‹ Notes de musiqueChapitre 16 sur 17 · MAITRE WOLFRAM · texte numérisé non relu

MAITRE WOLFRAM

13 (lécenilire 1873.

J'ai raconté moi-même la représentation d'^'rostrate^ qui a été un four (Dieu ! le vilain mot !); j'espère qu'on voudra bien me permettre de parler avec la même francliise de la reprise de Maître Wolfram, qui, m'a-t-on dit, est un succès: un succès surtout pour les artistes chargés d'interpréter ce petit ouvrage.

Maître Wolfram date de vingt ans. A cette époque-là, j'étais moins jeune qu'aujourd'hui, mais j'étais beaucoup plus naïf et je m'imaginai, après après avoir fait le Selam avec Théophile Gautier, que rien n'était plus facile que d'obtenir un poëme d'opéra- comique. C'était bien un poème que je voulais, et non point un simple livret. Je cherchai longtemps un collaborateur parmi les poètes que je connaissais. J'en cherchai un, j'en trouvai douze. Je ne les nommerai pas. Quelques intimes savent cependant que Théophile Gautier a fait le monologue et l'air de Wolfram : Douce harmonie^ ainsi que les deux premières strophes du couplet d'Hélène :

PETITES N0TE6. 'j31

Je crois ouii- dans les buis

Une voix ; Le vent rac parle à l'oreille.

Il me semble bien que j'ai déjà divulgué le secret de celte collaboration aux lecteurs du Journal des Débats. C'est un véritable tour de force d'avoir calqué ces jolis vers sur ceux de la chanson de Ronsard :

Bel auhespin fleurissant,

Verdissant, Le long de ce beau rivage,

que j'avais mis en musique primitivement. Théophile Gautier excellait à ces sortes de jeux poétiques. Après Théophile Gautier vinrent Louis de Cormenin et Maxime du Camp. Après les poètes, ce fut le tour des paroliers, des faiseurs, des habiles, des gens du métier : celui-ci trouva la croix, l'autre trouva la lettre, un troisième le portefeuille, et puis un quatrième qui trouva bien aussi quelque chose, mais je ne sais plus quoi. Je m'étais promis d'être discret, je ne l'ai été qu'à demi. Et puisque je suis en veine d'indiscrétions, je dirai que le douzième collaborateur est mon ami M. Camille Du Locle! C'est par un poète que j'avais commencé, c'est par un poète que j'ai fini. M. Bouhy me demandait d'ajouter un air à son rôle. Et non-seulement je n'avais rien à refuser à un artiste de la valeur de M. Bouhy, mais je lui devais même toutes sortes d'excuses et de dédommagements pour l'avoir entraîné dans la chute d'Brostrate. 31. Camille Du Locle, ayant invoqué la muse dans le cabinet

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même où il reçoit les rapports administraUt's de M. Palianti, écrivit en quelques instants la romance des Larmes. La voici textuellement ;

0 larmes! ù larmes!

Coulez doucement de mes yeux;

0 larn-es ! vos charmes Enivrent mon cœur soucieux.

Coulez, baume délicieux.

0 larmes ! ù larmes !

Je te bénis, ô douleur!

Je suis heureux de ma peine; L'angoisse dont mon àme est pleine Me trouble autant que le bonheur!

0 larmes ! ô larmes! etc.

Ces vers sont charmants ; quant à la musique, je ne vous dirai pas tout le bien que j'en pense : elle a été écrite et instrumentée en quelques heures, contrairement à mes habitudes, et M. Bouhy l'a déchiifrée à livre ouvert. Un directeur de théâtre lyrique qui aurait seulement une demi-douzaine d'artistes aussi excellents musiciens que M. Bouhy monterait en six semaines un ouvrage qui demande six mois de répétitions. Ce serait, à tous les points de vue, une grande économie. Mais savoir la musique est un luxe que la plupart de nos chanteurs dédaignent de se donner; pour eux, c'est le superflu. Et cependant, comme dit la chanson:

Quand on n'a pas le nécessaire, Il faut avoir le superflu.

Je m'étais bien promis de ne nommer personne; mais est-il juste que la responsabilité du poëme de Maître Wolfram incombe tout entière à Méry?

L'idée et le plan du sujet in ont été donnés par M. Paul Bocage, le neveu du grand Bocage, le collaborateur d'Alexandre Dumas père, avec lequel il a fait les Mohicansde Paris, et celui d'Octave Feuillet, dans Échec et Mat, une charmante comédie que rOdéon a longtemps jouée et qu'il devrait bien reprendre.

Seulement, à l'origine, Léopold Wolfram jouait du violoncelle comme Servais, comme Jacquard, comme Offenbach dans sa première manière. Le collaborateur, qui, s'inspirant de la belle gravure de Lemud, fit asseoir maître Wolfram à l'orgue, trouva véritablement le nœud de la pièce et le point le plus intéressant de la mise en scène. Ce collaborateur-là est le dernier que je nommerais, si je poussais l'indiscrétion jusqu'à les nommer tous.

Voilà, jeunes gens, comment on arrive à confectionner un poëme d'opéra-comique en un acte, quand on est à peu près inconnu et quand on a beaucoup d'amis disposés à vous servir. C'est d'une simplicité élémentaire. Quant à la part de chacun dans ce travail complexe, il me serait bien difficile de la déterminer avec preuves à l'appui. S'il m'en souvient, il ne m'en souvient guère. Et qu'importe, après tout ? Le peu d'homogénéité des vers dont on s'aperçoit bien à la lecture disparaît, avec la musique, et, si vous n'êtes pas de cet avis, je vous accorde bien volontiers que la musique elle-même manque d'homogénéité.

Un compositeur étranger apporte un jour à Rossini deux partitions, deux oratorios dont j'ai oublié le titre, et prie le maître de vouloir bien les lire à loisir et lui dire ce qu'il en pense, en toute sincérité. Rossini s'excuse sur le peu de temps que le mauvais état de sa santé lui laisse pour s'occuper de musique. Le compositeur insiste, prie et supplie, si bien qu'il se retire avec la permission de revenir au bout de huit jours.

Très-exact au rendez-vous, le jeune musicien trouve le maître assis dans son fauteuil, calme et souriant. Mais depuis huit jours il a tant souffert, si peu dormi et si peu mangé, que c'est à peine s'il a pu trouver quelques instants pour examiner l'une des deux partitions sur lesquelles son illustre confrère a bien voulu lui demander son avis.

«Eh, bien! que pensez-vous de celle-là, cher maître?

— Il y a du bon.... mais j'aime mieux l'autre. »

Une double erreur fut commise il y a quelques années dans les bureaux du ministère de l'Instruction publique, des Cultes et des Beaux-Arts.

M. Mérante, maître de ballet à l'opéra, reçut une lettre dans laquelle le ministre l'appelait monseigneur et lui annonçait que sur sa recommandation il venait de nommer le vicaire Balthazard à la cure <le Génissole.

Le même jour, l'évêque de D recevait aussi

une lettre ministérielle, mais celle-là écrite en termes un peu secs, dans laquelle Son Excellence l'invitait à surveiller plus attentivement la tenue de ces demoiselles du corps de ballet dans leurs rapports muets, mais beaucoup trop expressifs cependant, avec les habitués de l'orchestre.

J'ai connu un homme qui était d'une constitution excellente : il mangeait bien, digérait bien, avait bon pied, bon œil, et le reste à l'avenant.

Mais, à la suite d'une crise nerveuse, il avait perdu la faculté de bâiller.

Cet homme me disait que souvent au théâtre, et même dans un salon où il était forcé d'écouter certaines gens, il éprouvait des souffrances intolérables.

En ce monde on fait ce qu'on peut.

On donne à l'Opéra des bals de bienfaisance; C'est bien le moins que l'on y danse : On y chante si peu !

La rime est meilleure pour Toreille que pour les yeux; elle est euphonique et suffit à un musicien.

Fragment d'une lettre écrite à un compositeur de musique :

« Ne vous alarmez pas, Monsieur, votre œuvre

ne périra pas tout entière. Et ce qu'il en restera suffira pour démontrer à la postérité combien de votre vivant votre réputation était au-dessus de votre mérite. »

L'éditeur Choudens, un éditeur de beaucoup d'esprit, complimenté sur la rapide fortune de sa maison par un pianiste peu exécutant et dont la grande renommée s'est faite dans le professorat, lui répondit ceci :

« Quand je pense que si j'avais su le moment où il faut tourner la page, je me serais établi professeur de piano ! ! ! »

Quelques vers, assez peu poétiques du reste, faits sur un musicien qui a la manie de parler dans les cimetières.

Elmir un jour parla sur le bord d'une tombe. Au banquet de la vie heureux celui qui tombe ! On vante ses vertus quand il n'en avait pas.

Tout est comédie ici-bas, Du jour de la naissance à l'heure du trépas! Elmir parla longtemps, comme une serinette

Bien montée et que rien n'arrête.

Son discours fut-il faible ou fort?

Sur ce point l'histoire est muette.

Ce discours fit le plus grand tort

Au souvenir du pauvre mort.

Théophile Gautier, dans son Histoire du romantisme, au chapitre intitulé : le Compagnon miraculeux, a écrit ceci :

« Jules Vabre doit sa célébrité à raiiuoiice sur la couverture des Rhapsodies de Petrus Borel, de VEssaisur l'incommodité des commodes^ ouvrage qui n'a jamais paru et peut aller rejoindre sur les catalogues fantastiques \q Pauvre Sapeur ! Qi le traité: De l'influence des queues de poissons sur les ondulations de la mer, d'Ernest Reyer. »

Mon illustre ami s'est trompé en m'attribuant la paternité de ces deux ouvrages : ils ne sont pas de moi. Et voici ce que je racontais dans un feuilleton du Courrier de Paris daté du 7 février i858, en rendant compte des Désespérés, opéra-comique de MM. de Leuven et François Bazin, dont le succès pouvait faire pressentir celui du Voyage en Chine, qui ne parut pourtant que sept ans plus tard :

« Je croyais à chaque instant que lord Flamborough allait nous raconter les derniers moments de Fra Diavolo et de ses complices ; mais il paraît que cette triste aventure éveille en lui de pénibles souvenirs: il a mieux aimé nous confier qu'il travaillait en ce moment à un ouvrage scientifique intitulé : De Vinflaence des queues de poissons sur les ondulations de la mer. M, de Leuven serait-il de l'avis de M. Scribe, qui attend qu'un mot, une plaisanterie, ait longtemps couru le monde avant de se l'approprier et de lui donner place dans l'une de ses œuvres? J'ai beaucoup connu l'écrivain qui, longtemps avant lord Flamborough, s'était occupé de

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cette question intéressante : Quelle est l'influence

des queues de poissons? elc

a II fit annoncer son livre dans un journal de grand format en même temps qu'un vaudeville sentimental dont le titre était : Pauvre Sapeur! Soit que le prote vouliit faire une malice à l'auteur, soit que l'erreur fût involontaire, l'annonce parut rédigée ainsi :

En vente chez l'éditeur X. ..

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