‹ Notes d'un voyage en AuvergneChapitre 57 sur 70 · MARTI · texte numérisé non relu

MARTI

Autel en granit haut de huit à dix pouces. Le dernier mot ne s'explique qu'en sous^ntendant filins. A Muton , Vassorix, fils de Martius.

Parmi un grand nombre de manuscrits curieux conservés dans la bibliothèque de Clermojat, j'ai remarqué ; i *^ un magnifique Grégoire de Tours du xi^ siècle; a^ un Sidoine Apollinaire , un peu moins ancien peut-être ; 3® une bible in-folio du XII® sijède, magnifique monument de calligraphie, ornée de vignettes enluminées , d'une très belle exécution ; 4*^ l'Histoire de la première croisade, par Foucher de Chartres, écriture du xtv® siècle; 5® une espèce de glossaire ou de traité de omni re scibili àxi xii® siècle, je croîs; le bibliothécaire, M. Gonod^ m'a montré dans ce manuscrit la légende de Saint-Léger en vers , dans le dialecte auvergnat ;^ je regrette de n'avoir pu examiner ce livre en détail , mais j'apprends que M. Gonod prépare an travail sur ce sujet ; 6* Commentaires de Galéas Capelli sur les choses faites pour la révolution de Francisque , duc de Milan , manuscrit du xvif siècle.

Je ne dois point quitter Clermont sans dire quelques mots de la jolie fontaine de la place DeUUe. Elle fut élevée en 1 5 1 5 sur la place de l'Évêché par Jacques d'Amboise , évêque de Clermont, et transportée eli 1 8o8 sur son emplacement actuel. De la même époque date la grande vasque qui l'entoure. Le st)'^le de cette fontaine est un mélange assez heureux d^s formes de la Renaissance,

avec quelques caprices gothiques. On y remarquera des arabesques et de petites sculptures exécutées avec une merveilleuse finesse et de la composition la plus gracieuse*

GERGOYIE.

Les antiquaires ont beaucoup disputé et beaucoup écrit sur la position de Gergovie , cette ville des Arvemes qui eut la gloire de résister à Jules César. Les uns l'ont placée sur les hauteurs^ à l'Ouest de Cl^mont^ le plus grand nombre sur une montagne éloignée de cette ville d'environ deuxlieue^ et connue autrefois sous le nom de Ger^ gojre. Aujourd'hui cette dernière opinion est devepue si populaire y qu'il n'y a pas un cocher à Clermont qui hésitât y si on lui donnait Tordre de conduire sa voiture à Gergovie. M. Thévenot m'ayant offert de m'accompagner dans une excursion à cette montagne célèbre , j'acceptai avec d'autant plus d'empressement, que mon guide apportait pour examiner ce terrain le coup d'œil d'un militaire et l'expérience d'un archéologue. Je n'ai pas besoin de dire, que nous eûmes soin d'emporter les Commentaires, dont nous avions déjà soigneusement relu le septième livre.

La montagne de Gergovie, aplatie à son sommet,

figure à peu près un parallélogramme rectangle , dont les dèul grands côtés regardent le Nord etie Sud. De l'Est à FOuest, son plateau s'étend de plus de quinze cents mètres , et d'environ six cents du Nord au Sud. Très escarpé de tous les côtés , il est absolu|nent inaccessible à l'Ouest et au Nord ; mais au Sud ses pentes sont moins raides, et sur ce point aussi bien qu'à l'Est , elles ressemblent à un imiMnse escalier , en raison de plusieurs bandes de terrain borizcmtal, qui les interrompent en formant des espèces de gradins ou de paliers plys ou moins larges.

Le sommet du plateau est bordé de plusieurs côtés 9 mais surtout au Sud et à l'Ouest, par un amas considérable de pierres de moyenne grosseur y disposée^ en talus et évidemment entassées de main d'homme. Cela forme un âg'^er très épais, variant de cinq à sept pieds de hauteur, assez semblable au renipart des environs de Drev2^lt. Entre le talus et l'escarpement règne une espèce de chemin de ronde plane , et large d'enviroh douze ou quinze mètres , qui m'a paru formé par l'enlèvement des basaltes dont se compose le rempart : ils sont tirés de la montagne même. Une pente fort raide , mais courte, sépare ce chemin de ronde , si l'on veut bien me passer ce mot, d'un gradin naturel, beaucoup plus large, mais fort irréguher. On peut le suivre partout autour de la montagne (car il semble formé par une de ses grandes strates), variant de largeur, mais toujours horizontal. A

Fangle Sud-est , il s'étend au point de devenir en quelque sorte un plateau inférieur, de cent vingt à cent cinquante mètres d'étendue, puis il se rétrécit vers le milieu de la face Sud de la montagne, et s'élargit de nouveau vers Fangle Sud<niest. De ses bords dentelés partent des p^tes plus ou moins rapides, interrompues par d'autres paliers infé* rieurs, généralement fort .étroits; enfin, elles se terminent au Sud, dans deux petites vallées- presque perpendiculaires à lamontagnedeGergovie, etdont le thalweg est marqué par deux ruisseaux, affluents de l'Auzon. Entre ces ruisseaux s'élève une colline, beaucoup plus basse que celle de Gergovie , aplatie à son sommet , fort escarpée au Sud , en pente adoucie vers le Nord , c'est-à-dire en face de Gergovie. Cette colline forme un triangle, dont la pointe regarde Gergovie , dont l'Auzon baigne la base , et dont les cotés sont bordés chacun par un de ces ruisseaux dont j'ai parlé. Une tour isolée , qui porte le nom remarquable de tour de César ( i ), fait, de loin, reconnaître ce plateau triangulaire, qui porte le nom dû village de la Roche-Blanche, situé dans la vallée qui le borde à l'Orient. De l'autre côté de l'Auzon, qui coule de l'Est à l'Ouest, et au Sud de la Roche-Blanche, s'élève une longue colline parallèle à la montagne àe Gergovie. Au sommet est le village du Crest.

Au bas des pentes de Gergovie, et presque à

(i) Cest d'ailleurs une construction du moyen-âge.

l'angle Sud- est de la montagne, on trouve le village de Merdogne, situé dans une vallée parallèle à TAuzon, et qui vient déboucher dans la plaine de la Liinagne , laquelle s'étend du Nord au Sud traversée par la route de Germont à Issoire. Le hameau de Bonneval est situé à l'angle Nord-est de la montagne de Gergovie sur ses dernières pentes. La montagne étant inaccessible au Nord et à l'Ouest ainsi que je Fai dit plus haut, je ne m'arrêterai pas à décrire le terrain de ce côté. Il suffira de ^voir qu'à l'Ouest s'étend une chaîne de montagnes fort élevées, séparées de Gergovie par une vallée étroite. Au Nord, une suite de petites collines entrecoupées de vallées occupe tout l'espace entre Gergovie et la plaine de Clermont.

Po.ur aller de Gergovie à l'Auzon , il faut passer à l'Ouest ou à l'Est de la Roche-Blanche, dansl'une ou l'autre des vallées arrosées par les ruisseaux ses affluents , ou bien passer par Merdogne ou Bonneval, longeant une suite de coteaux qui cachent l'Auzon , et s'avancer assez loin dans la Limagne. Cette circonstance est à noter , car il n'y a pas de sources sur le plateau de Gergovie , et , pour avoir de l'eau , il faut aller en puiser à l'Auzon, soit au Sud , soit au Sud-est. De là , l'importance de cette ritière dans les opérations du siège. César, s'il par venait à couper aux assiégés toute communication avec les deux vallées de la Roche-Blanche, les obligeait à se rendre , ou, bien à risquer une bataille dans la plaine de la Limagne , où la discipline de

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ses troupes lui assurait Tavantage. Peut-être y avait-il à Gergovie des puits du des citernes, mais le grand nombre de bêtes de somme qu'une armée gauloise traînait toujours à sa suite (i) devait bientôt les épuiser.

Je vais rappeler brièvement les opérations du siège, et en même temps'essayer de les suivre sur te terrain que je viens de décrire.

César s'avança devant Gergovie avec six légions. Une reconnaissance , qu'il fit en personne , lui ayant démontré l'impossibilité de prendre la ville d'assaut , il fortifia son camp , et, avant d'entreprendre le siège , il s'occupa de ses approvisionnements. On doit supposer qu'il assit son camp à une médiocre distance de la ville gauloise, et vraisemblablement dans un lieu faisant face à la seule partie qui fût accessible. Il devait y avoir aux environs un terrain propre aux manœuvres de la cavalerie ; car les cavaliers des deux armées engagèrent les premiers jours une suite d'escarmouches sans résultat. Or, si l'on se rappelle que le plateau du Crest fait face à la partie Sud de la montagne de Gergovie^ où la pente est la moins raide , cette position paraîtra la plus probable pour le camp de César. Les combats de cavalerie devaient avoir lieu dans la vallée de l'Auzon , et cette rivière étant facilement guéable , les Romains pou-

(i) Cum mulns carris magnîsque împedimentîs ut ferl gaUica cornuetudo. De Bel. Civ. lib. II. ii.

valent pousser leurs coureurs dans la partie de la Limagne à l'Est deiG^ergoyie^

Outre la population guerrière de cette ville , Yercingétorix avait réuni une nombreuse armée, tirée des provinces voisines , laquelle campait hors «t fort près de ses remparts , derrière un mur de grosses pierres haut de six pieds^ construit vers le milieu de la montée, du plateau. Tout l'intervalle entre ce mur et la ville était rempli de ces auxiliaires y qui évidemment occupaient un terrain étroit, et l'expression énergique de César ne laisse point de doutes à cet égard. P^ercingetorix^ dit-il, superiorem partem collis densissimis castris cornplei^erat. Ailleurs , il rapporte que les Gaulois ocr cupaient tous les plateaux, tous les mamelons détachés de la montagne : Omnibus ejus jugi col-libus occupatis. Si l'on rapproche ces expressions, l'examen des lieux rend assez facile d'établir la position de l'armée gauloise.

Ces gradins ou ces espèces de corniches sur les pentes Est et. Sud de la montagne de Gergovie et quelques colUnes avancées qui en font partie , ou qui en sont très voisines, telles que la Boche-Blanche , formaient l'emplacement du camp des Gaulois , et si cet espace paraît insuffisant pour une armée nombreuse. César nous expUque qu'elle était entassée en une masse compacte.

Je continue à extraire les circonstances les plus notables du siège.

En face de la ville , au pied même de la monta-

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ptÇf Sub ipsis radicibus montisj il y avait une

oolline iB^iéey en partie abrupte, exporte circufndsus. Si les Romains s'en rendaient maîtres , ils pouvaient couper l'eau aux assiégés y et les empêcher d'aller au fourrage. — Dans cette courte description , il n'y a pas un détail qui ne convienne merveilleusement au plateail de la Roche-Blanche, situé en deçà de l'Auzon, et commandant les deux vallées qui viennent y aboutir. Il est évident que les fourrageurs descendant de la ville du côt^ du midi, devaient s'engager dans l'une ou l'autre de ces vallées. Si , descendant du coté de l'Est, ils s'avançaient dans la Limagne, des troupes , partant de la Roche-Blanche, pouvaient leur couper la retraite. Nulle hauteur, dans le voisinage , ne s'accorde mieux avec les expressions, de César, et, si l'on admet l'existence de Gergovie sur la montagne qui en porte le nom, on ne peut méconnsutre l'extrême importance de cette colline , espèce de fort détaché , dominant une partie du cours de la rivière.

I.-es Romains s'en rendirent maîtres par une surprise nocturne , ils s'y fortifièrent, aussitôt , et y placèrent deux légions.

Sur ces entrefaites. César apprend qu'un corps de dix mille Éduens qu'on lui envoyait comme auxiliaires avec un grand convoi de vivres, séduit par ses chefe, venait de se révolter à vingt-cinq ou trente milles de Grergovie. Il est instruit en même temps que presque toutes les cités de la Gaule s'agitent et se préparent à entrer dans la grande con-

fédération doatVercingétorix est le chef. L'alliance des Éduens , et la possession d'Autun, leur capi« taie , étaient pour César du plus haut intérêt. Il y avait établi ses magasins , il «n tirait des vivres j des auxiliaireSs. L'influence morale seule de son alliance avec ce peuple puissant retenait dans le devoir plusieurs nations^ sur lesquelles la république des Éduens exerçait une sorte de suprématie. Abandonnés par eux, les Romains allaient se trouver dans la situation la plus critique.

Prenant son parti , avec cette décision qui le caractérise , César laisse deux légions devant Gergovie (probablement celles de la Roche-Blanche), et suivi des quatre autres , il joint les Éduens pa^ une marche forcée , les étonne par sa présence inattendue, oblige leurs chefs à s'enfuir, et ramène le gros de ces auxiliaires devant Gergovie.

Il était temps que sa présence vînt ranimer ses légions; d'assiégeantes devenues assiégées, elles le rappelaient à grands cris. Néanmoins , malgré le renfort qu'il amenait, ses affaires n'étaient pas dans une situation plus favorable. Si le siège traî* nait en longueur, toute la Gaule allait prendre les armes contre les Romains ; s'il se retirait , il se couvrait de honte , et probablement ce revers £ai* sait aussitôt éclater un soulèvement g^éral. Dans cette conjoncture , César pensa qu'il faLait frapper un grand c6up, obtenir un succès signalé qui mon-^ trât sa puissance , et arrêtât l'audace des mécon-

tents près de s'insui^er. Il projeta d'accabler l'armée auxiliaire de Yercingétorix.

Dans ce dessein, il feint de changer son attaque contre la ville. — Un plateau étroit et boisé, âoigné du caQip des Romains, et détaché de la montagne de Gergovie , avait attiré toute l'attention des Gaulois depuis la prise de la Roche-Blancheu Us craignaient que, les Romains venant à s'en rendre maîtres , ils ne fussent rigoureusement bloqués et privés de toute communication avec la campagne.

Ce fut vers cette colline que César fit une déf-. monstration. Aussitôt les Gaulois y portèrent des forces nombreuses, et la couvrirent de retranchements. — Quelle est cette colline? Je suppose qu'il faut la chercher au Nord^est ou au Nord de Gergovie, attendu que depuis l'occupation de la Roche-Blanche, les.assiégés.ne pouvaient aller à.^eau ou au fourrage que de ce côté, encore avec beaur coup de peine. et de fatigue, en raison de l'i^scarpement des pentes orientales de la montagne.

Une hauteur au-rdessus du village du Prat convient assez avec les circonstances que je viens de rapporter. La suite des événements confirme, ce me semble, cette. opinion.

Ayant réussi à détourner l'attention des Gaulois, César, qui avait fait passer la plus grande partie de ses troupes du grand camp dans le petit (du Crest à la. Roche-Blanche), donne tout à coup le signal de l'attaque , après ay oir averti ses soldats que le succès de l'entreprise dépendait de la rapir

dite de leur marche. — Cette attaque dut avoiriku nécessairement par le versant méridional de la montagne. «K La pente , dit Gésar, a douze cents pas en ligne droite , » et c'est encore aujourd'hui la distance qui sépare la vallée de Mèrdôgne du plateau de Gergovie.

En même temps que les Romains gravissaient la montagne en face de leur camp, les Éduens auxiliaires marchaient par la droite (sans doute la droite de Romains), c'est-à-dire du côté de l'Est, ainsi Ifô deux pentes accessibles étaient assaillies à' la fois. — La position de la colline dé Prat explique fort bien comment l'armée assiégeante pouvait s'avancer inaperçue, et d'ailleurs le pays très boisé alors, contribuait encore à masquer ces mouvements.

On a peine à concevoir comment des soldats cuirassés, ayant au bras un bouclier de quatre pied$, pouvaient monter en courant une pente fort raide; mais rien n'était impossible aux Romains conduits par César. En un instant , le rempart, construit à mi-côte, est franchi et le camp des Gaulois auxiliaires emporté.' Il est vrai que la plupart avaient été dirigés de l'autre côté de la montagne , et le reste sans défiance avait quitté ses armes et se livrait au sommeil pendant la chaleur du jour.

César prétend que son but se bornait à la surprise du camp. Ce premier succès obtenu, il fit, dit-il, sonner la retraite, mais peut-être veut-il

excuser lé mauvais succès de ses armes dans cette journée et la témérité de son entreprise, qui n'allait à rien moins qu'à prendre (îergovie d'assaut. Quoi qu^l en soit, loin de s'arrêter, uiïe partie des légionnaires se disperse pour piQer lé camp; les autres, bien qu'épuisés dé fatigue, poussent jusqu'aux remparts de la ville. Un centurion de la huitième légioh qui s'était vanté d'entrer le premier .dans Géi^ovie , se fait guinder par trois de ses soldats au haut de la muraille (i), et les tire ensuite après lui. D'autres parviennent à briser une porte. Déjà Ja ville paraissait prise, déjà les femmes, accourues au bruit, demandaient grâce aux soldats et les suppliaient de ne pas renouveler les massacres d'Avaricum. Elles jetaient du haut des murailles de Fargent et des étoffes , quelques-imes même V sautant en bas du rempart, demandaient à être traitées en prisonnières. Mais bientôt les Gaulois, avertis de la véritable attaque, s'y portent en foule. Ils ne trouvent qu'un petit nombre d'ennemis haletants ^ épuisés de fatigue, et les culbutent sans peine. Les Romains, après leur course impétueuse, n'avaient plus la force de combattre , et les Gaulois recevaient à chaque instant des renforts. Ces femmes qui, naguère , demandaient grâce , encourageaient maintenant leurs concitoyens par leurs clameurs

(i) Cette circonstance «t ane autre rapportée quelques lignes ptas bas, montrent que les murailles deGergOTÎe devaient être peu élevées; mais on a eu tort, je crois, d'en tirer une conclusion générale sur le peu de hauteur do tous les remparts gaulois.

sauvages et en leur montrant Feurs enfants. lies Romains tenaient encore, quoique en désordre, lorsque tout à coup les Éduens auxiliaires parurent sur leur droite. A la vue dé leurs enseignes gauloises, les légionnaires, les prenant pour des ennemis, perdent courage et commencent à fuir. I^ déroute aurait eu les conséquences les plus fun^tes sans ' la valeur de quelques centurions qui se fireét tuer pour arrêter les vainqueurs , et sans Tarrivée des réserves que César conduisit en personne et qui permirent aux fuyards de regagner leur camp.

On l'a vu, l'aspect des lieux s'accorde avec le récit de César. Non seulement on peut retrouver l'emplacement du camp des Qaulois, et de ceux des Romains , mais leurs marches mêmes autour de Gergovie s'expliquent assez facilement par la nature du terrain. Toutefois, pinceurs circonstances me semblent encore bien extraordinaires , et sans parler de la course de douze cents pas que firent, en montant une pente rapide, des soldats pesamment armés , la présence d'une cavalerie (i) sur ces escarpements est un sujet d'étonnement et d'incrédulité pour nos militaires.

J'aurais dû peut-être examiner plus tôt ce point capital : une ville gauloise a-t-elle réellement existé sur le plateau de Gergovie, et quels en sont les

(i) Ce fut la cavalerie gauloise qui d'abord attaqua les Romains; prœmUsis equilibus^ dit César. L^roi des Nictiobriges Tfaeutomalus s*enfuit à cheval de son camp dans la ville. Peu de nos écuyers , je (l'ois y voudraient galoper sur les vei:sants de Gergovie.

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vestiges ? J'ai déjà dit un mot en passant , de Tagger épais qui couronne le sommet de la montagne. Au Sud et à l'Ouest , le tracé de cette grossière, en* ceinte s'est conservé presque sans interruption. Çà et là , au milieu des pierres entassées , on observe de gros fragments de mortier , quelques-uns liant encore des morceaux de basalte. Mais ^ nulle part , je n'ai observé de pierres taillées , quadrati lapides , telles que celles qui , d'après César , devaient former le mur construit en avant de la ville et sur la pente même de la montagne. Je n'ai pu trouver non plus de petites pierres de parement.

Au Sud^ et à peu près au milieu de cette face du plateau ^ on reconnaît une porte à laquelle conduisent deux rampes aboutissant . à droite et à gauche , à cette bande de terrain horizontal que j'ai comparée à un chemin de ronde ; c'est la seule porte que j'aie remarquée. De côté , d'ailleurs , l'accès est le plus facile, et je ne doute pas que la route principale qui menait à la ville antique ne suivit cette direction. Plusieurs chemins , qui m'ont paru très profondement empierrés et tous sensiblement parallèles, traversent le plateau du Nord au Sud, et le plus large répond à la porte dont je viens de parler. Je n'en ai point vu qui fussent perpendiculaires aux premiers; moins solidement construits , sans doute , ils auront promptement disparu sous le soc de la charrue.

*Toute la partie Supérieure de la montagne est jonchée de fragments de poterie, parmi lesquels

asa OERGOTIE.

dominent des tessans é^m& y mû cuits, fort semblables aux débris de vases qu'on trouve à iSubstantion et sur la colline d'Entremont auprès d'Aïs:. On voit aussi quantité de tuiles à crochets ; quelquefois, mais en petit nombre, des fragments de vases dhme terre Manche ou tt>uge, légère, ornée de moulures.

En 1755, on' fit sur le plateau de Gergovie des fouilles qui n'eurent aucun résultat important. On découvrit quelques substructions qui parurent ne remonter qu'au moyen-âge , et l'on recueillit un assez grand nombre de médaillés antiques, ta plupart gauloises, quelques-unes de la colonie de Nîmes. .

En résumé, il ne parsut point douteux que le plateau dé Giergôvie ne soit l'emplacement d'une ville antique ^ et il est probable que Cette ville fut la Gergovie de César. Il ne semble pas qu'après la conquête des Gaules, elle ait eu une grande importance. Probablement ses habitants l'abandonnèrent assez vite lorsque la tranquillité , résultat dé la domination romaine , eut rendu inutiles leurs formidables remparts. Une loi générale existe qui transporte les tilles des hauteurs dans la plaine , aussitôt que la guerre n'est plus à craindre. Peutêtre la fondation de Clermont est-elle une conséquence de cette émigration.

aOYAT. 331

BOYAT.

La vallée de Boyat jouit d'une réputation classique parmi les peintres de paysage; les antiquaires ne doivent point oublier de visiter son église , qui, bien que réparée à plusieurs reprises , et cependant fort délabrée , offre pourtant encore un intérêt réel- Elle a la forme d'une croix latine , terniinée carrément à l'Est, sans apside. Dans l'origine , la nef ( et probablepient toute l'église ) fut bâtie de là manière la plus simple , pour ne pas dire la plus grossière, et je pense que les gros murs, avec leurs pilastres carrés , terminés par un tailloir sans chapiteau , tels que ceux de la nef et des transsepts , remontent à une époque très reculée du moyen-âge. Dans le xi® siècle , si je ne me trompe, une première réparation eut lieu , et c'est alors que l'on construisit , ou du moins qu'on refit à neuf la crypte pratiquée sous le choeur (i). Deux colonnes engagées dans les murs de la nef, et d'un travail soigné, me paraissent encore appartenir à cette époque. Puis, au xiv* siècle, toute l'église fut fortifiée par des mâchicoulis jetés d'un contrefort à l'autre. En même temps on refit les

(i) Elle est divisée par deux rangs de colonnettes bysantioes. Une petite source soi't de terre dans cette crypte même.

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