‹ Notes d'un voyage en AuvergneChapitre 37 sur 70 · ESPALION · texte numérisé non relu

ESPALION

dans l'appareil un arceau et un tympan qui a pu être orné , mais il ne parait pas qu'il y ait janiais eu de porte. L'entrée de l'église est pratiquée dans la muraille Sud de la nef. La porte' est en plein cintre avec un tympan dont le bas-relief représente le Jugement dernier et le pèsement des âmes. Ici , comme à Conques , Tentrée de l'enfer est une gueule^ de monstre qui engloutit les damnés. Dans le haut du tympan^ une rangée de saints me paraît indiquer le paradis. Sur la muraille y k gauche de la porte, un bas-relief, qui se liait peut-être à la composition principale , représente plusieurs rois ou du moins plusieurs personnages la couronne en tête. Tout cela est sculpté très ihaladroitement , et le travail en est aussi barbare que possible. Je suppose que l'église de Perse date du commencement du XI® siècle.

Je n'ai vu à Espalion aucun bâtiment qui mérite d'être cité. Le palais de Justice, construit au XVI® siècle , est dénaturé par des dispoâtions modernes ; et quant au château qui domine la ville , il ne présente plus que des ruines informes, qui ne peuvent offrir aujourd'hui d'intérêt qu'aux peintres de paysage.

^ Sous le rapport archéologique, ^1 y ^ P^^ ^^ villes plus insigni^antes que Sailit-Flour. Placée au sommet d'une énorme masse basaltique, accessible seulement du coté de l'Ouest , ce devait être au moyenâge une forte position militaire ; mais aujourd'hui ses fortifications sont presque entièrement détruites , et les portions de murailles qui subsistent encore ne fournissent aucun renseignement précis sur leur origine. L'appareil, composé de basaltes et de granits, est régulier, et la maçonnerie d'une épaisseur remarquable.

L'église cathédrale n'a aucune ornementation; mais sa simplicité même n'est pas dépourvue d'élégance , et ses voûtes tapissées de nervures , qui retombent sur de légers piliers sans chapiteaux , produisent un effet assez imposant. Construite vers la fin du xv^ siècle , la façade n'offre pas la richesse quelquefois minutieuse des détails qu'on prodiguait alors dans les provinces où des matériaux convenables servaient l'habileté des ouvriers. A mon avis, elle manque tout à fait de noblesse, et les portes même n'ont presque aucune décoration. De petites fenêtres carrées lui donnent l'apparence d'une construction civile ; et sans les énor-

mes tours qui rencadrent^ on pourrait méconnaître une église. Beaucoup trop larges pour leur hauteur , ces tours n'appartiennent à aucun style d'architecture , et sont d'un efifet détestable. Le dernier étage m'a paru tout moderne. On lit sur le portail l'inscription suivante , qui fixe la date de l'église, a Ista ecclesiafuit dedicata per reverendum pat rem dominum Anthonium de Montgon eiusd:

epum ad hone Dei et heorum Pétri apli et Flori confesoris. Anno dni MCCCCLXVI pns ecclajuit constructa per re patrem dm P. et Anthon de Montgon fratres soi Flori epos et dnos quorum aa : re in pace a. »

Les matériaux employés sont des laves et la pierre de Volvic , que je vois ici, pour la première fois, dans une grande construction (i).

Il y a sur la place d'armes quelques maisons de la Renaissance 9 mais dépourvues d'omementation. Une autre maison , fort simple également , mais avec de larges ogives, me paraît plus ancienne, et remonte peut-être au xiv® siècle. Rien de remarquable d'ailleurs , sinon les fenêtres placées en porte à Êiux, à l'égard des arcades inférieures (qui sont bouchées aujourd'hui). Ce vice de construction est très ordinaire dans les églises gothiques, et j'en ai déjà signalé plus d'un exemple.

(i) Il parait qu'en Auvergne ce né fat qu'au xiii* siècle que Ton commença à se servir de cette pierre. Il n'existe aucun édific^e bysantin où on la trouve employée. La cathédrale de Clermont est Tédifice le plus ancien où je Tate observée.

BBIOUDE.

( Bmas.J

Église bysantine d'un grand caractère y bien que tristement altérée par des réparations modernes , et plus tristement encore par le vandalisme révolutionnaire. On en fait remonter la première construction au règne de Constantin^ ou même à celui de Constance Chlore , dans le lieu où existe l'église actuelle y lieu consacré , suivant la légende, par le martyre de saint Julien. Détruite par les Sarrasins, elle fut rebâtie par Louis-le-Débonnaire, puis réparée, au commencement du x® siècle, par Guillaume, duc d'Aquitaine. Voilà les seuls ren* seignements historiques que j'aie trouvés sur Saint- Julien ; mais en supposant même que la restaura* tion du duc Guillaume ait été complète, on peut se demander s'il ^n reste aujourd'hui quelques vestiges. En effet , dans son état actuel , l'église ne présente , je dis dans ses parties les plus anciennes, rien qui ne se rapporte à l'époque du bysantin fleuri ; et si l'on admettait , par aventure , que ce style se fût développé en Auvergne plutôt qu'ailleurs , on ne pourrait , même dans ce cas , en fixer la date avant le commencement du xi^ siècle. Peut-

être, il est vrai , trouverait-on une splutîon à cette diffîcuJté, en supposant une troisième restauration dans le xii® siècle , dans laquelle le choeur aurait été refait, ainsi que toute l'ornementation 4e l'église ; la nef, c'est-à-dire ses murs et ses piliers, appartiendraient à l'époque du duc Guillaume. Quoi qu'il en soit , malgré le défaut d'ensemble, résultant des répalrations gothiques, et d'autres réparations plus modernes et plus barbares , la noble collégiale (i) de Saint-Julien garde encore dç nombreux vestiges de son ancienne splendeur. Je vais en esquisser brièvement la description.

C'est une basilique très allongée, terminée par cinq apsides semi-circulaires. En raison , peut-être, de leur longueur , ses trois nefs me semblent un peu étroites. Les collatéraux , d'ailleurs , sont presque aussi larges que la nef centrée , disposition peu gracieuse , et assurément fort ancienne , car dès l'époque du bysantin fleuri , on donna généralement à la nef centrale une largeur double de celle des collatéraux , et plus tard ce devint une rçgle k peu près constante. A Brioude , de même que je l'avais observé à Conques , les arcades sont remarquablement hautes , et cette tendance à l'élancement, bien fsiible sans doute si l'on compare Sainte-Fby ou Saint-Julien à des églises gothiques ,

(i) Les chanoines de Saint -Julien prenaient autrefois le titre de eomtt»k

SAINT- JUIJEN. 199

n'en est pas moins très sensible si l'on vient à les rapprocher des édifices construits dans d'autres provinces à la même époque.

Le chœur est fort court , car il ne comprend que trois travées ; la nef en a six. Au-dessus et à Feutrée de ce chœur, s'élève une tour carrée d'abord, puis octogone à ses étages supérieurs (i). En ce point les mûrs latéraux s'élèvent, et deux vastes tribunes forment à droite et à gauche comme une espèce de transsept ou plutôt de chalcidique supérieur. Une cheminée à manteau conique , existant encore dans une de ces tribunes , en" marque , ce me semble , la destination ; du moins , pareille recherche se retrouve presque toujours dans les chapelles particulières réservées à de hauts personnages. Là sans doute, les grands dignitaires du chapitre noble de Saint-Julien , écoutaient la messe devant un bon feu.

Une petite crypte existe à l'entrée du chœur , mais sa voûte garnie de nervures minces et saillantes, prouve qu'elle n'es^t point de construction primitive, ou du moins qu'elle a été complètement restaurée vers la fin du xiv® siècle.

Excepté l'hémicycle du chœur qui s'appuie sur des colonnes isolées , toutes les arcades reposent sur des piliers fort épais, flanqués. de colonnes en- . gagées sur leurs quatre faces. Les arcades de la nef

(i) Elle était surmontée d'une flèche qui a été détruité-ré- * cemment.

sont en plein cintre ainsi que les voûtes des coUâ* téraux, les seules que l'on puisse considérer comme appartenant à la construction primitive , ou pour mieux dire, à l'époque bysantine. Là, elles sont d'arêtes et fort épaisses, à ce qu'il m'a semblé. Dans le chœur, les arcades sont en ogive; telle est aussi la forme des arcs qui portent la tour, des voûtes qui couvrent les deux tribunes supérieures dont je viens de parler , enfin de l'entrée de toutes les chapelles (i). Presque partout l'ogive est en tiers point , mais dans l'hémicycle du chœur elle devient très surhaussée et m'a paru d'une élégance remarquable. Les fenêtres du chœur et des chapelles qui l'entourent, ainsi que celles de la tour, sont en plein cintre. Quant à la nef, elle était éclairée autrefois par trois fenêtres en plein cintre surmontées d'une rose, au sommet de chaque travée ; mais, dans une réparation qui paraît avoir eu lieu au xiv^ siècle , cette disposition a été modifiée; quelques fenêtres sont devenues ogivales, se sont élargies , et leur tympan s'est orné. En même temps toute la voûte a été refaite.

Les différences assez marquées que l'on observe entre le chœur et la nef donnent lieu de croire , ainsi que je l'ai avancé plus haut, que celui-ci est relativement moderne; cependant il appartient toujours bien décidément à la période bysantine,

(i) Toutes ces ogives sont d'ailleurs accompagnées de détails bysantins.

et entre* ces deux parties de l'église^ un intervalle d'im siècle au plus est le plus long que l'on puisse admettre. On pourrait, à la vérité, expliquer jusqu'à un certain point l'emploi de l'ogive dans le chœur, tandis que le plein cintre a été préféré dans la nef, par le besoin de donner une grande force aux arcs sur lesquels s'appuie la tour. L'ogive se montre fréquemment au milieu d'arcs eh plein cintre avec une destination semblable ; mais ici, la différence tranchée qui se fait remarquer dans la construction de la nef et dans celle du chœur se reproduit encore dans l'ornementation , et je crois qu'il en faut nécessairement conclure une différence de d%te. J'y reviendrai tout à l'heure.

Des arcades basses à l'entrée de la nef, des piliers plus larges , caractérisent suffisamment le narthex intérieur. Au-dessus sont trois salles (i) , ( correspondant 'aux trois divisions delà nef), qui autrefois n'en faisaient qu'une , comme on peut s'en assurer en examinant des murs de refend , qui masquent en partie des chapiteaux historiés , terminés avec beaucoup de soin. Toutefois, cette disposition est fort ancienne , car une de ces salles ( on la nomme la chapelle de Saint -Michel ) est entièrement peinte à fresque ; or ces peintures, qui ne peuvent être postérieures à la première moitié du xiii^ siècle, couvrent un de ces murs de refend.

(x) On y monte par un escalier rampant , qui s'étend dans le collatéral Sud dé la nef.

Maintenant, un seul toit couvre toute l'églifie, mais il est évident qu'autrefois une terrasse, ou du moins un toit très plat, couvrait leà collatéraux, et que celui de la nef était beaucoup plus élevé ( i). Je ne puis m'expliquer la destination, de deux plateformes au-dessus des tribunes qui s'élèvent à l'entrée du chœur. Là, une grande arcade en ogive, à pointe émou^sée , s'appuyant aux contreforts 4e$ murs latéraux, forme à l'extérieur comme un énorme mâchicoulis, absolument semblable à ceux du palais des papes à Avignon. Au sud de l'église, et au*dessus d'une petite porte, on voit im autre mâchicoulis semblable aux précédents , et qui leur est contigu , mais un peu moins élevé. Bien dans l'appareil n'indique qu'ils soient sensiblement postérieurs à la construction. primitive; au contraire, certaines incrustations de pierres coloriées, très caractéristiques, et que l'on voit dans d'autres portions de murailles assurément fort anciennes, datant au moins du commencement du XI i" siècle, se retrouvent sur l'un de ces mâchicoulis. Que l'église de Saint- Julien ait été fortifiée, le fait n'a rien aextraordinaire en soi, il e^t même hors de doute (si) , mais pourquoi ces mâchicoulis

(i) Autour da chevet , on observe les amorces d'un toit qgi couvrait autrefois les ba^-côtés du chœur, un peu plus élevé que le toit moderne. Au milieu de l'appareil de ces amorces ae trouvent quantité de tuiles plates à crochets, la plupart brisées y fort seiàblables aux tuiles romaines. Peut-être proviennent-elles de la démolition de l'église du iv* siècle?

(a) On conserve dans Téglise deux €x vota très carienxy qui ta

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dans un lieu où la hauteur des murs Joigne Tidée d'une attaque ? Passe encore au-dessus de la petite porte, mais les deux autres , à droite et à gauche du chœur, ne se projettent qu'en dehors de murs épais et sur le point le moins accessible. Autrefois, peut-être, de semblables défenses s'étendant d'un contrefort à l'autre , entouraient l'église d'une fortification continue. Toutefois, c'est. une pure supposition que je présente, et j'avoue que, malgré un long examen, je n'ai trouvé aucun in^ dice certain qui vînt confirmer le^fait que je pro* pose comme une explication. «

La façade occidentale de Saint- Julien est presque nue. Ce n'est qu'un grand mur appuyé par quatre contreforts et percé de quelques fenêtres étroites. Autrefois , une tour s'élevait au-dessus de cette façade, mais aujourd'hui les étages supérieurs en sont détruits à la hauteur du toit de la nef. La porte principale, toute moderne et d'un style pitoyable, remplace probablement une porte plus ancienne dont il ne reste plus aucun vestige. Il y a en outre deux grandes entrées latérales, donnant à peu près au milieu de la nef, l'une au Sud et l'autre au Nord , toutes les deux précédées d'un porche assez bas que soutiennent des colonnes courtes et trap*

représentent telle qu'elle était encore au xvii* siècle^ Alors une enceinte crénelée et flanquée de tours environnait tout Fédifice. La porte de cette enceinte , pratiquée dans une tour plus grosse que les autres, était encore défendue par une redofûte. La date d*un de ces tableaux est TaBnée i636.

pues de style' bysantin , d'ailleurs médiocrement sculptées. Je crois ces porches contemporains du chœur. — On voit dans celui du Nord quelques restes de fresques trop mutilées pour qu'on s'y arrête y mais qui m'ont paru porter le caractère du xiv* siècle.

Le système de décoration consistant dans le mélange symétrique de matériaux de couleurs di£Férentes et tranchées , système dont nous avons vu à Conques comme un début timide, se trouve ici produit sur une grande échelle,' et pourtant les réparations successives ont fait disparaître beaucoup des anciennes incrustations. Tout le gable du porche Nord en est encore couvert. Qu'on se figure une mosaïque grossière composée de losanges, de carrés, de bandes horizontales , de couleur blanche, rouge ou noire, et tranchant fortement sur le reste de l'appareil. Les moulures des archivoltes sont rouges , et les cintres présentent une alternance régulière de claveaux noirs et blancs. Même système, mais encore mieux marqué, à l'extérieur du chevet. C'est là qu'on trouve la plus grande variété de dessins , de même qu'un soin et une coquetterie remarquables dans l'exécution de ces mosaïques. Là , ce sont des étoiles noires sur un fond blanc, ici des cercles, plus loin des zigzags. Les colonnes qui flanquent les fenêtres se détachent sur la muraille, par la couleur de leur fût d'un rouge très intense. Telle est aussi la couleur des moulures qui surmontent les archivoltes ;

les claveaux sont noirs et blancs* En général , les parties lisses du chevet sont revêtues d'incrustations noires et blanches, les moulures saillantes et les colonnettes sont rouges , tandis que pour les modillons^ les chapiteaux et tous les ornements sculptés avec quelque délicatesse , on a employé un calcaire ou un grès blanc. L'ornementation de la tour est du même genre que celle du chevet , mais beaucoup moins bien conservée; pourtant les alternances r^ulières de couleur s'y montrent encore bien évidemment. Il semble qu'autrefois une large bande rouge régnât autour des apsides j s'étendant avec une largeur égale sur le soubassement qui les porte. Aujourd'hui bien des pierres blanches ou grises, résultat de réparations plus ou moins anciennes , sont venues se mêler au grès rouge et en dérangent l'uniformité. Pourtant il en reste encore assez pour faire croire que ce n'est point un hasard qui a placé de la sorte cette zone édàlante.

Au premier abord , cette ornementation bigarrée surprend pliis qu'elle ne plaît , et il faut pour l'apprécier que l'œil s'y habitue. Bientôt on se prend à l'aimer , et l'on en vient même à la regretter, lorsqu'en quittant l'Auvergne on passe dans un pays où, dans les constructions, on ne fait usage que de matériaux d'une couleur uniforme.

Nul doute que la grande variété de couleur, dans les roches des terrains volcaniques qui entourent Brioude, et qu'on trouve dans presque toute l'An-

vergue et le Vélay , n'ait donné l'idée de ce système d'incrustations et de mosaïques, qu'on observe ailleurs dans les pays où se rencontrent des circcHi* stances semblables ou analogues. Mai$ quelle est la date de ce système dans les provinces que je viens de nommer ? Il est difficile de la préciser. Seulement, on peut dirç avec assurance que les incrustations colorées, appliquées à l'ornementation extérieure des sur£ac^ lisses , accompagnent assez constamment le style bysantin fletui , et cessent à l'apparition du style gothique. Dès le milieu du XI* siècle , elles sont fréquentes dans le Velay et l'Auvergne; je n'oserais affirmer qu'dles ne soient pas beaucoup plus anciennes, et les cu^ rieuses archivoltes du théâtre de M andeure(Doubs) prouvent que ce moyen de décoration n'était point inconnu aux architectes du Bas-Empire.

On dit que Saint-Julien était autrefois pavé en mosaïque. Aujourd'hui l'apside centrale seulement a conservé quelques petits carreaux bizarrement découpés, noirs et blancs, qui forment une espèce de marqueterie grossière. — Trois espèces de modillons se remarquent à l'extérieur de Saint- Julien. Autour des aspides , ce sont des têtes fan* tastiques ; le long de la nef de simples corbeaux seulement épannelés ; enfin , autour du chevet leur apparence est uniforme : qu'on se représente une suite de cylindres minces placés les uns audessus des autres en encorbellement. En Auvergne, ce type devient presque constant.

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, L'ornementation intérieure de la collégiale de Brioude^est des plus remarquables ; et , dans aucune église bysantine y on ne verra des sculptures plas lines, un travail plu^ soigné, une plus grande variété de motifs. Par leur composition, quelquefois méaie par leur exécution , plusieurs de ces chapiteaux se rapprochent tellement de l'antique , qu'ils justifient, jusqu'à un certain point, l'opinion de quelques antiquaires, qui , dans l'église actuelle, voudraient voir un monument du iv^ siècle. Sur un des chapiteaux de la nef, par exemple, un génie ailé tenant un thyf se , et monté sur un tigre , paraît une copie de quelque bas-relief enlevé à un temple de Bacchus. Plus loin, des griffons, buvant dans une coupe , rappellent un grand nombre de sculptures romaines. Toutefois , lorsqu'on examine attentivement ces imitations , la fantaisie bjsantine, son caprice bizarre, se révèlent bientôt dans les additions qui surchargent If type wiginal. C'est ainsi que les tigres antiques , qui pnt inspiré le sculpteur de Brioude , n'avaient pas certainem^t une langue, qui, après tnen des Contorsions , forme la tige d'une palmette. Par cet exemple, pris au hasard, on jugera de la transformation qu'ont subie, à Brioude, des tjrpe& antiques, dont l'influence se fait; pourtant sentir. D'autres chapiteaux, et c'est le plus grand nombre, reproduisent Jes sujets favoris du moyen-âge, surtout les supplices des damnés. Dans ce nombre, j'ai remarqué un diable à

tête de taureau, étranglant deux joueurs de harpe, avertissement charitable, donné à messieurs les jongleurs , ennemis naturels des ecclésiastiques^

Chaque province a son goût particulier en architecture , goût qui se manifeste jusque dans certains détails d'ornementation, quilse complaît à répéter. Rien de plus fréquent que la reproduction de quelques sujets qui ont joui de la faveur générale , pendant un temps plus ou moins long, et sur une étendue de pays plus ou moins vaste. En Auvergne , il n'est personne qui n'ait observé combien sont fréquents les chapiteaux ornés de ces griffons , dont je parlais tout à l'heure. Un autre chapiteau qui montre, sur chacune de ses £sice&, un aigle aux ailes éployées , ne se représente pas moins souvent. Son prototype ou du moins le plus bel exemple que j'en connaisse , se trouve à Saint- Julien , et , son grand caractère ainsi que sa parfaite exécution m'ont tellement frappé , que je le crois digne d'être moulé pour la collection de rÉcole des Beaux-Arts.

Dans la nef, la plupart des chapiteaux sont historiés ; dans le chœur, au contraire , on ne voit que des touffes de feuillages fantastiques quelquefois entremêlés de petites têtes sortant de l'aisscJle des feuilles. J'ai depuis longtemps observé que la substitution des formes végétales aux^gures d'hommes ou d'animaux indiquait la fin du style bysantin. Le mélange des têtes aux feuillages annonce en quelque sorte la transition de la mode du chapiteau

historié à celle du chapiteau végétal, que bientôt l'art gothique adopta exclusivement. Cette consi* dération f venant à Fappui des différences de con* struction que je signalais toutà Theure, me déter^ mine à regarder le chœur comme décidément postérieur en date à la nef.

Il me reste à parler des fresques de la chapelle Saint-MicheL Malheureusement l'humidité les a fortement endommagées au point d'en altérer toct» tes les couleurs d'une mauière notable. Cependant, et malgré l'incorrection du dessin y elles offrent encore un très grand intérêt. Tout est peint dans cette salle y parois , voûtes, fûts de colonnes, jus^ qu'aux chambranles des fenêtres. Au milieu de la voûte on voitleChrist dans unei;e5icaj9Û*c/^ entouré des attributs des évangélistes , expliqués par des légendes à demi effacées. Au-dessus du bœuf se; lit cette inscription singulière : LYCAS Y T BOS. Sur la paroi du Nord, c'est un mur de refend relativement moderne, est représenté le Jugement dernier, cet étemel sujet des artistes du moyen-âge. Des diables monstrueux, verts, rouges, et d'une taille gigantesque, torturent les damnés. Sur une autre paroi , parmi un assez grand nombre de figures plus ou moins mutilées , on distingua deux rois recevant des couronnes dé la main d'un ange (Glovis et Cbarlemagne ou peut-être Constantin et Clovis ), puis les yertus théologales foulant aux pieds les personnifications des Yices qui leur sont opposés. Ces Yertus sont de grandes figures bien raides ,

enfonçant avec un air de nonchalance une pique dans la gorge d'une autre figure ausâ nulle d*€Kpressiota. lies principales compositi<ms de cette 'chapelle sont séparées les unes des autres par des encadrements sur lesquels serpentent ^es rméieaax bizarres^ mais dont les couleurs sont heùreusemeîBt barmoniéés et dont Feffet général estèifi*êâtement ïigréable. Si j'€în juge parle dessin des 'figures, ces ■fresques appartiennent à Troque de transition, et comme le mouvement des atts Vest manifesté pïùs tard dans la peinture q|ue dans la sculpture, «Des gardent encore beaucoup du caractère bysautin. Elles ressemblent aux fresques de Téglise ât Sainte-Marie à Metz , et suivant toute apparence, elles se rapportent à la même époque, c'est-à^re au commencement du xm* siècle.

Eu repassant àBrioude, j*ai vu qu'on avait nettoyé quelque peu les parois de la chapelle Stfîat-Midhél. Avec beaucoup de patience et de soins , on parviendrait peut-être à faire revivre les couleurs en plusieurs endroits où elles sont aujourd'hui presque invisibles ; mais la première chose "à faire ti la plus importante , c'est de fermer les fenêtres de cette salle, ou pour mieux dire d'y feire des fenêtres , autrement l'humidité détruirait petit à petit tout ce qui teste de ces anciennes peintures.

La situation de Saint-Julien *exige dé promptes réparations. La tour, le chevet, les salles au-dessus du narthex , toute la toiture , sont dans vh était déplorable. 3'appelle tout votre intérêt, Monsieur

LE i>UY. ^\i

h Mûiisits^ y sur cette belle é^ise, qui maigre tout ce qu'elle a «ouf£ert, peut encore éire rangée parmi ies monuments ïes plus remar^foables qo^ possède l'Aurergne.

•Entre Brioude et Saint-Gwrge d'Aursut , à dr^te tle la route -qui mène au Puy , on aperçoit quelques grosses pierres qui pai:aissent les restes d'tAi monument celtique assez considérable^ Il y en a cinq, dont deux seulement sentdebout aujourdlmi. On vcHt des «itailles en sqpparence faites au<nslsafu À la psatîe supérieure de l'une d'^Hes. Ges^c n tai K es sont-elles anciennement faites ? C'est ce qu'él est impossible d'affirmer aujourd'hui. Au reste "il y^k plus d'un exemple d'un travail semblable dails tes «lonuments de cette espèce , et l'on sait qu'à Slôlifehenge , par eieemple , les piliers 'du cromlec'h ôht des mortaises ou des tenons pour s'embmter «vec le^ pierres horizontales qui %eiVeât d'impostes. Autant que j'en ai pu juger , ce groupe de pierreiK a Élit partie d'un dolmen assez considérable.

(Anicium^J

L'aspect de la ville est des plus piftoréSt|uéis. Ses maisons , comme une suite de gradins , couvrent

la pente fort raide d'une montagne couronnée par d'énormes masses de déjections volcaniques , 'qui de loin semblent menacer ruine. Au pied de ces rochers, sur un plateau fort étroit, espèce de palier à cet fscalier gigantçsque , s'élève l'église cathédrale dominant toute la ville. Une position presque inaccessible , et par conséquent très facile à défendre, détermina Évodius, huitième évêque du Vélay , à y transférer le siège de son diocèse, qui jusqu'alors avait été, conune tout semble le prouver , la ville de Sâint-Paulien , : autrefois la cité des Yellaviens. Cet Évodius , dont on ne connaît guère l'histoire, passe pour avoir fondé la première église du Puy , et quelques antiquaire^ même pensent que la cathédrale actuelle offre encore des vestiges de cette construction , qui remonterait au V® siècle , peut-être à la fin du iv*. D'après quelques données assez vagues, d'autres supposent qu'elle aurait été bâtie au ix® , date que l'examen du monument rend beaucoup moins improbable qiie les précédentes. Ainsi que la plupart des grandes églises, Notre-Dame du Puy s'est formée lentement par une suite de corrections et d'additions d'époques différentes, en sorte que ses parties les plus anciennes , modifiées à plusieurs reprises , onj perdu beaucoup de leur caractère. Toutefois , on ne saurait nier que la première construction ne soit fort ancienne , car les changements principaux qu'elle a subis appartiennent eux-mêmes au système bysantin. Or , deux chan-

gem^Gits apportés au plan original et parfaitement reconnaissables , n'ont pu avoir lieu qu'à des intervalles assez longs , et le plus moderne pourtant ne peut être postérieur au xii® siècle. Ce n'est donc point trop hasarder que de prendre le ix* pour la limite là plus éloignée , lorsque , de l'aveu général , le XII® est la plus rapprochée de nous.

Avant de rechercher les dates de ces différents changements , j'essaierai de abonner une idée de l'église dans son état actuel. C'es^une longue basilique à trois nefs y sans apside , ou, si l'on veut, le prolongement du choeur qui , . à l'extrémité orientale de l'église n'est plus accompagné de ses collatéraux, forme une apside carrée. On compte huit travées depuis le fond du chœur jusqu'au mur occidental. Chaque travée est couverte d'une coupole , et cette espèce de voûte, incontestablement très ancienne, peut être invoquée comme une présomption à l'appui de la date, donnée aux premières constructions.

Au Sud, un porche donne accès dans le chœur, non pas immédiatement , mais par une grande • salle ou vestibule en retour sur ses murs latéraux. Même disposition au Nord, moins le porche avancé. Au*dessus de ces deux vestibules , au Nord et au Sud , sont de vastes salles voûtées aussi hautes que la lïef. Ce point doit être noté. -^J'ai parlé du plateau très resserré , àur lequel l'église est bâtie ; en s'étendant à l'Ouest, elle arriva bientôt à dépasser le sol horizontal et à s'avancer sur la pente escar-

pée de la montagne. Pour consenrer à Taira dn monument une surface plane, il fallut soutetiir^Qr des voûtes son prolongement ocddeRtal qui se projeta au-dessus de l'escarpement, et, par suite, l'entrée principale fut placée dans l'intérieur et au centre actuel de l'église, au point où le plateau commençait. Sous les voûtes dont j'ai parlé passait un escalier qui aboutissait à la cinquième travée de la grande nef, précisément à l'entrée du chœur actuel. De là, le dicton populaire : « qu'on entrait à Notre-Dame par le nombrèlj » c'est*à-dire par le nàlteu de l'église , <c et qu'on en sortait par les oreilles, j » c'est-à-dire par les vestibules en retour sur lie choeur. Aujourd'hui , cette disposition on* ginale a disparu en partie. M. de Galard , l'un des derniers évéques du Puy , fit fermer l'entrée souterraine et détourner l'escalier de manière à le faire aboutir dans le collatéral Nord de la nef. Par ce changement , on sacrifia le cloître qui longe l'église de ce côté , et il fallut en abattre un angle entia*.

La disposition de l'église est à peu près la même , dans toutes ses travées. Des piliers épais soutiennent les arcades qui séparent la nef des collatéraux. Au-dessus de ces arcades s'élève une £^usse galerie^ ou plutôt un placage de trois arcades ou niches portées par des espèces de consoles. L'amortistement de cette arcature supérieure forme comme une large corniche, derrière laquelle s'ouvre, dans ehacpie travée, une fenêtre en plein cintre,

Çanquée de deux autres fenêtres figurées \ des co« V>piettç£i géminées les accompagnent , et reçoivent les retombkées de la coupole; une autre fenét|*Q éclaire les. bas-côtés. Chaque travée est séparée de la travée voisine par une arcade perpendiculaire à Taxe de la nef; Tune de ces arcade^ contient une galeriçy qui sert de pont pour passer d'un coté à, l'autre du toit.

Dans If» trois premières travées., à partir du nmr on^ntal du choeur, on ne voit que des arcades en plein cintre^ Les piliers sont irrégulier^ de plan ( peut-être pour avoir été retouchés ) , et l^r amortissement ne consiste qu'en un tailloir. \^ quatrième travée porte les traces évidentes d'une restauration : du côté du Su,d , l'arcade inférieure est en ogive ; celle du Nord , au contraire ^ est en plein cintre. Après la cinquième travée, l'ogive devient constante dans les arcades ; les piliers prennent, en plan, la forme d'une croix, et se couronnent de chapiteaux variés et de style, by*? santin fleuri. Enfin , les deux dernières travées , à rOccident, ont leurs piliers également en forme de croix, mais avec une colonne engagée dans chaque angle rentrant. Quant aux chapiteaux de ces colonnes, historiés pour la plupart, leur style ne difiîère pas matériellement de celui que nous avons observé dans les précédents. J'omets certaines réparations encore plus modernes , et de style go-* thique (probablement du xiv^ siècle), dont on trouve des preuves, surtout dans le collatéral Nord,

attendu qu'elles n^ont pas modifié sensiblement les dispositions générales que je viens d'indiquer. Mais un changement plus grave et plus malheureux a dénaturé entièrement la troisième travée , c'est l'entrée du chœur. M. de Galard en est encore coupable.. Les chanoines se, plaignaient du froid résultant de l'élévation de la coupole, sous laquelle leurs stalles étaient placées. Pour leur épargner des rhumes, on baissa cette coupole, ou plutôt, on établit une seconde voûte au-dessous , que l'on décora avec tout le mauvais goût naturd aux architectes du siècle dernier.

Si j'ai pu rendre intelligible cette courte description , on devine déjà la disposition primitive de Notre-Dame, et ses accroissements successif. Incontestablement, le chœur est la partie la plus ancienne, et l'absence d'ornementation le démontre suffisamment L'emploi de matériaux antiques dans sa construction , et particulièrement des débris d'une frise romaine , encastrée à Fextérieur dans l'appareil, vient ajouter une preuve nouvelle (i). Les vestibules Nord et Sud, et les salles au-dessus (le plancher qui les sépare est

(i) Les ornements de cette' frise qui présentent des attrUmts de chasse, donnent beaucoup de probabilité à Topinion qu'un temple de Diane existait sur la hauteur où l*église est bâtie. On lit sur ie mur oriental du chœur l'inscription suivante, tracée en lettres on* ciales de forme très ancienne :

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CATHÉDBALE. 217

moderne), formaienl les transsepts de Téglise primitive, comme l'indique leur disposition intérieure et extérieure, analogue à celle du chœur. Quant - à l'époque à laquelle ils en furent séparés , on peut supposer que ce fut vers la fin du ,xii® siècle , et ce qui me le fait croire , ce sont des fresques et quelques ornements ajoutés', portant le caractère de cette époque, appliqués sur les murs qui séparent actuellement les transsepts du chœur.

Ainsi, l'église primitive ne comprenait que quatre travées , et sa forme était celle d'une croix. Toutefois , ce dernier point peut être contesté , et il n'est pas impossible que les transsepts ne soient qu'une addition postérieure aux quatre premières travées. Bien que je ne partage pas cette opinion , je dois exposer les faits qui militent en sa faveur. On sait que les travées de l'église sont couvertes par une suite de coupoles ; et bien qu'elles aient été réparées, il n'en est pas moins certain , par l'examen des murs et de la maçonnerie qui les porte, que les réparations, de quelque époque qu'elles soient, ont respecté la disposition originelle, disposition d'ailleurs très rare, et qu'on ne rencontre que dans des monuments fort anciens , tels que les églises de Cahors, de Périgueux, etc. Or, point de coupoles dans les transsepts couverts par une voûte en berceau. Cette différence dans le système des voûtes , dont au reste on pourrait citer des exemples, ne me paraît pas pouvoir contreba-

n» LE PUY.

lancer les. préwMaptioiis qui nésttl|)e«jl de la çq^ fcHnnité très r^mairq^able dans les autres. ^îsposi-, tiens de ces transsepts^ avec cf^lles. des quafx» travées primitives. L'appareil, d'aiUeuvs, es% pai»-» faiteo^^t sanblable , et les assises de ce^ té^fir. septs se liait intimement à leur point de c&pfafft avec celles du choeur*

Aux quatre travées pri^oitives , deux autr^ |a-* rent ajoutées, au xi^ siècle , si je ne me trompa p^ sur le caractère de Forfiementation qui cU^tingu^ ces «terapères. Le raccord av^c les awi^s nmrs, n^ladroitem^Ht exécuté , une. nota^ 4ifféi'^B/P^ dans la hauteur des fenêtres» la fbr^ne. des pilien et celle des arcades , con/&tatent ce premier changement, si toutefois ils n'en fixent pas positivenant

la date.

Suivant toute apparence ,• ce fut à la wéiiie époque que toutes les parties , alors exisyspttes de Téglise y c'est^dire ses six travées et les transsepts» reçurent une ornementation nouvelle , et ^ Textes ^UF, uniforme. Jfe ne puis du moins attiibuer qu'à cette restauration » des archivoltes et) des moulures à billet^ qui entourent le cl^ur ^ les transsept^ et une partie de la nef; tenta|ivi^,der 4é^ coration qui, pour simple qu'elle soit» ne copl^a^tpi pas moins fortement avec la grossièreté de la pr^ mière conduction, surtout avec ses piiUei^. san^ colonnes ni chapiteaux. Probablement encore , il faut donner la même origine à une tour octogone qui surmonte la coupole défigurée par M* de Gft-

lar4- 1^ wt ornée de çoloimes à cb^^i^ux lii^*^ toiiés^y et de moulinres travaillées avec quelqu^^ recherche. Doit^on également rapporter sun i^^ siècle la décoration en pierres de couleurs rquge et noîre , incrustées dans les gables du transsept et , le mur oriental du chœur? Je le pense ; mais je ne présente mon opinion qa'avec une extrême ré* serve. En effet, ainsi que je l'ai dit plus haut, on ne connaît pas l'origine du système d'ornementation par ces mosaïques grossières , et il est tellement simple et tellement naturel, en ce pays si riche en matériaux de couleurs tranchées , qu'il a pu s'y manifester dès les teqaps les plu$ reculés. J'ajouterai que ces mosaïques ^ beaucoup moins. élé«* gantes que celles de Biripude, ne se composent guère que de carrés et de losanges.

Pour en finir avec la seconde époque de Notre» Dame , je crois que, dès lors, l'entrée bizarre, au milieu de la nef, fut commencée , ainsi qu'une partie de l'escalier qui y conduisait. Je reviendrai plus tard sur Içs motifs qui me le font présumer.

Le troisième accroissen^nt de la cathédrale comprend ses deux dernières travées à l'Oued. C'est en quelque sorte une suite du premier; mais, cependant, l'art s'était perfectionné, et l'on en trouve une preuve dans le soin particulier apporté dans la bâtisse de cette partie de l'église , dans le plan gracieux des piliers , dans la grandeur et la noblesse de la façade.

En raison de sa position, cette façade est fort

élevée , car il y a une immense différence de niveau entre sa base et Taire de l'église. A cela .près , elle ne se distingue pas sensiblement du système général des façades bysantines, et présente à l'ordinaire de grandes lignes symétriques d'arcades et de fenêtres, étagéesles unes au-dessus des autres , et séparées par des corniches horizontales. Je citerai seulement une innovation qui ne me parsut pas heureuse : les trois nefs ont chacune un fronton distinct , au lieu d'être comprises sous le même amortissement. Quant à l'ornementation , elle ne consiste guères que dans les alternances de couleur y ou les placages en mossuque grossière , si communs dans cette province. Une seule corniche, et un petit bas-relief placé trop haut pour qu'on en puisse apprécier le travail : voilà tout ce que la sculpture a foit pour décorer cette façade. Les arcs des fenêtres et des arcatures appliquées aux diffé- • rents étages sont généralement en plein cintre, mais la porte principale et la grande fenêtre au-dessus sont en ogive , sans doute pour lui donner une résistance plus considérable, en raison de la charge qu'elles ont à soutçnir. Toutefois , cette précaution s'est trouvée insuffisante , car dès le xiv« siècle , la solidité de la façade inspirant de vives inquiétudes, on dut l'éperonner par un puissant contrefort qui nuit beaucoup à l'effet général. En outre, les bâtiments voisins qui resserrent la rue par laquelle * on arrive à la façade, cachent en partie la base dé relise; et, cependaiit, la vue de cet immense

escaliar^ .dont les dernières marches se perdent dans robscuritéy a quelque chose d'imposant et de mystérieux, qui prépare admirablement l'entrée d'un temple chréti^i.

Les voûtes et les arcades de l'escalier n'ont point de forme constante y et l'on y voit le plein cintre et l'ogive employés avec une sorte d'indifFérence. Cependant, le plein cintre se trouve assez fréquemment au-dessous de l'ogive , qui semble n'être ainsi placée que comme une garantie de solidité.

Le plan de l'escalier répète, en quelque façon, celui de l'église. Il est divisé en trois parties, correspondant aux trois nefs, par des piliers énormes,flanqués de grosses colonnes bysantines , et à chaque travée un large palier interrompt régulièrement la montée. Le second de ces paliers c'ommunique au Sud, à une porte latérale, donnant sur une rue ; au Nord, à l'entrée de l'hôpital, bâtiment fort ancien , adossé à l'église, mais presque entièrement dénaturé par des dispositions modernes. En ce point deux chapeUes, transformées aujourd'hui en magasins, s'ouvraient l'une à droite et l'autre à gauche, parallèlemeii;fe^à l'axe delà montée, et correspondant aux collatéraux Nord et Sud de la nef. D fût un temps , je le présume , où l'entrée de Té- • glise, sa porte extérieure, pour parler exactement, s'ouvrait à la hauteur de ce palitr. C'était avant la construction des deux dernières tr*rées occidentales , à la seconde époque de la cathédrale. Peutêtre alors ces chapelles n'existaient pas encore.

'On observe, eà effet, dans Fappareil du mur qui les ferme k l'Ouest , des arcs anciens , n'ayant pas le même centre ^ue 'celui des arcs de kurs portes et de la voûte actueUes. La porte latérale donnait istil* la rue , "du coté du Sud , offre une singularité scfOibkAile^ et^ dans son tympan , on aperçoit , eaclavé ^Bs l'appareil , un fragment d'un arc qui a dû être considérable ; d'où il faut conclure ub changement complet , opéré dans cette entrée et toute cette partie de la fabrique (i). Je ne doute pas que là n'ait existé un porche qu'on a détruit pour le remplacer par la disposition actuelle ; or, ce changement n'a pu avoir lieu que lors de la .construction des deux dernières travées. Après des indices aussi positifs, il parait presque inutile d'ajouter une observation moins concluante, mais qui ne laisse pas d'avoir quelque poids , rappro* <Jhée des précédentes. La première marche, à partir du second palier (lequel, ainsi que je l'ai déjà dit,

(t) Oo remar^oefa t}tie du côté de la rue, le cintre Ibnnftot ramortiaBement de la jiorle latérale est surmonté et comme doublé par une ogive destinéetévidemment à augmenter son pouvoir de résbtance.

Cet enclavement d'un arc dans un tympan me i^ppelte nn âtt aussi biaâirre ttiais qu'il eat moins facile d'expliquer. Dans l'appareil du mur oriental du chœur » au-dessous d'archivoltes ea plein cintre» ornées de billettes, on distingue un grand arc éh ogive qui les coupe irrégulièrement. Nul doute que cette ogivfe n'ait été faite eAous-œnvre, postérieurement aux archivoltes; mais dans quel but? Je ne puis le deviner. Sa position excentrique dans la muraille ne permet pas de supposer qu'on ait voulu percer une fenêtre qui depuis aurait été condamnée.

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