les chambranles des fenêtres sont décorés d'une multitude de petites compositions, agréablement variées, qui malgré ia différence de leurs motib, conservent entre elles une harmonie gracieuse. De loin, le spectateur embrasse d'un coiip d'œil lensemble de la décoration et en admire la ridiessej de près , il se plait à' rqpmdiar chaque détail, à en étudier la finesse et la fantaisie. Je ne saurais mieux comparer cette charmaute architecture qu'aux jolis tableaux des maîtres flamands, à ceux de Terburg par exemple. Tout d'abord l'œil est attiré par une couleur suave, par une douce harmoiûè de tons ; puis , un examen prolongé fait apercevoir tous les accessoires égale^ ment rendus, sans que leur peifeclion nuise eu rien à Teffet gciiéraK

L'hAtol bàli par le Primatice a ledëfoat, siii*

mut moi, de présenter des membres d'architectore tnqpgrands^ trop sévères pour une maison par* tiGuHère* Les trois ordres s'élevant Tnn au-dèssus de l'autre d<iiis sa façade , conviendraient bien à un palais où logerait une grande cour. Pour un particulier, et même pour un seigneur puissant, il iaut rechercher plutôt i'élcgauce que la gran* deur. L'a{^[>rppriation du style à la destination d'un édifice , est une des plus grandes difficultés de rarohiteoture. celle qu'on a le plus rarement résolue avec bonheur. Sous ce rapport plusieurs maisons» de la rue du Teiupie , Thotel de Clary , rhètel de Catelan % sont des ohe&d'œavrede bon goût qu'on ne saurait trop louer ni trop étudier.

Saint-Salvi est la plus ancienne église de la vilîe, mais des réparations, quelques-unes très modernes, en ont complètement altéré le caractère. Les parties les plus anciennes m'ont paru appartenir au commencement duxn* siècle. Ainsi, l'étage

* M. Dumège l'a dccrilc dans une iiolicc insérée dans le

pi cuùer volume des Mémoires de la Sùciéié archéologie tl» Midi.

inférieur de la tour carrée, les apsides des colla* téraux, et quelques piliers delà ii6f, iroilà, je crois, tout ce qui reste de la construction priiailiTe« Vers le xit^ siècle une gravide i^tauration a ea lieu; enfin auxyn® la plus grande partie des ToAtes a été coraplètement refaite.

Dans le principe Saint-Salvi fdtbàti enpîemis, mais la plupart des réparations ont été cxccutécs en briques , matériaux d'un usage à peu près général dans nne circonspection qnis^ëtend de Toulouse à Aiby. II ne me parait pas d'ailleurs que l'ancienne église fut fort remarquable par son architecture. Les piliers romanscpii subsistent mcoFe sont médiocres ' et la tour n'offre presque aucun ornement.

Au midi est un cloître, ou plutôt une assez longue galerie qui n'est point parallèle aux murs de réglbe. Les colonnes sont doublées, de marbre blanc, et surmontées d'un eAtablement très orné, assez élevé, comme dans la plupart des cloîtres romans, où les retombées des cintres s'appuient rarement sur les tailloirs des chapiteaux. Les arcades sont cintrées; deux seulement sont trilobées et encadrées par un fronton gai ni de crosses ou crochets. Les feuillages ,des chapiteaux s'approchent déjà beaucoup du style gothique , et le ca-

• Sur un de ces cliapilcaux , on voil nn pape emporté par des diables. 14 'y a-i-ii pas là quelque trace de Thérésie aU>igeoise ?

raetère général de rornementation indique une époque de transition entre le xii'' et le xin® siècle. La voûte n'a jamais été terminée et la galerie n'est couverte que d'an toit grossier cii ])lanches.

Un tombeau du xm® siècle , assert élégant, est appliqué contre la muraille méridionale de Saint- Salvi; rinscription n étant plus lisible, je n'ai pu apprendre pour qoi on Tavait élevé. Tout auprès on voit les restes d'une fresque , mais tellement déiigurce par la pluie et le temps, qu'il est impossible de distinguer ce qu'elle représente.

Sainte - Cécile , cathédrale d'Alby, est Ijàlio presque entièrement de briques. Sa construction a duré depuis la fin du xm^ siècle jusqu'après le XVI*'. De loin , ses murs épais , flanques, de dis* tance en distance, de contreforts semi^oiroulaires sa tour, dont la masse énorme s'élève à plus de cent pieds au-dessus de la nef, lui donnent l'aspect d'une forteresse. D'ailleurs aucun ornement n'annonce une église, et à rcxtërieur la biwirrerie de sa forme n'est pas rachetée par son élégance. Elle n'a point de façade , et la tour dont j*ai parlé occupe toute la partie occidentale de la nef. L'entrée principale est an midi, et comme l'église est bâtie sur une hauteur assez escarpée ,

* Je ne connais en France que ce seul exemple de contreforte semi-circulaires. Ils sont incontestablement de construction primitive. Probablement l*arcliitecte , se défiant de la solidité de ses matériaux Ça brique), aura voulu éviter les angles saillans qui sont les premiers à se détërimr.

le niTeau de la rae de ce c6të est de plus de trente

pieds plus bas que le pavé de l'église»

Un escalier d'nne quarantaine de marches con- (luit à uîin ])]at(*-ri)rme sur hi quelle s'élèvent à une * grande hauteur, des arcs gothiques travaillés à jour avec un fini admirable; cela forme une enceinte à ciel ouycrt, et tient lieu de porche., L^imagination ne peut rien eoncevoir de plus élégant, de plus gracieux que ces ogives flamboyantes, ces trèfles, ces meneaux d'une légèreté inouie , véritable dentelle de pierre. C'est un ouvrage de la i\ïi du xiv'^ siècle , on le doit à Dominique de Florence , et je ne crois pas qu'il existe ailleurs une eonstruotion aussi considérable et en même temps plus délicate. C'est un miracle que sa parfaite conservatilon.

Si j'ai loué sans réserve l'exécution de ce chefd'œuvre de patience et d'adresse, je ne puis m*empêcber de trouver sa conception tout4*fait absurde. A quoi cela sert-il en effet? et pourquoi ce travail prodigieux? £n architecture le but précis , l'utilité évidente de chaque partie doit firap* per le spectateur au premier abord. Ici on vdit avec peine employer un grand artiste et une ornementation admirable à un objet non seulement inutile , niais qui aurait pu être utile. £u effet , un porche est nécessaire à une église ; on aime à 8*y recueillir im instant avant d'entrer dans la nef; on y habitue ses yeux, par une transition ménagée, à Tobscurité mystérieuse du temple. Maisees

caprioieux meneaux n'abritent ni de la pluie , ni du soleil , ni du Tent. Ces riehes areades sont la pour se faire admirer, voilà tout ; je les voudrais aiUeum. Cette enceinte a jour, ces filigranes de

pierre, avec leur incontestable élégance, malgré leur parfaite eonservatiou , me présentent Tappaimee d'une ruine , d*un bâtiment dont les murs crevassés subsistent encore ; ou si l'on veut d'une décoration d'opéra , mais d'one décoration vue de la coulisse.

J'ai été sévère pour l'extérieur de la cathédrale ; à l'intérieur , je n'aurai guère que des éloges à

donner. La voûte , très élevée et d'une étonnante

hardiesse , est ornée d'admirables peintures qui se détachent sur un fond d'asur et d'ar* D'autres fresques aussi remarquables décorent les chapelles latérales. Au milieu du chœur , un jubé magnifique reproduit lesformes gracieuses de rencemte de la plate-forme. La sculpture du xv*' siècle y a épuisé tous ses délicieux caprices , toute sa patience , toute sa variété. On passerait des heures entières à considérer ces détails gracieux et touh jours nouveaux, a se demander avec un étonnement sans cesse renaissant , comment on a pu trouver tant de formes élégantes sans les répéter^ comment on a pu faire , avec une matière fragile, une pierre dure et cassante , ce que de nos jours on oserait a peine tenter avec du fer ou du bronze* — Je n*aîme pas les jubés : ils rapetissent les églises; ils me iuut i'cllèt d'un grand meuble dans

une petite chambre. Pourtant celai de Samte-

Cécile est si élégant , si parfait de travail , que , tout enti^ à Tadiniratioii , on repousse la critifpia » et que Ton a honte d'être raisonnable en présence de cette magnifique folie

L'antel , qui doit figurer à l'extrémité du jubé ', n'est point encore consti uit. C'est M. Robelin , l'un de nos jeunes architectes les plus distingués , dont le projet doit être mis à exécution. Non seulement rornemeutatioa qu'il a proposée, est parfaitement en harmonie avec l'élégante décoration du XT* siècle, qu'elle doitcompléter, mais laforme même de Tautel est heureusement calculée pour ne masquer aucune partie du jubé. G^était un problème diflicilc à résoudre, et M. Robelin s*enest tiré avec un rare bonheur. Puisse-t-il trouver des ouvriers aussi habiles que ses devanciers, les pre* miers architectes de Sainte -Cécile.

Les murailles de l'église sont entièrement peintes à Pintérieur , depms la Toùte jusqu'au payé. JTai déjà parlé des fresques magnifiques de la voûte » euvrages d'artistes italiens attirés a Alby par la muniiictnco de Louis d'Amboise (neveu du car-

> On y remarqaera qoelques incorrectbiis singalièrei.

Par exemple , les frontons aipis qvâ snnnontent les parois

latL'iak's du juhé à l'intérieur et à l'cxltTieur, ne se corresponcîent pas. — Les statues peintes, qui font face aux bascôtés , sont courtes et {jrosses. Je les crois assez modernes. Je n^aime pas non plus les clefs pendantes sons la tribune et les cuMe-laiiipe coupés csTrément à leur extrémité*

dinal George d'Amboise). A Texoeption de quel*

ques chapelles latérales où sont représentés pluâieurs sujets de la vie de Constantin et de sainte Hélène , et d*nne partie du mur occidental, oà étaient figurés les tourmens et les récompenses de Tautre vie , tous les murs sont peints par grands conipartimens de différentes couleurs, combinées de cent manières différentes, et formant comme une espèce de grande mosaïque. L'effet général est ccrtaineraent préférable à r uniformité de teinte que présentent nos églises , pourtant les couleurs sont ternes et assez mal choisies. On a voulu imiter du marbre, et Fimitation n'a pas été heureuse. De loin on croirait voir une grande tenture d^indienne

La tour, placée à T occident et haute de deux cent quatre-vingt-dix pieds, est la masse de briques la plus considérable que l'on connaisse , si Ton excepte les pyramides informes de TAmérique septentrionale. Dans la construction primitive, elle était massive jusqu'à une très grande hauteur. L'archevôque Charles de la Berchère fit creuser dans sa base solide une vaste chapelle.

> C*eit one opinion généralement reçue à Âlby qae lei

bleui» lie ces fresques sont faits avec du pastel. Je me suis assuré que c'était du cobalt qu'on a employé. ■ — Sous la couche mêjnede mortier qui reçoit la fresque, un trouve un badigeon blanc sur une autre couche de mortier plus ancienne , qui Tecouvrail lea voûtes avant ravènement/au aiége épiscopal de Louis d'Amboise.

Cette excavation ne parait pas avoir porté atteinte à la solidité de l'édifice, mais elle a entraîné la destruction de peintures curieuses que j*ai citées tout à riieure. il eu reste encore quelques iragmens très noirs représentant les chàtimens des péchés capitaux, Tavaricc, la gourmandise, la luxure , ete* Chacun de ces tableaux est accompagné d*une légende explicatiTe.

12 Décembfe.

J'ai visité aujourd'hui le château de Castelnau,

à une lieue d'xUby, reconnaissable de loin par In haute tour carrée qui domine ses fortifications. Suivant la pratique constante des ingénieurs du moyen-àge, on Ta placé au sommet d'une colline de difficile accès. 11 est fort ruiné , mais le plan en est pourtant rceonnaissable. L'enceinte suit le périmètre de la hauteur sur laquelle elle est assise, et forme à peu près un parallélogramme rectangle très allongé. Elle est cuviioiincc d'un fossé , excepté dans les endroits où la raideur de Tescarpement rendait cette précaution inutile. An nord, on voit une espèce de citadelle séparée du reste des fortifications par un fossé avec un revêtement en maçonnerie C'est dans cette partie qu'est si*

« Là sans doute lo^^eait la garnison, et ellf! pouvint y Itou ver uu refuge si elle était forcée dans le premier retranchement.

tuée la haute tour dont j'ai parlé, qui, d'après son médiocre diamètre, n'a pu aToir d'autre objet que de servir de guette pour signaler l'approdie de renncrai. Je n'ai rien trouve dans ces constructions qui m'ait paru antérieur au xm? siècle. Je crois même que la citadelle est encore plus moderne. Elle a été convertie en maison de campagne long-temps après que le temps et les progrès de la civilisation eurent rendu inutiles ces fortifications féodales*

Ma dernière excursion dans le Languedoc fut a la ville de Cordes , remarquable par les restes d'une enceinte fortifiée , et surtout par plusieurs maisons particulières du xm*' et du xiv® siècle , asseiK bien conservées. L'achiteeture civito du moyen-âge est bien peu connue, et j'espérais trouver à Cordes quelques renseignemens sur la disposition intérieure des appartemens et leur décoration. Malheureusement, le besoin du confortable moderne a engagé les habitans de Cordes à dénaturer complètement la distribution intérieure de ces maisons , dont les laçades subsistent seules dans leur intégrité.

£Uefi sont construites presque toutes d'une manière uniforme, à deux étages , surmontées d'nn attique. Une ornementation plus ou moins riche fait toute la différence. Je décrirai brièyement la maison du grand veneur, du dernier comte de Toulouse , qui était sans doute autrefois la prin* cipale de la ville. Quatre grandes arcades ogivales, bouchées aujourd'hui, ont leur base au niveau de la rue. Je ne pense pas qu'elles servis^ seni de portes. Probablement la porte était pratiquée dans un mur eu retraite, et les arcades formaient un portique, une espèce de galerie, comme celles qui subsistent encore dans beaucoup de villes anciennes , Carentan par exemple.

Les fenêtres du second étage sont plus ornées que les autres. Il y en a quatre , contenant chacune deux petites ogives géminées, surmontées dWe rose et séparées par une eoloninêtte. Les archivoltes très i^aîliantes , retombent sur des colonnes engagées. Des têtes hnroaines , des animaux sont sculptés au sommet des arcs aigus , et une frise représentant une chasse , surmonte cette rangée de fenêtres, n est à noter que les intervalles des fenêtres des deux étages supérieurs ne sont pas i Taplomb des piliers des arcades du res^de-chaussée; il en résulte un porter-faux qui a obligé sans doute de boucher ces arcades pour rendre de la solidité a l'édifice* Ce vice de construction se retrouve dans plusieurs maisons de la même ville.

L'attique présenta deux fenêtres géminées k

cintre trilobé , entre lesquelles sont deux autres iiaies carrées. Des inodiUons sculptés soutienucat la toiture.

Au-dessus de la frise y à droite et à gauche de la façade , on Toit une branche de fer , saillante , terminée par un anneau dont le plan est yerticaf et perpendiculaire à la muraille* D'autres maisons anssi anciennes présentent de semblables tiges de fer implantées de la même manière , et terminées par des anneaux. Quelqueibis il y en a deux audessus de chaque fenêtre. Je pense qu'ils ont senri à attacher une corde ou une perche qui soutenait une banne destinée à abriter du soleil les habi* tans de la maison , peut-être à tendre des tapisse» ries dans de certaines occasions solennelles. J'ai TU assez souvent en Espagne des baloons couYerts d'un store et ombragés par un procède analogue.

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