‹ Notes d'un voyage en AuvergneChapitre 60 sur 70 · ÉGLISE DB SAINT ^NECTAIRE · texte numérisé non relu

ÉGLISE DB SAINT ^NECTAIRE

L'église de Saint<*Nectairè semble être iine cmpiê en petit de Saint-Paul dlssoire ou de Sfotre*£)temedu^Port ; peut-être ai*je tort de dire copie^ car dans l'absence de tout document bistorique, les légères différences qu'on remarque entre ces trois monuments pourraient aux yeux de quelques arcbéolo^ gués donner à Saint-Nectaire le droit depréteiulre à une priorité de date. Cest ainsi qu'au lieu de piliers, on y voit partout des colonnes ( i ), disposition qu'on regarde assez généralement comme une preuve d'origine fort ancienne , et de plus le travail d'ornementation indique par sa rudesse ui^ époque où la sculpture bysantine était encore timide et toute barbare. D'ailleurs même plan (a), mémos disr' positions générales. On y retrouvera et ces galmes couvertes par des demi*vOute«it et ces incrustations en pierres de différentes couleurs autour du cbevett et ces modulons formés d'une suite de cylindres en encorbellement.

(x] Excepté à rentrée du narihei, et à T intersection des transs^pt3.

(a) Saint-Nectaire n'a que trois apsides ; toutes les trois semicirculaires , et un peu plus élevées que la nef.

SAINT-NECTAIRR â3d

: Saint-Nectaireestassesbieûconservè^sans doute parce qu'on n'y a feit presque aucune réparation^ et la seule addition , si toutefois c'en e^t une, qui m'ait frappé dans tout le monument , c'est une tour octogone surmontée d'une flèche en pierre ; encore ne me parait-elle pas postérieure à Ja dernière moitié du xii^ siècle. Il semble , ou qiie la façade occidentale n'a jamais été terminée, ou que depuis longtemps elle est en ruines. Aujourd'hui elle est absohunent nue.

Au-dessus du narthex ou Vestibule intérieur se trouve une vaste tribune séparée de la nef par un mur de refend , ou plutôt par une espèce de pont porté sur trois arcades; une autre arcade beaucoup plus grande que les précédentes , presque aussi large que la nef, s'élève au-dessus de ce pont et est elle^-méme surmontée de deux ouvertures cintrées, ou si l'on veut de deux petites arcades. Cette disposition singulière se fait remarquer par l'épais'^ seur de sa maçonnerie. On pourrait considérer l'areade supérieure comme une espèce d'arc don* faleau d'une énorme saillie , s'àppuyant sur les pi^ liers du narthex.

Dans la nef, la plupart des chapiteaux ne présentent que des feuillages grossièrement épannelés; mais dans le chœur, presque tous sont historiés et d'ailleurs travaillés avec plus de soin. La majeure partie de leurs compositions m'ont *paru tirées de FÉcriture. J'y ai reconnu le portement de la croix, la flagellation, Saint-Pierre frappant

Malchosy Tincrédulité de Saint -Thomas 9 ^ifin plusieurs scènes du jugement dernier. Puis viennent d'autres bas-reliefs ' où la reproduction des mêmes personnages semblerait indiquer une légende , peut-être celle du patron de l'église. Toujours la croix à la main et la tête nimbée , on le voit tantôt ressuscitant un mort , tantôt sauvant un batelier qui invoque son secours, plus loin prêchant, puis accommodant un procès devant une assemblée. Une autre composition rappelle peut-être un événement relatif à la construction de l'église. Le saint réveille un moine endormi, et dans le fond du bas- relief parait une église qui ressemble grossièrement à l'église actuelle (i), et dont le clocher au-dessus du transsept s'incline forte* ment comme s'il allait s'écrouler. Je suppose qu'averti par une inspiration divine , le* saint réveille les moines pour qu'ils s'échappent avant la ruine de l'édifice. Pourtant un scrupule me reste , et je n'en ferai pas mystère. Toute mon explication ne repose que suj le fait de ce clocher incliné, or il touche au tailloir du chapiteau , et si l'artiste eût voulu le faire vertical, la place lui aurait manqué; plutôt que de faire une église sans clpcher , il a peut-être mieux aimé le sculpter de travers. Dans

(i) Elle est entourée d'une enceinte crénelée , et les tours de sa façade sont inachevées. Ces deux traits sont remarquables et caractéristiques. Saint-Nectaire avait une double enceinte fortifiée, dont une partie des murailles est encore debout , bien que fort ruinée.

ce dernier cas , on aurait simplement représenté le saint^éveillant ses compagnons pour la prière. J'abandonne mes deux explications pour ce qu'elles valent

Un autre sujet assez curieux , c'est le Christ en^ touré de saints , dont chacun met à ses pieds une petite 'église^ et le Christ semble en choisir une. Elles sont toutes au reste si mal exécutées qu'il faut renoncer à tirer quelques renseignements de leur forme. Enfin je suis tenté de rattacher encore à la même légende un homme embrassant une colonne, poursuivi par un soldat qui le tire par les cheveux. Probablement cela fait allusion à quelque violation du droit d'asile que possédait autrefois Téglise de Saint-Nectaire. Plusieurs inscriptions tracées sur ces chapiteaux y très frustes et couvertes de badi? geon, donnent peut*étre la clef de ces énigmes, maisjen^en ai pu déchiffrer que quelques lettres qui ne forment aucun sens. Le badigeon de Saint- Nectaire mérite qu'on le cite, car, chose étrange, à force de barbarie^ le barbouilleur a fait une res-^ tauration presque intelligente, lies figures, les or*r nementa, les fonds, tout cela est peint de couleurs di^érentes^ et malgré les méprises et la maladresse de l'ouvrier , malgré la mauvaise préparation des couleurs , de loin l'effet n'est point désagréable, et ma première impression fut de croire^u'on n'avait fait que raviver les teintes primitives.

On ne connaît point de crypte soiis.le chœur. Daq3 le transsept Nord , il existe un caveau assea

vaste en apparence ^ mais tout obstrué de gravoîs; Cela ressemble beaucoup plus à un caveau funéraire, qu'à une crypte à proprement parler.

Les murs ont partout une épaisseur de plus d*utii mètre. Autour des apsides , j'ai remarqué des trous carrés très profonds j disposés à quelques pieds du sol avec une espèce de régularité* Lorsqu'on fouillant dans le cimetière qui entoure Téglise, on trouve des ossements , on les plante dans ces trous qui paraissent tenir lieu d'ossuaire.

Deux petites portes, Tune au Nord, l'autre au Sud, donnent accès dans l'église, l'une et l'autre surmontée d'un tympan Hsse mais rempli par une mosaïque grossière. Quant à la porte occidentale, elle n'a aucun ornement, et paraît avoir été réparée il y a peu d'années.

Le maître^utel de Saint-*Nectaire est une grande et lourde masse, accolée à un retable du xv* siècle, à moitié détruit. J'y ai remarqué un très beau crucifix bysantin, entouré de quatre anges en bas- Uef , de cuivre doré, fixé sur une plaque d'émail dans laquelle sont quelques pierres précieuses, incrustées. Au travail , je le crois , du xi* siècle. Il y a encore dans l'une des apsides, un autre^ reliquaire, plus ancien peut-être que le crucifix. C'est un buste de grandeur naturelle , en cuivre, rçpoussé, couvert d'une épaisse dorure, avec des yeux en émail. Cette sculpture est véritablement très remarquable par son modelé, rempli de vérité et de naturel. Pour le travail , die est infiniment

SAINT -NECrÀIHE. 343

supérieure à la plupart des o|ivrages bysantins , exécutés sur pierre ou sur marbre , mais on y reconnaît le même style. Les cheveux , coupés fort court et arrangé* à la manière antique, la forme singulière de la robe , toute ^mée dé piemes <^e couleurs , me font supposer que ce buste vient de Constantinople , et c*est peut-être une conquête des ^croisés. Quelle que soit son origine j ce beaa reliquaire mériterait de figurer dans un musée.

J'appellerai votre attention, Monsieur le Mi* nistre, sur la situation de Téglise de Saint-Nectaire. Jusqu'à présent elle a conservé sa physionomie originale y si je puis m^exprimei" ainsi , mais de terribles d^adations ont rendu des réparations^ indispensables , et si elles ne sont pas exécutées avec soin , c'en est lait du monument. Les murs du coté du Nord et une partie des voûtes sont pénétrés par la pluie et crevassés. La toiture est aussi en mauvais état. Pour réparer le mal , on ne peut presque rien attendre des ressources de la commune, et il serait à désirer que le département fît quelques sacrifices pour y pourvoir. Si vous vouliez bien accorder une allocation à cet effet , je ne doute pas que le conseil général du Puy-de-Dôme ne consentit à prendre à sa charge une partie des. dépends.

344 CHATEAU DE MUROL.

CHATEAU DE MUROL.

On m'avait beaucoup vanté le château de Murol ^ situé à une lieue et demie de Saint-Nectaire /au sommet d'un cône volcaniq^ue« Sous le rapport purement pittoresque, je ne connais pas de lieu plus intéressant, et peu de vues peuvent se côm-. parer à l'admirable panorama que l'œil ^brasse du haut du donjon. Mais un antiquaire qui viendrait y chercher des sujets d'observations^ s'y trouverait fort désappointé* Une enceinte b^p^tionnée du xvi* siècle couronne la montagne de Muro]. On trouve ensuite une enceinte intérieure de forme circulaire, bordée de machicouUs et se liant à une tour fort élevée qui domine toutes les fortications. Au milieu de cette seconde eixççinte , plusieurs bâtiments d$ styles différents , mais to^s également ruinés, montrent que les possesseurs de ce château n'ont cessé d'y travailler et de l'accroître depuis le xv* jusqu'au xvin* siècle. D'ailleurs nulles traces d'ornementation, si ce n'est quelques armoiries sculptées. Les parties de la fortification les plus anciennes, c'est-à-dire, l'ênçeinte circulaire et quelques-uns des bâtiments d'habitation , ne me paraissent pas remonter au-delà du XV' siècle. Je recommande le château de Murol a tous les amateurs de paysage , mais ce n'est point là qu'il faut aller étudier l'architecture militaire du moyen-âge.

( Thiemum,J

( Motiastetitim S, SjrmphorianLj

L'église dédiée à Saint-Symphorien , dans le bas de la ville, dépendait d'une ancienne abbaye qui remontait auYiii^ siècle. En lo i6 , un chevalier Wido ou Guy la restaura et lui fit des donations considé-^ râbles. Voilà, je crois, tout ce qu'on sait de son histoire. Aujourd'hui, les bâtiments d'habitation, fort modernes pour la plupart, sont devenus des propriétés particulières, et l'église sert de paroisse aux habitants d'un feubourg de Thiers.

L'église du Moûtier est d'autant plus intéressante à étudier, que ses parties les plus ancienpes s'éloignent du style d'architecture le plus fréquemment employé en Auvergne , notamment par l'absence d'incrustations ou de mosaïques de couleur. Or , si l'on pouvait établir d'une manière authentique , qu'iïn édifice aussi important a été réellement construit au commencement du xi^ siècle, il fournirait une espèce de présomption négative contre les dates très anciennes que l'on propose pour plusieurs églises décorées de ces mosaïques dont nous avons eu si souvent à nous occuper. Mais avant déborder cette question, je dois parler brièvement de l'état actuel du Moûtier.

C'est une basifique en forme de carré long (i) sans apside. Le chœur , qui ne comprend aujourd'hui que les deux dernières tiavées orientales ^ est séparé par un mur de refend de chapelles, maintenant condamnées , à l'extréiîiité des colla-* téraux (a). D'aiQeurs, ces chapelles, ainsi que le chœur, sont coupées carrément à l'Est, le chœur débordant légèrement les chapelles, . Toutes les arcades^ celles de la ]:ief âurtoat, cintrées et resserrées à leur naissance , se rap prochent du fer-à-cheval, des constructions sarrasines. Dans la taef , une fenêtre étroite occupe le haut de chaque travée ; dans le chœur , une petite tribune règne au-dessus des collatéraux.

Les trois premiers piliers à l'Occident de la nef, du côté Nord aussi bien que du côté Sud , sont carrés et flanqués de colonnes sur leurs faces. Pois on trouve deux autres piliers en forme de croix séparés Fup de l'autre par un pilier octogone^ On notera que la distance^ entre le dernier, de ces piliers en forme de croix et le pilier octogone , est plus grande qu'entre tous les autres , ce qui me semble indiquer qu'autrefois l'égUse avait x^n, transsept existant en ce lieu. Le dernier pilîar es

(x) Cette forme est modifiée aujourd'hui par Taddition d'une chdpelle au Sud , qui par aa position forme de ce côté comme an croi9ÎlloD,

(2) Ces chapelles sont couvertes par une voike en qua^t dt cercle, à la manière de ces galerrics dont j*ai donné si souvent la description. Au contraire, fes collatéraux de la nef ont des voûtes d'arête.

croix louche au chœur : là, on voit d'abord un pilier carré a^ec une colonne engagée sur sa face principale ; enfin y un dernier pilier à l'extrémité orientale de régli&e, lequel n'est qu'uh massif carré avec une moulure grossière qui reçoit les retombées des -wûtes^ Si Ton entre dans les chapelles latérales ^ on voit, adossé à ce massif, un contrefort très épais et très saillant y mais peu élevé, dont l'appareil nous pré^ntera un fait assez 'curieux sur lequel je reviendrai tout à l'heure.

- Le narthex intérieur présente les dispositions <)rdiiiaires à cette partie de l'église^ une arcade liasse surmontée d'une tribune donnant sur la nef.

Les fenêtres des collatéraux cintrées ^ étroites , ne sont accompagnées d^aucun ornement, si ce n'est dans les trois dernières travées orientales, oà eUes sont flanquées de colonnettes dont les chapiteaux , couverts de sculptures en creux., an^ noncent le style le plus grossier et la plus barbare.

Bien différents de ces chapiteaux, ceux de la nef montrent*les types ordinaires du bysantin fleuri, et les formes végétales y dominent Quelques-uns, ceux du narthex surtout, méritent d'être cités pour leur belle exécution.

Quant aux chapiteaux qui reçoivent les retombées des voûtes , ils paraissent avoir été rasés dans une restauration maladroite qui s'est attaquée à toutes les parties supérieures de l'église (i). C'est

(i) Aux voûtes de la nef et du chœur. Elles sopt ogWales dans le chœur.

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probablement à la même époque qu'on aconstruil: le pilier octogone, ou peut-être qu'on a façonné de 1» sorte un pOier primitivement carré. H faut encore rapporter à la même restauration la chapelle Sud et une grande fenêtre percée dans la façade ( i ). Le style de cette fenêtre peut donner la dal;e de tous ces travaux ; ils remontent, je crois, à la fin du XY^ siècle. L'ornementation extérieure étant absolur ment nulle, je me bornerai à rappeler ici l'absence de ees mosaïques si fréquentes dans les églises by* santines de l'Auvergne et du Velay.. Nulle alternance de couleur dans les claveaux des archivoltes^ nulles incrustations à l'extérieur du chœur et de ces chapelles.

Laissant de côté les altérations évidemment mo^ dernes, je vais essayer de distinguer les difiérentes époques de la constructicm , car si je suis parvenu à en retracer clairement les dispositions , il n'est personne qui n'ait déjà remarqué le manque d'accord et de système, aussi bien dans le plan que dans les détails.

Personne non plus n'hésitera, je pense, à indi-^ quer comme la partie la plus ancienne de l'édifice le chœur , et surtout sa dernière travée orientale^ plus intacte que celle qui la précède, peut-être même la seule intacte , la seule qui n'ait pas été modifiée par des additions ou des ornements.

Ainsi , déjà dans ce chœur, il faut peut-être dis-

(i) Celte façade, qu'on refait en ce moment, est absolument nue.

linguer deux constructions, et, pour ma part, je n'héstte point à le faire. En eiffet , tout barbares que soit les chapiteaux des colonnes qui flanquent les trois dernières fenêtres des collatéraux, on y voit déjà un goût , un besoin d'ornementation bien caractérisé; on y observe un travail fort supérieur à celui de ce pilier massif qui n'a qu'un tailloir pour amortissement. Un autre argument, plus concluant peut-être, résulte de l'existence de contreforts saillants dans les chapelles latérales du chœur , chapelles où se trouvent ces colonnes ornées. Aujourd'hui, ces contreforts n'ont pas début apparent, etl'arc-boutant, formé par la voûte en quart de cercle des chapelles, est un appui bien autrement efficace. On ne peut douter que ces contreforts n'aient été extérieurs autrefois, et , par conséquent , que les chapelles n'aient été ajoutées.

S'il faut assigner une date aux chapiteaux grossiers des collatéraux , je n'en vois point de plus probable que le commencement du xi® siècle. C'est celle qu'annonce leur travail très remarquable, où les rinceaux ne se détachent que sur un fond creusé au ciseau. Gela ressemble plutôt à une gravure qu'à une sculpture à proprement parler.

La date que je propose s'accorde d'ailleurà avec les témoignages historiques que j'ai rapportés, et qui indiquent l'année 1016 pour la restauration due à la libéralité de Wido. Quant à la partie orientale du chœur, évidemment la plus ancienne, j'avoue

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qu'il me serait impossible de trouver dans le csmù^ Xère de sa construction^ ou plutôt dtos son absence dacaractère, l'indication d'unedate précise^ nmisid encore la tradition,nous vient en aide, he premier abbé du Moùtier fut élu en 76^, et la bari[>arie , k rudesse de la dernière travée orientale, ne détnen» tirait point cette date reculée< Pour cdlé de laiief^ nulle difficulté ce me semble, et l'élégance de sa décoration nçus conduit nécessairement à la ph^^ cer dans le xit« siècle, époque où la sculpture bysantine parvint à son plus haut degré de perfection.

Au Nord de l'église^ à peu près à la hauteur de l'avant^lernier pilier du chœur, on observe les ruines d'une construction fort étrange par la po*' sîtion qu'elle occupe* C'est une apside bien caractérisée , attenant à im pan de mur d'un appareil incertain et grossier. Une crypte occupe le dessous de l'apside , et sert de cave aujourd'hui. L'apside^ dont la partie supérieure est. démcdie, n'est plus couverte que par des planches sous lesquelles on remise des fagots. La voùle de la crypte, construite en blocage avec beaucoup de ciment, est d'arêtes , remarquablem^Git épaisse. Dans ce souterrain , le jour ne pénètre que par une ouverture cintrée très étroite. Un passage voûté conduit de cette crypte à un autre caveau , situé précisément au*dessous du chœur actuel du Moùtier , et dont la voûte, par sa forme et son appareil , semble annoncer un travail exécuté en sous-œuvre, fort postérieure-

LE MOUTIEB. 35i

ment à la graïK^e restauration du xti® siècle. Le long de la muraiUaNord du Moutier, et à peu de d^tance de cette apside ruinée , on voit plusieurs piliers servaiit aujourd'hui de contreforts à Féglise actuelle y et portant des amorces de voûtes. Bien pjiusy immédiatement après Fapside, existe un pilier i^olé avec un arc doubleau qui décrit un quart de cercle y et prend sa naissance dans l'un des contre*^ forts de l'église actuelle. D'ailleurs ^ nulle orne-' ments^icMiy à l'exception de quelques légères mou* lures 9 sur les tailloirs qui surmontent les piliers. U n'est pas douteux qu'une église n'ait existé en ce lieu antérieurement au Moùtier^ qu'elle n'eut trois nefs et une apside régulièrement orientée.

La, présence de cette église oubliée , parait dé« ranger d'abord les conclusions que je {présentais tout à l'heure ; je ne crois pas cependant qu'elle doive les modifier. La grande ressemblance que l'on remarque ; entre la partie occidentale du choeur du Moùtier , et ces débris de l'ancienne église, tend à faire regarder }esdeux constructions comme contemporaines. Peut*-étre ^ et seulement dansce cas, le chœur du Mpûtier n'aurait pas eu cette destination; il n'aurait été qu^tne dépendance de l'abbaye. Alors la restauration de Wido devra se nommer plutôt une construction nouvelle 9 puisqu'il aurait bâti sur un autre emplacement ^ celui de l'église ruinée. Les fenêtres flan^^ quées de colonnes f qui m'ont servi à déterminer lepoque de ces travaux , et qui donnent précisé*

ment dans le collatéral de l'ancienne église , mé semblent prouver suffisamment que dès le xi® siècle cette église sans nom tombait en ruines ^ puisqu^ou prenait du jour en perçant son mur mitoyen. De plus la direction des ouvertures^ qui s'élargissent à l'intérieur ( et du côté du Moûtier), ne permet pas de penser qu'elles- aient jamais appartenu à l'autre église.

Il me reste à vous entretenir d'une découverte | assez curieuse, que le hasard me fit faire. Entré avec M. le curé du Moùtier , dans la chapelle Sud latérale au chœur, laquelle autrefois servait de sacristie, j^examinais le contrefort, qui, en se projetant dans une chapelle , en démontre la date , relativement récente. Un bloc de granit d'environ vingt pouces de côté, épais de six pouces , qui se montrait encastré dans l'appareil à une hauteur de huit à dix pieds , attira mon attention , parce que j'y observai comme une scuplture à demi eflfacée. Ayant fait tomber le mortier, qui le recouvrait en partie, je vis bien di&tinctement une figure de basrelief en buste , très grossièrement sculptée , et les deux bras élevés , les paumes des mains tournées en dehors , comme dans l'attitude de bénir. D'ailleurs, point de nimbe et rien qui indique que cette figure informe se rattache au christianisme. On m'avait apporté une écl^elle, et lorsque le basrelief fîit enlevé, je vis qu'un morceau de marbre blanc paraissait au milieu du mortier que l'enlèvement du bloc de granit avait laissé à découvert.

Qf C'était à n'en pas douter un fragment de statue . ^ car déjà on voyait des cheveux sculptés sur le fo( naaii>re. Je demandai une pioche, et j'entrepris I^ de le détachar.moi-méme. Le bon curé me laissait faire, et regardait, avec une admirable résignation, tomber les firagments de mortier et les petites pierres. Après quelques minutes de travail, je pus enlever une tête de femme, certainement antique, mais du style le plus incorrect qu'ait jamais produit le fias-Empire. Vus de fac^ les cheveux rele^ vés et crêpés sur les tempes , lufiorment une coiffure qui rappelle un peu celle qui était à la mode du temps de Marie de Médicis; mais par derrière, ils couvrent la nuque , tombant en boucles droites. Peut-être ces cheveux très crêpés indiquent-ils une perruque comme on en voit dans b&iucoup de bustes antiques. Us sont travaillés à la tarière. Le visage est plat et tous les traits sont un peu forts. La bouche , sensiblement de travers , indique soit un défaut du modèle , soit la maladresse du sculpteur. Les yeux , dont la prunelle est marquée en creux , sont bombés et saillants , et cependant la paupière supérieure est presque cachée par l'arcade sourcilière très proéminente. Ils caractérisent parfaiteinent le myopisme. Vous voyez, Monsieur le Ministre, que ma trouvaille n'est point une beauté. D'anciennes mutilations achèvent de l'enlaidir. Il va sans dire que le bout du nez est cassé; en outre, la joue et une partie de l'œil droit sont fortement endommagées par des

coups d'un instrument tranchant. Enfin , un trait de scie peu profond, mais très visible sur le col, prouve qu'on a voulu la décapiter, mais que le procédé paraissant trop long , on l'a cassée. Sous le col , et malgré la cassure, on rem£u*que un trou qui, sans doute, savait à recevoir un goujon , qui fixait cette tête sur un piédouche, peut^tre sur un corps ; car elle peut avoir appartenu ii une statue de grandeur naturelle.

A mon avis ceUe tête est un portrait, peut-être celui d'une impératrice. Les mutilations dont elle porte les marques paraissent avmr été infligées avec un sentiment d'animosité, soit résultat d une basse vengeance contre l'original , soit qu'il faille les attribuer au zèle des premiers chrétiens, qui , voyant partout des idoles , détruisaient tous les ouvrages de l'art antique qui leur tombaient sous la main, que ce fussent des empereiu^ on des dieux.

Le marbre est fort beau , très blanc , d'un grain fin et saccharoîde. J'ai déposé la tête chez M. le curé du Moûtîer en l'engageant à l'envoyer au musée de Clermont. La seule circonstance qui donne quelque intérêt à cette découverte, c'est que jusqu'à ce jour on n'avait trouvé aux environs de Thiers aucun fragment antique.

SÀIMT-OEKÈS.

(S. Genesiut.J

L'égtise de'Sâfmt<^Oenès^ auti^fbis mllégUdé^ dans la partie haute de la ville, passe ip(Sf&t 4^kÂf été bâtie en ï^i6par le même Widô qui réte^lit l'abbaye du Moùtien Malgfé de nombreuse fé^ pwationiSyleïMiméeèi^ by«a(tiMM fleuri y «doàiîne eaewe. Vexa le xiv^ siècle probablemeitt, lés v%»6€«» êe la iitel furent refaitiss} puîg mt .xt^ Cdute Isi falbri- ({de fut retouchée par pkcjM} ^ufin le j^kti fti*r mitif s'altéra par radditioï) d'Âne ehapeUe quiprô^ longe le f raû49ep« Nord hersd^ t^tte propbrti^ri afreé le c^t^kilkm oppOÉé. Une gi^aude ap^de dé ccmfifmetk^ii primitive, mmk large que la nef j ^'ouvM à l^intasectiou des imtïësep^. Lé^ areadei de la «ef , en fer à cheval tdurtnè e^A^ du-Moû-^ tier^ afappuieht sur àfk piliers carrès,^ flanqués de côlottûes dont les chapiteaux appair tiennent mt style bfsantîn fleuri ; maid j^eii trouve rexéeutîorn fof t inférieure à celle des chapiteaux de Tégliise précédente. Deux seul^nènt m*ont présenté des motffs ncMîveâUx pour moi : leur corbeille est entourée de gerbes de blé. Un seul chapiteau est historié. J'ai dît que les voûtes de la nef avaient été réfaites; celfes des collatéraux, encore mtactès, reproduisent la forme en quart de cerde qtie nous avons déjà trouvée si souvent, et entre âutrtes

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dans les chapelles latérales du Moûtter. Cette ressemblance pourrait au besoin appuyer la conformité de dates des deux constructions.

Les inscriptions suivantes , peintes dans l'église, et que j'ai lieu de croire fondées sur des traditions historiques, font asisez bien connaître l'histoire de saint-Goiès :

Ten^lUm hoc à beato jivito oanditinn anno 573 capiiuïo opibusque àfUpèit Gmdo'a TtUemo anno ]Oi6. Interiore part^ veùisM^ eversumj resiiw ratum iiao.

Bien entendu qœ de l'église d'Ayitus il n'existe plus rien et que presque tout ce que nous voyons, en Eût d'ornemwtaiâop, se rapporte au xii® siècle. C'est à cette époque évidemment qu'il faut attribuer la jolie &çàde du transsept Sud 9 dont k; fronton, rempli de losanges et d'étoiles incrustées, présente une mosaïque jaune , noir et bl^nc 4'un effet agréable* Celte décoration, d'une sui*face lisse, est rehaussée par des colonnettes et quet; ques moulures, sculptées^ malheureusement un peu frustes, mais qui montrent encore une habi^ leté et une élégance remarquables. . #

Il est facile de prévoir que d'ici à peu de temps ^e fortes réparations deviendront indispensables au Moûtier, ainsi qu'à Saint-Genès. Je crois, Monsieur le Ministre, qu'il conviendra alors de recommander aux autorités locales de veiller k oe que le caractère primitif de ces monpments ne soit pas altéré. Je vous demanderai même , si cela de-

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