Effets de f amour de soi
1" Avantage de l'amour de soi.
L'amour de soi — dans ce qu'il a d'élevé produit en nous :
i" le sentiment de notre dignité personnelle qui est l'estime de soi-même,
et nous empêche de rien vouloir et de rien faire qui nous dégrade et qui diminue notre valeur — rien qui nous abaisse à nos propres yeux.
« L'homme, dit le P. Lacordaire, n'a pas seule- «nenl besoin de pain — il a besoin de dignité. »
Et ce besoin, le fait reculer devant tout acte qui permettrait à la partie animale de dominer la partie supérieure, par exemple : mancrer pour manger, dormir pour dormir, mentir pour s'élever plus haut.
Ce besoin, le fait résister à tout penchant qui le dégraderait. — L'homme le plus digne peut sentir des entraînements qui le font rougir — il ne doit jamais les accepter et se laisser dominer.
Ce besoin de rester digne enfin, lui fait accepter de soufifrir — quelque dure que puisse être la souffrance, plutôt que de laisser planer le moindre soupçon sur sa loyauté.
La dignité a pour devise ces fières paroles :
Plus d'honneur que d'honneurs,
Plutôt la mort que la souillure.
Rien, s'il faut se baisser pour l'avoir.
L'amour de soi dans ce qu'il a d'élevé : 2° excite Vémulation — c'est-à-dire le désir de ne pas rester dans un état d'infériorité par rapport aux autres — non pas directement pour les surpasser et pour les humilier, mais pour se rendre plus utile — s'encourager au bien et se grandir par la lutte, faite toujours avec loyauté.
L'émulation bien dirigée est un des éléments constitutifs du perfectionnement; c'est elle qui dit toujours à l'âme : Encore ; tu peux faire mieux.
Celui qui travaillerait seul et sans concurrent (Serait bientôt ou las ou cpiiis:\
2" Mauvais efTets de l'amour de soi.
Uanwiir de soi, s'il n'est pas réglé par la raison — et surtout par un sentiment surnaturel donné par Dieu — lui inspirant les actes qui donneraient à la vie, sa beauté, son excellence, sa fécondité — cet amour de soi qui est Tamour-propre, devient cgoïsme.
Alors, le moi se fait centre de tout : s'aime sans mesure aux dépens de tous les êtres de la création — attire tout à lui — sacrifie tout à son intérêt...
L'égoisme est la source de tous les désordres de la société.
Il engendre :
Vorgueil, qui veut dominer tout le monde.
La jalousie, qui ne peut soutïrir ni la supériorité, ni la rivalité.
La haine, qui cherche à se débarrasser de tout ce qui lui fait ombrage.
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Formation de l'enfant an bien que peut lui procurer ramoiir de soi.
Il est nécessaire :
i" de lui faire apprécier sa dignité personnelle, 2° d'exciter en lui le sentiment de l'émulation.
I" La dignité personnelle.
Accoutumer l'enfant dès le premier âge, non pas à comprendre ce qu'est la dignité., mais à la pratiquer. La dignité :
C'est la retenue dans la manière de marcher, de s'asseoir, de parler...
C'est l'emploi de paroles plus humbles que hautaines, quand on demande, quand on désire, quand on commande...
C"est ne pas manquer à ce qu'on appelle : la politesse, et à ces mille petits détails de la vie qu'une mère et une maîtresse nous apprennent tous les jours.
C'est la tetiue, c'est-à-dire l'expression et la manifestation par l'extérieur d'un beau caractère éclairé par une noble intelligence et vivifié par un cœur vertueux.
C'est se sentir sous le regard de Dieu, qui voit tout, qui. sait tout — et accoutumer un enfant à dire cette
parole : Ce que maman ne vent pas, le bon Dieu ne le veut pas.
C'est exiger qu'un enfant ne fasse rien en cachette^ loin des regards de sa mère ou de ses maîtresses. — Ce qu'on désire n'être pas su est ordinairement peu avouable.
C'est faire contracter des habitudes d'ordre, de propreté, de bonne tenue...
Lisons souvent des faits, qui montrent en action, ce qu'est la dignité dans le caractère, dans la conduite, dans les paroles. — Faisons ressortir ce qu'il y a là de grand, de beau... de généreux.
Fénelon disait à son élève, le duc de Bourgogne : Monsieur, faites-le prince. — Le mot n'est pas exagéré... On peut être digne, et se faire respecter dans toutes les conditions.
La dignité' inspire toujours le respect. Elle n'est pas la fierté; elle amène, au contraire, à une gracieuse condescendance.
2° L'émulation.
L'émulation est le penchant le plus précieux que Dieu ait mis en germe dans l'âme d'un enfant, pour lui donner la facilité de se développer et d'être utile dans l'avenir.
— 27' — L'émulation :
encourage au travail, soutient dans les efforts, mène au succès...
L'émulation se soutient et se développe : par les éloges donnés en public, par les distinctions qui donnent à un élève
une certaine supériorié, par les récompenses dont nous allons parler plus spécialement.
1° Récompenses en général.