‹ Notes d'une infirmière, 1914Chapitre 18 sur 33 · JEUNES RECRUES ET TERRITORIAUX · texte numérisé non relu

JEUNES RECRUES ET TERRITORIAUX

Au début de la guerre, on ne voyait passer, comme défenseurs, et revenir, hélas! comme blessés, que les " petits jeunes" parmi nos soldats. Ah! les petits jeunes, comme ils sont sympathiques et entraînants, avec leur gaieté qui résiste à tout, leurs bravades, leur belle insouciance de la vie! A côté d'eux, maintenant, s'accomplit le sacrifice plus grave, plus conscient et plus douloureux des hommes mûrs, de ceux qui ont dû quitter une femme et des enfants, un foyer à soutenir. Ceux-là vivaient tranquilles, loin du mouvement de nos troupes ; ils songeaient à la guerre moins que personne! et, vrai-

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ment, il faut les admirer de s'être montrés à la hauteur d'un pareil sacrifice. En plusieurs endroits du front, on a déclaré leur devoir certains de nos succès. A l'hôpital, je les ai vus souffrir, mourir, hélas! en véritables héros français et j'ai perdu là cette légère tendance à l'ironie cjue l'on éprouvait, trop facilement envers eux, au début. Ces hommes accomplissent vraiment leur rude devoir dans les plus sacrifiantes et les pins humbles conditions qu'il soit possible : en un jour, ils désorientent leur existence, ils renoncent au petit bien être laborieusement acquis; ils brisent toutes leurs habitudes et, à un certain âge, ce mot représente peut-être l'expression la plus pénible du devoir. Us marchent à la mort, enfin, eux qui ont eu le temps de se fixer, de s'enraciner dans la vie, et ils se trouvent sous la dépendance des

plus jeunes, dominés par leur insouciant enthousiasme, par leurs forces physiques toutes neuves, par leur nouvelle expérience des choses de la guerre, puisqu'ils ont marché les premiers. Mais, d'ailleurs, tout s'arrange à merveille et rien n'est touchant comme la camaraderie solidement établie désormais entre les moustaches grises et les visages imberbes. Les jeunes soldats traitent leurs aînés en quelque sorte fraternellement, et, cependant, toujours avec une nuance de respect. Le tact est une qualité française et l'on sait bien tout ce que ces mots graves : marié, père de famille, représentent de responsabilités, de peines, de soucis, de larmes répandues au départ. Les braves territoriaux, en revanche, sont en admiration devant les besognes accomplies par leurs jeunes frères d'armes. L'autre jour, un

groupe de soldats grisonnants manœuvrait avec une grande application sous les ordres d'un petit caporal de vingt ans, qui avait une figure de poupon blanche et rose, mais qui avait aussi de glorieuses cicatrices. En passant devant eux, une brave campagnarde s'écria : « Tiens, un enfant de troupe qu'on a envoyé apprendre là-bas pour instruire les territoriaux. »

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