‹ Notes de la main d'Helvetius [microform]Chapitre 5 sur 79 · J'ai profité aussi des excellents avis de M. V. Delbos · texte numérisé non relu

J'ai profité aussi des excellents avis de M. V. Delbos

2. Beaucoup de ces notes ont été jetées rapidement sur le papier. D'où les répétitions, les phrases qui commencent par le singulier et finissent par le pluriel. Quelques mots sont illisibl'îs ou cTun sens fort douteux, etc..

Une question délicate se posait. Ces textes si divers appartiennent-ils bien tous à Helvetius ? Nous remarquerons qu'aux citations évidentes, aux extraits se joint fréquemment l'indication de l'auteur, de l'ouvrage. Quant aux pensées proprement dites, elles présentent, en général, des ratures, des additions, des corrections de toute espèce qui témoignent, d'une façon incontestable, de la recherche personnelle. Prenons plusieurs exemples de genres différents : Amasones ces terribles et aimables guerriers qui par la puissance de leur armes ou de leur yeux vainquaient leur ennemis. . . ensuite on lit : a mettre en qui est barré, puis : ainsy la Vérité par sa force ou sa beauté triomphe des cœurs indociles. L'auteur, le poète a d'abord trouvé la comparaison et il la note pour ne pas l'oublier. — Les charmes d'une maîtresse (on lit d'abord les yeux barré) même absente assiège vos yeux sa voix assiège vos oreilles tout sert d'aliment a l'amour pour retendre et Vaccroilre V amour qui demandoit... On lit entre deux lignes au-dessus à' amour : ce don du ciel, etc.. — Les bons esprits sont (dans l' harmonie : dans l'harmonie barré) comme (dans un concert : dans un concert barré) une belle voixseroit dans un concert, etc.. — Public son jugement est (ajouté sur la ligne : pendant la vie d'un auteur) une onde agitée qui monte qui baisse mais cependant (ajouté sur la ligne : a la fin) qui attrappe son calme. — Dieu veut que nous soions dans l'erreur et l'ignorance de certaines choses puisque nous ne les comprenons pas (de birré) pour toutes les choses qui nous sont nécessaires (a la vie ajouté sur la ligne) Dieu les a imprimé dans les esprits les plus vils comme (dans apulé) les plus relevés, etc., etc..

J'ai tenu à signaler, dans un certain nombre de cas, ces additions, ces ratures, ces corrections de manière à laisser au texte, autant que possible, sa véritable physionomie. Je me suis efforcé de mettre en lumière les passages les plus saillants, les plus caractéristiques, les plus susceptibles de nous renseigner sur l'âpre analyse du moraliste et la tentative généreuse du philosophe politique.

Moraliste, Helvetius qui avait des dons puissants d'observation et de méditation est de l'école de Montaigne, de La Rochefoucauld, de La Bruyère et, avec sa faculté brutale de saisir le réel et de le décomposer, il garde son entière personnalité. Philosophe politique, obsédé par l'idée de créer une science exacte et profitable des mœurs, il s'est heurté à toute sorte de mécomptes. C'était une

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étrange ambition, vers le milieu du dix-huitième siècle, de vouloir créer une « sociologie ». Avec ses vues souvent paradoxales ou systématiques, mais souvent aussi très larges et très hardies, Helvctius a travaillé à bâtir la cité moderne sur des fondements solides, c'est-à-dire sur une connaissance réelle de l'homme, de ses penchants naturels et des grands moteurs sociaux, sur la législation et l'éducation ' .

Malgré ses défauts, ses erreurs, Helvetius, le théoricien de Tamour-propre et des passions, le créateur de l'utilitarisme en France, l'éloquent et sarcastique orateur des vérités qui ont fleuri et s'épanouissent magnifiquement sur la terre, mérite d'être remis à sa place parmi les penseurs et les citoyens dont notre démocratie doit s'honorer si elle ne veut point méconnaître ses propres effiDrts.

En publiant les Notes de la main d' Helvetius, j'ai conscience de rendre un légitime hommage à la mémoire d'un auteur méconnu et de contribuer à sa réhabilitation nécessaire.

I. Helvetius s'efforce de démontrer, dans V Esprit et âinsV Homnie, que nous sommes différents à cause de l'éducation, des influences multiples et variables que nous subissons. Pour transformer les hommes qui, somme toute, ont les mêmes besoins lorsqu'ils sont communément bien organisés, il importe donc de transformer les lois, le gouvernement, l'instruction.

Préjugés ^ Sont a l'esprit ce que les ministres sont aux Rois ceuxcy défendent a leur concurrents l'approches des Rois et de même les préjugés empêchent les vérités de parvenir jusqu'à leur esprits de peur de perdre l'empire qu'ils usurpent sur luy Les préjugés bouchent a la raison les avenues du cœur Si la vertu ne devient passion ^ nous ne la pratiquons pas nous ne faisons jamais qu'essaier de la pratiquer avec quelque rapidité qu'un vent passe sous la ligne il se charge toujours de quelques parties de feu

avec quel soin qu'on évite les préjugés Tame reste toujours chargée de quelqu'uns3.

plus on a bandé un ressort plus il s'echape avec violence

1. Helvetius est, avant tout, un «philosophe» du xvme siècle, c'est-à-dire un écrivain politique. Il constate les maux de la monarchie, à son époque, et cherche les remèdes. Plus tard, l'auteur de ces Notes, dans V Esprit et surtout dans le traité de VHotmne, ouvrage posthume, préconisera des réformes pratiques. Mais pour qu'elles soient possibles, il faut d'abord réformer les esprits, les débarrasser des préjugés, des erreurs.

2. N'oubliçns pas qu'Helvetius, disciple de Locke, s'efforce de considérer l'homme tel qu'il est. La morale, ou plutôt l'art de vivre, et de vivre en société, lui apparaît comme une science. La passion est donnée. On ne peut la négliger. Si l'on fait abstraction des passions, on construit des systèmes sans valeur positive, sans utilité.

3 . La ligne, c'est-à-dire, sans doute, l'Equateur. Il faut lire, naturellement : avec quelque soin, chargée de quelques-uns. Je ne multiplierai pas les observations grammaticales en laissant au lecteur le soin de compléter, de rectifier^ en bien des cas.

plus on a resserré un bon esprit par les liens des préjugés plus quand il commence a s'en dégager il s'éloigne d'eux c'est une poutre qui s'eleve de l'eau a proportion qu'on la enfoncée

L'envie mère des crimes et le bourreau de ses favoris ainsy les géants que la terre produisit pour escalader les cieux mère affligée [elle] se voit aujourdhuy l'instrument de leur supliçe elle écrase sous sa pesanteur et les tient enfermé dans ses entrailles de feu 2

L'envie honore les morts pour insulter les vivans.

mais malgré elle. Pline veut qu'on sache qu'il a vécu.

Europe. Sa blancheur étoit si grande que les anciens disoient qu'une des filles de Junon lui avoit dérobé son pot de fard pour le donner a Europe

L'envie 3 compte les défauts et non pas les vertus et ne voit les hommes que par leur aspect moins favorable

chez le vulgaire le préjugé nous eleve et nous abbat. L'homme sage et esclave doit il donc attendre sa gloire et son bonheur

du préjugé

Quand un sot est en place on le traite degenie^ ainsy quand un tronc d'arbre façonné en Dieu est mis sur l'autel on oublie

1. Sur la marge du manuscrit, on lit b et, au dessous, m. — Ces comparaisons multipliées sont souvent loin d'être heureuses. Dans ces notes, Helvetius poursuit fréquemment l'idée et la forme sans les atteindre, du moins d'une manière exacte. Beaucoup de ces réflexions ne sont, dans sa pensée, que des ébauches, des fragments provisoires.

2. En même temps que les idées, dont il fait la « chasse », suivant un procédé cher à Montesquieu et à beaucoup d'écrivains de son temps, Helvetius consigne sur son cahier les images, les métaphores qu'il croit les plus saisissantes, les plus capables de fixer l'attention.

3. Le psychologue-moraliste enregistre les faits qui doivent servir à ses

déductions.

4. Helvetius est et sera toujours implacable, à l'exemple de son maître et ami Voltaire, envers la sottise et la superstition, contraires à la justice, au bonheur. Il trouve des formules âpres et virulentes pour les dénoncer, les condamner.

que du même bois on fait des bûches et baal sur l'autel est pris pour un Dieu

La sottize se venge du mérite en le méprisant

L'étude polit l'esprit ^ Le milon ne sortit pas de la carrière mais seulement un bloc de marbre

méfiez vous de ceux qui louront toujours plus les vivans que les morts 2 il y a la de l'envie

Eloges magnifiques des grands hommes

Celuy de Newton 5. Nec mortah propius fas est attingere Divos

Aristote. Par Averroes. La doctrine d'Aristote est la souveraine vérité il était monté au degrez de l'humanité qui approche le plus de la Divinité. Dieu nous Tenvoia pour nous montrer quelles sont les limites de l'esprit humain et les choses qu'il est dans notre nature de scavoir et les hommes ne doivent être regardés comme plus ou moins scavants a proportion qu'ils entrent mieux dans ses pensées

PoHtien dit qu'homere avait été loué par les plus grands génies et que cependant ces louanges n'avoient été qu'ébauchées

beauté la pudeur pour beauté la vertu pour fortune L'enthousiasme des bacchantes étoit suivi d'un profond someil après lequel ils se reconnaissoient et admiroient avec

1 . V. Helvetius, Sa Vie et son Œuvre. C'est un des thèmes favoris développés dans les Epîtres qui sont ses premiers écrits. — Polit l'esprit. Helvetius avait d'abord écrit « augmente ». Le mot est barré. Polir s'accorde mieux, en effet, avec la comparaison qui suit.

2. V. plus haut. Il faut donc lire probablement : plus les morts que les vivants. Ces notes, en majeure partie, sont rédigées à la hâte, jetées sur le papier. L'auteur semble craindre sans cesse d'oublier les aperçus qui se présentent en masse à son esprit.

3. Grâce au génie de Newton, la conception mécanique de la nature, fondée par Kepler, Galilée, Descartes, devint plus sûre et plus vaste. On voit combien la méthode scientifique de Locke et de Newton était admirée en France.

etonnement la force et la puissance du Dieu qui les possedoit (ce long someil a fait soupçonner un maléfice donné par les

prêtres 0 . ^

je ne donne jamais d'Eloge que but a but et la flatterie et

l'espoir jamais ne me feront mentir

La nature luy donna un corps digne de son ame et un front propre a être courronné de laurier

L'enthousiasme va allumer des flambeaux sur l'autel on vit autrefois tisiphone au pas précipité allumer aux flots de feux du phlegeton le flambeau qui doit allumer le crime dans le cœur de thieste reff*raiant enfer ne voit qu'avec horreur la rage qui le transporte et redoute pour la terre [sa] rage L'enthousiasme prend des abeilles ^ pour des harpies Empoisonneur Le conseil des dix a Venise en entretient a gros gage C'est un meuble d'état Louis onze avoit le provost Tristan qui executoit aveuglement ses volontés Charles 9 et Caterine sa mère se servirent pareillement de Maurevel il est bien difficille de louer qui mérite autant de l'être il faut qu'un Eloge î soit une définition pour qu'il soit bon Esprits 4 La sorte qu'ont en gênerai les grands les gens de cour, les gens riches, les jeunes gens et même la plupart des beaux esprits. Malbranche 5 vol. i" Page 131

1. Helvetius a la préoccupation constante de substituer au mystère, à lasuperstition l'interprétation rationnelle des faits.

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