‹ Notes d'un voyage en AuvergneChapitre 46 sur 70 · MUSEE · texte numérisé non relu

MUSEE

de chasse sur un cippe antique, qui, dans le moyen-âge , a été creusé pour servir de cercueil. Voilà la première fois que je trouve une arbalète représentée dans un monument antique. Elle ressemble d'ailleurs de tout point à celles du moyenâge , si ce n'est que , l'arc étant fort grand , on peut conclure qu'il était de bois ou de corne, au lieu d'être d'acier. 5° Un grand bas-relief, assez grossièrement sculpté , contenant huit figures divisées en plusieurs groupes donjt l'explication me paraît bien difficile. L'opinion la plus accréditée y voit un mariage romain. Quant à moi, je pense qu'il représente plusieurs scènes indépendantes les unes des autres, peut-être quelques-unes de ces allégories mystiques , si fréquemment reproduites sur les tombeaux des m' et iv' siècle , et dont les Champs-Elysées d'Arles offrent tant d'exemples. Sans hasarder d'explications, je me bornerai à constater la grande ressemblance de composition et de manière entre ces tombeaux et ceux d'Arles. Oh trouve encore dans le musée du Puy quelques inscriptions , la plupart mutilées ( dont il faut voir l'interprétation dans le savant ouvrage de M. Mangon de Lalande, sur les antiquités de la Haute-Loire), des poteries romaines, des débris de mosaïques, des vases de verre, etc. Enfin le moyenâge y e.st représenté par beaucoup de fragments précieux , des tombeaux , des chapiteaux qui ont appartenu à des églises aujourd'hui détruites , des reliquaires et des ivoires bysantins et gothiques.

Tai particidièrement remarqué un oliphant du m* siècle 9 d'un travail curieux et d*une belle conservation, et parmi plusieurs beaux meubles, acquisitions récentes , je recommanderai aux ama* teurs une magnifique chaire d^abbé de la Renaissance f et un grand fauteuil du xv* siècle , paffaitement travaillé , qui porte les armoiries de Polignac.

Le château ou plutôt les ruines dû château de Polignac sont situées à deul lieues , à l'Ouest du Puy , sur une hauteur volcanique de même nature et de même formation que le rocher GorneiUe et le mont Saint-Michel , mais la forme en est bien différente. C'est un grand plateau, s'élevant brusquement du fond d'une vallée , presque plane à son sommet et seulement accessible du côté du Mord ; partout ailleurs il présente des bords littéralement taillés à pic. Aujourd'hui, les ruines de cette forteresse saccagée dans la révolution n'of&ent plus qu'un médiocre intérêt, mais quelques vestiges antiques, objets de savantes controverses, et une tradition accréditée dans le Velay, ont donnée au rocher de Polignac , une certaine célébrité parmi les antiquaires. « Saint-George , premier apôtre du Velay, dit la légende, détruisit un tempje et un si-

mulacre d'Apollon élevés en ce lieu par les païens. » Or, il existe encore à Polignac un masque colossal doiit la bouche est percée d'un trou ; on suppose qu'autrefois ce masque recouvrait exactement la diargelle d'un certain puits que l'on montre encore : et cette bouche , au moyen d'un porteyoîx et d'un souterrrain pratiqué dans le rocher , rendait des oracles, à peu près comme la tête enchantée de don Quichotte. Quant à la haute antiquité de l'oracle, on se fonde sur l'existence à Polignac d'une inscription romaine datée de l'an 47 de not^e ère; enfin, un bas-relief extrémeineiit fruste, existant au musée du Puy , avait paru confirmer l'hypothèse précédente , et offrir une représentation de la manière usitée de consulter l'oracle. En effet, on y a cru voir un homme courbé sur une espèce d'autel, inclinant la tête comme pour écouter; mais, en réalité, le bas-relief en question n^a rien de commun avec l'oracle. Au lieu d^une tête , c'est une nmin déposant une offrande , que verra tout observateur non pijévenu. Sans m'occuper donc des conclusions qu'on pourrait tirer d'un fait matériellement inexact , je vais décrire , tels que je les ai vus , les objets qui se rapportent à la tradition dont je viens de rendre compte.

Le masque est remisé aujourd'hui dans une vieille tour du château , et l'on ne connaît pas sa position primitive , on ne sait même s'il a été trouvé à Polignac. Il est de granit gris , grossièrement sculpté, et maintenant très fruste. Sa hau-

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teur est de trois pieds , sa largeur de trois pieds huit pouces. Une barbe et des cheveux très épais , lui donnent quelques rapports avec le masque du Jupiter ; mais ces boucles de chcYeux^ frisées et travsdlléesy on dirait à coups de hache , forment- des touffes si étranges, qu'en les voyant je me rappelai aussitôt une tête de Neptune avec des dauphins se jouant dans sa barbe. Je suis loin de prétendre que ces boucles Soient des daupl^ins, un autre observateur y pourrait voir autre chose. Qu'il me suffise de constater que le masque est barbu, et Ton sait que jamais barbe ne fat attribuée à Apollon. Il n'est pas une divinité à qui cette tête ne convienne mieux ; que ce soit un Jupiter , un Neptune, vm Dis pater^ je l'accorde; je nie absolument un Apollon barbu. D'ailleurs, ainsi que l'a remarqué M. Mangdn de Lalande (Antiquités de la Haute-Loire), il est évident que ce n'est pas un fragment d'un colosse brisé , mais bien un masque travaillé pour être isolé, et, comme il semblerait , pour un énorme médaillon. Cette destination même devient encore plus probable , si l'on remarque au-dessous de la barbe l'indication d'une épaule de très bas-relief et coupée circulairement comme si tout le masque avait dû être compris dans un encadrement. Au lieu de bouche , un trou ovale, irrégulier, poli à l'intérieur, traverse de part en part tout le bloc de granit , qui a près de quinze pouces d'épaisseur. On peut croire ce trou creusé après le masque terminé,, car il entame

la barbe y et les lèvres sont presque entièrement détruites. Si ce n'est pas une mutilation moderne^ dont on a peine à comprendre l'objet , il faut supposer du moins que le trou a été très élargi.

Après avoir bien examiné le masque sous tous, les aspectSy.je le crois antique. Le travail, les traits, l'ajustement de la barbe rappellent la sculpture romaine du bas-empire, et ce morceau offre le mélange d'un certain sentiment de grandeur, avec une singulière rudesse d'exécution. Je le crois antique, je le repète; toutefois je n'oserais pas affirmer que ce ne soit un pastiche de la Renaissance.

Près du masque on conserve une dalle de granit, d'origine également inconnue, qui porte l'inscription suivante :

TI CLAVDIVS CAES

AVG GERMANIC

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