‹ Notes de la main d'HelvetiusChapitre 3 sur 70 · Chap. ix, p. 131 à · texte numérisé non relu

Chap. ix, p. 131 à

pédiste, un poète galant et fort voluptueux, et, en même temps, un moraliste audacieux, subtil et robuste qui s'oriente progressivement vers les conceptions politiques. Il passera peu à peu de l'idée du plaisir, de l'égoïsme et du bonheur à celle du bonheur universel et de la justice. Dans ce mémorandum de faits" empruntés à l'histoire ancienne, à diverses civilisations, dans ce journal impersonnel d'un amant qui s'applique à peindre la passion et ses effets, on découvre, avec son désir constant et violent de n'être pas dupe des apparences, de professer hautement la vérité, le futur philosophe de l'Esprit et de l'Homme qui s'appliquera à formuler une physique générale des mœurs utile aux individus et aux états. C'est ainsi qvt'Helvetius note, dans ce recueil, les projets suivants qu'il réalisera plus ou moins : « Idée à remplir ' que les loix, les mœurs des peuples dépendent des causes phisiques traité de démontrer par l'histoire... sçavoir pour cela s'il y a une histoire universelle des mœurs et des situations des pais...» — « l'esprit est propre a tout dans la même proportion ou il est propre a une chose partir de l'idée que tout vient par les sens » — «Fajre des lettres sous le titre d'amour propre expliquer tous les cas possibles de morale avec cela» — « Donner un plan des états possibles calculer les probabilités pour le bonheur des hommes» etc.. Voilà les idées fondamentales d'Helvetius.

Le psychologue réaliste et cruel de l'hypocrisie politique et religieuse se manifeste aussi, dès les Notes, et nettement, avec sa haine du fanatisme et du despotisme.

Grâce à ces Notes, dépourvues de l'appareil littéraire, des déductions systématiques et des digressions complexes, on comprend d'où Helvetius part et où il veut aboutir. On y constate son admiration, fertile en images téméraires, pour Newton et surtout pour Locke (celle des épîtres). On le voit lire des textes variés.

Observons que s'il parle fréquemment de Locke et cite Hobbes, il ne fait allusion à aucun de ses contemporains, sauf à Voltaire 2 .

i . Helvetius tenait sans doute particulièrement à cette idée. Dans la table des matières, devant la lettre I et l'indication de la page où se trouve la note, on lit : Idée à remplir.

2. Il importe de remarquer, en s'appuyant sur ces notes, et contraire-

En outre, il formule, avec beaucoup de clarté et d'une manière définitive, en quelque sorte, sous cette forme, ses impressions, ses fortes et pénétrantes réflexions, relatives à l'homme et à la société.

Je me proposais d'abord de faire un choix de ces notes en négligeant les citations, les phrases jetées ça et là, intéressantes pour l'écrivain lui-même et non pour le lecteur, les textes obscurs, etc.. en me bornant à reproduire les pensées ou les esquisses les plus curieuses, les plus profondes ou pittoresques. Et il y aurait sans doute un exquis et terrible livre de pensées à extraire de ces notes et de l'œuvre entière d'Helvetius, d'un homme qui fut compris et estimé à sa réelle valeur non seulement par un Bentham, un Beccaria, mais encore par un Stendhal ou un Schopenhauer.

M. Boutroux, que j'ai tenu à consulter sur ce point et dont l'autorité en matière d'histoire de la philosophie est indiscutable, m'a engagé à publier le manuscrit tel qu'il se présente ' . On évite ainsi le parti pris. Au lecteur de choisir, de faire le tri nécessaire, puisque ces notes sont une sorte de sketch-book philosophique contenant, tour à tour, des impressions, des commentaires, des exercices de style et de pensée, des maximes, des indications de développements, des notations concises, etc..

Voici donc, intégralement, le texte d'Helvetius 2 . On verra que ce très consciencieux et scrupuleux écrivain se montre plus soucieux de l'idée et de l'expression, souvent énergique, saisissante, colorée, que de l'orthographe (la question de l'orthographe était alors toute résolue !), de l'accentuation, de la ponctuation, du genre et du nombre.

ment à certaines assertions, qu'Helvetius, psychologue sensualiste et politique, n'est parti ni de Condillac, ni de Montesquieu.

i. J'ai profité aussi des excellents avis de M. V. Delbos.

2. Beaucoup de ces notes ont été jetées rapidement sur le papier. D'où les répétitions, les phrases qui commencent par le singulier et finissent par le pluriel. Quelques mots sont illisibles ou d'un sens fort douteux, etc..

Une question délicate se posait. Ces textes si divers appartiennent-ils bien tous à Helvetius ? Nous remarquerons qu'aux citations évidentes, aux extraits se joint fréquemment l'indication de l'auteur, de l'ouvrage. Quant aux pensées proprement dites, elles présentent, en général, des ratures, des additions, des corrections de toute espèce qui témoignent, d'une façon incontestable, de la recherche personnelle. Prenons plusieurs exemples de genres différents : Amasones ces terribles et aimables guerriers qui par la puissance de leur armes ou de leur yeux vainquaient leur ennemis... ensuite on lit : a mettre en qui est barré, puis : ainsy la Vérité par sa force ou sa beauté triomphe des cœurs, indociles. L'auteur, le poète a d'abord trouvé la comparaison et il la note pour ne pas l'oublier. — Les charmes d'une maitresse (on lit d'abord les yeux barré) même absente assiège • vos yeux sa voix assiège vos oreilles tout sert d'aliment a l'amour pour l'étendre et V accroître V amour qui demandoit... On lit entre deux lignes au-dessus à 9 amour : ce don du ciel, etc. — Les bons esprits sont {dans l'harmonie : dans Vharmonie barré) comme (dans un concert : dans un concert barré) une belle voix serait dans un concert, etc. — Public son jugement est (ajouté sur la ligne : pendant la vie d'un auteur) une onde agitée qui monte qui baisse mais cependant (ajouté sur la ligne : a la fin) qui attrappe son calme. — Dieu veut que nous soions dans l'erreur et l'ignorance de certaines choses puisque nous ne les comprenons pas (de barré) pour toutes les choses qui nous sont nécessaires (a la vie ajouté sur la ligne) Dieu les a imprimé dans les esprits les plus vils comme (dans ajouté) les plus relevés, etc., etc.

J'ai tenu à signaler, dans un certain nombre de cas, ces additions, ces ratures, ces corrections de manière à laisser au texte, autant que possible, sa véritable physionomie. Je me suis efforcé de mettre en lumière les passages les plus saillants, les plus caractéristiques, les plus susceptibles de nous renseigner sur l'âpre analyse du moraliste et la tentative généreuse du philosophe politique.

Moraliste, Helvetius qui avait des dons puissants d'observation et de méditation est de l'école de Montaigne, de La Rochefoucauld, de La Bruyère et, avec sa faculté brutale de saisir le réel et de le décomposer, il garde son entière personnalité. Philosophe politique, obsédé par l'idée de créer une science exacte et profitable des mœurs, il s'est heurté à toute sorte de mécomptes. C'était une

étrange ambition, vers le milieu du dix-huitiéme siècle, de vouloir créer une « sociologie ». Avec ses vues souvent paradoxales ou systématiques, mais souvent aussi très larges et très hardies, Helvetius a travaillé à bâtir la cité moderne sur des fondements solides, c'est-à-dire sur une connaissance réelle de l'homme, de ses penchants naturels et des grands moteurs sociaux, sur la législation et l'éducation ' .

Malgré ses défauts, ses erreurs, Helvetius, le théoricien de I'amour-propre et des passions, le créateur de l'utilitarisme en France, l'éloquent et sarcastique orateur des vérités qui ont fleuri et s'épanouissent magnifiquement sur la terre, mérite d'être remis à sa place parmi les penseurs et les citoyens dont notre démocratie doit s'honorer si elle ne veut point méconnaître ses propres efforts.

En publiant les Notes de la main d' Helvetius, j'ai conscience de rendre un légitime hommage à la mémoire d'un auteur méconnu et de contribuer à sa réhabilitation nécessaire.

i . Helvetius s'efforce de démontrer, dans Y Esprit et dans V Homme, que nous sommes différents à cause de l'éducation, des influences multiples et variables que nous subissons. Pour transformer les hommes qui, somme toute, ont les mêmes besoins lorsqu'ils sont communément bien organisés, il importe donc de transformer les lois, le gouvernement, l'instruction.

Préjugés x . Sont a l'esprit ce que les ministres sont aux Rois ceuxcy défendent a leur concurrents l'approches des Rois et de même les préjugés empêchent les ventés de parvenir jusqu'à leur esprits de peur de perdre l'empire qu'ils usurpent sur luy

Les préjugés bouchent a la raison les avenues du cœur • Si la vertu ne devient passion 2 nous ne 1^ pratiquons pas nous ne faisons jamais qu'essaier de la pratiquer avec quelque rapidité qu'un vent passe sous la ligne il se charge toujours de quelques parties de feii

avec quel soin qu'on évite les préjugés l'ame reste toujours chargée de quelqu'uns *..

plus on a bandé un ressort plus il s'echape avec violence

i. Helvetius est, avant tout, un «philosophe» du xvm* siècle, c'est-à-dire un écrivain politique. Il constate les maux de la monarchie, à son époque, et cherche les remèdes. Plus tard, l'auteur de ces Notes x dans V Es prit et surtout dans le traité de Y Homme, ouvrage posthume, préconisera des réformes pratiques. Mais pour qu'elles soient possibles, il faut d'abord réformer les esprits, les débarrasser des préjugés, des erreurs.

2. N'oublions pas qu'Helvetius, disciple de Locke, s'efforce de considérer l'homme tel qu'il est. La morale, ou plutôt l'art de vivre, et de vivre eu société, lui apparaît comme une science. La passion est donnée. On ne peut la négliger. Si l'on fait abstraction des passions, on construit des systèmes sans valeur positive, sans utilité.

3 . La ligne, c'est-à-dire, sans doute, l'Equateur. Il faut lire, naturellement : avec quelque soin, chargée de quelques-uns. Je ne multiplierai pas les observations grammaticales en laissant au lecteur le soin de compléter, de rectifier, en bien des cas.

plus on a resserré' un bon esprit par les liens des préjugés plus quand il commence a s'en dégager il s'éloigne d'eux c'est une poutre qui s'eleve de l'eau a proportion qu'on la enfoncé 1 .

L'envie mère des crimes et le bourreau de ses favoris ainsy les géants que la terre produisit pour escalader les cieux mère affligée [elle] se voit aujourdhuy l'instrument de leur supliçe elle écrase sous sa pesanteur et les tient enfermé dans ses entrailles de feu 2

L'envie honore les morts pour, insulter les yivans.

mais malgré elle. Pline veut qu'on sache qu'il a vécu.

Europe. Sa blancheur étoit si grande, que les ancieils disoient qu'une des filles de' Junon lui avoit dérobé son pot de fard pour le donner a Europe

L'envie 3 compte les défauts et non pas les vertus et ne voit les hommes que par leur aspect moins favorable

chez le vulgaire le préjugé nous eleve et nous abbat. L'homme sage et esclave doit il donc attendre sa* gloire et son bonhçur du préjugé

Quand un sot est en place on le traite de génie 4 ainsy quand un tronc d'arbre façonné en Dieu est mis sur l'autel on oublie

i. Sur la marge du manuscrit, on lit b et, au dessous, m. — Ces comparaisons multipliées sont souvent loin d'être heureuses. Dans ces notes, Helvetius poursuit fréquemment l'idée et la forme sans les atteindre, du moins d'une manière exacte. Beaucoup de ces réflexions ne sont, dans sa pensée, que des ébauches, des fragments provisoires.

2. En même temps que les idées, dont il fait la « chasse », suivant un procédé cher à Montesquieu et à beaucoup d'écrivains de son temps, Helvetius consigne sur son cahier les images, les métaphores qu'il croit les plus saisissantes, les plus capables de fixer l'attention.

3. Le psychologue-moraliste enregistre les faits qui doivent servir à ses déductions.

4. Helvetius est et sera toujours implacable, à l'exemple de son maître et ami Voltaire, envers la sottise et la superstition, contraires à la justice, au bonheur. Il trouve des formules âpres et virulentes pour les dénoncer, les condamner.

que du même bois on fait des bûches et baal sur l'autel est pris pour un Dieu

La sottize se venge du mérite en le méprisant

L'étude polit l'esprit 1 . Le milon ne sortit pas de la carrière mais seulement un bloc de marbre

méfiez vous de ceux qui louront toujours plus les vmns que les morts 2 il y a la de l'envie

Eloges magnifiques des grands hommes

Celuy de Newton *. Nec mortali propius fas est attingere Divos

Aristote. Par Averroes. La doctrine d'Aristote est la souveraine, vérité il était monté au degrez de l'humanité qui approche le plus de la Divinité. Dieu nous Tenvoia pour nous montrer quelles sont les limites de l'esprit humain et les choses qu'il est dans notre nature de scavoir et les hommes ne doivent être regardés comme plus ou moins scavants a proportion qu'ils entrent mieux dans ses pensées

Politien dit qu'homere avait été loué par les plus grands génies et que cependant ces louanges n'avoient été qu'ébauchées

beauté la pudeur pour beauté la vertu pour fortune

L'enthousiasme des bacchantes étoit suivi d'un profond someil après lequel ils se reconnaissoient et admiroient avec

i . V. Helvètius, Sa Vie et son Œuvre, C'est un des thèmes favoris développés dans les Epitres qui sont ses premiers écrits. — Polit l 'esprit. Helvètius avait d'abord écrit « augmente ». Le mot est barré. Polir s'accorde mieux, en effet, avec la comparaison qui suit.

2. V. plus haut. Il faut donc lire probablement : plus les morts que Us vivants. Ces notes, en majeure partie, sont rédigées à la hâte, jetées sur le papier. L'auteur semble craindre sans cesse d'oublier les aperçus qui se présentent en masse à son esprit.

3. Grâce au génie de Newton, la conception mécanique de la nature, fondée par Kepler, 'Galilée, Descartes, devint plus sûre et plus vaste. On voit combien la méthode scientifique de Locke et de Newton était admirée en France.

noniifflirni la force et h puissance du Dieu qm les possédât (ce long somefl a fait soupçonner nn nulrfigr donné par les ptetres 1 )

je ne donne jamais déloge que bot a bot et h flatterie et respotr jamais ne me feront mentir

La nature lny donna on coq» digne de son ame et on front propre a être c om ro nn é de laurier

L'enthousiasme va allumer des flambeaux sur Pamel on vit autrefois tisiphone an pas précipité allumer aux flots de feux du phlegeton le flambeau qui doit allumer le crime dans le cœur de thieste reflrajant enfer ne voit qu'avec horreur la rage qui le transporte et redoute pour h terre [sa] rage L'enthousiasme prend des abeilles 2 pour des harpies Empoisonneur Le conseil des dix a Venise en entretient a gros gage Cest un meuble d'état Louis onze avoit le pcovost Tristan qui executoit aveuglement ses volontés Charles 9 et Caterine sa mère se servirent pareillement de Maurevel il est bien difficille de louer qui mérite autant de l'être il faut qu'un Eloge* soit une définition pour qu'il soit bon Esprits 4 La sorte qu'ont en gênerai les grands les gens de cour, les gens riches, les jeunes gens et même la plupart des beaux esprits. Malbranche 5 vol. I er Page 131

1. Helvetius a la préoccupation constante de substituer an mystère, à la superstition l'interprétation rationnelle des faits.

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