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curieuses particularités de ce genre, celui-ci a émis l’opinion que l’hétéromorphie des fruits dans le genre pouvait être attribuée à ce fait que, par suite de l’évolution tardive des ovules, laquelle, dans la famille des Crucifères, est notablement postérieure à celle des anthères, la fécondation peut le plus souvent être incomplète, d’où avortement partiel des fruits supérieurs. J’admets volontiers que ce fait explique la différence des silicules, le développement d’une seule graine ne demandant pas autant d’espace que celui de plusieurs. En outre, puisque le développement de la panicule se fait successivement, on s’expliquerait ainsi que seules les silicules inférieures fussent polyspermes, probablement fécondées par le pollen des fleurs supérieures. Mais il faut remarquer que les pédoncules des fruits polyspermes sont toujours dirigés perpendiculairement à l’axe de la panicule et qu’ils évoluent ainsi dès le début de la floraison, ce qui écarte la supposition que cet écartement put être causé par le poids du fruit. De plus, M. de Coincy (/. c.) a constaté, du moins dans 1\4. ovalifolium, la différence essentielle des graines dans les deux formes de silicules. Or, bien que cette hétérospermie n’ait pas encore été constatée, du moins aussi explicitement, dans YAethionema varions, tout porte à croire quelle y existe. Ces deux faits ne sont pas expliqués par l’hypothèse de M. Gagnepain.
Dans ma perplexité, j’ai communiqué ces réflexions à M. le comte de Solms-Laubach, professeur à l’Université de Strasbourg, auteur d’un important Mémoire sur le genre Aethionema. Et voici la lettre qu’il a bien voulu m adresser le 18 mai dernier, en réponse à ma lettre du 9 mai précédent :
« Je ne veux pas dire que l’explication de M. Gagnepain soit impossible, quoiqu’elle me paraisse invraisemblable. Je n ai rien trouvé qui ait pu me la suggérer. J’ai prouvé dans mon Mémoire que toutes les formes de VA. saxatile, y compris les A. monospermum, Thomasianum et varions, produisent des fruits clos et monospermes et que les graines que ceux-ci développent ont un embryon pseudo-pleurorhize. Parmi ces fruits, il y en a de trois sortes, savoir : droits à ailes planes, droits à ailes courbées vers l’axe, étalés avec ailes recourbées en arrière. Il est sûr que ce n’est pas le poids des fruits qui
!.. GIHAUDIAS.
détermine leur direction ni aucune cause venant du dehors. On ne peut presque jamais approfondir les causes de telles différences dans les caractères des plantes. »
M. de Solms conclut que seule l’étude approfondie de la plante vivante pourra donner la solution de cet intéressant problème. Mais comment se procurer des fruits mûrs d’une plante aussi localisée?
Viola Guitteauæ Giraudias.
La description de cette plante a été publiée dans le Bulletin de l’Association pyrénéenne, 6 e année (1895-1896), p. 9. Mais ce Viola avait été mentionné, sans description, dans le précédent Bulletin, page 28. A cette place, j’émettais l’opinion que celte plante, certainement hybride, provenait du croisement du V. pratensis avec le V. Reichenbachiana. Je ne me suis pas expliqué sur ce point dans ma note descriptive, ce qui ne signifie pas que j'aie changé d’avis. Mon hypothèse a d’ailleurs été confirmée depuis par deux botanistes expérimentés qui ont eu ma plante entre les mains : par M. Sudre qui a constaté l’imperfection du pollen, et par M. W. Becker, monographe du genre, qui est très affirmatif sur le fait même de l’hybridité, mais suppose l’intervention du V. canina au lieu du V. Reichenbachiana. Ce dernier détail est inexact, probablement parce que M. Becker n’a eu sous les yeux que des exemplaires récoltés par moi le 1 er juin 1895, dont les feuilles estivales, feuilles qui rappellent singulièrement celles des Viola du groupe sylvestris , n’avaient pas encore acquis tout leur développement. Au contraire, les exemplaires d’été qui m’ont été tout d’abord soumis par M me Guitteau et d’après lesquels j’avais rédigé ma première note, portent vers la base des feuilles élargies et relativement courtes, ressemblant beaucoup à celles du V. Reichenbachiana et pas du tout à celles du