‹ Notes d'un voyage dans le Midi de la FranceChapitre 17 sur 18 · SEXTANT · texte numérisé non relu

SEXTANT

BRIGDfN

Anduse

Bronze! ?

Beaucaire.

Substantion.

Brignon?

SumAue?

STATVMAB

VIRINN

VCETIAE SEGVSTON

Uiès.

ëtë un oppidmn gaulois, Sextantio est devenu une ville romaine d'une certaine importwce. Une inscription fort remarquable , tirée de oes ruines et déposée aujourd'hmi dans la sacristie de Téglise de Gastelnau , indique qu'à l'époque où elle a été tracée , la population de la ville était encore divisée en deux classes tranchées, les. indigènes et les colons romains.

ai.PLA£ToRIVS.HÂCiiiNy s , COLONÏS.ET.TNCOLIS,

EX.EA.PECVNIA.QV^.EI.IN STATVAS.COÎiLATA EST.

Elle rappelle probablement le don £eiit à la ville d*iin objet d'utilité publique , par un personnage auquel les habitans romains et gaulois avaient voulu élever des statues. M. de Saint-PauL membre de la société archéologique de Montpellier, dans un mémoire très intéressant sur l'ancienne ville de Sextantio, remarque que les noms de ce personnage sont purement romains, et que la famille PlâBtoria est illustre. Un Marcus Plœtorius plaida pour les Arëcomices, contre Fonteîus que Cicéron défendait. Il suppose que la reconnaissance d'une ville de ce même peuple a voté des statues à Fun des descendans de Marcus Plœtorius, qui aurait continué de servir de patron à ceux à qui son aïeul avait prêté le «ecours de son éloquence. '

On rapporte , sur les ruines de Sextantio, une

Digitizcû by Gdo^Ic

tradition digne des Mitte ei une Nuiiê, La colline sur laq[uelle la ville était bâtie s'ciève abraptement sur les bords du Les, présentant comme une mnraille de rochers. Tous* les ans , le jour des morts , suivant les uns , à iNoël suivant les autres» le diable apparaît i minuit sur le haut du rocher , et invile les ^eiis assez hardis pour s'en approcher, à venir prendre possession d'un trésor* Le roc s'ouvre alors et laisse apercevoir rouverture d'une caverne, où le trésor est déposé. Le diable accorde la permission d'y entrer et d'y prendre ce que bon semblera , mais il faut se dépêcher, car, pour cette opération , il ne laisse qu'un certain nombre de minutes* Dès l'entrée de la caveme, on Toit des tonneaux remplis de liards , un peu plus loin, sont des pièces de dix sous, puis des pièces de cinq francs , enfin , dans l'éloignement , on voit luire des napoléons. Les liards , on les méprise d'abord ^ les pièces de cinq francs sont bien lourdes, on court aux napoléons* On en remplit ses poches , ce n'est point assez , on en jette dans son chapeau , puis on essaie de ùiie de ses habits comme un sac qu'on prétend charger sur sou dos. Entraîné par la convoitise , on oublie le terme fatal* Soudain , le roc se ferme avec fracas, et le malheureux avare y est enfoui pour toiyours au milieu des monceaux d'or.

9 noTembre.

Poussin est une petite ville entre Montpellier et Béûers , qui a eu autrefois uue enceinte fortl-

rn

dant les guerres de religion. Plusieurs parties des murailles de la ville et du château , composées de gros blocs de pierres appareillés sans ciment , ont une apparence toute romaine , surtout du côté de la porte opposée à Montpellier. Le haut est dW autre appareil et m*a paru dater du xti^ siècle. Quant à la partie inférieure , je n'ose affirmer qu'elle soit romaine , n'ayant pas eu le loisir de ^'examiner longuement ; mais je crois difficile de pousser l'imitation aussi loin. 11 est certain d'ailleurs qu'un établissement romain a existé en oe lieu. Des fragmens de marbre et des briques de fabrique antique se rencontrent çà et là dans les rues. Je copie une inscription très bien conservée^ sur une petite place près du château :

L IVLII

CHRYSIONIS OMB\NIA SOSZV SA MARÏTOPTIM £TSiBl VIVAP.

Dans l'intérieur de la ville , on voit quelques jfoçades de mai&oiiâ îori élégantes des xv® et xvi® siècles.

HalUmogne*

Ea quittant Montpellier pour me rendre à Marbonne , je me proposais de m'arrèter quelques

heures à Vallemagne pour visiter les restes d'une abbaye célèbre , mais j'avais mal calculé la distance et les difficultés du diemin , car je n'arrivai à l'abbaye que quelques instans avant le coucber du soleil. Mon examen fut donc bien sommaire I et bien rapide. L'église est entièrement gothique, * mais vraisemblabieuien t de plusieurs époques comprises entre le xm® et le xiv^ siècle. Elle fut com- ^ mencée en 1S57 par Bertrand d'Auriac, abbé de Vallemagne. Les transsci)ts sont très courts , et la partie du chœur qui s'étend au-delà est fort allongée. On admire ses piliers sveltes et d'une grande élégance. Quelques-uns n'ont pas de chapiteau y ce qui indiquerait une restauration on une ' addition de la fin du xiv*» siècle. Les voûtes trèsélevées aflecieut la ibrme de lancette. Le portail , flanqué de deux tours fort mutilées aujourd'hui, n'a jamais été décore avec magnificence.

Le vaste cloitre de Tabbaye communique à Vé-

glîse par le transsept méridionaL 11 est sans doute

contemporain de réalise , comme sa construction Fannonce. Cependant, du côté du nord , j'ai re^ marqué des arcades et des colonnes romanes. Sans doute cette portion appar Lient aux. anciennes constructions de Tabbaye , dont la fondation primi* tiyeremonteaum9iendnxn* siècle. Au centre de la galerie méridionale , est une fontaine surmontée de deux arceaux fort élevés qui forment comme une espèce de treille de pierre d'une hardiesse et d'une légèreté merveilleuses»

narhmue»

Les muraillesde Naribonne sont comme un rou*

sée en plein air , car, dans toute leur étendue , elles présentent une suite de bas^relieb, d'inscriptions et de fragmens antiques , mêlés aux pierres de taille, et disposés avec une espèce de symétrie. On est tout étonné d'apprendre que c'est François I"*, ce protecteur des arts , quia fait élever les fortifications de la ville avec les débris de ses édifices romains; et l'on peut juger par ce qui s*est conservé , des richesses dont on pouvait disposer alors. Plusieurs grands monumens paraissent surtout avoir servi A ces constructions , au

moins on peut observer dans les fragmens des ordres bien distincts. D'abord de nombreux débris d'uuo liisc dorique , et des métopes ornes de patères et de bucranes ; 2** des rinceaux d'une grande dimension et d^un très bon style ; 8® une autre frise , provenant sans doute d'un arc de triomphe, car elle se compose de cuirasses , de casques et d'armes barbares; je dis barbareiy car j'y reconnais la masse d'armes des Daces, et le poignard recourbé que j'ai déjà obsenrésur Tare de Carpentras ; 4^ une frise représentant des courses de char^ 5° une grande corniche corinthienne ; 6® plusieurs cbapiteaiix ioniques ; 7^ des fragmens de grands pilastres ou piédroits , les uns réticulés , les autres couverts de feuilles d'eau imbriquées de différentes dimensions ; 8^ enfin , beaucoup d'inscriptions turaulaires , des bustes, des Las-reliefs , encastrés pêle-méle avec les morceaux d'architecture que je viens de citer* -

IHaut rendre cette justice k ringcnieurde François 1*^', qu'il a placé la plupart de ces inscriptions de manière à pouvoir être lues : qu'il n'a point retourné ni détruit les bustes et les bas-reliefs ; enfin qu'il a plaqué l'intérieur des portes des fragmens de sculpture qui lui ont paru les plus curieux. — Ce n'était donc point toutrà-fÎBdt un ignorant; il raisonnait la barbarie

' Le «avant M. Dumège , secrétaire de la société archéologicpiedu Midi, a dessiné tous ces fragmens précieux* Il doit

On conçoit que dans une ville aussi heureusement située , il est facile de former un musée intéressant : aussi la société archéologique de Narbonne, qui compte à peine une année d'existence, a-t-elle déjà réuni une foule de morceaux très importans. Beaucoup de tombeaux richement ornés, la plupart des m* et ir^ siècles, quelques statues plus ou moins mutilées, des bustes , des bas-reliefs et des inscriptions % figurent déjà dans sa collection, qui promet de s'augmenter tous les jours par le zèle de ses membres qui n'épargnent ni soins ni dépenses pour acquérir de nonveauz monumens \

lef publier dans son grand ouTrage aur Tarchéolof^e pyrénéenne.

Je ne pult ni*eni|»écker de otter deux inscrij^tions qui m^ont fruppLc par leur touchante simplicité :

LAGE ïlLI BENE QUIESCAS MATER TVA ROGATTE VT ME AD TE ACCIPIAS YALE

NEC IVSSA TISTAMENTO JSEQUE VOCE ROGATA SED PI A PRO MERITIS SPONTE SVE POSVIT.

Que nos ; « bon père^ ban époux! » sout loin du style lapidaire des anciens !

< Une entre autres , très remarquable, sur une dalle de marbre brisée, portant une date fixe, la vingtième-unième année du rè^e d*Alaric II , roi des Visigoths.

■ L^adininistration du musée \icnt d'acquérir un magnifique bas-relief, représentant deux aigles soutenant une guirlande avec un foudre voilé au milieu. Ce beau fragment provient, dit-on, d'un temple de Jupiter Tonnant. Les plumes sont admirablement rendues. Elles ont la légèreté de

Oa Temarqne but un mur de rancien palais de la Vicomté, actuellement la poste aux cbeyanx,

un bas-relicf que pendant long-temps on a cru représenter les noces d*Atauife et de Placidie. C'est évidemment la face ornée d'un sarcophage. On y distingue plusieurs sujets bibliques, entre. autres la mutiplioation des pains, et le frappement du rocher. I\f. do Castelanne (membre de la société arch. du midi) présume que la femme qui occupe le centre de . la composition désigne Famé du défunt*

La emrieuse inscription relative à la fondation

de réglise de Saînt-Rustice ? rapportée par dom Yaissel (Hist. de Languedoc) ^ trouve aujourd'hui encastréedansun mur sousnn passage voûté, dans Fancien palais de rarehevêché. Elle est fort mutilée et sa position l'expose à des chocs continuels* n serait bien à désirer qu'on prit quelques mesures pour la conserver.

Dans l'enceinte de l'archevêché s'élève une tour carrée dont Fappareil indique plusieurs constructions successives. Le bas, composé de grosses pierres carrées pourrait dater du Bas-£mpire, de cette époque où tant détours et de murailles furent bâties de débris d'édihces antiques, lorsque

la nature; ce ne sont pas des éeaiUe»^ comme celles qu*on fait dVrdlnoîre. Celles-ci ont cette irrégularité , ce soyeux y que la sculpture semble ife pas pouvoir imiter. Les aigles de Nîmes , si vantés et i»i lii^aes de Télie ^ n'approchent pas de ceux-ci.

rinvasion menaçante des barbares fii sacrifier un grand nombre demonnmens* La partie sopërienre

est d'un appareil plus petit , avec des ouvertures fort étroites et cintrées* Une espèce de corniche ou de frise règne au sommet, et se compose d'une dent de scie perpendiculaire au parement, formée de triangles de pierres altemativement blanclics et nuirc:3. La ressemblance de cet ornement avec celui qui entoure Tapside de l'église de VU* leneaTC) près de Magnelonne, me ferait penser que cette tour peut être de la même époque, c està-dire da vm*' siècle*

On m'a fait voir dans le même bâtiment nne porte fort curieuse par ses omemens , dont plusieurs sont une imitation évidente de Tantique, tandis que les antres appartiennent A Tarchiteeture bysantiiie. Ainsi, sur la même arclûvolte on observe des billettes, à c6té d'oves et de pahnettes. Les colonnes engagées qui soutiennent les retombées de rarchivolte sont torses ou cannelées, avec des cliapiteanx à feuillages , ressemblant grossièrement au chapitcan eonutlxieu. C'est sans doute un ouvrage du xii® siècle , mais qui n'a pas été fait pour la place qu'il occupe actuellement. Tout me fait croire que cette porte provient de quelque église détruite, et que , vers le xiv* siècle , elle a été transportée dans farchevêché.

L'apside de Sainte-Marie majeure est romane. Sa forme extérieure est polygonale, avec une colonne engagée au sommet de chaque angle saillant. Le

reste de l'église, aujourd'hui changée en atelier de charronage, appartient à la période gothique

Saint-Paui doit être rangé parmi les moiiumens de répoque de transition , plutôt par quelquesuns de ses détails qtt*en raison de la disposition générale, qui est purement gothique. C'est en 1339 que la première pierre en fut posée par Fabbé Raybaud. 11 y a de la hardiesse et de ]a légèreté dans ses voûtes élevées et ses longs piliers, oaraetères beaucoup plus distinctift du style golliicjMc que Togive elle-même. Cette disposition élancée, qui affectionne les lignes perpendiculaires, est cependant modifiée par des souvenirs du style précédent , plus lourd et plus timide. Ainsi , probablement , dans la crainte que les piliers lé* gers qui soutiennent la voûte , ne se déjetassent sous le poids qu'ils supportent, on les a réunis, quelquefois au moyen d'une arcade , semUable à un pont léger jeté d*un pilier à l'autre On observe en outre que les fenêtres ne sont pas aussi multipliées que dans les édifices du nord de la même époque , et que les espaces qui les séparent sont beaucoup plus larges.

Les chapiteaux des colonnes engagées et des

< On dit que Sainte*]! arie est bâtie sur remplacement du temple de Jupiter, dont proviennent les aigles du musée. 3 II se pourrait cependant que ces arcades appartinssent à

une restauration moderne. D'autres pilliers ont été renforcés au moyen d'une enveloppe en maçonnerie, comme ceuiL de Saint-IIonorat auprès d'Arles.

piliers sont historiés. Us représentent des animaux fantastiqaes , des sujets de rÉcriture sainte , des

diables (quelques-uns fort indécens) ; enfin ils rappellent toat-à-£ait le goût du sièele précédent qui s'est perdu beaucoup plus tard dans le midi que dans le nord. Il est à noter encore que, sur la rive droite du Rhône, Farchitectare gothique . a été beaucoup })lus tôt adoptée que sur la rive gauche* Saint-Maximin a été commencée en 1279 seulement, et c*est dans la Provence la seule église que je connaisse dont le plan ait étq conçu d*a* près les règles de larchitecture gothique ; encore n*est>-elle pas à comparer pour' la légèreté à Val- Icmague et à Saint-Paul , toutes les deux anté* rieures à Saint-Maximin. Je ne doute pas que cette différence ne doive être aUribuée à rinvasiou des croisés du nord, allemands et i'rançais, qui, au commencement du xni^ siècle, apportèrent dans le midi leurs arts et leurs usages. — A cette époque , Pamiers reçut de Simon de Montfort la coutume de Paris. Il n'est pas douteux que la même influence n'ait modiiié rarchitecture.

La cathédrale de Narbonne , Saint*Just , est un bel édifice gothique, dont malheureusement le chœur seul a été terminé. Sa première pierre fut posée par Févèque Maurin en lâ7S« Il parait que les travaux furent presses avec activité, puisqu'en lâStt on y déposa les entrailles de Philippe-le-* Hardi. Ses chapelles latérales s*élevèrent succès* sivemeut au commencement du xis^ siècle ; deux

furent foudées par Gilles Aybelin, mort en 1818, Ses fenêtres appartiennent principalement à la fin du xrv® siècle , ou au commencement du xv®, comme le prouvent leurs meneaux flamboyans.

' Ses piliers sont remarquables par leur légèreté et leur élégance* Plusieurs ont encore conservé des traces d'omemens peints d'une grande délicatesse. Les yerrières sont médiocres, et de plus en assez mauvais état. Â Textérieur, au lieu de clochetons^ les piliers butans sont façonnés comme des tour»

octogfones, crénelés, et réunis entre eux par des arcades jetées d'un pilier à Tautre comme des ponts. Ces créneaux et ces arcades se voient fréquemment dans les églises anglaises du xiv* siècle. — Un jubé, ou plntèt une muraille grossière, sépare le chœur proprement dit, de ses bas-c6tés. C'est ime conslruction luodernc qui nuit fort à VeSét général. Derrière Tautel , j'ai trouvé plusieurs chaises en fer. en forme d'X, assez semblables à celle qu'on voit à la Bibliothèque Royale et qui est attribuée à Dagobert. Quoique dépourvues d'ornemens, elles méritent d'être conservées avec soin.

* Un magnifique tombeau en marbre blanc, de

l'évêque de la Jugie, mort en 1274, est appliqué contre le jubé dont j'ai parlé. La moitié senlemeni a été conservée à NarLonne; l'autre moitié est au musée do Toulouse* Ce moniuncnt a été sculpté du vivant de Févêque, et il peut être considéré comme un modèle de l'art au xm* siècle. Les pe-

DigitizcHJ

tites figures d'eTeques , sculptées sur le monument, sont admirables. Les poses , les draperies, sont d'une vérité prodigieuse, et je n'iiésite pas à dire que ces statues ne le cèdent pas pour la grâce aux meilleurs ouvrages de la Renabsance.

Quelques autres tombeaux du xvi^ siècle , d un beau travail , ornent le chœur et les chapelles de Saint-Just. L'orgue , du temps de Louis XIII , est aussi un morceau très remarquable*

Auprès du pont, on voit une petite madone dans une niche , couverte d'ornemens délicatement exécutés. Elle porte la date de 1^29. C'est un pe* tit chef-d'œuvre d'élégance et de bon goût.

13 novembre.

Le Roussillon a été réuni à la France depuis

plus de cent cinquante ans, et cette longue période n'a pu encore efiacer complètement de cette province le caractère d'étrangeté qui se conserve dans les physionomies, dans le langage et dans les habitudes des classes inférieures de la société

» Les Roussillonnais appellent gavachea leurs voisins du uoid. Ceux-ci, à leur tour, donnent le même nom au\ habi-

A Perpignan , rarchitecture civile , qui est l'expression des habitudes ordinaires de la vie , présente une forte analoofie avec celle de la Péninsule. On y retrouve des maisons sombres , mai éclairées de quelques fenêtres grillées; des portes surmontées crannoiries , des cours intérieures (paiios) , de ces grands vestibules qui précèdent Fesealier et qu'on nomme en espagnol maguanes* Quant aux édifices publics , presque tous datent du temps où le Roussillon appartenait aux rois de Majorque ou à ceux d'Espagne. On conçoit que leur style est absolument le même que celui des monumens de la Catalogne , c'est-à-dire un mélangc de gothique et de mauresque , modifié de bonne heure par les relations que les Catalans eiurent avec Fltalie. Aussi la Renaissance s^estelle manifestée plus tôt dans le Roussillon que dans aucune autre de nos provinces méridionales.

La plupart des constructions de Perpignan sont en briques ou en caiHoux roulés , disposés très souvent en arête de poisson , luèiiie dans les constructions toutes modernes* Il est rare de voir des briques assemblées de la sorte, postérieurement à

tans des pays situés au nord du leur. Celas''étend tort loin , «ans quHl se trouve jamais personne qui veuille accepter cette dénomination de gaTache; et il faut remarquer que les Roussilionnais, par rapport aux Catalans, sont gayaches. Gavache peut se traduire par Français , mais celui qui em-" ploie ce terme n^a pas bonne opinion de la nation.

la fin du xvi^ siècle. On sent que les règles générales relatives aux appareils ne sont point applicables ici. Je crois en général qu'il n*y fout point attaeher trop d'importance , car sauvent on tomberait dans de très graves erreurs. Tel système de construction s'est perpétué dans une localité; tel autre, apporté par des étrangers, ne s'y est jamais naturalisé ; il n'y a que les Romains qui aient bâti partout de la même manière.

La citadelle de Perpignan se compose d'un donjon éleTé par les rois de Majorque, puis d'uno.enceinte bastionnéc, ajoutée par Charles V, Vauban vint enfin fortifier la citadelle et la ville d'après le système dont il est Fauteur. De la construction du xii*" siècle, il ne reste que quelques murs d'une solidité admirable ( appareil en arête de poisson), et une portion de TégUse, dont le portail surtout est remarquable. La porte est cintrée avec des Toussoirs lisses , fort lai'ges (c'est un caractère de rarcbitecture catalane ) , composés , ainsi que les parois latérales de la iiaçade , de plaques de marbre alternativement rouge et blanc ; un gros tore entoure l'archivolte , qui retombe sur des colonnes engagées dans la muraille. Leurs chapiteaux, autrefois peints , représentent des dragons combattans, moins lourds et moins grossièrement tra- Taillés que ne sont d'ordinaire les animaux des chapiteaux romans. — On dit que cette façade ressemble beaucoup à celle de l'église du mont Sinaï. M. le baron Taylor a signalé le premier cette

singulière conformité » qpi s'explique par les soa-

vcnirs des croisades.

La porte moderne de la citadelle est décorée de quatre statues en marbre blanc, d'an toayail fort grossier, vraisemblablement contemporaines de cette église , sinon plus anciennes ; ce sont quatre figures , probablement allégoriques , de costumes variés, dans l'attitude de prêter serment. Oi . lo serment catalan tenait beaucoup de oelm des anciens Hébreux qui juraient par leur cuisse comme traduit la Vulgate. Les Catalans prenaient eu outre leur barbe à témoin. C'est cette double invocation que le sculpteur a exprimée aussi clairement qu'il a pu.

On voyait encore , il y a peu de temps, un bras

sculpté en pierre sur le parapet d'un bastion : c'était dit-on , un souvenir d'une sentiueUe que Charles V tua , la trouvant mdormie. Il parait qu on Fa abattu depuis peu.

La plus ancienne église de PerpignJn est Saint- Jean-le-Vieux , maintenant abandonnée , et détruite en partie. £Ue fut consacrée en Les voûtes sont ogivales et appartirânent vraisemblablement à une restauration de la fin du xii^ siècle ou du xni*. La porte extérieure, cintrée, est ornée des deux côtés de saints en marbre de travail bysantin, fort médiocres et de plus très avariés. Une seconde porte extérieure, cintrée également, qui paraît avoir «crvi à conuuuni([iier d'un vestibule dans la nef, présente sur son archivolte un dessin

que j'ai vu là pour la première fois , et qui ressemble à une suite de rayons, tendant au centre de Farchivolte , alternativement gravés en creux et en relief. — L'appareil est de cailloux roulés , rangés en arêtes de poisson.

La cathédrale , fondée aussi sous l'invocation de saint Jean , a été commencée en lâ24 , à coté et en partie sur remplacement de Saint*Jean-Ie-* Vieux. Son appareil est dans les parties inférieures de cailloux disposés en arêtes ^ et c'est , je crois , un des derniers exemples de ce mode de construction , employé en grand. Elle n*a qu'une nef fort large et fort élevée , dont la voûte est d'une grande hardiesse. Sa construction a duré fort lon^ç-temps, puisque la dernière travée a été bâtie par Louis XI, lorsqu'il possédait Fusufiruit du Roussillon* La façade même n'a jamais été terminée. — Je remarque que , dans les églises gothiques, la façade est en général la dernière partie que Ton fait , tandis que , dans répoque romane , sa construction précède souvent celle de la nef ^ Avant le xin* siècle , la ferveur religieuse faisait eonstnûre les églises d'enthousiasme. Chacun y portait son tribut : l'un son or , l'autre ses talens. Les sculpteurs travaillaient en même temps que le^ arcliitectesj

^ Période Romane. Pêrwtfp gothique*

Exemples : Saint-Gilles* Cath. de Vienne.

Portrait occidental de Saint-Maximin.

Chartres.

Jd, Aoc^ers* Saint-Jean, etc.

car il importait de ne laisser refroidir le zèle et la bonne volonté de perEK>nne. Plus tard, lorsqn^il fallat antre chose que des indnigences pour payer les travailleurs , on dut mettre aussi plus de méthode dans la distribution du travail, et réserver pour la fin les parties les plus fines et les plus délicates , telles que sont les façades.

Le retable du maltre^iutel , morceau dans le style de la Renaissance, mérite d'être cité pour sa belle exécution. La partie supérieure est en bois, le bas en pierre , sans que pourtant cette diflFé* renée de matière présente rien de choquant. Ce grand retable, les dorures, les tapisseries de Téglise, Fabsence de chaises, toute la décoration intérieure , rappellent ia pompe du culte catlioli* que en Espàgne.

Une grande cuve en marbre sert de fonts baptismaux. Elle est très ancienne , et date , dit-on , du temps des rois visigoths ; sa forme est celle d'un grand tonneau avec des eercles uu des tores en relief; on pourrait fort bien y pratiquer le baptême par immersion.

Les autres églises de Perpignan offrent moins d'intérêt. Saint-Jacques, auprès de la citadelle, était une ancienne léposerie. Lorsqu'il n*y eut plus de lépreux, on voulut s'assurer que le lieu n'était pas devenu malsain par suite de leur habi# tation, et pour en faire rexpérienee m aniwaîJÎ/i, on y logea d'abord desjuiis. Lorsqu'on eut reconnu qu'aucune maladie contagieuse ne s'était déclarée

parmi eux, ou les en ehassa pour y bâtir une église. — La partie la plus ancienne de SaintWacqnes ne

me parait pas antérieure à la fin du xni° siècle. La tour est peut-être plus ancienne. Elle est carrée , à trois étages. L'étage supérieur est percé de fenêtres plus lageâ que celui qui le soutient , et le premier étage n'en a que deux , en sorte que les ouvertures peuvent être inscrites dans un trian{^le renversé. L'effet qui en résulte est remarquable; la tour semble évasée par le haut. — Je vois ici les créneaux, découpés comme dans toutes les constructions du midi de l'Espagne. C'est un emprunt fait à Parcbiteeture moresque que Von rencontre dans presque toutes les églises du Roussillou. La chapelle à droite de l'apside a un magnifique re-* table du xiv«-xv« siècle, dont les détails sont travaillés avec une merveilleuse élégance.

L'église, ou plutôt les églises des Dominicains , sont en ruines. Le génie militaire, grand destructeur , y a établi ses magasins. L église principale a une seule nef. L'apside et une portion du chœur seulement sont voûtées, et le reste est couvert par une charpente. Les extrémités des poutres sont ornées de tètes d'animaux , et Ton y observe encure des restes de peinture. Je crois cet édifice de la fin du xin* siècle; qilant au cloitre, il est de différentes époques; deux côtés sont romans ; les chapiteauxn en sont qu'ébauchés. Les autrescôtés ont des arcades ogivales trilobées , inscrites dans une grande ogive. Cette partie date , je crois, de

la fin du xiT** siècle; beaucoup de cliapiteanx

portent des écussons à armoiries , qui rappellent sans doute des dons faits à la fabrique. — Saint- Dominique habita quelc[ue temps ce couvent lorsqu'il vint en France à Tépoque de la guerre contre les Albigeois. La partie romane du cloitre est la seule qui reste de l'édifice , qui e3dstait de son temps.

Pour terminer la nomenclature des édifices re* marquables de Perpignan, il me ne reste plus qu'à

parler du Catillet bâti par Charles V : c'est une haute tour de briques , ou plutôt deux tours ac^ colées, réunies, soudées, par une courtine épaisse. Il est probable que dans l'origine, c'était une porte fortifiée comme la Puer/a deSerranoa de Valence» Dans rarchitecturc militaire du moyen-âge , les portes étaient défendues fréquemment par des tours rapprochées et par une double courtine, dont l'ensemble forinait comme une espèce de citadelle jusqu'à un certain point indépendante du corps de la place.

La Loge (mot dérivé de l'espagnol lonja, marché , bourse , bazar), est un édifice de la fin du xv® siècle , dénature en partie par des constructions toutes modernes. On voit sur sa façade des omemens flamboyans, des ogives à double courbe, couvertes d'une prului>ion de crosses et de feuillages tourmentés, malheureusement tous très mutilés; à l'intérieur, une petite cour avec des galeiiès couvertes, absolument sembi^d^le aux

paiios de l'Espagne. — La porte de derrière est

remarquable par d'iiumenses voussoirs composant une archivolte dont les retombées dépassent de pins de six pieds les piédroits.

A mon arrivée à Perpignan , j'avais été accueilli avec la plus grande cordialité par M. Jaubêrt de Passa, archéologue distingue , aussi instruit ([u'obligeant* 11 avait bien voulu non seulement me communiquer ses dessins et ses notes sur les mouuniens du Roussiilou, qu il a étudiés avec le plus grand soin , mais encore me tracer un itinéraire aux environs de Perpignan , et m*indiquer, parmi les localités les plus importantes, celles que la saison avancée et le temps dont je pouvais dispo* ser me permettraient de visiter. Il eut même la bonté de m'accompaguer dans quelques-unes de mes excursions , doublement intéressantes pour moi par la compagnie d'un guide aimable et savant.

Le Teck étant débordé , il nous fallut attendre

quelques jours pour nous rendre à£Ine. L'ancien nom de la ville est IUiberi$; elle prit celuid'Etae, corrompu de castrum Ilelenœ, d'une forteresse que Constantin ât bâtir , et à laquelle il donna le nom de sa mère. Au commencement du xm* siècle, elle fut ruinée par les Français, puis complètement détruite au xv^ par Louis XI. On voit encore quelques portions de ses murailles , cbm*

oo

posées de petites pierres noyées dans le oimentel

revêtues de briques ou de gros euilloux disposés en uréte de poisson. Dans la partie inférieure du rempart on remarque nne espèce de sonbasse-^ meut incliné , ou plutôt un second mur qui vient s'appnyer obliquement an rempart. Entre deux est un espace rempli de terre , dont la coupe représenterait un triangle. Suivant toute appa* renée, l'usage de cette construction était de reterder les travaux de sappe de lassaillant*

Deux fois réglise cathédrale , bâtie en plaine ^ avait été saccagée par les Sarrasins ; pour éviter le retour de catastrophes semblables, levêque Bérenger jeta en 1018 les fondemens d*une non-vcîlc église dédiée à sainte Eulalie qu'il plaça sur la hauteur et dans Tenceinte du château. Malgré les réparations qui ont altéré son caractère , cette église offre encore un grand intérêt.

A rextérieur, Tappareil est généralement com* posé de petites pierres noyées dans le ciment , et par places , de cailloux rangés en arête de poisson. Probablement, ces différences doivent être attribuées à des restaurations plus ou moins an^ ciennes. — La façade , assez élevée , et qui se termine par un gable crénelé, est encadrée par deux tours carrées qui ne s'élèvent pas plus haut que lui. Cinq fenêtres éU*oites sont percées dans le gable , et leur sommet s^aligne sur ses corniches rampantes. On observe leurs arcliivoltes dessinées par des pierres noires qui tranchent avec la cou<*

leur des autres matériaux. D'aatres incnistaiioiifl

semblables, disposées ça et là sur la façade , rappellent un style d'omementation tout oriental , qui parait s'être introduit de bonne heure dans le midi de la franco. — La porte , cintrée, est revêtue de marbre gruàtre, d'aiUeurs presque dépourvue d'onieaiens. — Le plan de Féglise est celui d'une basilique divisée en trois nefs. La voûte de la principale est nne ogive i peine sensible , rentorcée d'arcs doubleaux en plein cintre : celle des collatéraux est décrite par un quart de cercle, ou une portion d'ogive; mais ses arcs doubleaux sont aussi en plein cintre, ainsi que toutes les arcades , excepté les deux premières i

partir de la façade, qui sont en tiers point. Ou reconnaît là une restauration considérable , et la portion de voûte au-dessus de ces arcades porte des nervures croisées , taudis que le reste de la Toùte est en berceau. Cette portion est en outre de cinq pieds plus basse que le reste. Bien que les cartulaires d'Elne ne fassent pas mention de cette réparation, il n'est pas douteux qu'elle ne soit fort postérieure à la construcLion primitive. M. de Passa la croit avec raison du xiv® ou du xv° siècle. Quant à Tautre partie de la voûte, rien n'indique qu'elle ait été refaite, et il faut la regarder comme appartenant à la construction primitive , à moins que Ton ne suppose que , dans le principe , l'église a été couverte seulement par un toit en charpente. Dans ce cas on pourrait, par analogie,

la rapporter à la fin du xn* siècle. Au reste , je le

répète, l'ogive est à peine indiquée, et il se puurrait que sa forme indécise l'ut le résultat d'un accident ou de la maladresse des oùyriers

^ornementation de FégUse est très pauvre , oomme celle de la plupart des monmnens du XI" siècle. Les piliers lourds et roassifr portent dès colonnes engagées à chapiteaux grossièrement ébauchés, qui rappellent le galbe corinthien. Quelques moulures, xm cordon de damiers autour des fenêtres de Fapside , voilà les seuls ornemens qui m'aient semblé du siècle.

A la base du mur de l'apside , on remarque des ouTcrtures cintrées , semblables à des soupiraux , obstmées de pierres. Je ne doute pas qu'elles n'éclairassent une crypte, dont l'entrée est inconnue aujourd'hui. — Il parait qu'on a voulu allon-

■ On dit que l'évêque Bérenger, au retour d'un pèlerinage à Jérusalem, apporta le plan de l'cgUso du S iinl-Si pulcre, et fit construire la basilique d^Elne sur le même mudùie {Gai- UaXaj iom. VI ^ 1040). Mais il n'y a pas le moindre rapport entre les plans des deux édifices. Peut-être faut-il penser ^e la tradition, qni a conserré la mémoire d^une imitation orientale, a été infidèle en rapportant cpie cette unitatbn avait reproduit le plan général de Téglise du Saint-Sépulcre. Ne pourrait-on pas supposer que la forme de la voûte seulement, aurait été copiée sur celle de Téglise de Jérusalem ? — Je dois ajouter qu^au surplus il faut attacher très peu d'importance à ces traditioi|s, fréfiuemnent reproduites, et qui, dans une infinité de cas, n*ont d*antre origine que des firaudea pieuses, inventées pour donner plus de renom A certaines ^Uses.

ger l'église , car on remarque au-delà de Tapside les arrachemens d'une chapelle» qui n'a jamais été terminée , et qui m'a para du m* siècle.

Le cloître oltenant à Fëglisc est d'une admirable élégance* Sur chaque iace , trois pilim carrés (non compris les piliers angnlaires) supportent quatre grands arceaux, divisés chacun en trois arcades cintrées, par quatre coloiineltes doublées. La Yoâte des quatre galeries est en ogiye avec des nervures saillantes, croisées, qui d'un. c6té s^appnient sur les piliers,, de Fantre sur les murs latéraux; colonnes , piliers et arcades, sont revêtus de marbre blanc. On observe une grande ▼ariété de formes dans les colonnes, dont le fiikt et les chapiteaux offrent comme un ensemble complet de l'ornementation du moyen-âge^ depuis le xn* jusqu'au Tf* siècle , car il parait évident que Ton n'a pas cessé de travailler à ce cloître pendant cette longue période» Tontes les cioelures ont été faites sur place , car çà et là on remarque des chapiteaux , des tailloirs ou des bases qui ne sont qu'ébauchés» D'ailleurs on a travaillé sans ordre et dans les quatre galeries ù la fois. 11 a y tel pilier qui présente sur ehacùne de ses faces des compositions de style différent , et qui n'ont pu être exécutées, par des artistes, contemporains. A côté de colonnes cannelées, nattées , imbriquées, de chapiteaux historiés , de basHreliefs bysantins sculptés sur les architraves, on voit des chapi* teaux à ièuilles frisées, des moulures pismati-

qnes, des tlataettes où Fon peat reconnaltie Foii-

ginc et le progrès de i*art gothique. Dâm les bas-Telie& les plus anciens on distingue quelques traces de peintures , parfois des incrustations de .verre ou de pierre de couleur, surtout dans les yeux des figurines. Une circonstance qa^il est important de signaler, c'est qu'à toutes les époques on a Tûulu imiter le style des parties les plus anciennes, et cùDaerw&t ainsi l'unité d'omementatîon telle qu'elle avait été conçue dans le plan primitif. — De la forme des Toutes il parait ré* ^ter que le doltre n'a été couvert que quelque temps avant la cessation des travaux , car je ne crois pas ces voûtes antérieurs an xiv** siècle*

Une porte ogivale , i voussoirs de marbre alter* nativement rouges et blancs , communique de l'église au cloître. Je la crois du xm* siècle au pins tôt. Sa ressemblance avec la porte de Fé^lise de la citadelle de Perpignan est frappante. Toutes les deux indiquent des souvenirs de TOrient apportés par les croisades , ou résultant du v<)isinage du Roussillon avec les pays occupés par les Maures.

Plusieurs inscriptions et quelques bas-relieb sont encastrés dans le mur qui touche à l'église. On raontrf^ , cKitre autres , un morceau de marbre portant le mouogramiue du Christ, et un petit bas«reltef, comme des fragmens du tombeau de Constans , assassiné à Elne par ordre de Maxeuee. Ce sont de ces traditions que je respecte.

Un autre bas-relief plus intéressant représente une évéque, les bras crœsës sar la poitrine, entre deux anges, tenant des encensoirs. Sa raitre , très basse et écliancrée par devant , est d'une forme très remarquable que je crois très ancienne. Le goût bysaiitiii se montre dans les ajusiemens , la robe et le manteau plissés à petits plis, avec quantité de broderies, de joyaux et de perlés. A gauche, sur le fond , on observe les lettres suivantes; R. F. HOPA. DRIA. Du moins c'est ainsi que M* de Passa lit les caractères très bizarres de cette inscription , que quelques archéolofjues avant lui avaient pris pour des chiffres. L'étude qu'il a faite des caractères lapidaires, et sa iiomLi eusc ( olh ction d'inscriptions du moyen-àge , me ibnt adopter sa Tersion , confirmée d'ailleurs par une tradition locale.

Quelques vieillards se rappellent en effet que dans leur jeunesse, tous les ans , après la Toussaint , on chantait une absoute devant ce bas-relief, et qu'on l'aspergeait ensuite avec du vin blanc. L'évéque qu'il représentait, avait dit-on, donné une vigne aux chanoines d'Elne , qui, par reconnaissance, ou par une clause de la donation, s'aequittaiciiL régulièrement de cette ccrcniunie. M. J. de Passa pense qu'on doit interpréter ainsi t cette inscription s RedêUe, Praires j opéra debUa. Rien n'est plus commun que devoir le mot opéra précédé par un H*

M. de Passa me fit remarquer sur l'autel une in-

scription beaucoup plus lisible et bien plus intorcssaute j la voici avec son orthographe et ses solécisme» :

« jânno LXIIIJpost miUesimo incar^

natione dominica indicione y il Jlcn rcntisi-

mus ppiscopufi istius > rcle.tie Raimundus cl Gaufredu»

cornes simtdque A salais comitisaa pari torque

homntbua kominihus istius terre patentes médiocres

afqueminores iuserutU hoêcaUare in honarùm Domini

Noêiri Ihesu XrsH etmariiris ao f^irgintê mus Eula^"^

iieedificarepropterDeumetremediumanimoêUlarum^

Ces mots patentes, médiocres atque minores, ne semblent-ils pas indiquer trois ordres dans TÉtat? Et de quelque manière qu'on les interprète , ne doit-on pas en inférer l'existence de communes dans le Ronssillon, à une époque antérieure à celle où Ton place l'établissement de la première commune de France , celle de Laon , en 1 112 ' ?

L^autel était autrefois d'ai^nt massif; ses cha« noines, sous le règne de Louis XV, comme nous rapprend une autre inscription, le firent fondre, de peur qu'il ne f&t volé , et le remplacèrent par l'abominable autel qu'on voit aujourd'hui, et qui

* La même expreèsion se rctrotive en tête des eonitilntioiiii

de (iiilaiogneet dans les vieilles chi uiiiiiiR .s deDiagn, TomiclL, Montanez,CarbouelI, etc. Raymond Bérenger-le-\ ieui,t ooite de Barcelone, recueillit en code les coutumes latiaes, modifiées par les Vîsigoibs et les Maures, et, y ajouta encore d^autres lois; ce nouyeau code fut sanctionnié, en 1068 par lea> difierens ordres, potenUê, mediœreê aique minora».

est un clief-d*œuyre de maurais goût et de mes*

quinerie.

La sacristie renfenne un très ancien tombeau

en marbre blanc , orné de rinceaux dans le style du Bas-£mpire, découvert dans une fouille auprès de Fapside de l'église ayec un grand nombre d'autres, < t plusieurs tables d'autel fort aucienncs, soutenues par de petites colonnes romanes , à

NoTembre.

D'après le conseil de M. de Passa , je suis parti de Perpignan pour me rendre à Coustouges , et y visiter une église dont on attribue réreetion à Charlemagne*

Je me suis arrêté d*abord à Géret , pour examiner le pont qui passe pour un ouvrage des rois Tisigoths. C'est une construction haidie et gracieuse. Une arche de cent quarante-quatre pieds d'ouverture traverse un ravin profond , on dirait de loin un ruban jeté au-dessus d'un précipice* La Toûte est extrêmement mince à la clef, mais des garde-fous clevés (c'est une réparation moderne) , ne permettent pas d'abord de le remar-^

qofir et nuiaent à l'effet général» Ce pont, très étroit comme presque tous les ponts très anciens ,

ne donne passage qu à une seule voiture, encore ne iaut-il s'y engager qu*ayec précaution* L'arche s'appuie sur deux massifs de maçonnerie dans le haut desquels on a pratiqué des ouvertures cintrées assez étroites , qui n'ont sans doute d*atttre but que d'alléger ces massifs, car le torrent ne s'élève jamais jusqu'à elles. Il est a regretter que des remblais niaient pas caché ces massifr avancés, qui ùtent au pont de Céret un peu de sa grâce et de sa légèreté.

Le village d'Arles-les-Bains , qu'on rencontre ensuite, a conservé quelques souvenirs du séjour des Romains qui avaient reconnu les propriétés de ses sources thermales. La salle ou Ton prend les hains est un ouvrage antique , qui d'ailleurs n'est remarquable que par sa grandeur, l'épaisseur et la solidité de sa voûte. — Les murs de la petite église du village paraissent aussi de construction romaine, et il est probable qu'autrefois c'était une piscine, ou un bassin poui* refroidir leau qui sort de terre trop chaude pour qu'on en puisse' foire usajje immédiatement.

Une demi-lieue plus loin, on arrive à Arles (Arulœ) en suivant les détours d'une vallée charmante , au fond de laquelle coule un torrent* L'église a été construite en 104K ; mais la façade seule appartient au xi* siècle : Tintérieur , réparé à diiférentes époques, n'o&e plus aucun intérêt.

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