SEP
Ant
Valonr do ces Notes. — Caractère de la police sous Louis XIV. — D'Argonsun, son caractère et ses mcrilos. — Il fut apprécié par ses contemporains.
Il a relevé déjà bien des titres d'ouvrages insignifiants, ce grand mot de police^ et cependant il conservera longtemps encore le privilège d'éveiller la curiosité.
Il y a pour cela plusieurs raisons, dont la première est assurément la rareté des documents tombés jusqu'ici dans le domaine public. A part les Archives de Peuchet, la Police de Manuel, les Rapports des inspecteurs de Sarlines^ le Livre Xoir de Delavau et Franchet, et les Mémoires dQ quelques hauts fonctionnaires, on ne trouve guère que des compilations fort peu préoccupées du besoin de livrer des textes dignes de foi.
Tel ne sera pas ici le cas.
Les extraits donnés par nous ontété pris dans une suite de cinq registres contenant les rapports adressés par d'Argenson au contrôleur général
Pontchartrain, qui avait la police de Paris dans sa dépendance. Ces manuscrits sont conservés à la Bibliothèque impériale sous le n^ 8119-8124.
Malgré la nécessité souvent regrettable de faire un choix proportionné au cadre restreint de nos publications, nous pensons donner ici une idée suffisante de ce qu'était la police à la fin du règne de Louis XIV. Les extraits qu'on va lire la montrent successivement dans chacune de ses attributions : affaires de corps de métier, permis d'imprimer, saisies de livres prohibés, surveillance des étrangers, interception des correspondances suspectes, éloignement des gens dangereux, privilèges de théâtres, sinistres financiers. La police des mœurs y est déjà compliquée ; elle l'est d'autant plus qu'elle n'a point les scrupules des temps modernes, et qu'une simple femme entretenue ne peut jouir alors, sans inquiétude, des revenus assignés à ses charmes.
Ce qui reflète le caractère particulier de l'époque, c'est la police religieuse*, ou plutôt c'est, disons le mot, la persécution que subit la France protestante après la révocation de ledit
* Nous ne parlons pas de la police des moines et des prêtres chassés de province, que nous avons laissée de côté, bien qu'elle ne soit pas la moins curieuse.
de Nantes. Il faut lire les détails donnés par ces Notes pour voir à quel point on tourmenta des Innocents. Et la rigueur du Roi est si implacable sur ce point, que son lieutenant de police, — fait rare en l'espèce ! — cherche parfois à en prévenir le fâcheux éclat. Une semblable lecture vaut le plus bel éloge de la liberté de conscience. Il convient aussi d'insister sur l'activité que d'Argensou paraît mettre dans l'organisation d'une police municipale, fort contrariée par des obstacles infinis. — Tout le monde met alors l'épée à la main ; les bretteurs tiennent tête aux archers; le fouet d'un cocher de grand seigneur se croit tout permis; les portiers d'ambassades abusent du droit d'asile, et le pire, c'est que des protections puissantes viennent à chaque instant entraver toute répression. Dans tous ces conflits, on voit le lieutenant de police chercher à combattre l'injustice du privilège et à faire respecter la dignité de sa charge, dans sa personne comme dans celle de ses agents.
On voit enfin surgir, entre le pouvoir judiciaire et la police, des difficultés qui sont un peu de chaque temps, mais qui étaient fort grandes en celui-là. Il y avait beaucoup à faire pour la sûreté publique ; il faUait agir avec une promptitude et une décision militaires. D'Argenson le
sentait, et parfois il s'accommodait mal de travailler pour dame Justice, à son gré trop lento, trop insoucieuse et surtout trop gourmande d'épices. Ses sorties, à ce sujet, sont curieuses.
Nous laisserons de côté la biographie de d'Argenson pour ne voir en lui que le lieutenant de police. Vers 1G91, étant lieutenant général au bailliage d'Angoulême, il avait fort plu à Caumartin, qui se trouvait en mission dans le pays. Caumartin était l'ami de Pontcharlrain, alors contrôleur général et depuis chancelier de France. Celui-ci se laisse présenter M. d'Argenson et conçoit également pour lui une telle estime qu'il répétait à tout le monde :
(( Savez-vous ce que c'est que ce monsieur d'Argenson-là? C'est un homme à aller à tout par la suite. »
On le prône au Roi, on le fait venir à Paris, on le marie à une Caumartin, et à peine lui a-t-on facilité l'achat d'une charge de maître des requêtes, qu'on songe à lui pour la police de Paris, qu'il achète cinquante mille écus. Le prix était considérable, mais la faveur royale lui en octroie les deux tiers.
En vérité, le nouveau dignitaire valait toutes ces marques d'intérêt, si on en juge par les éloges de lui qui nous sont restés. Laid de figure, mais d'une laideur spirituelle, bien taillé
de corps, bon vivant, grand ami des dames, qu'elles fussent camuses ou à grand nez, grasses ou ?«a/.<7res*, grand diseur de mots spirituels, et par dessus tout cela, modeste, courageux, désintéressé et si grand travailleur qu'il faisait souvent de la nuit le jour, au grand dé^ sespoir de ceux qui avaient affaire à lui, tel était d'Argenson, au dire de ses contemporains. El, à ce sujet, voici un portrait de Saint-Simon qu'on ne saurait placer en meilleur cadre :
« Argenson était un homme d'infiniment d'esprit et d'un esprit souple, qui, pour sa fortune, s'accommodait à tout. Il valait mieux, pour la naissance, que la plupart des gens de son état, et il faisait depuis longtempsla police et avec elle Tinquisilion d'une manière transcendante. Il était sans frayeur du Parlement, qui l'avait souvent attaqué, et il avait sans cesse obligé les gens de qualité, en cachant au feu roi et à Pontchartrain des aventures de leurs enfants et parents, qui n'étaient guère que des jeunesses, mais qui les auraient perdus sans ressource, s'il ne les eût accommodées d'autorité et subitement tiré le rideau dessus. Avec une figure effrayante, qui retraçait celle des trois juges des enfers, il s'égayait de tout avec supériorité d'esprit, et avait mis un tel ordre dans cette in-
* Journal d'Argenson, tome I, p. 8.
nombrable multitude de Paris, quUl n'y avait nul habitant, dont jour parjourilnesût la conduite et les habitudes, avec un discernement exquis pour appesantir ou alléger sa main à chaque afTaire qui se présentait, penchant toujours aux partis les plus doux avec l'art de faire trembler les plus innocents devant lui. Courageux, hardi, audacieux dans les émeutes, et par là maître du peuple, ses mœurs tenaient beaucoup de celles qui avaient sans cesse à comparaître devant lui, et je ne sais s'il reconnaissait beaucoup d'autres divinités que celle de la fortune. Au milieu de fonctions pénibles et en apparence toutes de rigueur, l'humanité trouvait aisément grâce devant lui, et quand il était en liberté avec des amis obscurs et d'assez bas étage, auxquels il se fiait plus qu'à des gens plus relevés, il se livrait à la joie, et il était charmant dans ces compagnies. Il avait quelques lettres, mais peu ou point de capacité d'ailleurs en aucun genre, à quoi l'esprit suppléait, et une grande connaissance du monde, chose très-rare en un homme de son état.
« Il s'était livré sous le feu roi aux Jésuites, mais en faisant tout le moins de mal qu'il lui était possible, sous un voile de persécution qu'il se sentait nécessaire pour persécuter moins en effet, et secourir même les persécutés. »
Dans son Journal^ l'avocat Barbier renchérit encore sur cet éloge, bien qu'il se déclare peu satisfait d'avoir vu son père oublié dans le testament d'Argenson. Et d'ordinaire, de pareils mécomptes ne disposent pas à l'indulgence.
« Il avait, dit-il, la confiance de Louis XIV, et il est resté lieutenant de police durant son règne, parce qu'il était nécessaire au Hoi dans ce poste, par la connaissance qu'il avait de Paris; mais, en même temps, il avait plus de crédit dans son poste inférieur que les ministres et les magistrats.»
Bien d'autres furent du même avis. Voltaire lui-même, qui n'est pas suspect, car dans son petit poëme sur la Bastille, il l'apostrophait ainsi :
0 mons René de qui la faveur grande Fait ici-bas tant de gens murmurer.
Vos beaux avis m'ont fait claquemurer Que quelque jour le bon Dieu vous le rende!
... Voltaire oublie sa rancune pour rimer un Éloge de la police sous Louis XIV, où d'Argenson n'est plus qu'un
Vigilant génie.
Successeur généreux du prudent La Reynie, A qui Paris doit tout...
ïl est vrai que vingt-cinq ans refroidissent bien des colères.
Quand on regarde l'homme d'un peu près, on reconnaît que la banalité n'entrait pour rien dans ces flalleries. En mainte occasion, notre lieutenant de police sut commander l'estime.
A une émeute causée par les misères des terribles années 1709-1710, la populace furieuse cerne la maison dans laquelle il se trouvait; elle veut l'y brûler vit... Il se fait ouvrir la porte, se présente seul et calme les esprits. '— Il savait parler au peuple.
A un incendie des chantiers de la porte Saint- Bernard, les travailleurs hésitent à franchir un Dassage coupé parles flammes. D'Argenson s'y j,3Ue le premier, entraînant à sa suite les ouvriers du port et les soldats aux gardes. Il y brûle ses habits, mais le feu est éteint*
Selon l'usage établi, on lui porte cent mille écus de gratification pour un renouvellement de bail. Il les fait verser au Trésor pour payer les pensions militaires arriérées.
Après ces trois exemples, y a-t-il lieu d'être surpris que Fontenelle se soit écHé dans un élan d'enthousiasme académique :
Il était fait pour être Romain.
Et Fontenelle parlait alors autant dn cœur
xm —
qu'il pouvait parler, car d'Arp:cnson l'avait protégé contre les Jésuites, ce qui n'élait pas un mince service en ce temps-là. — Il est vrai que le protecteur avait agi en confrère. Lui aussi faisait partie de l'Académie des sciences. — f/est pourquoi la savante compagnie sut, en 1721, ouïr avec une certaine reconnaissance l'éloge de l'homme et l'apologie de sa charge. Fontenelle s'acquitta de cette mission avec beaucoup de finesse et avec une certaine entente du sujet. Nous y remarquons un curieux résume des fonctions du lieutenant de police. Il est impossible de faire tenir plus de choses en trois phrases, dont l'une peut, il est vrai, compter.
« Les citoyens d'une ville bien policée jouissent de l'ordre qui y est établi, sans songer combien il en coûte de peines à ceux qui l'établissent, ou le conservent, à peu près comme tous les hommes jouissent de la régularité des mouvements célestes sans en avoir aucune connaissance; et même plus l'ordre d'une polies ressemble par son uniformité à celui des corps célestes, plus il est insensible, et par conséquent il est toujours d'autant plus ignoré, qu'il est plus parfait. Mais qui voudroit le con- Doîlre et l'approfondir, en seroit effrayé. Entretenir perpétuellement dans une ville telle que Paris une consommation immense dont une
infinité d'accidents peuvent toujours tarir quelques sources; réprimer la tyrannie des marchands à l'égard du public, et en même temps animer leur commerce; empêcher les usurpations mutuelles des uns sur les autres, souvent difficiles à démêler; reconnoître dans une foule infinie tous ceux qui peuvent si aisément y cacher une industrie pernicieuse, en purger la société, ou ne les tolérer qu'autant qu'ils lui peuvent être utiles par des emplois dont d'autres qu'eux ne se chargeroient pas, ou ne s'acquitteroient pas si bien; tenir les abus nécessaires dans les bornes précises de la nécessité qu'ils sont toujours prêts à franchir, les renfermer dans l'obscurité à laquelle ils doivent être condamnés, et ne les en tirer pas même par des châtiments trop éclatants ; ignorer ce qu'il vaut mieux ignorer que punir, et ne punir que rarement et utilement; pénétrer par des conduits souterrains dans l'intérieur des familles, et leur garder les secrets qu'elles n'ont pas confiés, tant qu'il n'est pas nécessaire d'en faire usage; être présent partout sans être vu; enfin, mouvoir et arrêter à son gré une multitude immense et tumultueuse, et être l'âme toujours agissante, et presque inconnue de ce corps, voilà quelles sont en général les fonctions du magistrat de la police. Il ne semble pas qu'un homme seul y
puisse suffire, ni par la quantité des choses dont il faut être instruit, ni par celles des vues qu'il faut suivre, ni par l'application qu'il faut apporter, ni par la variété des conduites qu'il faut prendre; mais la voix publique répondra si M. d'Argenson a suffi à tout. >>
La voix publique donna en cfTet raison à l'académicien, et d'Argenson emporta avec lui la gloire d'avoir le premier personnifié la police dans ce qu'elle a de digne et de salutaire. Pourquoi les mesures déplorables dont il dut être l'instrument contre ce qu'on appelait les nouveaux convertis, viennent-elles faire ombre au tableau?
2 avril 18GG.
A l'instant où nous mettons sous presse, on annonce la Police sous Louis XIV, de M. Pierre Clément. Nous parcourons avec une curiosité bien nnturelle cette remarquable étude, et nous retrouvons dans son appendice quelques-unes des pièces données ici. Cette coïncidence toute fortuite ne pouvait être prévue par notre pul)lication, qui est annoncée depuis le mois de janvier et dont les éléments étaient réunis à une date antérieure.
Vi Avril 18GG.
NOTES DE HENÉ D'ARC, ENSOX
Emprisonnement d'cne femme entretenue (1). — 20 août 1697. — Il vous a plu de me renvoyer un placet qui a été présenté au Roi par M. le curé de Saint-Sulpicc et par plusieurs personnes de piété de la même paroisse au sujet de la vie irrégulicre et scandaleuse de la nommée Loriot, qui a déjà été renfermée pour son désordre et mise en liberté une ou deux fois, de l'autorité de M. le lieutenant criminel. Cette dernière circonstance m'a obligé de procéder contre elle avec plus de circonspection et d'ajouter de nouvelles informations aux preuves qui résultent des anciennes, afin que la vérité du fait fût entièrement éclaircie.
Cette nommée Loriot est fillo d'un ancien chirurgien, devenu paralytique depuis quelques années. Elle a vécu dans la débauche depuis plus de dix ans. Elle a eu deux ou trois enfants de son
(1) Tout paragraphe non daté est du même jour que le précédent.
Toute note précédée des lettres N. D. P. (Note de Pontchartrain) est de la main du conlrùleur général auquel ces rapports étaient adressés.
premier désordre avec un gentilhomme d'une naissance distinguée. On prétend qu'elle s'abandonna ensuite àun mousquetaire du Roi, et enfin elle est actuellement entretenue par le sieur Ghartier, commis de la douane, dont elle a déjà eu trois ou quatre enfants; et son père Ta môme accouchée dans sa propre maison, avant qu'il fût tombé en paralysie.
Ce nommé Ghartier a presque abandonné sa femme, sa famille et son devoir pour se donner tout entier à cette malheureuse créature qui lui coûte déjà la meilleure partie de son bien, et fait beaucoup craindre pour les deniers de la ferme du Roi dont il est chargé.
Au mois de mars 1696, un commissaire au Ghâtelet fit une première information qui prouve la plupart de ces faits, mais Loriot père, voulant sans doute éviter le tribunal de la police que M. de la Reynie tenoit encore, donna sa plainte en crime de rapt, et, à la faveur de ce crime supposé, il porta l'affaire devant M. le lieutenant criminel. 11 est vrai que, par une première sentence, M. le lieutenant criminel ordonna que cette fille seroit conduite au Refuge. Mais un second jugement, fondé sur l'opposition du père et de la mère, porte qu'elle sera transférée au monastère de N.-D, de Liesse, faubourg Saint-Germain. G'est dans cette maison qu'elle a continué de voir Ghartier qui n'a pas eu
beaucoup de peine à l'en faire sortir ponr la ramener chez son père, toujours complice de son scandale et protecteur de son désordre.
Il semble donc qu'il n'est pas moins digne de la charité du Roi que de sa justice, qu'il lui plaise de donner un ordre pour faire renfermer à l'UOpilal général cette malheureuse qui se fait honneur de son crime et ne garde aucune mesure. Cet ordre est même le moyen le plus convenable pour satisfaire le public et principalement les personnes de piété de la paroisse de Saint-Sulpicc, justement scandalisées d'une prostitution aussi déclarée et d'une aussi longue impunité. Chartier met tout en usage pour assurer la continuité de sa débauche, et je ne puis douter qu'il ne m'ait fait donner un billet sous le nom de cette honnête demoiselle qui demande qu'on la mette dans un couvent et hors la portée de ses ennemis, ou qu'on la rende à son père et à sa mère qui sont prêts à la recevoir comme si elle n'étoit pas entre leurs mains, ou qu'eux-mêmes ne favorisassent pas sa prostitution.
Elle se fait à présent nommer M"^ de Remilli,et ne sauroit être trop tôt renfermée.
Pots de vix. — 15 juillet -1698. — Je parlai hier au sieur Boùlard, suivant l'ordre du Roi, et il me déclara que la personne de haute qualité qui devoit obtenir une commission de capitaine de fré-
gâte légère pour le chevalier de Talmet, fila de M. Figeant, maître des comptes, est M™^ la comtesse de Fiesqiie, à, qui les 2,000 liv. consignées entre les mains de Marsollier dévoient être remises.
Il reconnut aussi que M. le comte de Grammont est cette autre personne d'un rang émînent qui devoit s'intriguer pour faire réussir le mariage de la demoiselle Ranché avec le sieur Fenel, greffier garde-sacs du Parlement, quoique mineur, et nonobstant l'opposition de son curateur et de ses parents. Il ajouta que M™^ la princesse d'IIarcourt est cette personne de très-haute qualité qu'il n'a pas voulu nommer par respect, pour I3 compte de qui le nommé Poucet a consigné, entre les mains de Marsollier, la somme de 1,500 liv., en vue de procurer au sieur Moutard, son neveu, une commission de capitaine de frégate légère; — qu'enfin M. le comte de Marsan lui a souvent demandé des affaires de finances, qu'il a même eu l'honneur de lui en donner plusieurs, et entre autres celle des Arts et Métiers qui a réussi.
Ensuite il m'a nommé plusieurs dames de la cour, mais sans m'indiquer aucune circonstance et comme un homme dont la folie consiste à se faire un faux honneur d'en être connu, car l'ennui de la prison n'a pu encore le guérir de cette chimère dont il s'est fait un trop long usage pour en perdre sitôt l'habitude.
DK K. D'AHCiENSON 3
Piquet de mit. — M. le chevalier du guet me dit hier qu'il auroit rhomieur de vous écrire pour vous proposer d'agréer qu'il y eût toujours à l'eutrée du Pont-Neuf, du côté de la rue de la Munuoie, une escouade ou une brigade du guet, fixe et arrêtée, afin que le public, en étant instruit, y trouve un secours certain dans les accidents qui surviennent, au lieu que la marche continuelle des brigades et des escouades qui veillent à la sûreté de la nuit empêche souvent qu'on en puisse rencontrer aucune dans les besoins les plus pressants ; mais quelque utilité que ce nouvel ordre puisse produire, j'ai dit à M. le chevalier du guet qu'il n'était pas à propos de l'établir sans sçavoir auparavant vos intentions.
Interrogatoire de M""^ Guyon, — 29 septembre 1698. — Mgr l'archevêque n'étant pas ici, je n'ai pu avoir encore les mémoires et les instructions qu'il me doit donner pour interroger 'M^^ Guyon et ses deux servantes. J'ai pris la liberté de lui écrire pour lui demander une audience particulière sur ce sujet, et j'attends sa réponse. Cependant, je me prépare par la lecture des premiers interrogatoires de cette femme et par l'étude des autres pièces qui concernent l'histoire de sa vie.
Mort de l'abbé de la Pallu. — Je ne doulc pas que vous n'ayez appris la inorl d'un abbé de la Pallu qui avait quelques bénéfices à Senlis. Il a laissé dans sa maison de celte ville quelques meubles considérables dont Sa Majesté peut disposer, si j'en dois croire le bruit commun qui le dit bâtard de la maison de Vie.
Emprisonnement d'une protestante. — L'on m'a donné avis que la nommée Dubuisson, originaire de Dieppe, affecloit de se déclarer protestante et d'instruire ou de confirmer dans l'erreur les enfants des nouveaux catholiques mal réunis. On m'a même assuré qu'elle avoit fait quelques démarches pour pervertir d'anciens catholiques, et qu'elle distribuoit des livres hérétiques aux uns et aux autres.
J'ai commencé par m'assurer de sa personne. Ensuite, j'ai donné ordre qu'on recherchât chez elle et dans la maison de sa fille, tous les mauvais livres qui y pouvoient ê're. Il s'y en est trouve quelques-uns, et je ne puis douter que cette femme, qui fait gloire de son opiniâtreté, ne soit un trèsmauvais sujet. Mais, comme tous les faits qui lui sont imputés ne sont guère sm^ccptihles d'une instruction judiciaire, il me paroîtroit plus juste et plus convenable de la renfermer pour quelque temps à l'Hôpital général, afin qu'elle y pût trou-
DE K. D AUGUNSON 7
ver et la imnilioii de ses laulos et le désir de su conversion.
Cas de folie religieuse. — L'on conduisit liier au Chàtelet la femme d'un procureur, nonunée Bertaud. Celte femme, après s'être mis dans l'esprit qu'elle étoit sainte, communioit tous les jours depuis plus de six mois sans aucune préparation, et même après avoir mangé. Ce procédé pourroit mériter les derniers supplices, suivant la disposition des lois, mais, comme il y a plus de folie que de mauvaise intention, et que d'ailleurs on no sçauroit rendre publique la punition de ces sortes de crimes, sans faire injure à la religion, et sans donner lieu aux mauvais discours des libertins et des protestants mal convertis, il semble que le parti le plus convenable ce seroit d'obliger le mari à payer la pension de cette femme dans un couvent tel qu'il plaira au Roi de le nommer. Car je ne doute pas que les bons exemples d'une communauté régulière, joints à une attention charitable, ne rétablissent en peu de mois son esprit dérangé.
Emprisonxemeis't d'un protestant. — 23 juin i699. — J'exécuterai l'ordre que vous m'avez donné touchant le sieur Foissin. Je ne puis néanmoins me dispenser de vous représenter à celle
occasion que les prolcstanls mal coiivcrlis seront bien alarmés si cet emprisonnement paroissoit avoir pour motif son opiniâtreté en matière de religion. Mais, si le Roi l'agrée, il sera bon de l'attribuer à l'évasion de sa fille, dont on le peut présumer complice. Il pourroit même n'être pas inutile que les protestants, appréhendant de se voir impliqués et punis pour la fuite de leurs proches, se crussent obligés de les en détourner, et devinssent ainsi les inspecteurs les uns des autres. Cependant, si ces ménagements ne conviennent pas aux intentions du Roi, je me conformerai scrupuleusement aux ordres que je recevrai.
Caution fournie par un protestant et arreîs-
TATION d'un de SES ENFANTS. — 18 juillet 1699. —
Le sieur i^oissin est sorti de la Bastille suivant l'ordre du Roi, et, le môme jour de sa sortie, il a déposé des papiers pour la valeur de 200,000 liv. entre les mains d'un payeur de rentes, homme de confiance et d'une probité reconnue. Il s'oblige, par l'acte de dépôt, que ni sa femme, ni sa famille, ne passeront point en pays étranger, et il nomme expressément ses quatre enfants pour lesquels il répond ; — savoir deux garçons et deux filles. L'aîné, qui éloit en pension chez un maître d'école, s'en est absenté cette nuit, et le père, en ayant été
DK W. UAiiLitNSON i»
inlormé oe matin sur les dix heures, uirii est venu sur-le-champ donner avis, accompa^rné du maître de pension. Il m'a paru dans le discours du maître qu'il y avait beaucoup de négligence do sa part, et peut-être un peu de collusion. Je lui ai fait entendre que, s'il ne rctrouvoit son écolier dans vingt-quatre heures, je le ferais arrêter lui-môme et lui ferais défense de tenir aucun pensionnaire. Cette crainte a fait une telle impression sur lui qu'il s'est mis aussitôt en queste, et, sur les trois heures, ayant trouvé ce jeune homme près de la rue Saint-Denis, dans la compagnie de quelques bretteurs, il les a accompagnes jusqu'au Palais- Royal où ils se sont réfugiés. Comme le respect dû à cette maison na pas permis d'en tirer le jeune écolier, le père est allé à Saint-Gloud pour en demander à Monsieur la permission. Cependant, le sieur Boucicourt, concierge de S. A, R., a bien voulu le retenir dans son appartement où je lui ai parlé. 11 convient de s'être absenté hier au soir sur les sept heures, et d'avoir passé toute la nuit au cabaret ou à la promenade. Il reconnoît aussi avoir eu quelques liaisons avec des Anglais qu'il ne m'a pas voulu nommer. Mais il les soutient catholiques, et il ajoute qu'ennuyé des études et résolu d'embrasser la profession des armes, quoiqu'il n'ait qu'à peine dix-sept ans, il s'est enrôlé volontairement avec un officier dont il ne m'a pu dire
le nom, ni le régiment. Je doute que ce prétendu officier paroisse, et le jeune homme, qui a d'abord affecté de reprocher à son père la qualité de mauvais catholique, est lui-mcme si peu instruit de notre religion que je ne puis douter qu'il ne méditât sa fuite, et que l'enrôlement, qu'il allègue pour son excuse, n'en fût la couverture ou le prétexte. Dans ces circonstances, je ne croirois pas qu'on pût se dispenser de le faire renfermer pour quelques mois à Saint-Lazare, de l'ordre du Roi, et j'espère que cet exemple ne sera pas inutile pour empêcher l'inquiétude et le libertinage des enfants nouveaux catholiques qui se porteroient volontiers à quitter ainsi leurs études, s'ils espéroient de le pouvoir faire impunément.
— 19 juillet 1699. — Le sieur Foissin père étant allé hier à Saint-Gloud, comme j'ai eu l'honneur de vous le marquer, S. A. R. Monsieur voulut bien sur-le-champ donner un ordre portant que ce fils libertin, qui s'y étoit réfugié, me seroit remis. L'ordre a été exécuté ce matin, et le père, m'ayant requis par écrit de faire conduire son fils à Saint- Lazare pour prévenir l'exécution de son mauvais dessein et pourvoir à son instruction, j'ai ordonné qu'il y seroit conduit par un commissaire à qui le sieur Foissin a donné la valeur d'un quartier de sa pension pour le payer d'avance au supérieur de la maison, comme il est de règle.
Un protestant a la Bastille. — La demoiselle de Beaulieu, belle-sœur du sieur de Vie, et le sieur de Ncuilly, qui a épousé sa nièce, demandent à le voira la Bastille, et je suis persuadé qu'il ne peut y avoir aucun inconvénient à leur accorder cette consolation. J'ajouterai même, si vous le permettez, que le sieur de Ncuilly et la demoiselle de Beaulieu étant l'un et l'autre bons catholiques, leur entretien ne sauroit être qu'avantageux au sieur de Vie, qui paroît encore bien éloigné de se repentir des erreurs de la religion protestante et peu disposé à écouter les éclaircissements dont il a besoin pour embrasser la véritable. — On a mis auprès de lui un valet qui est du choix du sieur de Ncuilly, ceux qu'il avoit à son service ayant paru suspects.
Commissaire insulté. — Un des commissaires du Châtelet, qui a pour son département le faubourg Saint-Germain, a été insulté dans sa propre maison, à deux heures après minuit, par des particuliers qui furent arrêtés sur-le-champ par la fidélité du peuple. Mais quoiqu'ils soient prisonniers depuis plus de douze jours, la procédure n'avance point, et j'apprends que l'on met tout en usage pour assoupir cette affaire, qui est de la dernière importance pour la sûreté publique. Je vous supplie donc d'en vouloir bien écrire à M. le lieutenant criminel et à M. le procureur du Roi, comme si le
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bruit de octté violence étoit venu jusqu'à vous. Car, si vous n'avoz la bonté d'employer votre autorité, je crains bien que cotte action, Tune des plus insolentes qui se soient commises depuis bien longtemps, ne demeure impunie. Et, si cela est, j'ose vous assurer que la plupart de nos commissaires s'en feront un prétexte pour ne plus répondre aux cris des passants, et pour rendre leurs maisons inaccessibles aux plaintes pendant la nuit. Ce qui dérangeroit notre police et donneroit aux voleurs et aux vagabonds une entière sécurité.
Protestante empuisonnée. — 16 septembre 1699. — La nommée Élizabeth Bonnefont, veuve de François de Rieux, dont vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, fut arrestée au mois de février 1698, sur l'avis que je vous donnai par une de mes lettres du 19 du même mois, qu'elle alloit au prêche dé M. l'envoyé de Danemarck, et qu'elle faisoit une profession publique de la religion protestante. En effet, lorsque le sieur Desgrez l'arrêta, elle déclara hautement qu'elle n'avoit signé son abjuration que par contrainte, qu'elle vouloit mourir dans sa première religion, et que rien n'étoit capable de l'y faire renoncer. Elle était en usage de tenir ces mômes discours, qu'elle accompagnoit ordinairement d'injures et d'expressions insolentes contre la religion catholique , en sorte que tout son voisi-
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nage on étoit juslement scandalisa'. Ces motifs vous portèrent h demander un ordre du Hoi pour faire conduire celte femme îi l'Hôpital général, et l'on n'a pu lui inspirer des sentiments pins modérés, ni même lui faire désirer la maison des Nouvelles- Catholiques, tant elle a})préhende d'être instruite et de ne pas mourir dans son erreur. Il semble donc qu'on ne peut la mettre en liberté sans une espèeede scandale. Elle est d'un Age très-avancé, et cette circonstance doit d'autant plus exciter le zèle des ecclésiastiques qui la soignent.
Morts de protestants et de nouveaux convertis. — Le bruit s'estoit répandu que le nommé Hubert, cy-devant procureur au Parlement, avoit fait passer sa fille en Hollande à cause de sa religion ; mais, après quelques recherches qui se sont faites sans éclat, je viens d'apprendre qu'elle est chez une dame, ancienne catholique, qui me la doit amener demain.
Le sieur de Rambouillet, nouveau converti, mourut hier, sans confession, dans sa maison du faubourg Saint-Antoine. M. le vicaire de Saint-Paul, en l'absence de 31. le curé, avoit fait d'abord quelque difficulté de lui accorder la sépulture ecclésiastique, mais un prêtre de Saint-Euslache, avec qui le défunt avoit eu plusieui's coiiférences sur le fait de la religion, — ayant rendu compte de ses
bonnes dispositions à MM. les vicaires généraux du diocèse, en l'absence de M. l'archevêque qui est dans le cours de ses visites, — ces messieurs ont trouvé bon que son corps fut conduit ce soir dans un carrosse jusqu'à la porte de l'église de Saint- Paul, où il sera reçu par deux ecclésiastiques qui l'enterreront dans le cimetière, et j'apprends que cet adoucissement fait un bon effet parmi les nouveaux réunis.
— 4 octobre 4699. — Un jeune Hollandais, nommé Viarda, est mort la nuit dernière chez le sieur Tourton, banquier nouveau converti, dont il ctoit commis depuis trois mois, et M. l'envoyé de Danemarck doit, en l'absence de M. l'ambassadeur de Hollande, envoyer aujourd'hui un de ses carrosses pour enlever le corps entre dix et onze heures du soir.
Un particulier anglais , nommé Creton, étant tombé malade chez le sieur Aulinier, fameux négociant et très-bon catholique, il a demandé avec empressement un prêtre qui entendît sa langue. Un ecclésiastique de Saint-Eustache l'est allé trouver aussitôt et a été reçu très-favorablement ; mais quelques Anglais de la religion protestante ont eu l'indiscrétion de dire que M. l'ambassadeur d'Angleterre le feroit enlever de cette maison et transporter dans la sienne pour empêcher qu'il ne se convertît. H y a peu d'apparence que cet ambassadeur ait tenu ce
discours. Cependant, j'ai cru qu'il ne seroit pas inutile de prendre des mesures pour s'assurer contre une semblable entreprise, si quelques jeunes gens de sa nation étoient assez harelis pour la tenter.
Fille débauchée par sa mère. — 12 novembre 1699. — Une dame de Bourgogne, dont le mari porte le nom de Rocbechouart, vint, au mois d'avril dernier, se plaindre à moi de la vie scandaleuse de sa propre sœur et de sa mère. Mais, quoique la sincérité de cette dénonciation parût assurée par la qualité et par le nom de la dénonciatrice, dont M. l'archevêque m'avoit fait l'honneur de m'écrire d'une manière très-avantageuse, je crus néanmoins qu'avant de vous en informer, je devois obliger la dame de Rocbechouart à me donner des mémoires plus précis touchant la conduite des deux personnes. Elle y a satisfait et j'aurai l'honneur de vous en exposer ici les principales circonstances.
Après la mort du sieur de Flavaucourt, père de la dame de Rocbechouart, qui servoit en qualité de colonel dans les troupes du feu duc de Lorraine, la dame de Flavaucourt, sa femme, quitta le pays, emporta avec elle ses meilleurs effets, et il se passa plusieurs années sans que l'on sût de ses nouvelles. Enfin, deux de ses filles qu'elle avoit ainsi laissées sans aucun secours, et dont la dame deRo-
ir. NOTES
che(^hoiiarl estla plus Agée, découvriretitqu'elleétoit à Paris el vinrent l'y chercher. Elles l'y trouvèrent accompagnée d'une troisième fille dont elles n'avoient jamais entendu parler, et que la dame de Flavaucourt assura néanmoins être la sienn-ê, sans en rapporter aucune preuve. Elles ne furent pas longtemps à s'apercevoir que la mère la prostituoit et qu'elles vivoient l'une et l'autre de ce commerce infâme. Elles surent même que cette jeune fille avoit élé vendue dès l'âge do huit ans, et qu'elle avoit eu un enfant à quatorze*
Pour interrompre le cours de ces scandales, elles la marièrent h un gentilhomme, nommé le sieur de La Rue, qui l'emmena en Allemagne, mais qui mourut trois ans après. La dame de La Rue, se voyant en liberté par la mort de son rtiari, est l'évertué à Paris, où elle a vécu dans le désordre comme avant son mariage, toujours souâ les yôUx de sa mère, et très-souvent par ses intrigues.
M. le duc de Ventadour, l'ayant connue dans Un lieu de débauche , l'entretint pendant quelques mois ; mais ayant su qu'elle s'abandonnoit encore k d'autres, il la quitta et la menaça même dé lui ôler la plupart des choses dont il l'avoit gratifiée. Ces menaces l'obligèrent à changer de nom aussi bien que de quartier, et de passer pour la femme d'un malheureux qu'elle étoit obligée d'entretenir. Les mauvais traitements qu'elle et sa
mère en reçurent leur firent prendre la résolution de s'en séparer, et moi-même je contribuai à K'ur séparation dans Tespcrance que ce changement en apporteroit à leur conduite et feroit cesser le scandale. 3Iais au lieu de prendre une règle de vie plus exacte, la dame de La Rue et sa mère ont mis tout en usage pour rentrer en grâce auprès de M. le duc de Ventadour, jusqu'à feindre qu'elles étoientdans le dessein de se convertir, et à lui demander, sous ce prétexte, la permission de se retirer dans ses terres. Celte proposition n'ayant pas été acceptée, la dame de La Rue s'est livrée aux derniers excès, et sa mère, quoique fort avancée en âge, a toujours continué de les favoriser ouvertement.
Il semble doncqu'une personne aussi déréglée ne sauroit être mieux qu'au Refuge, et que c'est faire grâce à la mère que de la laisser sous la conduite de ses deux autres filles, dont il lui sera comme impossible de ne pas écouter les sages conseils, quand elle se verra hors d'état de pouvoir subsister par le dérèglement de sa dernière.
Permis d'exhibition. — 25 février 1700. — J'ai différé à vous rendre compte du placet présenté au Roi par le nommé Du Laurent, tant parce qu'il m'avoit promis de me donner quelques éclaircissements plus particuliers, que parce qu'il pourroit y
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avoir beaucoup d'inconvénients à autoriser ainsi, par un privilège royal, des maisons de curiosités que le magistrat ordinaire ne pourroit faire fermer au premier désordre, par respect pour l'autorité supérieure, joint que la faculté de faire voir un palais richement meublé sans celle d'en pouvoir vendre aucun meuble ne seroit d'aucune utilité, et qu'on ne pourroit y ajouter le droit de vendre sans donner atteinte aux statuts des corps des marchands et à ceux de plusieurs communautés d'artisans de cette ville qui font le même commerce.
Meurtre commis aux noces d'un archer. — 25 février 1700. — Ces dernières nuits de réjouissances publiques ont donné lieu à quelques accidents funestes.
Un archer du lieutenant criminel de robe courte s'étant marié le mardi, quatre ou cinq ouvriers, qui soupoient dans un cabaret voisin, voulurent entrer l'épée à la main dans la salle où se faisoit la noce ; ils y blessèrent deux ou trois des conviés et même le nouveau marié qui aura peine à guérir de ses blessures. Ensuite, ils prirent le chemin du Pont-Neuf, ayant toujours l'épée à la main, et, deux autres archers de la même compagnie s'étant mis en devoir de les arrester, ils en tuèrent un nommé Colin. Ce meurtre excita contre eux l'ar-
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deur du peuple qui se saisit du meurtrier, nommé le sieur Dorimont, capitaine des gardes de M. le duc d'Uzès, et du sieur Curambert, mousquetaire de la seconde compagnie, qui l'accompagnoit. L'un et l'autre sont en prison, et je ne doute pas que justice n'en soit faite par les juges qui doivent la faire (1).
Enfant enlevé par sa mère. — Le sieur de Montauban, condamné à mort pour s'être battu en duel, s'étant retiré à Bruxelles depuis quelque temps, la nommée de Launai, dont il a un enfant naturel âgé de deux ans, a été informée qu'il se proposoit de le retirer pour le faire passer en Hollande. Elle a cru que tout devoit lui être permis pour l'en empêcher. Dans cette vue, elle alla chez la nourrice, lui enleva l'enfant d'entre les mains et le porta chez un commissaire où la nourrice le suivit. Là, ces deux femmes se mirent en devoir de s'arracher l'enfant l'une à l'autre. 3îais enfin la mère fut la plus forte, et l'enfant lui demeura. Elle m'a même donné sa soumission de l'élever dans la religion catholique qu'elle a toujours professée, et j'y veillerai comme je dois.
Abbé insulté a la Comédie. — lo mars 1700. (1) N. D. P. Laisser à la justice.
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-^ Il arriva hier un peu de bruit ù la Comédie, par l'insolence de quelques jeunes gens qui s'attachcrenl à un abbé des secondes loges, et Fiipostrophèrent dans les mêmes termes dont le parterre a si souvent retenti. L'ol'ficiçr, qui commande la garde, ^ accourut aussitôt; mais il ne put reconiioître les auteurs du désordre, tant à cause de la foule des spectateurs, la plupart gens de collège, de palais ou de commerce, que parce que les comédiens, par un chagrin assez mal entendu, ne veulent plus souffrir qu'on y fasse entrer des surveillants, comme il m'avoit paru nécessaire. — J'ai écrit à l'un d'eux de me venir parler sur ce sujet, et, si je ne puis leur faire entendre raison par ma remontrance, j'aurai recours à l'autorité du Roi, et je vous supplierai de vouloir bien leur faire connoître la nécessité de ces inspecteurs inconnus dont la seule crainte ne contribue pas moins à la trauquillilé du spectacle que plusieurs exemples de sévérité (1).
Tentative d'empoisonnement. — L'on me remit avant-hier la copie d'une plainte qui regarde une accusation de poison; mais comme tous ceux qui se plaignent en ont été quittes pour quelques infirmités passagères et beaucoup de peur, je n'ai pas
(1) N. D. P. Y veiller.
1)K K. DAllGKNSON :îI
cru que celte aliaire méritât d'être approluiKlie, mais qu'elle doit seulement me rendre plus attentif à la conduite des accusés (1).
Saisie ve livres. — Les commis à la barrière de Saint-Martin ont arresté deux ballots de livres défendus dont le catalogue accompa/^rnera celte lettre, afin que, s'il s'entrouvoit quelques-uns que vous désirassiez voir, je pusse ^ous les envoyer aussitôt. J'espère que vous voudrez bien procurer à CCS commis une gratification de 60 ou 80 liv., pour encourager leur zèle, et pour exciter entre eux et leurs camarades une heureuse émulation (2;.
Femme renvoyée dans son pAy.s. — 24 mars 1700. — Le mémoire qui accompagnera cette lettre vous fera connoître la conduite scandaleuse d'une femme nommée la Nérac. Parmi toutes celles qui ont été mises h l'Hôpital général, de l'ordre du Roi, je ne pense pas qu'il y en ait une qui l'ait aussi bien mérité, mais, comme son mari paroît autoriser sa débauche, et qu'il y a presque toujours de l'inconvénient à mettre une femme en correction publi-
(i) N. D. P. Veiller avec attention.
(2) >*'. D. P. Lambert, sous-brigadier à la porte Saiut- Martin, et Milly, contrôleur à la porte Saint-Denis, ont eu 70 liv. le 2 février 1700. C'est un peu souvent.
que, lorsque le mari ne se plaint pas, j'ai cru qu'il pourroit être plus convenable de renvoyer celle-ci dans son pays par une leltre de cachet, en lui dé* fendant de venir à Paris sans une permission expresse et particulière. — Des personnes d'une piété distinguée feront volontiers la dépense de son voyage en cas qu'elle ne soit pas en état d'y satisfaire, comme on le peut aisément présumer du dérèglement de sa vie.
Prohibition de jeu. — La sentence que j'ai rendue contre le sieur Aubert lui sera signifiée vendredi, et j'en ferai suspendre l'exécution suivant l'ordre du Roi. bien persuadé néanmoins qu'il continuera de jouer au pharaon, puisque la saisie générale de ses biens et l'air de dépense qu'il a pris lui eu imposent la nécessité. J'y ferai veiller exactement, ainsi que vous me l'ordonnez, mais je dois vous dire que la preuve en sera difficile sans la visite d'un commissaire dont la visite lui paroîtra toujours désobligeante, de quelque honnêteté qu'elle puisse être accompagnée.
Femme blessée paii tuois débauchés. — 11 avril 1700. —Mercredi dernier, 7 de ce mois, le sieur de Tavanne, sous-lieutenant aux gardes dans la compagnie de La Connelaye, et deux jeunes gens
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qui raccompairneiit ordinairement clans ses débauches, vinrent un peu après-midi chez une femme de la rue des Cannettes dont la conduite ne passe pas pour régulière, mais qui, ce jour-là, ne jugea pas à propos de les écouter. Aigris par cette résistance, ils mirent l'épée à la main, lui en donnèrent plusieurs coups à la tête, et se retirèrent avec précipitation. Ils revinrent sur les huit heures du soir, et trouvèrent la porte fermée; ils y heurtèrent assez longtemps et se mirent en devoir de l'enfoncer. Mais les voisins, excités par leurs cris et scandalisés de leurs jurements, en allèrent avertir le commissaire qui, s'y étant transporté aussitôt, les obligea de mettre fin à leurs violences. — Celle-ci n'est pas la première qu'on ait justement imputée au sieur de Tavanne. Ainsi, ce sera lui faire grâce que de lui procurer une réprimande de la part de ses supérieurs, et un grand bonheur pour lui-même si l'ardeur de son tempérament ne prévaut pas sur leurs remontrances.
Mise en liberté dcne mère et ce sa fille. —
Parmi les femmes qui sont à l'Hôpital général, de l'ordre du Roi, il y en a plusieurs qui peuvent être mises en liberté, et j'aurai l'honneur de vous les nommer au premier jour. Je commencerai néanmoins par la nommée Saint- Victor, dont il vous a
plu de me renvoyer le placet h la fin du mois dernier. Il est vrai qu'elle a vécu dans le désordre et qu'elle a contribué à celui de sa fille, mais son âge et sa figure paroissent assurer la sincérité de son repentir, et, son mari la demandant avec instance, il semble qu'on peut bien la rendre à ses prières, sous la condition qu'il offre lui-même de la ramener dans son pays, et de ne plus revenir dans celui-ci. Sa fille, dont elle avoit corrompu les mœurs, est toujours au Refuge, et dans de si bons sentiments que la supérieure a jugé à propos de la mettre au nombre de celles dont la pénitence n'est plus involontaire. Je lui parlai vendredi dernier, et elle me témoigna qu'après la grâce de sa conversion, elle no désiroit rien avec plus d'ardeur que la liberté de sa mère, que je lui promis de vous proposer.
Procès contre des protestants décédés. — l^"" août 1700. — Gomme nous n'avons point encore fait le procès à la mémoire des protestants mal convertis qui ne sont pas jugés dignes de la sépulture ecclésiastique, j'ai cru qu'il pourroit y avoir de l'inconvénient à tenter cette procédure par rapport à la femme du sieur Amiot. Je ferai néanmoins ce que vous ordonnez, mais permettez-moi, s'il vous plaîU d'avoir l'honneur de vous représenter à ce sujet que cette femme alloit à l'église, qu'elle
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écoutoit les instructions, qu'ainsi elle satisfaisoit à une partie du culte extérieur. C'est vrai qu'elle n'a jamais communié, mais quelle preuve enpourra-t-ou avoir? Et comment ])Ourra-t-on prouver (ju'à l'extrémité de sa vie, elle se soit déclarée protestante, puisque la garde ni les domestiques ne le déposeront pas, et qu'on ne peut le savoir que par eux? — J'ajouterai que le sieur Amiot paroît dans des dispositions très-louables sur le fait de la religion, attentif à tous ses devoirs, assidu au divin service et dans la participation des sacrements de l'église. Ainsi, l'on peut seulement douter du sentiment intérieur, que la crainte des lois ni l'autorité des hommes ne peuvent changer. A l'égard de sa fille, elle est mariée à Londres avec un des principaux médecins du Roi d'Angleterre. Ainsi, je ne pense pas qu'il puisse rien pour son retour, et je craindrais que cet exemple de sévérité mal placée ne fût d'aucun usage pour la conversion de cette famille et qu'il ne fît un éclat fâcheux sur le public. Vous savez combien les procès de cette qualité révoltent les nouveaux convertis encore chancelans, et, s'ils font ce mauvais effet dans les provinces, ils porteront un bien plus grand coup dans la capitale du royaume, oii l'on a sujet de croire que rien ne se fait en matière de cette importance si le Roi ne l'ordonne à ses magistrats par un ordre exprès et précis.
Sorcellerie. — Tirmont a été conduit à la Bastille eu exécution des ordres du Roi, et je fais chercher la nommée Créancier, encore plus criminelle par ses impiétés sacrilèges que par sa débauche et sa fausse magie. On a trouvé chez Tirmont plu» sieurs livres de caractères et d'invocations diaboliques, dont tout l'effet consiste à profiter de la complicité de quelques dupes, et j'ai su, depuis sa détention, qu'il donnoit la plupart de ses rendezvous chez la nommée Desuri, qu'il entretient depuis deux ans, et qui partage avec lui le butin de son mauvais commerce. — Il semble que cette femme mériteroit bien aussi d'être conduite à la Bastille.
Nouveau converti. — Louis Le Blanc, orfèvre, nouveau converti, est arrivé en cette ville suivant l'avis que vous en a donné M. d'Abbleige. 11 m'a paru bien disposé à se faire instruire, et l'ecclésiastique qu'il a choisi est fort satisfait de son attention et de sa docilité. #
Jeu clandestin, — Ce que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire touchant le jeu de M"« de Jussac, m'ayant rendu plus attentif à découvrir la vérité, un commissaire, qui alla chez elle ces jours passés, y trouva quelques joueurs et m'en doit faire un rapport à la première police.
Famille convertie doffice. — 12 août 1700. — Le nommé Daigent, prisonnier à la Bastille, dont vous m'avez fait l'honneur de me renvoyer le placet, témoigne un grand désir de conuuître les vérités de la religion catholique et de s'y soumettre. Sa femme est fort instruite de son côté, et ses enfants vont assidûment au catéchisme. Ainsi, je ne doute plus de la conversion extérieure de toute cette famille, et j'espère qu'avant la lin du mois, on pourra rendre le mari aux affaires de son commerce qui souffre beaucoup par son absence.
Retour d'une femme expulsée. — La Nérac, chassée de Paris depuis deux mois par ordre du Roi, a tant persécuté son mari, qui est un médecin de Troyes, fort vieux, fort infirme et encore plus pauvre, qu'il a été trop heureux de s'en défaire en lui permettant de revenir à Paris, sous prétexte d'un procès qui n'a jamais été. Elle a logé d'abord au couvent de Notre-Dame-des-Prés, dont le principal revenu consista à recevoir des pensionnaires sans destination et sans choix. Ce couvent, quoique très-commode, a paru trop régulier à la nommée Nérac, qui, après avoir changé de nom deux ou trois fois, a pris depuis peu un appartement dans le Temple où elle se fait nommer 3I™« de Fresne et ne garde aucune mesure. J'apprends que celte femme a eu l'insolence de paroître devant vous,
de dire qu'elle étoit sa sœur, de vous demander son propro retour et do tirer vanité de sa désobéissanoe. Je croirois donc (ju'elle mérite d'être renfermée pendant quelques mois dans la maison du Refuge et qu'il seroit d'une conséquence trèsdangereuse pour l'autorité supérieure que des per. sonnes qu'il a plu au Roi de reléguer puissent contrevenir impunément ù la loi de leur exil.
Le récollet apostat que M. le cardinal de Noaijles désire qui soit arrêté, se nomme ïoussart. Il a été remis deux fois à ses supérieurs, mais il a toujours trouvé le moyen de rompre les prisons. Ainsi la maison de Force est le seul expédient qui reste pour purger le public de ce monstre d'impiété. Quand il y aura été pendant quelque temps, et que l'ennui de sa pénitence lui aura fait désirer de rentrer dans la religion , on pourra le rendre à son ordre, après lui avoir fait entendre que, s'il s'échappoit encore, il seroit renfermé pour le reste de ses jours à l'Hôpital.
Un galérien a recommander. — Plusieurs familles appréhendent si fort le retour du nommé Roqueval, condamné aux galères pour cinq ans, qu'elles ont résolu de vous exposer leurs justes craintes, par le placet que j'ai l'honneur de vous
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envoyer. Il est certain que c'est un scélérat de profession, accoutumé aux plus grands crimes et qui a déjà obtenu deux ou trois lettres de rémission pour des meurtres qui approchoient fort de l'assassinat. J'espère donc que vous voudrez bien le faire recommander à Marseille, et prévenir les officiers contre les intrigues qu'il pourroit mettre en usage pour obtenir sa liberté.
Blasphémateur. — Le nommé De Valmont, qui avoit scandalisé tous les spectateurs de !a Comédie non-seulement par son ivrognerie, mais aussi pour avoir chanté des psaumes dans le parterre, et pour avoir accompagné cette profanation par des discours les plus infâmes, a été conduit au Fort-l'Évéque, suivant l'ordre du Roi, et je crois que S. M. trouvera bon qu'il y demeure un mois entier.
Abus du droit des gens. — Avant-hier au soir, sur les sept heures, un particulier en poursuivit un autre l'épée à la main, et, après l'avoir blessé de deux coups, se sauva dans Ihôtel de Soissons, dont les portes furent aussitôt fermées par les gens de M. l'ambassadeur de Savoie. Le peuple en alla avertir le commissaire, mais, après la première insulte qui lui fut faite dans ce même hôtel, il y a environ quatre mois, il ne jugea pas à propos de
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s'exposer à une seconde. Il se contenta d'informer M. le conile Picon de ce qui se passoit, noais on lui rapporta qu'il n'y étoitpas, et que les gens délivrée de M. l'ambassadeur avoieut favorisé l'évasion du coupable. — Il scroit fâcheux que les maisons de MM. les Ministres étrangers s'érigeassent ainsi en asile. Vous sçavez qu'ils en ont la chimère, et que tous les actes de possession qu'on dissimule sont pour eux autant de titres de confirmation.
Privilège d'un Cirque Royai.. — 18 septembre 1700. — J'ai l'honneur de vous envoyer tous les mémoires qui regardent l'établissement du Cirque Royal dont le sieur De Rochefort sollicite le privilège. Les titres des uns et des autres vous feront assez connoître ce qu'ils contiennent. J'y joins quelques observations, par rapport à celui des difficultés qui sont à décider, et je doute qu'elles le soient favorablement. Je n'ai pu vous présenter ce projet des lettres patentes jusqu'à ce que cette décision m'ait fait connoître les clauses qui peuvent y être insérées, ou qui n'y doivent pas trouver place. Aussitôt que vous aurez bien voulu me faire sçavoir quelles sont les intentions du Roi sur tous ces points, cette affaire sera facile à terminer de ma part. Mais j'ai peine à croire que cette grâce enrichisse ceux qui l'obtiendront, ni qu'ils trouvent dans la fantaisie du peuple, de qui dé-
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pend tous les succès des spectacles, à se dédommager de leurs avances. Ils comptent que l'emplacement et la construction du cirque entier leur reviendront à plus de -iOO,000 liv., et, suivant leur propre calcul, toute rétendue de ce terrain ne pourroit contenir que 4 ù 3,000 personnes, et ife rapporteroit par conséquent quel2àl,o00 louis tout au plus à chaque carrousel.
Querelle des crieurs et des marguilliers. — 21 septembre 1700. — Je ne doute pas que Sa Majesté n'ait entendu parler des contestations qui divisent les marguilliers et les crieurs de Paris; elles ont donné lieu à une instance qui sera terminée de l'autorité du Conseil, mais, en attendant, il se passe peu de semaines sans que le public ne soit justement scandalisé des mouvements qui arrivent aux services et aux funérailles, où les prières de l'église sont souvent interrompues par des procès-verbaux et par des querelles qui vont quelquefois jusqu'aux coups. Il seroit à désirer ou que cette affaire fût promptement terminée par un arrêt définitif, ou que Ton arrêtât le cours de ces scandales par un règlement provisoire, les nouveaux catholiques dont la conversion est encore mal assurée se confirmant dans le doute à la vue de toutes ces choses qui leur font connoître que l'intérêt et la vanité ont pénétré trop avant dans le sanctuaire.
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Égout mal construit. — Le mémoire que j'ai l'honneur de vous présenter sur l'égout de la vieille rue du Temple vous fera connoître combien le public a l)esoin que M. le prévôt des marchands se donne sur cela de nouveaux soins, et choisisse ah entrepreneur plus fidèle.
Textativi-: d'évasion. — o septembre 1700. — J'ai fait rendre à la supérieure de la maison de la Magdelaine l'ordre du Roi qui rend à la dame Uirik toute sa liberté, mais elle ne s'est pas trouvée en état d'en profiter sur-le-champ, par sa propre faute. Le procès-verbal, que je prends la liberté de joindre à cette lettre, vous fera connoître qu'en voulant passer par dessus les murs elle s'est démise un pied, qu'une autre de ses compagnes a été arrêtée par le commissaire ou a rentré volontairement dans la maison, faute d'asile.
Arrestation illégalp:. — 5 octobre 1700. — Avant-hier les tapissiers de cette ville firent exécuter un décret que j'avais décerné contre plusieurs de leurs compagnons qui s'étaient attroupés pour leur faire insulte. Ils avaient fait comprendre dans ce décret un soldat aux gardes sans me faire connoître sa qualité, et les archers, qu'ils accompagnoient r-ux-mêraes, onf aflecté de le prendre
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dans son quartier à la pointe du jour; ils ont même maltraité sa femme qui se prétend grosse, et leur indiscrétion, ou pour mieux dire leur colère et leur vengeance, ont pensé donner lieu h une émotion populaire. Ainsi, quoiqu'ils aient raison dans le fond, ils sont blâmables dans leur procédé, et, sans vouloir soutenir à cet égard l'exécution démon décret, je croirais qu'ils mériteroient, eux et les archers qui ont servi leur emprisonnement, d'être mis en prison pour quelques jours. Je sais que les règles de la justice ordinaire seroient favorables aux accusations, mais comme il importe à l'ordre public que les soldats soient contenus par la discipline militaire, il semble que la pétulance des artisans qui leur font insulte doit être réprimée par la môme voie.
Mesures d'ordre. — Depuis que les lanternes publiques sont allumées et la recrue du guet sur pied, il ne s'est commis aucun vol de nuit, et j'espère que la déclaration du Roi qui nous mettra en état défaire le procès aux vagabonds assurera pour toujours la tranquillité publique.
M°»« Ulrik. —22 octobre 1700. — Elle est encore à Paris, et ce n'est point à Bruxelles qu'elle avait dessein d'aller, mais en Allemagne et à la
cQuv de Cassel, On assure mômo qu'elle a formé d'autres projets, et qu'elle pense maintenant à un mariage qui apparemment ne sera pas plus heureux pour elle que pour celui qu'elle se propose de tromper. Celte dame, que je continue de faire surveiller suivant vos ordres, est toujours dans Je dernier dérèglement; elle vit maintenant en société avec la demoiselle de Yillemont; leur prostitution est publique. L'une et l'autre demeurent au lit tout le jour, se lèvent et sortent à six heures du soir, avec deux hommes qui les vont prendre dans uo carrosse, et ne se couchent qu'à cinq heures du matin.
Condition mise a la grâce d'une nouvelle CONVERTIE. — 27 octobre 1700. — J'ai diiîéré de satisfaire à l'ordre dont il vous a plu de m'honorer touchant la nommée Susanne Boucher, nouvelle catholique dont vous m'avez renvoyé le placet, parce que j'étais bien aise de savoir auparavant ce qu'elle et sa mère feroient par rapport à une de ses sœurs très-bien convertie, et qui témoigne un grand désir d'embrasser la vie religieuse. Mais, comme leur procédé ne me paroît pas tel à cet égard qu'il conviendroit aux bonnes intentions de cette vertueuse demoiselle, je crois vous devoir supplier de m'écrire une seconde lettre pour me marquer que rien ne seroit plus capable d'attirer à
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Susanne Boucher quelque grûce de la part du Roi, que s'il paroissoit qu'elle- même agît auprès de sa mère pour la rendre favorable à la vocation de sa sœur, qu'elle laisse manquer ordinairement des choses les plus nécessaires.
Tapage nûgtt.rnl. — Hier malin, trois jeunes gens, le premier nommé De Brémont, vah'l de garde-robe de Mgr le duc de Chartres; le second, appelé De la Noue, et le troisième connu sous le nom de François Frémont, qui se dit dessinateur de M. Mansard, après avoir passé toute la nuit au cabaret, s'avisèrent de courir la ville, l'épée à la main, de heurter aux portes et d'insulter les passants en jurant de toutes leurs forces. Mais, le guet ayant été averti par la clameur du peuple, ils furent désarmés et conduits chez le commissaire du quartier, qui, par un respect pour la maison de Monsieur, crut devoir envoyer au Palais-Royal pour les remettre entre les mains de quelque officier supérieur, et leur épargner la honte de la prison ; mais, sur le rapport qu'on lui fit que c'étaient des libertins de profession et des vagabonds, il ordonna qu'ils seroient mis au Chatelet, d'où je crains fort qu'ils ne soient déjà sortis, suivant l'usage de la juridiction criminelle, toujours prompte à mettre en liberté les personnes qui n'ont pas de parties civiles.
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NÉGLIGENCE PATERNELLE. — J'ai remarqué, pendant le cours de cette année, que plusieurs bourgeois, et même quelques marchands des plus distingués, négligent tellement l'éducation de leurs enfants qu'ils les laissent parmi des filous et des coureurs de nuit, sans se donner aucun soin pour les rappeler dans leurs maisons, ni pour les corriger. On trouva môme, ces jours passés, un fils de famille, âgé de dix-huit ans, qui, depuis plus de quinze mois, logeoit en chambre avec des femmes d'une prostitution publique et parmi des scélérats, sans que son père eût fait aucun mouvement pour le retirer d'un tel désordre. Cette découverte m'a obligé de rendre une ordonnance générale pour exciter les pères de dénoncer au magistrat leurs enfants libertins et vagabonds, à peine d'être responsables civilement de toutes les fautes qu'ils pourroient commettre, et d'une amende proportionnelle à leur négligence.
Difficulté de retrouver une M""^ de La Tour. — J'ai fait chercher M. Choisinet de La Tour, qui s'est plaint au Roi de la mauvaise conduite de sa femme par une lettre qu'il vous a plu de me renvoyer, mais je n'ai pu découvrir sa demeure. Ce nom-là est même si commun parmi les femmes qui vivent dans le désordre, que j'en trouve dans
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mes mémoires jusqu'à quinze ou seize qui le portent, ou qui l'ont porté. — car l'usage de res personnes est d'en changer aussi souvent que de quartiers, pour l'aire oublier les condamnations qu'elles ont encourues et se faire, s'il se peut, une nouvelle réputation.
Évasion de prisonniers. — 30 octobre 1700. — Celte nuit, entre trois et quatre heures, il s'est sauvé des prisons du Fort-l'Évêque cinq i)risonniers, sçavoir : l'abbé Tiffi, qui l'étoit par l'ordre de MM. les maréchaux de France; le nommé Lancelot, qui étoit arrêté en conséquence d'un décret de la Cour des monnoies ; le sieur de la Colonie, détenu pour dettes; Louis Pico dit Fribois, accusé de vol et d'assassinat, écroué de l'ordonnance du Grand Conseil, et le nommé Coreard, impliqué dans l'affaire des commis de la douane de Lyon, décrété par M. d'Herbigni, intendant, et que j'ai interrogé depuis un mois ea vertu d'une commission particulière. Ce qu'il y a d'extraoïdinaire à l'égard de celui-ci, c'est que le même M. d'Herbigni avoit envoyé depuis trois jours une ordonnance à M. le contrôleur général qui le mettoit en liberté pendant l'instruction, et que l'un de MM. les fermiers généraux à qui il avoit plu à M. le contrôleur général de la confier, lui en avoit donné communication, en sorte qu'il a mieux aimé sortir cette nuit
par la fentMre que ce malin par la porte. Ces cinq prisonniiM's ont scie trois barreaux de fer d'une des fenêlros du troisième étage qui regardent sur le quai, et après les avoir enlevés, ils ont attaché à un aulie barreau une corde de puits et quelques (Irai)s, par le moyen desquels ils se sont coulés jusqu'en bas sans justaucorps et presque en chemise. Un des archers du guet qui se retiroit chez lui ayant aperçu ces quatre hommes qui sortoient ainsi par une fenêtre les armes à la main, est retourné promptement au corps-de-garde du Pont-Neuf, où il a rassemblé deux sergents et huit ou dix archers, mais ils sont revenus trop tard, et l'on n'a pu découvrir encore ni la route des prisonniers, ni aucune des personnes du dehors qui ont favorisé leur évasion.
Meurtre du sieur Vaillant. — 24 novembre 1700. — J'appris hier le détail de l'affaire qui a coûté la vie à M. de Dreux, enseigne aux gardes, La querelle commença le mardi, 16 de ce mois, dans un cabaret de la rue des Marmousets, où il avoit fait un trop long dîner avec le sieur Vaillant, cy-devant mousquetaire età présent chef de gobelet du Roi, les sieurs Des Brosses et Messy, mousquetaires de la première compagnie, Des Marais, frère de Des Brosses, et un sixième dont on n'a pu sça- Yoirlenom. Mais celte querelle n'ayant d'abord
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pour fondomenl ([lui quelques paroles incongid»-rées que les sieurs de Dreux et Vaillant s'éloiont dites daus la chaleur du repas, lo nièiue vin qui les avoient brouillé les réconcilia; ils sortirent du cabaret à truis heures, et allèrent prendre du café chez le nommé De Beauvais qui tient sa boutique vis-à-vis la Magdelaine, Ils y demeurèrent un peu plus d'une heure, et en sortant lo si^ur do 3Iessy et celui qu'on ne nomme pas se séparèrent des quatre autres. Ceux-ci. qui sont les sieurs de Dreux, Vaillant, Des Brosses et Des Marais, suivis du nommé Picard, valet du premier, allèrent dans un lieu de débauche, y restèrent jusqu'à près de huit heures, et étant dans la môme rue des Marmousets, oii ils avoient dîné, mirent tous l'épée à la main, à la réserve de Des Marais, qui ne parut plus, et l'on assure que le sieur de Dreux, le sieur Des Brosses et Picard se mirent contre Vaillant seul, qui, néanmoins, en se défendant, porta un coup au sieur de Dreux, dont il est décédé quelques jours après. Le sieur Vaillant, qui avoit affaire à trois personnes, reçut quatre coups d'épée dans le corps et un au poignet. Ce dernier l'obligea de laisser tomber son épée, et l'on prétend qu'il tomba lui-même en cet état. Il reçut encore huit ou dix coups et fut laissé pour mort. Le s-ieiir de Dreux, Picard et le sieur Des Brosses se retirèrent aussitôt dans raub^îrge du premier, qui est située dans la même rue, et le
sipur Vaillant fut ccuiduil près le palais des Thuileries, dans la maison d'un procureur nommé Souy, où il fait sa demeure. Lui qui se voyoit assassiné et ne sravoit pas que le sieur de Dreux fût blessé à mort, rendit sa plainte le même jour au commissaire Daminois, mais M. de Dreux, commissaire en la grande chambre et parent proche de l'enseigne aux gardes, l'étant venu trouver de sa part dès le lendemain pour lui demander pardon et le prier d'oublier ce qui s'étoit passé entre eux, il promit d'abandonner sa poursuite et tint parole. Cependant j'apprends que vendredi dernier, le sieur de Dreux mourut de sa blessure qui entroit dans la capacité et qu'aucune de celles du sieur Vaillant n'est dangereuse. Voilà tout ce que j'ai pu apprendre de cette action dont le commissaire, qui a reçu la plainte de Vaillant, pouvoit bien m'instruire et me mettre en état de vous informer dès le jour môme. Il s'excuse sur quelques réprimandes qu'il prétend avoir reçu de M. le lieutenant criminel, mais je ne pense pas que vous approuviez cette défense, et comme les chirurgiens, qui ont pansé les deux blessés, et l'aubergiste du sieur de Dreux sont inexcusables de n'avoir pas averti les commissaires, ainsi qu'ils y sont obligés par les règlements de police, j'ai donné ordre qu'on les assignât par devant moi, pour être condamnés aux amendes qu'ils ont justement encourues. Si le fait est tel que j'ai
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riionncur de vous le marquer, et (lu un de nos plus fidèles commissaires, que jai envoyé de lieu en lieu, me l'assure par sou mémoire, il nv a aucune apparenre d'un combat, quoiiiue le silence des deux parties, la querelle du cabaret et les autres circonstances qui l'ont suivies, puissent exciter quelque soupçon.
Tapage a la Comédie. — Avant-hier, il arriva du bruit à la Comédie, à l'occasion d'un chien danois, que M. le marquis de Livry, le fils, y avait mené. Ce chien se mit à faire le manège sur le théâtre et à faire voir son a^'ilité en cent manières différentes. Messieurs du parterre firent pour l'encourager tous les bruits de chasse dont chacun se put aviser, et l'un de ceux qui affecta le plus de s'y distinguer, ce fut le sieur de Creil, mousquetaire de la seconde compagnie, fort sujet à troubler la tranipiillité du spectacle, aimant le désordre et l'excitant en toute rencontre, également prompt à critiquer et à applaudir, pourvu que ce soit avec éclat et qui regrette fort le temps des sifflets.
Bruit a la Comédie. — 16 janvier 1701. — Le parterre de la Comédie murmuroit beaucoup hier de ce qu'on avoit retranché le prologue des Trois Cousines, mais ce retranchement n'étoit pas moins
nécessaire par rapport au privilège de l'Opéra, ([ue convenable aux règles de la bienséance. Il fallut néanmoins que l'exempt qui commande la garde rappelât aux spectateurs le souvenir des ordres du Roi, et aussitôt qu'il eut parlé, le tumulte cessa. Deux mousquetaires de la deuxième compagnie eurent du bruit dans le même temps avec les gens de M. le duc de La Ferté, dont le carrosse les empêchoit d'entrer dans un cabaret voisin. Il y eut même quelques coups donnés, et l'on ne manqua pas de reprocher aux valets qu'ils entroient mal dans les sentiments de leur maître et qu'ils étoient indignes de le servir. Les officiers de mousquetaires qui furent avertis par l'exempt sortirent aussitôt de la Comédie et firent retirer les mousquetaires, tandis que la garde contcnoit toute la livrée qui se disposoit à venger ses camarades, mais les gens de M. le duc de La Ferté et un grand nombre de laquais ayant voulu entrer dans ce môme cabaret en troupe, dans le temps qu'on sortoit de la Comédie, l'exempt fut obligé d'en avertir M. le duc de La Ferté, qui fil retirer ses gens, reçut les excuses des deux mousquetaires et pria leurs officiers de n'en point parler à 31. le marquis de Vins. Il scroit à souhaiter que les maîtres employassent ainsi leur autorité pour réprimer l'insolence de leurs laquais, au lieu qu'ils se font un honneur de la soutenir, mais je crois que pour leur faire entendre raisoti
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sur co sujet, il sera nécessaire, dans Ja suilc, do les obliger eux-mêmes à faire conduire leurs laquais en prison lorsqu'ils l'auront mérite.
Escrocs. — 30 janvier 1701. — L'abijé de Vaux, contre qui vous avez reçu un mémoire, est en effet un des plus grands scélérats qui soient h Paris, et j'élois sur le point de vous en int^rmer, mais j'étois bien aise d'éclaircir auparavant quelques faits importants dont je n'ai pu avoir la preuve que depuis deux jours. Cet abbé de Vaux est de Péronne, fils d'un cabaretier ou d'un boulanger, filou de profession et qui quelquefois a eu l'insolence de se dire prêtre et vicaire de Saint- Denis pour faire des mariages. Il avoit fait signer sous ce prétexte un billet de change h une pauvre demoiselle qui néanmoins a gagné son procès par sentence des juges consuls. Il n'a d'autre revenu pour subsister que celui qu'il tire de ses friponneries et de sa société avec le chevalier de Villers, fameux faussaire, mais que personne n'ose poursuivre pour ne pas s'engager en de grands frais dont on seroit sûr de n'être jamais remboursé. L'abbé de Vaux vit aussi dans un commerce scandaleux avec une femme qu'on nomme Nouvelle, dont le mari a été pendu; celui qui l'entretenoit auparavant est aux galères depuis trois ans, et
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Ion assure que les sollicilalious de Tabbé de Vaux n'y oui pas peu contribué.
A l'égard du chevalier de Villers, son véritable nom est Bouiilot; il est fils d'un médecin de Saulieu, et l'on assure qu'il a été obligé de quitter la Bourgogne pour y avoir commis deux ou trois meurtres. Il étoit de ceux (jui tuèrent l'an dernier un gentilhomme à la foire Saint-Germain, et peu de temps après il l'ut porté malade à la Charité. wSe croyant prêt h mourir, il tit rendre plusieurs billets qu'il avait lalsifiés ou dont il avoit ménagé la signature par de mauvaises voies; mais à peine sa santé fut-elle rétablie, qu'il recommença le même négoce. 11 semble donc que ces deux scélérats, qui ont tant de fois écliappé à la justice ordinaire, doivent sentir le poids de l'autorité du Roi, et qu'en les chassant de Paris par un ordre supérieur, ce sera leur faire grâce que de reléguer le premier à Péronne et le second h Saulieu, dont ils sont originaires.
Marquis souffletiî:. — La vieille folle qui donna l'autre jour à la porte de l'Opéra un si violent soufflet au jeune marquis deBourdeiile se nomme Antoinette Noyon, veuve Qucrville, et jamais femme ne mérita mieux d'être renfermée à l'Hôpital général.
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Arrestation de gens s,vns aveu. — Lu perquisition qui se fit pendant la nuit de jeudi à vendredi dernier dans les maisons suspectes de donner retraite aux mendiants et aux vagabonds ne fut pas inutile, puisqu'on y trouva dix-neuf hunmies de cette qualité et onze femmes de la mùme espèce, tous sans profession, sans biens, sans domicile et sans aveu, les uns bannis ou de retour des galères, les autres chassés de Paris ou convaincus de mendicité: en sorte qu'aucun n'échapperoit à la dccla- Vation des vagabonds sily en avoit une. Mais sans ce secours, je ne puis qu'envoyer à l'Hùpital ceux que M. le premier président voudra bien qui y soient reçus et enjoindre aux autres de vider la ville, bien assuré qu'ils se moqueront de cette injonction et qu'ils continueront leurs brigandages comme auparavant.
Un capitaine hôtelier. — 3 avril 1701. — Le dérèglement du sieur de Fitte, capitaine au régiment de Zurlaube, est parvenu à un tel excès de scandale que je ne puis me dispenser de vous en instruire. Il y a un peu plus d'un an qu'il s'associa avec une vieille folle, nommée la Poterie, et avec une jeune personne, nommée Bouvart, pour tenir à frais communs l'hôtel de Zell , qui est une maison garnie du faubourg Saint7Germain, dune assez bonne réputation. Cette jeune fille, qu'il avoit dé-
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baucliéc quelques mois auparavant, se voyant grosse et méprisée par le sieur de Fitte, résolut l'hiver dernier de se joter dans la rivière, d'où quelques bateliers la retirèrent avec assez de peinc^ Depuis ce temps-là, quelques dames de piété ont pris soin d'elle, ce qui n'a pas empêché qu'elle ne soit allée plusieurs l'ois à l'hôtel de Zell pour y reprocher au sieur de Fitte son mauvais procédé, dans les termes les plus injurieux et les plus emportés. Cependant le sieur de Fitte, incorrigible dans son désordre, après avoir attiré successivement à l'hôtel de Zell des femmes d'une prostitution publique, vient d'y amener la nommée Gasteau, qui tenoit cabaret au village de Breteuil en Picardie, oij elle a laissé son mari. Il n'est point de menaces qu'il n'ait faites à la demoiselle de la Poterie pour l'obliger d'admettre celte nouvelle venue dans leur société, et ses menaces ont été suivies de Violences. Dans cet état, je croirois qu'il ne seroit pas moins juste que convenable de prendre l'ordre du Roi pour faire dire au sieur de Fitte par M. de Zurlaube qu'il ait à déloger incessamment de l'hôtel de Zell, où il saïudalise le public depuis si longtemps. Je ne don te pas que Sa Majesté ne trouve bon que je renvoie également la nommée Gasteau li son village de Breteuil, en lui défendant de revenir ?i Paris sans une permission expresse*
Meurtre. — Les nouveaux éclnircissenienU que l'on m'a donné toucluinl le inourlre du sieur Laget prouvent que c'est un pur accident et qu'il n'y a eu do la part du meurtrier aucune prémâlilatiun. On assure même que ce meurtrier n'avoit point d"épée et qu'il se promenoit dans les rues avec une femme dont apparemment les mœurs ne sont pas fort régulières. Comme il passoit sous les fenôtres de Laget, on lui jetla de l'eau sur la tète, et il se plaignit; il accompagna ses plaintes des injures les plus atroces. Laget, qui d'ailleurs étoit de mauvaise humeur, ne les put soulTrir patiemment, sortit de sa maison et se mit en dev(jir de les repousser par quelques coups de plat d'épée; mais l'inconnu, qui n'en avait pas, la lui arracha précipitamment, la cassa eu trois, et se servit du tronçon pour le tuer.
Commis blessé par deux gendarmes. — Le même jour, 4 de ce mois, sur les deux heures après-midi, deux gendarmes de la garde ayant demandé des places au nommé Francœur, qui a la direction des coches de Poissy et de Versailles, sous les ordres du sieur Thouin, et n'ayant voulu donner que 25 sous pour chacune, le commis en demanda 30, et dit qu'il n'y avoitqueles gardes du corps qui eussent le privilège de n'en donner que 2o. Ce refus, qu'il accompagna d'expressions fort
«lurcs et fort malhonnestes, luy attira des réponses (le inônie style, et Francœur eut ensuite recours à son épée qu'il alla chercher dans le bureau, mais don! il se servit assez mal. Les gendarmes, dont je n'ai pu savoir les noms, mirent aussi l'épée à la main, et dans le temps que le commis se retiroit avec quelque précipitation et qu'il leur tournoit le dos, il y reçut une blessure qui ne paroît pas considérai)le. Les deux gendarmes se réfugièrent aussitôt dans la maison des écuries du Roi, où le sieur Louvin fait sa demeure et quelques officiers de gendarmerie les emmenèrent sur le soir par l'ordre de leur commandant.
Dei \ CERTIFICATS. — Parmi les mendiants qui furent arrêtés ces jours passés par la brigade de Sèvres, il s'en est trouvé un qui, muni de deux certificats de M. le cardinal de Noailles et l'autre du curé de Montreuil, soutenoit que le commandant de la brigade l'avoit pris fort mal à propos; mais ces deux certificats ayant été reconnus faux, il a été obligé d'en demeurer d'accord, et il a indiqué le nommé Damezé, l'un des écrivains du charnier des Saints-Innocents, pour les avoir fabriqués. Cet écrivain a été conduit au Chatelet suivant cette indication, et je ne doute pas que M. le prévôt De LIsIe ne fasse punir avec une juste rigueur et le mendiant f*f hi faussaire.