NOTRE-DAME, CATHÉDRALE
ccïtTèspond à la troisième travée du côté de TOuest), porte rinscription suivante, profondément gravée, et'qui^ prise darns le sens le plus littéral, indiqué qtie là fut Ymtrée , le seuil de l'église :
'^l tlttakS tiRtMïfN CÂVE4S CCWtmGÉRÈ tOSÊ»
Nifl^H BfEGlNâ PÉ^ VVLT^NE SORDBCOLI»
^hc& voûtes et les ^parois decet escalier, du (moins dè^la partie supérieure, étaient couvertes àe fres- '^(tlé^ ; Wâtis «fepuis peu d'années on les a fait disparate ^ife'Uâfte couche de badigeon. Onesi aperçoit pourtant encore quelques fragments* Ce sont <les têtes tle saints on d'anges entourées dé nimbes creusés dansln pi^re,'canneléset'fortement -dorés.
Lés portes -des chapelles de rescftliet'-^ «n bois de cèdre , autant ^ue j'en ai pu juger, sont couvertes 'de cdmposltions tirées de l'Écriture-Saintê, 'Àëtil[]îtées en très-bâs relief, et poupt£uit assez détachées du fond pour quelles ressemblent à des décôTupUres appliquées sur un panneau uni : elles tout cëpendâint taillécis dans la ïnâsse du bois, ce ^i stipposte un travail prodigieux. Les £gurës màîgi*és et déraésùrémerit longues , les omementSs i^ichès et capricieux, et surtout lin' caractère particulier dans l'exécution, qu'il est plus facile de sentir que d'exprimer, rappellent fortement les
marqueteries et les bas-relie£s indiens ou persans. Sur chaque panneau (il y en a six à chaque chapelle) ^ une légende explique le sujet sculpté par un vers léonin , tracé en lettres Uées d^une manière bizarre et d^uue forme en apparence fort ancienne (i). Il est aisé de voir qu'autrefois les figures et les ornements ont été peints et dorés, et je crois qu'avec un peu de soin, il ne serait pas impossible d'en retrouver les couleurs. La porte de la chapelle voisine de l'hôpital est bien conservée, mais l'autre est tellement vermoulue, que légendes et sujets sont devenus presque méconnaissables. Il y a dans l'intérieur de ces deux chapelles quelques peintures , mais en aussi mauvais état que celles de l'escalier.
Je reviens maintenant à l'église, etj'en examinerai successivement quelques-unes des parties les plus remarquables. Le porche avancé , sous lequel on passe pour entrer dans l'ancien transsept Sud, se distingue par la richesse de son ornementation* A peine trouverait-on le moindre espace lisse au milieu d'une inépuisable variété de moulures et de détails très>finemênt sculptés, qui recouvrent les archivoltes, les piUers, et jusqu'aux fûts des colonnes engagées. Tojis ces ornements d'ailleurs appartiennent au style bysantin fleuri, et après avoir loué leur rare élégance , je ne vois qu'une seule
(x) Od y remarquera TU employé au lieu du V.
singularité qui mérite une description détaillée. Les arcades qui servent d'entrée à ce porche , sont en ogive, mais 4ôublées par un autre arc en plein cintre, qui ne tient à l'intrados du premier que par trois tenons en pierre, en sorte que dans la plus grande partie de sa courbe', l'exfrados du cintre est séparé de l'intrados de l'ogive par un 'vide de plus d'un pied. Pareil tour de force est rare, ce me semble, dans la période bysantine , et c'est le premier exemple que je rencontre d'une disposition semblable. Le porche se rapporte de tous points à la fin du xii^ siècle , et cette date est d'autant plus remarquable , qu'on sait que le goût pour l'apparence de la légèreté , et la recherches des. formes difficiles et extraordinaires , ne s'introduisit dans l'architecture du moyen-âge, qu'à une époque assez avancée de l'art gothique,* Les portes orientales des transsepts ne sont pas moins curieuses que celles des chapelles de l'escalier, mais leur conservation laisse beaucoup à désirer. Elles ont perdu la plus grande partie de leurs ornements , et l'on ne peut guères juger aujourd'hui que de quelques-unes de leurs ferrures. Parmi ces dernières il faut noter des tètes de lions ^ ou de tigres d'un caractère original, et qui ressemblent d'une manière frappante aux têtes de bronze coulées par les maîtres Jean et Nicolas de Bingen, et que l'on voit à la cathédrale de Trêves. Deux lions en bois , sculptés d'un relief assez fort , sont encore conservés dans les panneaux supérieurs de la porte du transsept Sud.
Ainsi que dans beaucoup d'églises dltalie/le clocher de Notre-Dame est isolé , sur l'alignement du coUatéral Nord , et un peu au-delà du chœur, dont fl est séparé par une petite cour. De même que la cathédrale , il paraît avoir subi plus d'une transformation , et ses étages supérieurs n'appartiennent pas à la même architecture que sa base. Celle-ci est cai'rée, flanquée d'une arcature figurée que soutiennent des pilastres sans autre amortissement qu'un simple tailloir. S'il m'est permis de hasarder une conjecture , cette ba$e peut avoir été un baptistère dépendant de la cathédrale. Vraisemblablement au xii® siècle on en fit un clocher , en j ajoutant une suite d'étages qui présentent, chacun dans ses fenêtres, un mélange d'ogives et de cintres. A mesure qu'il s'élève , ce clocher se rétrécit sans perdre sa forme carrée; il se termine par une flèche légèrement obtuse. Xi'aspect n'en est point agréable , sinon à une grande distance, ce qui tient en partie , je crois, à ce que ses étages , en retraite les uns sur les autres , ne se profilent pas nettement sur le ciel. Je suppose qu'il n'a été achevé que dans le courant du xiu^ siècle, du moins je ne puis rapporter qu'à cette époque de grands pinacles gothiques, appliqués à l'un des derniers étages. L'ornementation est nulle , et l'ensemble de la construction n'a point de caractère décidé. On n'y trouve ni la légèreté gracieuse du style gothique , ni la sévérité imposante du àtyle bysantin.
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J'ai parlé desiresques peintes dans les salle» supérieures des 'txanssepts. Du côté du Nord y elles ^ont extrêmement endommagées , et je ne trouve à citer que quelques figures colossales de saints , très grossièrement exécutées, de style bysantin , et fort inférieures aux peintures de Brioude. Le transsept Sud a moins souffert / et les parois , ies voûtes et les colonnes mêmes sont couvertes da grandes compositions y de figures isolées et d'une -multilude d'ornements fantastiques. Malgré les ravages de l'humidité , et bien des mutilations modernes qui semblent faites 'à plaisir, plusieurs sujets sont reconnaissables , tels que le frappement du 'Rocher , la Cène , l'entrée à Jérusalem , etc. ; mais il ne m'a pas semblé que ces compositions formassent une suite continue, du moins les scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament sont mêlées, -et je crois que le peintre ne s'est attaché qu'à couvrir les murs sans se mettre* en peine d'établir , dans son travail , un ordre ou une symétrie quelconque. On sent qu'il ne faut pas attendre des artistes des XII® et xiii® siècles la moindre correction dans leurs dessins. Pourtant , on remarquera , dans les figures de cette salle , une certaine régularité , une certaine grandeur. Il me semble évident que la peinture au moyen-âge a conservé plus longtemps que la sculpture , non seulement , les procédés matériels , mais les traditions du Beau qu'elles avaient reçues de l'antiquité , traditions bien altérées sans doute par la maladresse et la barbarie des
oulkiers , mais où cependant pérceat -encore quelques restes de la pureté du goût classique. Il n'est personne qui n'ait remarqué la singulière ressemblance qu'ont entre eux tous les saints de la peinture bysantine : on dirait que les artistes ont tous copié un même modèle^ et ce modèle est un type de beauté idéale. Assurément cette beauté n'est point rendue j mais elle est cherchée j et je ne veux que constater cette tentative tout infructueuse qu'elle soit. A mesure que l'art se perfectionna , la beauté des types, ou, pour parler plus exactement, le souvenir de cette beauté . s'affaiblit de plus en plus. Au lieu.de chercher le beau absolu, les ar^ listes voulurent copier la nature sans choisir leurs modèles. L'idéal fut remplacé par le vrai , et c'est à l'époque où les artistes du moyen-âge avaient acquis le plus grand talent d'exécution , que leurs ouvrages nous présentent les formes les plus triviales et les plus laides. Que l'on compare à un beau tableau de Jean Yan-£yck quelque fresque d'un peintre inconnu du xii* siècle, d'ujQi coté, l'on verra une nature vulgaire rendue avec un talent d'imitation supérieur; de l'autre, une nature idéale se révélant malgré l'ignorance et la maladresse de l'artiste bysantin.
Au Nord de la cathédrale se trouve un cloître fori9é par quatre galeries voûtées , portées sur des arcades en plein cintre. Les chapiteaux des colonnettes qui les reçoivent sont en g^éral historiés, et la plupart d'un travail très fin et très élégant.
Ily en a miêtne quelques-uns entourés de feuilles d'acanthes et de volutes un peu capricieuses^ qu'on serait presque tenté de prendre pour antiques , et je connais tel' monument romain qui en montre* rait assurément de plus bizarres et surtout de moins bien exécutés. Au dessus des arcades , une incrustation de pierres de couleurs différentes , et symétriquement arrangées , compose une décoration qui ne manque pas de grâce y et qui est plus soigneusement exécutée que celle qu'on voit aux gables des transsepts. Dans ce cloître , comme dans toutes les parties de la cathédrale , on observe dans la disposition générale et les détails des dif« férences assez sensibles pour prouver que sa construction s'est opérée lentement , et qu'elle a été l'œuvre de plusieurs architectes. Si l'on considère la partie la plus ancienne ^ on remarquera qu'à l'exception des chapiteaux toute l'ornementation se réduit à des dessins très simples que forme, dans l'appareil 9 une certaine combinaison de pierres colorées. Ainsi l'on voit des claveaux alternativement noirs et blancs , une espèce de frise où, sur un fond blanc, se détachent des losanges ou des zigzags rouges, enfin des pendentifs qui présentent un appareil réticulé en mosaïque à carreaux noirs et blancs. Dans la partie la plus moderne , au contraire , la sculpture se mêle partout à ces incrustations : une multitude de petits basreliefs , de fantaisies bizarres, composent une frise continue, et chose assez rare au moyen-âge , la clef
de tous les arcs âe détache en forte sailUe de Tar^ cbivolte, offrant soit une tête fantastique , soit due petite composition sculptée avec beaucoup de ft^ nesse. En6n, la hauteur des arcades, lettr diamètre^ la disposition des piliers et des colonnettes , distin-' guent encore les deux parties de ce doître.
Je Viens d'indiquer d'une manière tout à fait générale les différences qui les caractérisent : je crois l'une commencée au xi* siècle , lors de la première addition faite à la cathédrale ; la seconde probablement postérieure d'un siècle à peu près, exécutée alors que l'on compléta Notre-Dame , en y soudant ses deux dernières travées occidentales. Au reste , une grande réparation dont on ne saurait préciser la date a laissé , dans les deux parties* du cloître, des traces bien évidentes. Dans la frise sculptée , entre autres , des transpositions maladroites ne permettent aucun doute à cet égard. Enfin, les sculptures de cette frise , les chapiteaux et mêmes les colonies des galeries , se rapportent à des styles tellement différents que , pour en expliquer la confusion actuelle, il faut admettre que, pendant toute là construction , on se soit servi occasionnellement de matériaux tout travaillés et préexistants. Quelques fûts de colonnes en marbre , par exemple , m'ont paru incontestablement d'origine antique.
Une assez grande salle , en apparence construite ou restaurée au xiv« siècle , communique avec ce cloître. Elle servait , autrefois , de chapelle mor-
tuaire, et dans ses caveaux étaient enterrés les évé^ ques et les chanoines du Puy. On vient de cacher, sous un épais badigeon , quantité de grandes fresques qui on couvraient les parois*
Anciennement 9 la cathédrale était fortifiée, et vraisemblablement dès son origine, car on sait que ce fut la position avantageuse de la montagne sur laquelle elle est bâtie, qui détermina son fon-* dateur à en faire le siège épiscopal de la province. Une double enceinte séparait Féglise de la ville , et longtemps la juridiction des évéques fut abso* lue dans le petit espace qu'elle renfermait , tandis que la ville basse avait ses magistrats et son gouvernement municipal à part. Il reste quelques parties des murs qui formaient cette enceinte, mais je n'ai rien vu dans ces vestiges qui ne fût très postérieur à la cathédrale. ' Un grand bâtiment qui s y lie au Nord, un peu en retraite sur la façade, et adossé au cloître, paraît avoir -été ajatrefois comme une espèce de citadelle aii milieu de l'enceinte fortifiée. Il s'élève sur le bord de pentes fort escarpées, et ses murailles très hautes et très épaisses sont encore renforcées de puissants contreforj:s , et couronnées de créneaux et de mâchicoulis (i). Peut-être les évêquesi y firent-ils leur résidence ; peut-être y cherchaient-ils un asile daT>s un temps de troubles. Au Nord de ce bâtiment s'élève
(i) Od remarque qu'il y a des machîcoutîs jusque sur les con» trefinru.
une tour carrée, beaucoup plus ancienne, et qui pourrait remonter au xi* siècle. Anciennement, elle servait de prison et de dépôt pour les archives; le premier étage est vovité, et la plateforine bordée de créneaux sans mâchicoulis.
D'autres fortifications, mais tellement ruinées, que leurs débris n« peuvent fournir aucun renseignement sur leur origine , couvraient le sommet et les pentes du rocher de Corneille (^Rupes Cor-nelii)j cette masse volcanique qui dopiine le plateau où la cathédrale est assise. Partout où les rochers laissaient quelques toises d'un terrain uni , on avait élevé des murailles; on en trouve des restes jusque dans les points les moins accessibles. Ces travaux militaires n'indiquent pas tant les dispositions belliqueuses des prAiiers évêques du Puy , que le besoin de sécurité au milieu des guerres continuelles qui furent , poi;ir le moyenâge ,.comme un état normal.
Quant aux fortifications particulières de la ville, il n'en reste aujourd'hui qu'une porte flanquée de tours fort basses, le fossé qui s'étendait devant les remparts étant depuis longtemps comblé. Ces tours , ouvertes du côté de la ville , sont couronnées de mâchicoulis fort élégamment découpés en ogiv^e , et m'ont paru de la fin du xiv® siècle. On nomme cet unique vestige des anciennes fortifications du Puy la porte de Pannesac. Il est question de la démolir pour élargir une rue. Bien qu'il n'y ait rien de très remarquable dans l'ardhitecture