‹ Notes de René d'Argenson, Lieutenant général de Police; intéressantes pour l'histoire des moeurs et de la police de Paris à la fin du règne de Louis XIVChapitre 4 sur 8 · YOL COMMIS PAR UN VALET DE DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

YOL COMMIS PAR UN VALET DE DOMESTIQUES

40 novembre 1705. — Mardi dernier, 3 de ce mois, on fit un vol considérable dans la maison de M. le duc de Rohan, mais ce vol ne paroît intéresser que son maître d'hôtel. Les voleurs, qui apparemment sont bien informés de ce qui s'y passe, prirent le temps qu'il étoit parti pour Moret, où est son maître, et le principal soupçon tombe sur le nommé Blandin, qui y entroit familièrement à toute heure, sous prétexte de servir les autres valets; nouveau genre de domestiques, que le luxe, la débauche et la vanité des gens de livrée (qui dédaignent de se servir eux-mêmes) a malheureusement introduit dans ces derniers temps; ce que je remarque de plus en plu.'i être la source

ordinaire des vols qui se commettent dans l'intérieur des maisons. Ainsi j'ose dire que les maîtres, qui aiment leur propre sûreté, ne devroient pas souffrir chez eux des vagabonds de cette espèce, qui n'ont proprement aucun domicile certain; mais qui, protégés par les autres laquais, dont ils favorisent le libertinage et la fainéantise, ne subsistent que du pillage qu'ils peuvent faire, à la faveur de cette protection. Le nommé Blandin qu'on soupçonne avec beaucoup d'apparence de ce dernier vol, ne paroît plus depuis vendredi, mais j'ai pris quelques mesures pour en purger le public.

Le mariage de M. de Vauban. — M, le maréchal de Vauban n'a point encore rendu de visite en forme à M"* de Villefranche, qui en est assez fâchée; mais il la voit presque tous les jours chez M™^ la duchesse de Saint-Pierre, où l'on prend grand soin de lui plaire, d'applaudir à tous ses discours et de donner à la politesse de son esprit et à la douceur de sa conversation des louanges, qu'il mérite infiniment par des qualités plus éminentes et par des vertus beaucoup plus solides. On dit cependant chez lui, que l'entreprise de M™^ la duchesse de Saint-Pierre ne réussira pas et que leur maître en fait quelquefois des railleries; mais la demoi-

selle, accoutumée à gagner les cœurs les plus difticiles, se flatte toujours que celui-ci ne lui résistera pas, et que l'habitude de la voir produira nécessairement une passion violente, dont clic saura bien faire usage.

Abbé disparu. — 11 octobre 1706. — Je viens d'apprendre que l'abbé de Puységur est parti mercredi matin, sixième de ce mois, pour aller passer quelques semaines dans une de ses abbayes, situées près de Toul. On a sçu cette nouvelle par son hôtesse qui paroît fort portée pour lui, et à qui il a fait confidence que l'ordre du Roi a donné de le faire arrêter. Ainsi ce pourroit bien être un faux bruit que cette femme affecte de répandre, pour ralentir mes poursuites. Mais j'ai dit à l'exempt que j'ai chargé de cette affaire, de redoubler son attention pour observer les personnes qui vont chez l'avocat de cet abbé, et pour s'assurer la confiance d'un de ses clercs, cette voie étant la plus sûre pour parvenir à la découverte d'un plaideur aussi animé que le paroît l'abbé de Puységur.

Archers insultés. — 4 novembre 1706. — Le nommé De Ville fut arrêté lundi dernier et conduit

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à BiccHre en exécution des ordres du Roi; mais le nommé Cape, barbier, et sa femme, cliez qui ce libertin logeoit depuis quelques mois, ont tellement insulté et outragé les archers, le mari s'étant armé d'un rasoir et la femme d'un grand couteau, qu'ils méritent bien, ce me semble, d'ôlre emprisonnés l'un et l'autre pour quelques jours, afin que l'impunité de cette violence ne donne pas lieu d'en commettre de semblables.

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