‹ Notes d'une infirmière, 1914Chapitre 20 sur 33 · NOS PRÊTRES · texte numérisé non relu

NOS PRÊTRES

Ils sont partout, mais ils habitent surtout le front, et les opinions les plus diverses reconnaissent unanimement quels soldats la patrie possède en eux. Étonnant spectacle! Une volonté supérieure a victorieusement poursuivi ses desseins, rapprochant dans la plus intime et la plus inattendue des fraternités le prêtre catholique et l'âme française à travers quel chaos de tragiques événements! « Je te punirai parce que tu as oublié mon nom» , disait autrefois le Dieu vengeur à son peuple privilégié. Hélas! chère France, n'étais-lu pas sa fille aînée et n'avais-tu pas oublié, renié son nom, ce nom terrible

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et protecteur qui te revient aux lèvres si naturellement aujourd'hui?

Nous, femmes, ce n'est pas sur les champs de hataille que nous voyons agir nos prêtres, mais c'est à Thôpital, aux chevets de ceux qui souffrent et meurent pour la France, c'est partout, quotidiennement. Ceux qui n'ont pu partir consacrent, sans plus rien en réserver, tout leur temps aux soldats, aux soldats blessés surtout. Les démarches personnelles auxquelles les administrations accablées de besogne ne peuvent suffire, ils s'en chargent; les lettres à écrire, les nouvelles douloureuses a apprendre leur sont confiées, que sais-je! et les confidences à recevoir, les encouragements à donner. L'importance de leur rôle touche au mystère même des âmes; nul n'a le droit de la mesurer. Mais qui sait tout ce qu'auront fait nos

prêtres pour maintenir dans les cœurs militaires cette flamme d'enthousiasme et de sacrifice qui doit, jusqu'au bout, continuer à brûler en France, dans la moindre ambulance, et pour laquelle les souffrances éprouvées loin du danger commun, loin des chefs et de l'exaltation des combats sont une épreuve pire que la vie rude des camps. Le soldat sait bien deviner chez le prêtre, en même temps qu'un secours d'ordre humain, une puissance supérieure qui vient à lui; aussi comme il l'aime, comme il le désire, comme ii attend tout de lui! Je voyais ces jours derniers, à l'hôpital, un nouvel infirmier se montrer particulièrement doux et empressé envers les malades. Un soldat s'est aperçu que je suivais des yeux cet homme avec un peu d'étonnement et m'a dit, en le désignant du geste : « Mais, madame, c'est un

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prêtre! » Son accent était intraduisible. Vraiment aucune volonté terrestre ne parviendra jamais à leur dérober cette mystérieuse influence, ce " feu du ciel » qu'ils tiennent de Dieu même. De leur chef jusqu'au plus humble d'entre eux, ils sont bien les successeurs de ceux à qui « toute puissance » a été donnée « dans le ciel et sur la terre » .

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