LES PETITS FRANÇAIS
Un combattant qui « en revient » me raconte que, parmi les familles émigrantes des infortunées régions dévastées , il arrive souvent que les garçons de douze à quinze ans refusent de suivre leurs parents dans la fuite et se jugent de taille à prendre rang au milieu de nos soldats. Les troupes font
bon accueil à ces petits Francais-là. On les présente au capitaine, et, une fois leur identité établie, ils ont droit de cité au régiment, dont ils partagent la destinée.
Ils mangent à la gamelle et ne sont tenus à rien, libres d'agir à leur fantaisie. Mais cette fantaisie ne varie pas, dit-on; dans les épaves du champ de bataille, ils ont vite fait de se procurer des armes, et ils font sans cesse le coup de feu avec une incroyable audace qui leur attire vite l'enthousiaste affection de leurs aînés. Ah! ces petits Français de 1914, il y aura de la poudre mêlée au sang de leurs veines. Quelle génération ils nous préparent!