DE R. D'A UC. EN SON H
Enfants enlevés a leur père. — 23 juillet 1701 . — Le sieur de Chéri, gentilhomme nouveau converti, demeurant h Chéri, élection de Laon, a un fils âgé de trois ans et deux filles de dix à douze ans, qui ne vont point à l'église ni aux instructions, et qui au contraire sont élevés dans l'crrj'ur de la religion prétendue réformée par leur mère, et une vieille domestique qui en iunl toute leur étude. Il me paroît nécessaire, Monsieur, de faire mettre les deux filles dans un couvent et le fils dans un collège. Le père a du bien, et peut, sans s'incommoder, payer leurs pensions. Outre cela, le Roi lui donne tous les ans oOO liv. en considération de ses services et de ses blessures. Comme c'est un ancien officier et en quelque manière distingué, je n"ai rien voulu faire sur cela sans savoir si vous le trouveriez à propos (4).
Religieux indisciplinés. — 25 juillet 1701. — Il a paru depuis un mois quelques religieux des provinces qui faisoient difficulté de se retirer dans les maisons de leur ordre. Leur prétexte étoit de dire que leurs supériesrs n'étant pas informés des intentions du Roi, ils leur avoient permis de se retirer chez leurs parents, et que s'il leur falloii payer une pension dans les couvents oiî je proposois de les envoyer, ils en essuyeroient à leur tour
■l) N. D. P. Savoir^comment se conduit Ip père.
ÎJO NOTES
de justes reproches. Ainsi je croirais nécessaire que le \\o'\ voulût bien faire connoîlrc à MM, les intendants les résolutions qu'il a prises sur ce sujet, atin que les provinciaux et les supérieurs particuliers en étant instruits, les uns et les autres se rendent plus difficiles et plus circonspects à n'accorder des congés pour venir à Paris qu'avec grande connaissance de cause.
RoQUEVAL. — Je ne sais si j'ai répondu à la dernière lettre que vous m'avez adressée touchant le nommé Roqueval, forçat, mais je puis vous assurer que vous n'avez pas dans les galères de plus méchant homme. Je sais qu'il ne manque pas de protections, et c'est ce qui le rend plus insolent. Mais, s'il olticnt sa lilerté, j'ose vous dire qu'il en coûtera la vie à cinq ou six personnes, car ce scélérat, qui se bornait d'abord aux vols d'industrie, ne feignit pas dans ces derniers temps de menacer du fer et du poison ceux qui résistaient à ses entreprises.
Nouveaux convertis. — Je ne puis m'empêcher d'avoir l'honneur de vous dire que Gentot, compagnon graveur et nouveau catholique, mérite d'être admis dans la communauté en vertu d'un arrêt qui, en donnant à cet ouvrier un témoignage
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public de la protection que le Roi ue se lasse point d'accorder aux nouveaux convertis, ne pourra faire qu'un très-bon effet parmi les autres artisans dont la conversion est encore incertaine.
Le sieur Russière, apothicaire de M. le Trincc, me promit hier qu'il cnverroit ses culanls au collège d'IIarcourt. Je ferai observer exactement s'il s'acquittera de sa promesse.
Police des Cadaiœts. — Lcxpudicnt que je croirais le plus propre pour établir quelque règle dans les cabarets des villages voisins de Paris, ce seroitque les commandants des brigades de M. le prévôt De Llsle fissent entendre, de l'ordre du Roi, et de votre part, que les maîtres de ces cabarets qui se trouveront ouverts après minuit seront conduits en prison. Tous ceux dont je parle sont situés dans rétendue de la prévôté de Paris, el, par conséquent, sujets de la juridiction ordinaire du Châtelet. 3Iais, comme nos ordonnances générales portent expressément qu'ils seront Termes en été avant dix heures, et qu'il y auroit quelqu'inconvénient d'y assujettir les cabarets de celte espèce, dont tout le profit dépend des parties de campagnes, j'ai cru pouvoir vous proposer un ménagement qui est plutôt de convenance et de direction que de police et de discipline.
:ii NOTES '
LWELLE CONTRE M. DE NOAILLES. — Jc (Jois
avoir demain une audience de M. le cardinal de Noailles et je n'y oublierai pas les libelles qui rei:ardent la querelle de Confucius, pour concerter avec lui, — suivant les intentions du Roi, que vous avez la bonté de m'expliquer par votre dernière lettre. — les moyens d'imposer silence aux auteurs et de réprimer l'insolence ou l'indiscrétion de ceux qui les débitent.
Le SIEUR Larchat. — 21 décembre 1700. — Hier, sur les trois heures du soir, un laquais a été tué près la place de Louis-le-Grand, et le commissaire Regnault, s'y étant transporté, l'a trouvé tout étendu sur le carreau de la cuisine d'un particulier dont la conduite est très-suspecte, et qui tombera certainement sous la détinition du vagabond, telle que le nouveau projet de Déclaration paroît l'approuver, — si l'on en retranche la condition du domicile fixe et certain, dont je pris hier la liberté de vous représenter les inconvénients.
Cet homme s'appelle Casimir le Vacher de Saint- Victor, escuyer, sieur de Larchat, qui prétend avoir été volontaire au siège de Candie, et interprète des négociations pour les intérêts du Roi, sous le commandement de M. de Lyonne, — toutes qualités bizarres et hétéroclites qui ne préviennent
pas en sa faveur. Le commissaire lui ayant demandé par quel accident ce laquais se trouvoit mort en sa maison, il a déclaré que, s<' chautlaiit dans sa cuisine avec sa lemme et une prétendue nièce, ce laquais, qu'il avait dit ne pas connoître, avait heurté fortement à sa porte, ce qui l'a obli^'é d'y courir avec précipitation, — et que, l'ayant ouverte, il auroit vu ce même laquais tout pâle et tout défiguré, qui, en disaat ces paroles : — « Je viens... » — seroit tombé mort.
Cependant, le commissaire a sçu depuis que le lils du sieur Larchat, qui n'est âgé que de douze ù treize ans, a tué de deux ou trois coups d'épée ce pauvre laquais qui n'avait ni épée ni bàlon. On n'a pu sçavoir encore quel était le sujet de leur querelle. J'ai peine à me persuader que le père du meurtrier n'y ait aucune part. Mais, quand il ne s'y trouveroit point impliqué, la réputation où il est de tenir un lieu de débauche et d'en protéger plusieurs, le rendra toujours un digne objet de notre police.
Permis d'imprimer des vers. — 13 janvier 1701. — La demoiselle Domaigné. originaire du pays du Maine, et qui depuis quelques années a été poursuivie en justice pour un crime capital, me présenta ces jours passés les vers dont j'ai l'honneur de vous envoyer copie et me demanda la permission
î)4 NOTES
(le les faire imprimer. On nepeutque louer les sentiments (le respect et de reconnaissance qui lui ont inspiré ce dessein, mais j'ai quelque peine à croire qu'une personne dont les mœurs sont aussi suspectes et l'innocence aussi douteuse, mérite de proposer un prix et de signaler sa gratitude par un témoignage aussi glorieux et aussi public. Il ne doit êlro permis qu'aux hommes illustres de louer les grands rois, et il semble que l'honneur de récompenser de telles louanges est aussi réservé à la majesté royale. Ainsi, je n'ai pas cru devoir autoriser ce cartel sans en avoir rendu compte. Cette demoiselle est d'une noblesse assez distinguée, mais sa fortune est au-dessous de la médiocre, et le titre de son accusation éloit un parricide; — toutes circonstances qui ne paroissent pas favorables à une idée et qui semblent lui devoir plutôt inspirer le désir d'être oubliée de ceux qui la connoissent, que celui de faire connoître son nom et ses malheurs à cmx qui n'en sont pas informés (1).
Bruit a la Comkdie. — Les sieurs Matas et de Salinsiou de Sallegourne, qui interrompirent ces jours passés la Comédie par le bruit d'une bassinoire, sont mousquetaires de la 2« compagnie delà brigade do Clialais.
(1) N. D. 1». La laisser faire.
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Police des étrangers. — Voici les nouvelles qui se répandent ici parmi les étrangers. — On assure que les Hollandois continuent leurs instances auprès de l'empereur pour se faire déclarer membres de l'empire, mais on a peine à comprendre que celte négociation puisse ùlre agréable au roi d'Angleterre, ni que les Étals osent la faire sans sa participation. Les Saxons qui sont à Paris se proposent de sortir de France aussitôt que la paix sera conclue entre la Suède et le roi de Pologne, leur souverain, ne doutant pas que toutes ses troupes ne passent au service de l'empereur. Il est arrivé ici, depuis le commencement du mois, un assez grand nombre de Saxons, et, suivant le nouvel ordre que j'ai cru devoir établir pour la police des chambres garnies, j'ai été informé de kur arrivée dès le lendemaio. Les baigneurs et les chirurgiens résistent encore à l'observation de cette règle, mais il sera facile de les y assujettir, lorsqu'il plaira au Roi de l'ordonner et que la conjoncture des temps le fera juger nécessaire.
Archer tué par un exempt. — Un archer de la compagnie du prévôt général des Monnoies, nommé Lepan, se battit hier à l'entrée du jiont Notre-Dame contre le nommé Nase, exempt de la même compagnie, et fut blessé de deux coups d'épée dont il mourut sur-le-champ. Si lofficier avait eu le même
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sort. \c public y aurait gagné davantage, l'unet l'autre étant de très-mauvais sujets phis accoutumés à protéger le crime qu'à en j^rocurer la punition. On inrornift contre le meurtrier, mais le morl n'ayant ni amis, ni frères, ni héritiers, ni parents, je doute que cette information ait aucune suite.
Laquais porteurs de cannes. — Permettez-moi de vous demander une ordonnance de 340 liv. en laveur des archers qui ont arrêté plusieurs laquais portant des cannes, suivant le mémoire que je pris la liberté de vous en envoyer à la lin du mois dernier.
KlZLlGIEUX COMPROMIS DANS DES AFFAIRES DE LI- BRAIRIE. — Le Père de Bretagne, dont vous m'avez fait l'honneur de me communiquer le placet, est le religieux augustin qui me fut indiqué au commencement de novembre par la femme d'un libraire (•liez qui se trouvèrent tant d'exemplaires des mauvais nocls qui couroicnt alors toucliant la querelle de Confucius. Le discours de cette femme me fit juger qui! s'en Irouveroit encore un plus grand nombre dans la cellule de ce moine. Maiâ le supérieur à qui j'en confiai la visite, parce que je ne jugeai pas à propos de faire un éclat inutile sur une conjecture aussi incertaine, me rapporta qu'il
l)K K. 1) arc; EN SON ;,T
n'y eu avoit pas un seul. Je sniis néanmoins que ce religieux est fort intrigué dans le commerce des livres nouveaux. Ainsi, en vous proposant de lui permettre de revenir à Paris pour y Unir son cours de théologie, je croirais qu'il ne seroit pas inutile que vous m'ordonnassiez de lui faire entendre que, s'il continue à s'entremettre dans la composition ou dans le débit de ces impressions suspectes qui se répandent dans le public avec une espèce de l'ureur, il sera relégué pour toujours dans une province éloignée.
Expulsion d'un brkïtelr. — 21 avril I7()l. — Hier au soir, sur les six heures, le nommé Godin, fils d'un cabaretier de cette ville, fameux libertin, et qui ne subsiste que des querelles qu'il fait naître et des mauvais lieux qu'il soutient, tira l'épée dans le café d'un nommé Principe contre le sieur de Bréviande, capitaine dans le régiment de Languedoc, et dont la conduite n'est guère meilleure. Comme celui-ci est sur le point de partir pour se rendre à son poste, il seroit inutile de prendre aucune précaution à son égard ; mais l'autre se proposant d'employer ici son l'épée à troubler la tranquillité publique pendant tout l'été, suivant sa coutume, je croirais qu"il n'est pas moins juste que nécessaire de le chasser de Paris par ordre du Roi,
5« >OTKS
avec défense d'en approcher plus près de trente lieues {{).
Dkpart dix capucin. — 21 avril 1701. — Un capucin de la rue Saint-Honoré, connu sous le nom du Père Pacifique de Paris, s'avisa, lundi, de se retirer cliez son père, nommé le sieur de Vigne, qui a été autrefois dans quelques affaires et dont la fortune est assez mauvaise. Ce capucin dit sans façon à celui qui laccompagnoit qu'il pouvoit se retirer au couvent, que pour lui, il prétendoit rentrer dans le monde pour secourir sa famille, et que le droit naturel suffisoit pour l'y autoriser. En effet son compagnon retourna seul, et le Père Pacifique eut l'insolence de faire transporter le lendemain deux notaires en la maison de Sainl-Honoré, qui firent en son nom, au père gardien et au père vicaire, une semblable déclaration. Ils m'en sont venus porter aujourd'hui p'.aiiile, et ils désireroienl fort que j'employasse l'autorité du Roi pour faire arrêter ce religieux apostat et le livrer à leur discipline monastique. 11 semble même que le public a intérêt à réprimer cette audace, tant pour en prévenir les suites, que {)Our maintenir dans la subordination les moines ennuyés de leur état, que l'im-
(1) N. D. P. Bon.
I)i: U. D AUGKNSO.N ^
punilé de celle eiilreiuiso rendrait encore plus inquiets (1),
L'auteur d'un pamphlet. — 27 auùl 1701. — Le libraire Bellay, que je croyais niorl, ^ il encore, mais il n'est plus en état de conduire sa boutique, et c'est sa femme qui la gouverne. J'ai entin découvert qu'elle avoit un magasin secret chez un relieur nommé Julien, et il s'y est trouvé quatrevingt-quatre exemplaires de la pièce latine qui renouvelle la QuercUe de Confucius, et qui critique sans ménagement la censure de Surbonne. C'est le sieur Coulo, bibliothécaire des Qualre-Nations. ([ui en est l'auteur. Il avoit pour associé le nommé Prieur, maître de pension, pour imprimeur le nommé Wit, et pour correcteur d'imprimerie le nommé Canu, garçon de sa bibliothèque. Tous ces faits sont constants, et il ne sera pas difficile d'en assurer la preuve si vous l'ordonnez. Cependant, j'ai fait arrêter la femme de Bellay et le relieur, son complice, mais j'ai différé de les envoyer au Ghâtelet Je ne sais même s'il ne seroit point plus à propos de faire conduire la relieur à la Bastille ou à Yincenues pour deux ou trois mois, et la Bellay
(i) N. D. P. C'est une affaire de justice ordinaire. 11 peut avoir des raisons, et le Roi ne fait point mettre m pace.
au Forl-lKNcque, non pour instruire leur procès dans toutes les règles, mais i)our contenir les au- Ires libraires par la crainte de l'autorité du Roi, qui les louche infiniment davantage que celle de la procédure ordinaire, qui se termine presque toujours à de simples amendes. Je croirais aussi que, pour rendre cet exemple plus remarquable, il seroit à propos que les boutiques du libraire et du relieur fussent fermées par ordre de Sa Majesté, et que vous mandassiez au sieur Coulo de nous venir rendre compte de sa conduite (1).
Lettre copiée. — Je vous envoie la copie d'une lettre d'Amsterdam, du 21 de ce mois, qui s'accorde assez avec ce qu'on dit de la mauvaise santé du roi
d'Angleterre.
Irrévérence dans une église. — 2 septembre 1701. — 11 y aura quinze jours que le garçon du sieur Gautier, nommé Lefèvre, est en prison pour avoir commis des irrévérences scandaleuses dans l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, et, si le Roi l'agrée, on pourroit le mettre en liberté mercredi prochain, veille de la fête de Notre-Dame. Le sieur, curé de sa paroisse, demande grâce pour lui, et il paroît trop sensible à la peine que sa faute lui a
(1) N. D. I>. A Vordinaire.
attirée pour ne pas croire qu'il se repent sincèrement de l'avoir commise.
Secours a i\ agent. — 2 septembre d701. — Permettez-moi de vous faire ressouvenir de notre nouveau catholique anglois, nommé Le Cointe, qui nous a si bien conduit dans l'aflaire de ces deux guides, qui dévoient faire passer en Hollande la veuve Bistor, sa fille et sa nièce. H est dans le dernier besoin, et j"ai été obligé de lui faire avancer cinquante louis, qui à peine ont suffi pour obliger son hôte à prendre patience pour le surplus de ce qu'il lui doit.
DÉBAT d'un conseiller ET DE SON PROPRIÉ- TAIRE. — M. Le Boult, conseiller au Parlement, dont il vous a plu de me renvoyer le placet, ne se pique ni de dire la vérité ni d'être sage. Vous sçaurez même, qu'au commencement du mois passé, il se fit battre à la barrière de Saint-Denis par des commis aux entrées, qui ne pouvaient se persuader qu'un magistrat de cette importance pût avoir pris tant de vin et conservé si peu de raison.
On juge aisément que le placet qu'il a présenté au Roi contre M. ef M™* de Saint-Victor, n'est qu'une pure récrimination par rapport à celui qu'ils avoient donné les premiers, et. — quoique.
ai, NOTES
suivant l'avis de M. le premier Président, il ait quitté leur maison, ot incme prévenu le temps des vacances pour aller en province, — il a laissé chez eux cinq ou six valets qui sont assez indiscrets ou asso^z insolents pour dire que leur maître leur a donné ordre en partant de les faire enrager tout de leur mieux, et qu'ils sont payés pour cela. Je leur ai fait dire que, s'ils continuent, je serai obligé de les envoyer en prison, et ils se sont un peu contenus depuis cette remonlrancr^.
Refus de sépulture. — 16 novembre 1701. — Le comie de Saint-Georges, père du jeune M. de Marcé, très -bon catholique et cadet de la maison de M. le comte de Vérac, mourut hier dans la religion protestante, malgré tous les soins que M. son fils a pu prendre pour l'obliger à reconnoître la vérité dans l'extrémité de sa vie. Aussi, M. le curé de Saint-Suipice lui a refusé, avec beaucoup de raison, les honneurs de la sépulture.
Mousquetaires a la Comédie. — MM. de Creil, de Berci et de Quervasi, mousquetaires de la seconde compagnie, voulurent entrer dimanche à la Comédie sans payer. Les deux premiers mirent pour cela l'épée à la main, et parlèrent des ordres du Roi dans dos termes peu convenables. Il est
vrai que le vin eut heaiicou]» plus (ie part ii coite .insulte que la réflexion. Cependant M. le marquis de Vins, à qui j'en écrivis sur-le-champ, les a tous fait mettre en arrôt, et j'espère que ce ]»remier exemple de sévérité aura son cfTet ])endant tout le reste de l'hiver.
Vols. — 1" décembre 1701. — Des velours entrèrent hier au soir, sur les sept heures, chez h nommé Viirnon, marchand de draps de la rue Saint-Antoine, après avoir rompu un barreau de bois, et ouvert la fenêtre de son cabinet. Je n'ai pu savoir en quoi consiste le vol, mais on m'a donné, contre ceux qui l'ont commis, des indications qui me font espérer qu'on pourra les joindre.
— Les marchands de volailles commençoient à se plaindre que des gens d'épée, qui se trouvoient à leur passage, leur enlevoient souvent quelque pièce, depuis les portes Saint-Michel et de la Conférence jusqu'au marché. Mais, depuis que le sieur de La Bastide a établi des sergents de confiance, qui leur servent d'escorte, tous ces murmures ont cessé. J'ai sçu néanmoins qu'un soldat aux gardes prit une oie mercredi dernier dans le marché même, oii il fut conduit en prison presqu'aussilôt.
Police de mit. — La brigarle qui no so lève
(il NOTES
qu'à ininnit ol ne se retire qu'au jour, fait elle seule plus d'effet que toutes les autres, et il se passe, peu de nuits sans qu'elle fasse quelque capture, ou qu'elle surprenne quoique locataire qui déménage en fraude de son liùte. Ainsi, je ne puis assez me louer de ce nouvel ordre, dont tout le peuple témoigne chaque jour sa satisfaction.
Eloge du régiment des gardes. — Le Roi eut la bonté d'accorder Tannée passée une gratification de 100 livres au sieur de Villeneuve, sergent de la compagnie de Montaran, pour avoir veillé à la garde de la foire de Saint-Laurent avec assiduité, et je dois vous dire qu'il a été si attentif à prévenir tous les désordres pendant la dernière foire qu'à peine y a-t-on tiré l'épée une seule fois. Aussi, je me trouve obligé de vous supplier de lui procurer encore la même grâce, et de la demander avec la même instanceque si elle meregardoitpersonnellement. Aussi, de toutes celles dont je prends la liberté de vous faire l'ouverture, il n'y en a point dont le succès me soit si sensible que lorsqu'elles ont pour objet quelques sergents du régiment des gardes, car je ne puis assez admirer (jue cette troupe, autrefois la terreur de tous les bourgeois cl l'ennemie déclarée de la sûreté publique, en soit maintenant le principal soulien. L'aulorilé imniédiale du Roi
poiivoit seule opérer ce miracle, et nous ne serions pas moins injustes que présoniplueux si nous ne rapportions à cette môme source tout ce qu'il y a de bon, d'exact et de rt'^Milior dans notre police.
YoL. — A décembre 4701. — J'ai appris par le retour du sieur Yignon, marcband de la rue Saint- Antoine, que les voleurs qui étoient entrés dans son magasin et même dans son cabinet, ayant été interrompus dans leur, travail par l'approche de quelques cavaliers qu'ils prirent pour le guet, se sont retirés sans rien emporter.
Refus d'impression. — On m'a demandé la permission d'imprimer une relation nouvelle qui regarde le royaume de Mississipi, si je ne me trompe, mais j'ai cru vous devoir demander auparavant s'il convenoit de la rendre publique, et vous supplier de me faire sçavoir sur cela les intentions du Roi (1).
Couvent ouvert a un moine. — Un religieux cordelier delà province de Chartres, nommé Moulin, m'a demandé lui-même d'être reçu dans le Grand Couvent de Paris, où l'on faisait diliicullé de lui donner retraite parce qu'il était en procès
(1) N. D. P. Xon.
avec sa province, toiicbani l'appel comme d'abus quil a interjeté de l'élection d'un vicaire provincial. Mais, comme cet appel a été reçu au Parlement, ce qui rend la présence de ce religieux également nécessaire et légitime, j'ai prié le père gardien du Grand Couvent de le recevoir, et il a bien voulu déférer à ma prière.
Fou FURIEUX — Le nommé l'Amoureux, dont vous m'avez fait l'honneur de m'écrirc, est une espèce de furieux capable de tuer ses parents les plus proches et de se venger au prix de sa vie. Il a élé de toutes les rébellions qui se sont failes à l'ib'tpital, et il avait grand" part à celle où le brigadier des archers des pauvres fut tué malheureusement. J'espère donc qu'il vous paroîtra nécessaire de l'y laisser encore, par rapport ù la sûreté publique et à l'honneur de sa famille.
Femme dangereuse. — 10 décembre 1704. — Il y a longtemps que la nommée Marie- Anne Du Mont est connue dans Paris pour une prostituée et pour une impie. Elle faisoit aussi un commerce public de faux billets, et elle changeoit si souvent de nom et de quailicr, qu'on ne pouvoit ni la découvrir ni la convaincre, lilnfin. elle s'est trouvée si bien impliquée dans la fabrication d'une fausse
DE R. D'ARfiENSON (fr
promesse de 2,600 livres avco IcsDommég do Villcmonl et Tonnelier, ses complices et les protecteurs de ses désordres, qu'elle a été bannie pour neuf ans. Mais, comme cette peine ne fera que la rendre plus circonsperte dans la continualiun do son commerce de prostiUitiou, de sacrilège et de faussetés, je me crois obligé de recourir à l'autorité du lloi pour la faire renfermer à l'ilnpilal.
Cette infâme créature se faisoit nommer en dernier lieu la veuve O'Herville, qu(jiqu'elle n'ait jamais eu de mari qui porlût ce nom, mais elie en a eu deux dans le même temps : le premier nommé Sallandry, qui a épousé depuis quelques mois une autre femme dans la paroisse de Saint-André-des Arts; — le second nommé Des Fontaines, qui est chargé de plusieurs décrets et ne paroît plus. Ces deux maris n'ont pas empêché qu'elle n'ait vécu dans une débauche publique, tantôt avec Villemont dont elle a eu plusieurs enfants, tantôt avec le nommé La Roche, homme marié, et avec un troisième dont elle a eu un enfant, dans la prison, et le plus souvent avec tous trois ensemble, sans compter les survenants. Elle se mêloit aussi de devinations, d'horoscopes et d'invocationsdiaboliques, quand le commerce des faussetés n'alioit pas bien. Elle a été chassée de huit ou dix quartiers en moins d'un an. Enfin, il est peu de crimes qu'elle n'ait commis, et aucun dont elle ne soit capable.
(i8 NOTES
— Aussi, n'y a-l-il pas moins de charité que de juslicc i\ délivrer incessamment le public d'une femme aussi danj^ercusc, qui le vole, le séduit et le scandalise impunément depuis tant d'années.
Scandale dans une église. — 15 décembre 1701. — Dimanche au soir, 11 de ce mois, le nommé Des Maries, fameux libertin, frère de la demoiselle Louison de l'Opéra, étant au salut du Saint-Sacrement dans l'église de Saint-Roch, prit querelle avec un homme vêtu de noir et lui dit les dernières injures. La dame de Fleurie, qui ne les connaissoit ni l'un ni l'autre, voulut représenter au jeune homme qu'il devoit se contenir par respect pour la sainteté du lieu, mais il la traita de coureuse, la menaça de lui couper le nez et accompagna ces discours des expressions les plus scandaleuses. Le bedeau qui accourut au bruit, fut traité de la môme manière, et l'on assure que ce jeune homme porta sa furie et son extravagance jusqu'à mettre l'épée à la main dans le bas de la nef, ce (jui fut un Irès-grand scandale. Je croirais donc qu'il est nécessaiie de le faire conduire au Fort-l'Kvêque, de l'ordre du Roi, et de l'y retenir ])endant quelques semaines.
V(»L. — Avant -iiicr, sur les trois heures du matin.
DE R. D'ARCENSON 60
un archer du guet arrêta dans l'Ile un voleur qui se trouva saisi de plusieurs galons d'or qu'il venait de voler dans l'église de Saint-Louis, et le commissaire, s'étant transporté sur-le-champ dans la chambre qu'il avoit indiquée pour son domicile, n';y trouva qu'une boite de paille et un rossignol.
Trois gardes du corps, nommés Loutil, le chevalier de La Presle et Pocher de Cliûteauneuf, dont le dernier est fils d'un maître chandelier de celle ville, firent hier beaucoup de désordre dans un cabaret de la rue de Bussi, cassèrent les portes et brisèrent la moitié des barreaux qui fermoient la boutique. Une escouade du guet survint heureusement et les conduisit au Chàtelet. M. le maréchal de Duras m'a lait dire ce matin que le Roi étoit informé de cette affaire, et que la bandouillère de garde leur avait été ôtée par son ordre, qu'ils avoient même réparé tout le dommage et qu'ils ne seroient pas réablis sans une permission expresse de Sa Majesté. Ainsi, j'ai consenti qu'on les mît en liberté dès ce soir, mais je crois devoir vous repré- •senter que, si ces trois gardes obtenoient si facilement l'oubli de leur faule, l'ordre public en pourroit souffrir un préjudice considérable.
Meurtre d'in souteneur. — Lumli dernier. 13
7(J NOTKS
de ce mois, le nommé Gratien dit Chevalier ou Falqupti^ qui protégeoit une fille de mauvaise vie, connue sous le nom do la Picdmnntaise, qu'il fai- 8oit quelquefois passer pour sa femme, l'ayant refusée au baron de Palinque, gentilhomme de Rouergue, et à un autre jeune homme qui l'accompagnoit, ils l'attirèrent avec violence jusque dans la rue et le percèrent de deux coups d'épée dont il mourut sur-le-champ.
Fabricants de toile peinte. — !«' avril 1702. — Quelques condamnations que je prononce contre ceux qui vendent do In toile peinte, ou qui en font, ce double abus continue toujours, et le nommé Lasalle, condamné depuis peu à 600 fr. d'amende €t à la confiscation de ses moules, fut surpris hier dans la môme faute (i).
La dame Ulrik, dont vous connoissez depuis longtemps et le nom et les aventures, est dans un commerce encore plus scandaleux que ceux qui l'ont fait renfermer aux Madelonnettes. Elle est âgée, laide, infirme, artificieuse et insolente, mais tant de défauts n'ont pas empêché qu'elle n'ait gagné le cœur du sieur Pélissier. fils aîné du dé-
(l) N. D. P. Suivre.
funt fermier général, qui la lieiU eu chambre, 1 en- Irelient à grands frais et loge avec elle sans garder aucune mesure. Je leur ai fait parler à lun et h l'autre par des gens de confiance, qu'ils ne croyoient j)as venirdema parf. Mais la dame Ulrik leur a répondu qu'il l'alloit bien qu'elle prulilAl d'un reste de bonne fortune, et le jeune homme a dit, pour toute réponse, que cette femme l'avoit ensorcelé et qu'il ne sçavoit pas quand le sortilège finiroit. 11 est vrai que cette bonne dame se pique de donner des breuvages et de composer des poudres; mais, indépendamment de tous ces secours, c'est une des plus dangereuses personnes qui se soient jamais mêlées de faire des dupes, et, pour la mettre à la raison, je me trouve obligé de veus demander un ordre qui m'autorise à ia faire conduire au Refuge, où il sera bon de l'oublier pendant plusieurs années (1).
Voies de fait commises par un homme de LETTRES. — 30 avril 1702. — La femme du nommé Auroy, libraire, m'a dit qu'elle avoit pris la liberté de vous faire ses plaintes contre un auteur insolent qui se fait nommer le chevalier deMailly, et ses plaintes sont très-bien fondées. Elle l'avoit chargé de composer un petit ouvrage, en forme de
(t) N. D. P. Bon.
nouvelle historique, sous le nom de la Fille Capitaine, et elle lui auroit confié les mémoires de cette personne, si connue dans Paris par le cordon bleu qu'elle porte en écharpe, et par l'habit si extraordinaire dont elle est vôtue. Elle prétend môme que M"*' la duchesse de Bourgogne l'avoit chargée de ce soin. Mais le chevalier de Mailly, au lieu de se borner à une narration simple et modeste, y a mêlé plusieurs histoires que la pudeur la moins scrupuleuse ne pourroil souffrir: la mort du chevalier de La Basinièrc, surpris avec une femme qu'il aimoit, et tué d'une manière qui représente trop bien la peine du talion, est de ce nombre, — aussi bien que l'enlèvement de la religieuse qui en déterra une autre, mit le feu à sa cellule et courut le monde pendant plusieurs années. Ces aventures sont môme décrites dans des termes si indécents, qu'on ne peut s'empêcher d'en concevoir une juste horreur. Et la nommée Auroy, qui lui avoit donné cinquante écus pour cet ouvrage, n'a pu obtenir qu'il en retranchât ces ordures, ni tirer de lui d'autre réponse que des blasphèmes et des injures. Je me suis entremis pour lui faire entendre raison, mais j'ai compris à ses discours qu'il se pique de n'en pas avoir. J'ai sçu d'ailleurs que c'est un homme accoutumé à répandre des libelles dans le public, et à envoyer en Hollande ceux de ses manuscrits que l'exactitude du Sceau a rejetés. On
lui attribue hi Vestale amoureuse ou laReïigicuse eu chemise^ le Comte de Claie, les Entretiens des eafts^ et quantité de pièces fugitives qui s'y débitent.
Ou assure qu'il est fils d'une serxanlc (b' l'bùlel de Mailly, qui, étant devenue grosse, tint à bonneur de déchirer que c'étoit d'un des enfants de la maison. Quoique la ebose fut bu't douteuse , M"' la marquise de Mailly voulut bien se cbarger de l'enfiint, après avoir chassé la mère ; mais son mauvais cœur et cet esprit de fénéantise et de poltronnerie qui l'attacbe à Paris depuis si longtemps» ayant démenti sa naissance, — il s'est abandonné au commerce des livres et des nouvelles. Cette route l'a conduit à une extrême indigence, comme il est assez ordinaire, et l'a engagé dans quelques affaires fâcheuses où il a fait voir sou peu de courage. Il y a quelque temps qu'il donna un souffleta la fille d'un libraire, dans la grande salle du Palais, à l'occasion d'un manuscrit de sa façon que cette personne ne vouloit pas payer à son gré ; et, dans une autre occasion, il donna un coup d'épée par derrière à un homme de province qui, le jour précédent, n'avoit pas approuvé de mauvais Vfrs qu'il récitoit dans un café. Cinq ou six actions de ce genre n'ont pas laissé de le rendre formidable dans le pays de la librairie, et je croirais qu'un citoyen de ce caractère mériteroit bien d'être relégué à quarante ou cinquante lieues de Paris, ou
renferni(^ dans le Fort-l'Évj^que jusqu'à ce qu'il put roslituô à l;i IVinnio Auroy les eiuquante (^eus (jirdle ne dovoit pas lui avaneer.
Abus du droit di:s gens. — Les suisses et les jrens de livrée de M. le bailly (riïautefeuille, ambassadeur de Malte, chargèrent hier avec beaucoup d'insolence les archers des pauvres et leur enlevèrent une mendiante qui demande l'aumône dans la rue du Bac sous leur protection. Ils sont sujets à ces procédés violents, et je me trouve obligé de vous en instruire, afin qu'il vous plaise de prendre les ordres du Roi pour y mettre ordre.
Impressions non autorisées. — 8 juin i702. — J'apprends que le nommé Reiny, jeune homme imprimeur et libraire à Reims, imprime, sans permission, des extraits de la Gazette de Hollande ou d'autres pièces fugitives qui viennent des pays ennemis, qu'il les envoie ici par ballots, et qu'il en fait un commerce considérable. Je tascherai de contenir sur cela nos colporteurs, et j'en ai fait déjà arrêter plusieurs pour avoir crié par les rues le Testament du mi Guillaume d'Angleterre, qui est de la façon de cet imprimeur.
Mort d'un valet d'archevêque. — Hier, le nommé Mathurin Adener, valet de chambre de
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Mgr l'archcvôquo de (lambrai, mourut dans un cabaret de la Grenouillère, entre deux femmes de mauvaise vie qu'il y avait menées. Un coup de sang ou d'apoj»lexie l'emporta, et le commissaire «jui y accourut trouva encore ces deux malheureuses qui n'avaient pas eu la force ou la ])résence d'esprit de se retirer. Elles ont été conduites au CliAtelet, et c'est par leur propre déclaration qu'on a sçu quo ce valet de chambre étoit arrivé ici le 26 de mai pour les affaires de son maître, qu'il y étoit venu en poste, et que, pour déguiser son nom et sa qualité, il se faisoit appeler le chevalier de Blagny, et portoit des habits brodés. Il entretenoit ces deux femmes depuis huit (tu dix jours et leur avoi» acheté des habits magnifiques, quoique la plus âgée fut la femme d'un s(»ldat aux gardes de la compagnie de Breleuil, et la plus jeune, une servante de cabaret. — La femme du maître d'hôtel de M. l'archevêque de Cambrai a ajouté que le valet de chambre avoit fait plusieurs voyages en cette ville par ordre de son maître, qu'il affectoil toujours d'y cacher son nom, qu'il avoit été d'abord lacquais de M""^ de Fénelon, et ensuite valet de chambre de M. l'archevêque de Cambrai, qui l'avait fait instruire avec soin et souvent honoré de sa confiance.
— Je pensais bien que notre mendiant, nommé Lagarenue, n'étoit pas fils d'un gentiiiioinme
(l'A|?en, ni frère de deux capitaines d'infanterie, comme il avoit l'insolenre de le soutenir. Mais il a prévenu la réponse de M. de La Bourdonnais en s'enrùlant avec un officier de dragons. J'ai cru même qu'il n'y avoit point d'inconvénient à le laisser faire et que peut-être l'appréhension de rentrer dans des liens de la justice l'empôcheroit de déserter.
Interrogatoire d'un nouvelliste. — 22 juillet 1702. — Jean Le Clerc et Pierre Nogaret, copistes du nommé Autrement, seront ce soir en liberté suivant les intentions du Roi, et j'espère vous envoyer demain l'interrogatoire de cet étranger, qui fait un commerce public de nouvelles depuis cinq ou six ans. Au reste, cette distribution de gazettes écrites à la main a toujours été regardée comme contraire au service du Roi, et, lorsqu'on a voulu réprimer ceux qui s'en mêloient, c'a toujours été par la voie de son autorité immédiate.