DÉTENTION DUNE MAUVAISE MERE. — J'OSC VOUS
assurer qu'on ne tirera aucun éclaircissement des réponses de la fausse dame de Rocbechouart, mère d'une nommée La Rue, car vous jugez bien qu'elle ne conviendra pas d'avoir prostitué la plus jeune de ses filles, ni d'avoir voulu séduire les autres. D'ailleurs son emprisonnement feroit beaucoup plus de bruit que sa détention dans l'Hôpital, et.
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lorsque j'ai eu l'honneur de vous proposer ce dernier parti, c'est sur la déclanUion expresse de la dame de La Rue et de ses deux sœurs, dont M. le cardinal de Noailles connoît la vertu, et soulage depuis longtemps la mauvaise fortune par ses aumônes. Cette maliieureuse mère se nomme aussi De Flavaucourt, et l'on pourroit expédier l'ordre du Roi sous cette dénomination.
Nouvelle convertie. — La demoiselle Slample sortira demain de la maison des Nouvelles Catholiques pour être mise sous la conduite d'une Mme Quartier, dont les mœurs et la piété sont connues de M. le cardinal de Noailles.
Duel de financiers. — 2 août 1702. — ^ La grande nouvelle de Paris, c'est que deux de MM. les fermiers généraux se sont battus en duel dans la grande salle de l'Hôtel des Fermes, et la singularité de ce combat m'ayant obligé d'en vouloir éclaircir la vérité, j'ai sçu que ce soir, sur les cinq heures, M. Bigodet, que sa mauvaise fortune a rendu fort impatient et fort colère, avoit mis en effet l'épée à la main contre M. Brunet dt: Rancy, qui s'étoit défendu en retraite tout de son mieux, mais qu'il n'y avoit eu personne de blessé.
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Surveillance dln commis de gabelle. — J ui eu riioiineur de vous informer des concussions que lo nommé De Longue a commises dans cette ville, sous prétexte d'une commission qu'il disoit avoir de rechercher et d'indiquer ceux qui faisoient le commerce des toiles peintes. J'ai fait informer contre lui, et cette information a donné lieu à un décret de prise de corps dont il a éludé l'exécution par sa fuite. J'apprends néanmoins qu'il est maintenant à Évreux, et qu'il y exerce une commission de gabelle, oii sans doute il commettra (s'il peut) d'autres friponneries, comme il l'a fait ces derniers jourg dans un village de la paroisse de Fermetot, nommé L'Épine, où il se retira d'abord. La connoissance que j'ai du caractère de cet homme m'a fait prendre la résolution de vous informer de ses démarches, afin que vous en puissiez donner avis à M. l'intendant de Rouen si vous le jugez convenable.
Nouveaux convertis. — lo août 1702. — J'ai chargé un officier de confiance de conduire au collège des Jésuites les deux fils de M. de Fournez, suivant les intentions du Roi, et je ne doute pas que cet ordre ne soit maintenant exécuté.
Duel ridicule (suite; V. la page 7Î).— Le sieur
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Bruiiet de Rancy poursuit sérieusement son afl'aire pardevant M. le lieutenant criminel qui n'est pas accoutumé d'avoir de si bonnes pratiques. Plusieurs témoins ont été entendus, et il y a décret de prise de corps contre le sieur Bi^^odct, qui n'ose paroitre. Ainsi cette importante accusation finira sans doute par une contumace dont l'événement ne sera d'aucune utilité à l'accusateur, et ne fera pas j,'iand mal à l'accusé. Si l'information contenoit un récit exact de cette aventure, ils en devroient être également honteux l'un et l'autre. Car il est certain que le sieur Brunet de Rancy tomba par terre, se croyant blessé à mort, quoique le sieur Bigodet, qui tomba de son côté, eût été toujours éloigné de plus de 30 toises. — Cependant, on assure que le sieur de Rancy se fit porter en déshabillé dans une maison voisine, assurant qu'il étoit blessé de deux coups mortels, tandis que le sieur Bigodet, qui n'eut guère moins de peur d'avoir blessé son ennemi, — et qui d'ailleurs fut fort maltraité par des commis de bureau, créatures et débiteurs du sieur de Rancy, — tomba sur le nez auprès d'une borne, et fut emporté par quelques amis à qui son état fit pitié.
Caricatures politiques. — 17 septembre 170'2. — J'ai l'honneur de vous envoyer le second interrogatoire du baron de Puenchennek, et un cahier
des estami)es les plus insolentes que j'eusse jamais vues. Il les gardoit précieusement dans son coffre, et ce respect si tendre qu'il fait profession d'avoir pour le Roi ne l'a pas empêché de rassembler et de conserver avec soin ce recueil d'injures dont les ennemis et les envieux du nom franoois ont voulu se faire un vain triomphe. Plus j'examine le caractère d'esprit de cet étranger, plus je me confirme à croire que son séjour en France n^est pas innocent, que sa mauvaise fortune ou l'abandon de sa femme n'y ont aucune part, et que des raisons plus solides et plus importantes en sont les seules causes. Comme ces estampes lui ont été représentées judiciairement et qu'il les a paraphées, vous ordonnerez sans doute qu'elles me soient remises entre les mains pour demeurer jointes aux autres pièces de la procédure, les règles de l'instruction le veulent ainsi.
Mort d'une convertie:. — La veuve Bourgeois, marchande mercière, fut si touchée de la mort de son mari, qui mourut il y a trois mois, que la tête lui en tourna. Elle paroissoit néanmoins plus tranquille depuis quelques jours et l'on croyoit son esprit remis; mais hier, dans un mouvementfrénélique, elle se donna un coup de couteau dans la gorge et se précipita dans son puits. Il n'y a pas plus d'un
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an qu'elle s'étoit convertie à la religion catholique, et elle faisoit très-bien son devoir.
Surveillance de protestants. — M. lôvèque deBlois m'a donné avis qu'une vieille protestante de s^n diocèse, qui a épousé en secondes noces un maître horloger de la même ville, s'étoit absentée de sa maison depuis quelques jours pour passer dans les pays étrangers, et que son tîls du jiromier lit. qui étoit venu à Paris sans y avoir aucune affaire, favorisoit apparemment son évasion. N'ayant pu découvrir la mère, j'ai fait arrester ce fils suspect, et l'on a trouvé sur lui deux lettres de sa femme qui augmentent encore le soupçon que ses démarches avoient fait naître. Il est fâcheux que Paris devienne ainsi l'asile ou l'entrepôt des protestants inquiets qui n'aiment pas à se faire instruire, et qui veulent se mettre à couvert d'une inspection qui leur paroît trop exacte. Je crains que ce même motif n'ait oblig*'* le sieur D'Auzon à quitter le pays d'Aunis, et je ne puis croire qu'il soit à propos de lui confier l'éducation de ses deux fils qui sont au collège de Poitiers, oiileur religion est en sûreté. Car, quoique le fils aîné, qui est ici, paroisse bon catholique, qu'il ait fait ses Pâques, le père est d'une indocilité si déclarée qu'il fait gloire de ses erreurs, loin de donner aucune espérance de conversion.
s-j Notes
Nous iivons ici un autre protestant du Poitou qu'il seroit bon d'y renvoyer. C'est le sieur de Latouche, qui, quoique d'une noblesse distinguée et d'une fortune assez commode, se tient caché depuis quelques mois, avec sa femme, au troisième étage d'un hôtel garni, près l'hôtel de Soisson^s, d'oij il ne sort que la nuit, sans jamais aller à l'église
Hommes dangereux. — 14 octobre 1702. — La nuit dernière, environ sur les onze heures, deux porteurs d'épée qui sortoient apparemment ensemble d'un lieu de débauche, s'étant battus dans la rue de la Ferronnerie, se sont percés de deux coups d'épée dans la mamelle, dont ils sont morts en quelques minutes, l'un et l'autre. L'un d'entre eux se nommoit Charticr, a été valet de 3L le comte de Neuville et avoit une femme dont il s'étoit sépare, depuis deux mois, pour s'attacher tout entier à la protection de cinq ou six malheureuses, qui lui ont sans doute attiré celte mauvaise affaire. On n'a pu sçavoir le nom ni la demeure de son camarade. On a seulement compris, à quelques discours qui ont précédé leur querelle, qu'ils étaient du même commerce, et qu'une jalousie mal placée, jointe à quelque léger intérêt, a donné lieu à cette catastrophe.
La même aventure arrivera un de ces jours au
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nomme Daymar, qui met à oonlribution toutes les maisons de débauelie de la rue des Vieu\-Auj,'uslins, fréquente tous les jeux de itaulmcs où l'on joue aux cartes , y joue lui-nièuic (juand les maîtres veulent bien le sou (Tri r, cherche à se battre lorsqu'il se sent le plus Tort, et ne couche jamais trois jours de suite dans le même logis. Vous me ferez l'honneur de me dire qu'un homme tel que celui-là peut être poursuivi comme vagabond. Mais, quand je l'aurai fait arrêter, il nie rapportera aussitôt un certificat de quelque aubergiste ofiicieux, ou de quelqu'un de ces scélérats qui logent à un sol la nuit. Et, selon la jurisprudence du Châtelet, c'en sera assez pour le tirer d'affaire. J'attendrai donc qu'il ait passé cinq ou six fois par la jurisdiction criminelle, et payé le tribut du Plus amplemerit informé dont le greffe et le juge sont si jaloux. La sentence de séparation que sa femme a obtenue contre lui est l'ouvrage de M. le lieutenant civil, et, pour peu que M. le lieutenant criminel veuille s'en donner le soin, il ne sera pas longtemps sans lui faire subir un jugement de sa façon.
Le chevalier Terrât, autre fripon de la même espèce, n'est point parent du chancelier de 31oiiseigneur le duc d'Orléans. Il a pris ce nom depuis quelques mois, au même litre que les chevaliers de Toiras et d'Amboise avoient usurpé le leur. —
avant qu'on les eût chassé de Paris par un ordre du Roi, dont l'exemple avoit fait une si heureuse impression sur tons leurs semblables.
Ce n'est qu'après un long examen que je prends la liberté de vous proposer ce remède, et, depuis que vous m'avez chargé de veiller plus particulièrement à la sûreté publique, qui se trouve maintenant dans un état où l'on ne l'avoit jamais vue, à peine m'avez-vous envoyé des ordres pour chasser de Paris huit ou dix personnes dont j'aurai l'honneur devons envoyer l'état aussitôt qu'il vous plaira.
Il est vrai que l'absence de ces huit ou dix personnes a peut-être ôté à M. le lieutenant criminel plus de cinq cents procès, mais il n' est pas possible d'accorder ses intérèls personnels avec la tranquillité publique^ et l'on peut dire qu'en ce sens nos deux charges ont des objets si différents qu'ils sont absolument incompatibles.
Privilège de spectacle. — Bertrand a loué THôtel de Bourgogne de MM. les directeurs de l'Hôpital général, et il a obtenu de moi une autorisation générale pour donner au public le spectacle des danseurs de corde sans en désigner le lieu. Aujourd'hui, il m'a x)résenté le projet de ses affiches, dont je vous envoie une copie; et, après lui avoir fait connoître que n'ayant point de privi-
lége, il ne devoit pas l'intituler du nom du Roi, j'ai pensé que S. M. ayant fait chasser de cet holel la troupe des Comédiens Italiens, il était à propos qu'elle fût informée de l'ouverture d'un autre spectacle dans le même endroit (1).
Archers condamnés. — 20 octobre 1702. — Je ne doute pas que vous ne soyez informé de la sentence qui a été rendue ce matin contre les officiers qui. sous prétexte d'emprisonner le sieur Lemire, avoient exercé envers lui les violences dont il est mort. Le nommé Legrand, exempt de la Monnoie, a été condamné à estre pendu; l'huissier Mezannet, à trois années de galères et à assister à la potence; Brion, caissier du sieur Baudran, au bannissement, en lo.OOO livres de dommages et intérêts, et en 5,000 livres pour les dépens de la contumace; mais le sieur Baudran, que la dame Lemire vouloit impliquer dans l'affaire, a été déchargé de la demande qu'elle avoit intentée contre lui, et cette décharge paroissoit juste. Il est certain que ce jugement étoit nécessaire pour corriger la barbarie des archers, et l'on doit espérer que cet exemple les remettra dans les règles de l'humanité qu'ils sembloient avoir oubliées.
(1) N. D. V, Empêcher.
M. LE MARÉCHAL DE LoRGE a la fièvre, et les I autres circonstances qui ont accompagné l'opéra- 1 lion qu'il a soufferte font beaucoup craindre pour ' sa vie. Vous sçavez que cette opération a duré seize minutes, quoique trois suffisent pour l'ordinaire au frère Jacques.
Le stetir de La Ribardikre, qui de petit commis à 800 livres d'appointements, étoit devenu en moins de trois ans receveur des consignations de Poitiers, et qui plus est receveur général des finances d'Orléans, a fait banqueroute, et Ton assure que ses créanciers perdront ^u moins les trois quarts.
Agent politique. — 28 octobre 170*2. — J'ai l'honneur de vous envoyer le deuxième et le troisième interrogatoire du sieur de Montroyal, prisonnier à la Bastille, quoique ce ne soit proprement que des procès- verbaux, parce qu'ils vous feront connoître en général la grande quantité de papiers que cet étranger avoit chez lui, et son véritable caractère. Ce n'est pas la première fois que des espions ont prétexté leur séjour par une apparence d'étude ou de recherche de la pierre philosophale. Ainsi, quoique le sieur de Montroyal me paroisse entêté do bonne foi, et que son prétendu
mariage avec la fille d'un rece\eur des tailles de Nevers puisse lui servir d'excuse, les lettres allemandes qui se sont trouvées dans son cabinet et sa qualité de neveu de M. l'archevêque de Salsbourg, l'un des plus zélés partisans de l'empereur, excitent contre lui de justes soupçons qu'on ne peut éclairci r avec trop de soin.
Grossesse simulée. — 1" décembre 1702. — La nommée Claudine Choquet, femme de Jacques Rister, employé dans les fermes du Roi en RoussiUon, fut avant-hier conduite au Chatelet pour un crime fort extraordinaire. Il y a longtemps qu'elle cherchoit un enfant mâle âgé d'un mois, et, n'en ayant pu trouver, elle s'adressa aux sœurs de THôtel-Dieu, qui, ayant reconnu son mauvais dessein, la dénoncèrent au commissaire. On a reconnu, par son interrogatoire, que cet enfant étoit destiné pour une femme qui est trop âgée pour en avoir. Elle se nomme la dame Gatellier, a toujours eu une conduite fort irrégulière, et se proposoit apparemment d'embarrasser sa succession de ce nouvel incident.
Rupture de ban. — Un jeune libertin, fils naturel de M. le marquis de Sablé, connu sous le nom du chevalier Servien. et qu'il a plu au Roi de
reléguer à trente lieues de Paris, y est revenu sans permission, et continue de vivre dans le dernier dérèglement. Ainsi, j'ai cru que vous trouveriez bon que je prisse des mesures pour le faire conduire au Fort-l'Évêque, ce qui sera incessamment exécuté si vous ne me donnez des ordres contraires (1).
Lettres interceptées. — La lettre qui accompagnera ceci est la copie de celles que quelques marchands de Hollande ont reçues de Dantzic, et j'ai pensé qu'il vous pourroît être agréable que j'eusse l'honneur de vous l'envoyer (2).
Sorcière. — 12 février 1703. — J'ai appris qu'une aventurière, qui se fait nommer la Mailly, profitant de la détention de ces prétendus chefs de sorciers qui sont à la Bastille, formoit une nouvelle société, s'érigeeit en faiseuse de mariages, vendoit des sorts et des talismans, se piquoit d'une grande pénétration dans l'avenir et s'attiroit tous les jours dés admirateurs et des dupes. Elle assure que, depuis un mois, elle a fait réussir huit
(1) N. D. P. Bon.
(2) N. D. P. Hou. Continuer à envoyer celles des marchands.
OU neuf mariages, el elle offre maintonant h une femme veuve fort entêtée d'un jeune liomuif", dont les biens sont considérables, de l'obliger îi l'épouser par la force d'une conjuration supérieure. (|ui sait enchaîner les volontés et gagner les cœurs. Elle dit que, pour mettre l'Esprit dans ses intérêts, il faut lui donner sept louis d'or à trois différentes reprises , l'invoquer pendant trente-neuf jours sans discontinuation et durant six semaines par intervalles, qu'enfin c'est un ouvrage de trois mois entiers, mais que le succès en est infaillible. Son secret consiste à acheter une cavale pleine et qui n'aie point encore porté, pour ouvrir son poulain dans l'instant mesme de sa naissance, et lui arracher le cœur qu'elle joint au cœur d'un chevreau nouvellement né et à celui d'un bouc. On attache le dernier dans la cheminée avec un clou, et la fausse sorcière prétend que c'est pour attendrir le cœur du père, qui paroît le plus oi)posé au mariage dont il s'agit.
Les cœurs du poulain et du chevreau doivent être puritîés par un prêtre, qui les pose tous deux sur l'autel, allume une bougie jaune auprès de chacun, dit l'évangile de saint Jean sur l'un et sur l'autre, et y jette de l'eau bénite. Elle ne sçait pas bien si le prêtre dont elle se sert ordinairement pour cette cérémonie est actuellement à Paris; mais, en cas qu'il en fût absent, elle assure que
le curé de Saint-Christophe, près la ville de Laon, ne lui manquera pas. Ello ajoute qu'il n'y a pas longtemps qu'elle lui a donné douze louis d'or pour de semblahles affaires, qu'elle connoît un Carme qui s'en mêle aussi dans l'occasion.
J'ai envoyé chez cette femme une personne de confiance qui m'en a rapporté les mêmes choses, et elle lui a dit en dernier lieu qu'elle n'étoit pas en peine de son paiement parce qu'elle lui donneroit un sort, qui ne cesseroit pas de la tourmenter jusqu'à ce qu'elle fût entièrement payée; dans ces circonstances, il semble que la nommée Mailly ne sçauroit être mieux qu'à l'Hôpital, où l'on pourra facilement l'interroger, si vous l'ordonnez.
AvoRTEMENTS. — 12 février 4703. — Je crois devoir vous demander un ordre pour faire mettre à l'Hôpital le nommé D'Apremont qui, après avoir vécu en mauvais commerce avec une femme de province, fait la chimie sans aucun titre, a des fourneaux dans sa maison, et vend publiquement fies drogues pour faire avorter. J'y ai envoyé quatre ou cinq personnes avec qui ce scélérat a fait marché, moyennant six pistoles. Il se vante même d'avoir donné de ses remèdes à la femme d'un ca- ])itaine de cavalerie nommé La Boissière, partie depuis peu pour Limoges, et il se plaint fort de plusieurs moines et de quelques prêtres qui ont
DE 11. D AK(.i:.N>U.\ !il
acheté do ses drogues et ne lui eu ont [tayé ({u'un** partie. Il sera facile d'éclaircir, jiar M. Houille de Fontaine, si la dame de La Boissière s'est retiré*^ daus la généralité commise à ses soins, et quell»' est sa réputation. Mais, en attendant sa réponse, je ne pense pas qu'il puisse y avoir d'inconvénient à renfermer à l'Hùpilal le nommé D'Apremont, puisque le public ne sçauroit être assez tôt purgé d'un tel personnage, l'impunité de ses crimes augmentant chaque jour son insolence et pouvant causer de nouveaux malheurs.
Maître des comptes outragé par un cocher. — Je crains d'avoir omis de vous informer d'une affaire qui arriva devant l'Opéra, le 2 de ce moi?, entre M. Le Vasseur, l'un de vos premiers commis, et le cocher de M. Du Terrait, qui lui fit en effet les derniers outrages, joignant les coups d'' fouet aux injures, sans que M. Le Yasseur lui eût rien dit pour se les attirer. Il s'en plaignit sur-1''champ au sergent de garde, et je ne puis croire que, si M. Du Terrait en étoit instruit, il n'eût jchastié son cocher, et ne l'eût obligé de faire ù M. Le Vasseur. qui, comme vous sçavez, est aussi maître des comptes, une satisfaction convenable.
Pamphlet. — 20 février 1703. — Il semble que
les lettres de WM. de Baville et de La Bourdoiinaie, dont vous avez bien voulu me donner communication, ne permettent pas de douter que M. Tévêquc de Gap ne soit l'autmr du libelle en l'orme de dialogue contre M. le cardinal de Noailles. Si Ton pouvoit avoir la copie qui a été envoyée à M. l'évoque de Saint-Pons, je suis persuadé que l'écriture qui doit être celle du sieur de Miroul, de l'imprimeur de Condom ou de cet autre domestique dont le sieur de Miroul fait mention dans son interrogatoire, acbèveroit de convaincre M. deGap, qui s'inquiète de plus en plus, et continue de m'honorer de ses lettres, quoique je me garde trèsbien d'y faire aucune réponse. J'ai l'honneur de vous envoyer la dernière, qui est du môme style que les précédentes, dont j'ai pris aussi la liberté de vous remettre les originaux. Celui à qui cette dernière étoit adressée l'a laissée à ma porte sans se nommer. Ainsi je ne puis vous dire qui il est.
Femme dangereuse. — Le mémoire du sieur Gohart, marchand de fer, que vous m'avez renvoyé, est exactement véritable pour son malheur. Jamais femme ne fut jijus déréglée que la sienne. 11 y a quelques années qu'il paya pour mille écus de dettes qu'elle avoit contractées pour satisfaire à celle du jeu, ou i)our contenter d'autres fantaisies encore plus criminelles. Cette complaisance l'a
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persuadée qu'elle ii'avoit qu'à jouer de plus en plus, et, le mari ayant refusé de payer, elle lui a volé sa vaisselle d'argent, l'a menacé du poison, s'est absentée pendant des mois entiers, a crocheté ses coffres et ses armoires, a eu l'insolence de rendre une plainte contre M. le curé de Saint-Sulpice, qui s'étoit cru obligé de lui remontrer l'excès de son égarement, et enfin s'est retirée dans le Temple pour jouer tout à son aise au jeu de la dame de La Bouvardelle, le plus criminel et le plus terrible dont vous ayez jamais entendu parler.
Lorsque la femme du sieur Gohart avoit encore un peu d'agrément ou de jeunesse, ses passions étoient beaucoup moins à charge à son mari. Mais, depuis qu'elle s'est vue réduite à les soutenir par elle-même, il n'est point de violence qu'elle n'ait employée au préjudice de ce pauvre homme qui méritoit un meilleur sort. Il y a quelque temps qu'elle vouloit s'étrangler, et, peu de jours après, s'étant fait saigner sous un faux prétexte, elle délia son bras, et il fallut la tenir à quatre pour lui remettre sa ligature. Enfin, je ne pense pas qu'aucune femme mérite mieux d'être renfermée au Refuge, non-seulement pour le dérèglement de ses mœurs, mais par rapport à sa folie, qui va souvent jusqu'à la fureur, et qui, selon les apparences, la portera ou à se défaire de son mari, ou à se tuer elle-même dans la première occasion.
Pharmacie clandestine. — 23 mars 1703. — J'ai l'honneur devons envoyer les quelques interrogatoires du sieur d'Apremont, chimiste, distributeur de remèdes inconnus et imaginaires, et, par conséquent, empoisonneur dans le besoin. Il sera interroge encore une ou deux fois touchant ses livres, et par rapport aux drogues dangereuses qui se sont trouvées chez lui. Après quoi, je pense qu'il n'y aura qu'à le renfermer à l'Hôpital oii il aura son pain assuré, au lieu que celui qu'il se procuroit chaque jour étoit fort incertain, et dépendoit de la facilité de ses dupes ou du succès de ses friponneries.
Troubles a l'Opéra. — Le parterre de l'Opéra, qui avoit paru plus tranquille durant quelques jours, n'est pas aussi bien corrigé que je le pensois, et le mémoire qui accompagnera cette lettre ne prouve que trop son insolence.
Lieux suspects. — Nous avons dans la rue Dauphine un hôtel garni où la licence, les mœurs et l'usage des jeux défendus continue malgré les règlements. 11 est connu sous le nom de l'hôtel Impérial, et j'ai condamné deux fois à l'amende riiôle qui le tient. Mais il ne lui en coûte jamais rien. Les (ilous qui président à cette assemblée et
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les étrangers qui la composent, se cotisent entre eux pour l'indemniser. 11 se nomme de Bersigni, est orijjrinaire du Maine, et a une fille dont le savoir-faire est sa principale ressource et son revenu le plus solide. Il y a plus de huit ans qu'elle est en commerce avec un prétendu capitaine qui ne va jamais à l'armée, qu'elle doit épouser de mois en mois, et qui ne la verrolt, dit-il, de sa vie si elle lui en avoit parlé. Les tenants les plus ordinaires de ce rendez-vous de filouterie sont ce prétendu capitaine nommé Gibeuille, le chevalier Girault, fameux fripon, le nommé Boisser, du même métier, et le baron Collart, fils d'un traiteur de Vienne en Autriche, dont les mœurs ne sont pas moins suspectes que le pays. Au reste, les François mangent de la viande (les jours défendus) dans cette maison avec la même liberté que les étrangers. J'y ai même introduit deux personnes qui feignoient d'arriver de Hambourg, à qui l'on étoit sur le point d'en donner sans les connoître, lorsqu'ils se déclarèrent pour catholiques. Ainsi, l'on peut dire qu'il y a peu d'espèce de dérèglements qui n'ait son entrée dans cette auberge. Aussi, je croirais que la demoiselle de Bersigni doit être chassée de Paris; le baron Collart, du royaume, et les nommés Girault, de Gibeuille et Boisser, relégués à quarante ou cinquante lieues.
Nous avons aussi, depuis quelques mois, une
autre maison de désordre et d'aventure qui est encore plus dangereuse. Celui qui la tient est le sieur Poncet, gentilhomme des environs de Gap, qui a épousé une fille de Lyon, dont la coquetterie a désolé plusieurs familles, et qui excelle dans le talent de faire des dupes. Elle jouoit à Lyon au lansquenet et à la basselle, ou plutôt s'appliquoit à consoler les joueurs que l'industrie de son mari avait dépouillés. Il s'atlaquoit principalement aux officiers qui alloient à l'armée, et ceux dont l'argent échappoit au jeu, ne résistoient pas aux avances et à la coquetterie de la femme. Ce ménage fit un tel éclat dans Lyon, que le Roi jugea qu'il était du bien de son service de les obliger d'en sortir. Ils ont cru que Paris leur conviendroit mieux, et que, confondus dans le chaos, ils cacheroient plus aisément, et plus longtemps, leurs mauvaises pratiques. Ils logèrent d'abord à l'hôtel d'Entrague, dans la rue de Tournon, où ils gardèrent quelques mesures. Ensuite ils ont loué une maison dans la rue Neuve-Saint-Eustache qu'ils ont meublée comme ils ontpu. Au commencement qu'ils y furent, la dame Poncet, à qui j'avais fait parler, sembloit se renfermer dans les bornes des plaisirs et de la coquetterie. Il n'y avoit môme ni débauche, ni scandale. Ainsi, je ne pouvais que me défier et me taire. Mais depuis six semaines ou deux mois, les jeux défendus, les repas déréglés.
les intrigues criminelles et scandaleuses se sont tellement emparés de cette maison, qu'ils y font le partage des jours et des nuits, et se confondent souvent ensemble. J'apprends aussi qu'après un lansquenet très-dangereux, on y fait presque tous les soirs des soupers gras qui finissent trop tard, que quelques jeunes gens y paient bien cber ce que les autres ont à bon marché, que le mari ne se met en colère que contre ses nouvelles dupes, et paroît fort docile à l'égard des anciens amis de sa femme, et surtout envers ceux d'un certain rang, qu'il ne seroit pas sûr pour lui de désobliger.
Dans cçs circonstances, je croirais manquer à l'esprit de mes premiers devoirs si je différais plus longtemps à supplier le Roi de renvoyer en Dauphiné le mari et la femme, qui ne sont venus à Paris que parce qu'on ne les a pas voulu souffrir à Lyon, oii ils étoient eucore moins à portée de faire du mal. N'est-il pas juste qu'ils se contentent d'exercer leurs talents dans leur province, et que cette ville ne soit pas davantage exposée en proie à leur industrie?
Évasion de M™« de Richelieu. — 7 avril 1703. — Ce fut le mercredi, 28 du mois dernier, entre sept et huit heures du soir, que M""® la marquise de Richelieu s'évada du couvent des Religieuses
angloises du faubourg Saint-Antoine. Je m'y suis transporto suivant l'ordre du Roi, et j'ai reconnu qu'elle avoit monté pour cela sur un appentis qui étoit posé sur une des encoignures de leur enclos, dans l'endroit le plus éloigné. Cet appentis servoit de couverture à un cabinet treillissé et ces treillis formoient une espèce d'échelle fort commode pour l'exécution d'un pareil dessein.
La femme de chambre de M'"^ la marquise de Richelieu, qui est maintenant au service de M""^ de Bregis, prétend que sa maîtresse ne lui communiqua sa résolution que le soir même et environ sur les six heures, que ce fut en présence de W^^ de La Motte, fille de celui qui était lieutenant du Roi à Pignerol, et quelles firent tout ce qu'elles purent pour l'en détourner, mais qu'elle leur répondit toujours, qu'elle avoit si bien pris ses mesures, qu'il n'y avoit rien à craindre. Cette demoiselle de La Motte l'accompagna, en effet, jusqu'à l'extrémité du jardin, et après lui avoir aidé à monter sur l'appentis, elle lui donna son chien» et entendit qu'elle appela quelqu'un en lui disant d'avancer; ce qu'il fit aussitôt; et un moment après l'équipage qui l'altendoit partit et roula sans beaucoup de précipitation. La demoiselle de La Motte croit que c'étoit une chaise à deux roues ; mais la femme de chambre est persuadée que c'étoit un carrosse. M"'^ la marquise de Richelieu n'avoit
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qu'à peine des chemises, quoiqu'elle ait reru depuis peu cinq ou six mille livres par les mains du caissier de la direction de M. le duc de Mazarin. J'ay sçu aussi qu'elle avoit vendu des pierreries il n'y a pas plus de trois semaines, et la nommée Lemère. qui est une espèce de revendeuse du faubourg Saint-Antoine, a dit à la tourrière des Religieuses angloises que M"^ de Richelieu les avoit fait vendre par un abbé qui a quelque âge et qui la voyoit presque tous les jours. Je me suis informé avec soin quelles personnes la visiloient le plus souvent, et l'on m'a assuré qu'où ire sa famille, qui depuis un mois ne la venoit voir que très-rarement, M. le président de Bretonvilliers et M. l'abbé d'Estain y étoient les plus assidus. Elle n'a laissé dans sa chambre ni habits, ni linge, à la réserve de quatre ou cinq mauvaises chemises, et je suis persuadé que M^^® de La Motte, qui est à présent pensionnaire à la Roquette, a fait emporter le peu de bardes qu'elle avoit dans le même temps que l'on a emporté les siennes. Elle ne veut pas maintenant en demeurer d'accord; mais j'ai compris à ses discours que si quelqu'un a le secret de cette aventure, c'est elle et M. l'abbé d'Estain. Il n'y a pas plus de deux mois que la femme de chambre étoit au service de M™^ la marquise de Richelieu, mais elle avoit auparavant sa sœur, h qui je ne doute pas qu'elle n'ait affecté de donner
cong(^, en vue de l'évasion qu'elle méditoit, et pour en disposer les préparatifs. M"^ de La Motte n'en disconvient pas elle-même, et les officiers qui l'ont cherchée par mes ordres dans le quartier du Palais-Royal, où l'on m'avoit dit qu'elle éloit, me rapportèrent hier qu'on ne l'y a jamais connue.
M'"^ la marquise de Richelieu n'a pas laissé un seul papier dans la chambre, et son usage étoit de brûler scrupuleusement toutes les lettres qu'elle recevoit, usage qu'on ne peut que louer parmi les personnes de sa profession. Enfin, tous les soins que je me suis donné pour pénétrer ses projets ou pour découvrir ses démarches ne m'ont pu procurer, jusqu'à présent, aucune indication certaine, quoique j'aie lieu de soupçonner qu'elle est encore à Paris ou qu'elle n'en est pas fort éloignée. Je craindrais même de l'y trouver, ne sachant pas oii je pourrais la faire conduire, et ne connaissant aucun monastère où elle fût en sûreté, ni qui fût dans la disposition d'accepter volontairement un dépôt aussi incommode. Je continuerai néanmoins de m'informer dans tous les endroits où mes soupçons me conduisent pour être en état de vous rendre compte de^ce qui pourra venir à ma connaissance. On dit qu'elle doit passer en Italie; d'autres gens assurent qu'elle est en intrigue avec M. l'électeur de Bavière ou avec M. le prince Eugène, et que sa partie est faite avec lui ou l'autre.
Mais ces conjectures ne paraissent avoir aucun fondement solide, et je croirais plus volontiers qu'elle se tient ici cachée dans quelque maison jusciu'ù ce que le bruit de son évasion soit un peu calmé.
fA cette note est jointe la lettre suivante.J
Lettre du marquis de Richelieu a M. d'Ar- GENSON. — 9 juin 1703. — Le secrétaire de M. le nonce, Monsieur, est venu chez moi, ce matin, m'apporter une lettre que le Pape a écrite à son maître, dans laquelle il le charge desravoir de moi les raisons qui m'ont empêché de reprendre M"* la marquise de Richelieu (qu'un religieux lui a assuré ne souhaiter rien tant au monde, le suppliant de vouloir bien s'entremettre pour obtenir de moi ce qu'elle souh.aite). Sa Sainteté ajoute néamoins qu'elle n'a rien voulu promettre, qu'elle ne sache auparavant le sujet que je puis avoir de ne la point reprendre. Comme vous sçavez mieux que personne, Monsieur, toutes les raisons que j'ai pour cela, j'ai cru que vous trouveriez bon que je m'adresse à vous pour vous supplier de sçavoir de Sa Majesté ce qu'elle m'ordonne de répondre à M. le nonce, ne voulant de ma vie rien faire qui ne lui soit agréable. Je vous supplie cependant, Monsieur, de faire souvenir le Roi de la conduite qu'a tenue M""^ la marquise de Richelieu, non-seulement tant qu'elle a été en France, mais aussi en Angleterre,
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où elle a l'té ontrctt;niio ;ui vu et au su de tout le monde par le duc d'Albermal, qu'elle en a eu des enfants dont elle est accouchée publiquement en Hollande, ayant été chassée d'Angleterre, à cause de son mauvais esprit, capable de toutes sortes de noirceurs. Vous sçavoz, Monsieur, les personnes qu'elle a voulu faire assassiner en ce pays-ci. Ainsi je ne vous les nomme point, mais en assurant Sa Majesté de ma soumission à toutes ses volontés, faites-la souvenir aussi, s'il vous plaît, que lui ayant représenté, il y a deux ans, qu'en honneur je ne pouvais reprendre M"'*" la marquise de Richelieu, à cause de la vie déréglée qu'elle avoit menée, et que la mienne n'étoit pas en sûreté avec elle, ayant dit plusieurs fois qu'elle donneroit tout son bien à qui pourroit la défaire de son mari. Sa Majesté trouva mes raisons si bonnes qu'elle approuva la résolution que j'avais prise de ne la jamais voir, et la fit mettre dans un couvent par lettre de cachet. Vous vous souvenez bien de toute la peine que cela vous donna, n'y ayant point de couvent qui la voulût garder, que vous fûtes obligé de la faire changer plusieurs fois, et qu'enfin elle sauta les murs pour se retirer encore en Angleterre après la mort du prince d'Orange, dont elle a encore été chassée, personne ne se croyant en sûreté dans un lieu où elle est. Elle a passé de là en Prirlugal, dont, à la vérité, elle n'a pas été
chassée, mais on lui a fait enloadre qu'elle fcroit Lien d'en sortir pour éviter le même affront qu'elle avoit eu doux fois en Angleterre, ce qui l'obligea d'aller à Venise, où son esprit inquiet et remuant n'a pu la laisser demeurer plus longtemps. La voilà enfin à Rome, oii elle n'est pas plus contente parce qu'elle est trop éloignée pour se défaire facilement de son mari. Voilà ce qui l'oblige de faire agir présentement le Pape. Cependant comme il n'a pas encore voulu lui promettre sa protection, si Sa Majesté vouloit bien ne pas sacrifier le plus fidèle de ses sujets à la fureur d'une femme emportée, il seroit très-facile, en faisant dire à M. le nonce que M""^ la marquise de Richelieu ne mérite pas que Sa Sainteté s'intéresse à ce qui la regarde. Voilà, Monsieur, un abrégé de mes raisons. Vous en direz au Roi ce que vous jugerez à propos. Je me rendrai demain matin à Versailles pour apprendre de vous quels sont le!S ordres de Sa Majesté.
Le marquis de Richelieu.
Sorcière. — 5 mai 1703. — La nommée Jouan de Monti, dont vous m'avez renvoyé le placet, n'est point à l'Hôpital, mais à la Bastille, oiî elle a été conduite de l'ordre du Roi, pour s'être mêlée de sorcellerie et avoir donné des remèdes pour faire avorter. Elle a aussi eu part à quantité d'intrigues
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rriminelles qui sont énoncées dans le dernier état des prisonniers de la Bastille que vous reeûtes au commencement de l'hiver dernier, et j'aurai l'honneur de vous rappeler encore plus particulièrement les motifs de sa détention dans celui que je prendrai la liberté de vous envoyer dans quelques mois (1).
Mendiants a cheval. — 8 juillet 1703. — Il s'étoit formé, depuis un mois, une société de gueux, qui demandoient l'aumône à cheval en contrefaisant les officiers volés en chemin ou les plaideurs dévalisés. On m'en a indiqué cinq de cette espèce, et, la semaine dernière, j'en ai fait arrêter deux dont l'exemple a obligé les autres à disparoître. Un de ceux-là fut convaincu, il y a deux ans, d'être entré chez M. le président Rose, et de lui avoir demandé l'aumône avec insolence. On regarda cette affaire comme un vol, mais M. le lieutenant criminel ayant condamné ce mendiant aux galères, le Parlement infirma la sentence, et le condamna seulement à être blâmé. Ce particulier nommé Le Comte a depuis été chassé de l'Hôtel des invalides pour avoir tiré l'épée dans l'église de Saint-Eustache. Ainsi c'est l'avoir traité charita-
(1) N. D. P. Bon. S'en souvenir et suivre raffaire des sorciers qui presse par la longueur qu'elle dure.
blementque de l'avoir fait conduire à rHoi)ital, où il est juste qu'il reste longtemps.
Tentative d'évasion. — L'ordre du Roi qui chasse de Paris le nommé D'Anvilliers lui a été notifié; mais quand on lui fit entendre qu'un exempt le cherchoit , il crut qu'il s'agissoit de quelque autre affaire, et, pressé par une juste crainte, il tenta de sr'évader par les maisons voisines en attachant quelques draps les uns aux autres. Ils se trouvèrent néanmoins trop courts, et la main lui ayant manqué, il tomba d'un premier étage, et se fit une grande contusion à la cote, dont il fut fort honteux et encore plus fâché lorsqu'il sut que l'ordre de Sa Majesté le réduisoit à une simple relégation. Il est maintenant sous la conduite des chirurgiens, et dès qu'il sera en état de se mettre en route, je prendrai soin de purger Paris de ce mauvais citoyen qui n'y subsiste que par le secours de ses friponneries.
Nouveaux convertis. — La demoiselle de Villiers n'offroit de se charger de la demoiselle Stample que pour faire plaisir à sa famille. Ainsi, je n'ai pu la résoudre à lui interdire l'entrée de sa maison. Je crois même avoir eu l'honneur de vous écrire que cette jeune personne est sur le point d'é-
pouser le sieur Girardeau, et que les parents des deux familles (aussi entêtées de la religion protestante l'une que l'autre) ne s'empressent si fort de la faire sortir de la maison des Nouvelles Catholiques qu'à dessein de conclure ce mariage.
Si le sieur de la Penissiôre étoit bien converti, je ne vous proposerais pas de confier la demoiselle sa fille à la demoiselle Legras, ancienne catholique; mais la réputation de cette femme me répondant de sa vertu et de sa probité, j'ai cru qu'il n'y avoit aucun inconvénient à prouver au sieur de la Pcnissière cette faible consolation.
Je crois que la religion n'a aucune part k l'absence du sieur André, marchand de la rue Saint- Denis, et que le dérangement de ses affaires en est le véritable motif.
Insubordination d'un commissaire. — Le commissaire Labbé se pique depuis si longtemps de ne pas déférer à mes ordres, que pour ne pas échauffer sa bile et pour éviter le scandale de sa désobéissance, j'évite de m'adressera lui autant queje puis. Il se croit en droit de faire emprisonner de son autorité ceux qui contreviennent aux règlements de la police; mais il ne juge pas à propos de reconnoître en moi le môme pouvoir, et je tâche de suppléer H son indocilité en m'adres.sant à d'autres
officiers moins capricieux. Cependant, plus sa conduite est bizarre et irrégulière à mon égard, plus je m'étudie h. la cacher. Quanti le Roi jugera qu'il est du bien do son service de la réprimer par rapport h l'ordre public et à la nécessité d'une juste subordination, il sera facile de le reléguer pour deux ou trois mois h soixante ou quatre-vingts lieues de Paris. Mais quand les manières bizarres de cet officier ne regarderont que moi seul, je m'abstiendrai de m'en plaindre et de vous en demander justice.
Le ménage du sieur Poncet. — Le sieur Poncet est parti depuis quelques jours pour l'armée de Flandres, d'où il se promet de rapporter des lettres de recommandation capables de rétablir une réputation encore plus délabrée que la sienne. Cependant sa femme continue h amuser ses dupes, dont les principales sont M. le président Bailly et un prétendu gentilhomme de Bretagne nommé Clairodin, qui répand assez volontiers son argent pour son plaisir, talent décisif pour plaire à la dame. Elle ne s'embarrasse pas fort d'aller à la messe les fêtes et dimanches, mais elle est fort exacte à trouver aux Thuilleries et à lier des parties qui ne finissent que sur les quatre ou cinq heures du matin. Elle n'est pas heureuse au jeu quand son mari est absent. Mais ses intrigues vont toujours
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leur train. 11 semble néanmoins que la fausse jalousie du sieur Poncet augmente ses charmes et qu'ils perdent beaucoup de leur force quand ils sont dépourvus de ce secours. Il a quelquefois porté la feinte jusqu'à donner des soufflets à sa femme en présence de deux ou trois rivaux, dont chacun s'en faisoit honneur, et l'on a souvent entendu le sieur et la dame Poncet se moquer en particulier de la crédulité de ces pauvres dupes. J'eus l'honneur de vous informer, au mois de mars dernier, de la plupart de ces circonstances. J'ajoutai que l'industrie au jeu et le sçavoir-faire de la coquetterie sont leur principal revenu, car si les mains du mari passent pour fort adroites à manier les cartes, les yeux de la femme ne sont pas moins habiles à amuser cinq ou six cœurs dans le même temps. Quand quelqu'un lui échappe, un autre le remplace aussitôt, et la qualité du protecteur succède à celle d'amaut lorsqu'on s'ennuie d'en payer les frais. Enfin, le mari est un insigne fripon qui n'a ni honneur ni probité, et sa femme, quoique fort coquette, est encore plus supportable dans sa débauche qu'il ne l'est dans sa fausse jalousie et dans son jeu. Il y a plus de trois mois que je vous suppliai très-humblement de les renvoyer l'un et l'autre dans le diocèse do Gap, où le mari prétend avoir des terres considérables que personne ne lui envie et que les gens de sa province ne connais-
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sent pas. Je ne prévoyais pas alors qu'il auroit l'insolence de se présenter pour ôtre chambellan de Mfrr le duc d'Orléans, dans la vuo de s'en faire un titre pour établir un lansquenet assorti de toutes les commodités convenabb's. S'il avoit été relégué dans ce temps-là, que d'arjrent destiné pour le service du Roi eût été épargné; mais ce sera toujours un grand bien si les mômes ofticiers ne retrouvent plus à leur retour de l'armée une maison aussi dangereuse.
Querelle de tapissiers. — 7 octobre 1703. — Jeudi dernier, deux tapissiers de la rue des Prouvaires étant allés dans un cabaret près le Pont-aux- Choux, y furent insultés par des garçons du sieur Lallier, tapissier du Roi, qui leur donnèrent plusieurs coups d'épée, quoique les deux tapissiers blessés n'en eussent pas. Cette action paroît fort noire suivant les premières informations; mais je ne doute pas que les sollicitations et le sçavoirfaire du criminel ne l'adoucissent et ne tirent les accusés d'affaire. Je parlerai cependant au sieur Lallier pour l'obliger à contenir ses garçons et à les empêcher de porter l'épée. Je tâcherai même d'en faire arrêter quelqu'un pour l'exemple.
Suites d'un dcel. — Il n'est point intervenu de
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sentence de condamnation contre la mémoire du sieur de Saint-Avy, gendarme, qui fut tué ces jours passés par le fils d'un marchand de foin nommé Gliambaut; je crois même avoir ouï dire que le meurtrier prétendoit se mettre en état de se justifiera merveille, ce qui n'est pas bien difficile en ce pays-ci, pourvu qu'on y connaisse le terrain. Le défunt étoit un jeune homme qui avoit tout au plus quelques hardes et quelques meubles de peu d'importance. J'ai ouï dire que la famille de son père est originaire d'Auvergne, si un bâtard en peut avoir; mais la femme qui se dit sa mère naturelle, demeure à Paris et n'a que lui d'enfant. Je dois môme vous dire qu'elle est dans une misère et dans une affliction qui méritent certainement les derniers égards. Ainsi quand il n'y auroit pas quelque justice à lui accorder cette grâce, il semble qu'il y auroit lieu de la lui faire par principe de charité, d'autant plus que tout ce qu'elle en tirera n'ira guère ù plus de mille livres.
Duel. — 12 novembre 1703. — Deux jeunes libertins qui n'ont apparemment d'autre profession que celle de porter une épée inutile, se querellèrent Jiier à rentrée de l'église de Saint-Eustache et curent l'insolence de mettre l'épée à la main. L'un d'entre eux .se sentant poussé par l'autre plus
vivement qu'il ni? lui coixvenoit, se réfugia môme dans l'église ayant encore son épéc nue, ce qui scandalisa le peuple et troubla le service. Celui-ci se nomme Seudy, et je le crois fils ou parent d'un homme d'affaires du môme nom; mais l'agresseur se nomme Sauvage et se dit officier d'infanterie. Ils mérileroient bien tous deux d'être envoyés en prison pour quelques semaines, et j'ai cru qu'il éloit de mon devoir de vous en faire la proposition.
U^E FEMME LIBRE. — Unc jcunc femme ûgée de seize ans, dont le mari se nomme Beaudoin, et fait commerce d'eau-de-vie, publie hautement qu'elle n'aimera jamais son mari, qu'il n'y a point de loi qui l'ordonne, et que chacun est libre de disposer de son cœur et de sa personne comme il lui plaît, mais que c'est une espèce de crime de donner l'un sans l'autre. Suivant ces principes, elle va tantôt coucher chez sa mère, où se trouve, dit-on, un de ses amis; quelquefois elle se retire chez un autre homme qu'elle voudroit bien faire passer pour son parent, et il n'y a point d'impertinences qu'elle ne dise contre son mari, qui est assez malheureux pour en être au désespoir. Je lui ai parlé deux fois, et, quoique accoutumée depuis plusieurs années aux discours impudents et ridicules, je, n'ai pu m'empêcher d'être surpris des raisonnements dont
celte femme appuie son système. — Le mariage n'est proprement qu'un essai, selon son idée; quand l'inclination ne s'accorde pas avec le contrat, il n'y a rien de fait. Elle veut vivre et mourir dans cette religion ; il faut avoir perdu l'esprit pour en suivre une autre, et plutôt que de demeurer avec son mari, elle se feroit huguenote ou religieuse. Sur le rapport de tant d'impertinences, j'étais porté à la croire folle ; mais par malheur elle ne l'est pas assez pour être renfermée, par la voie de l'autorité publique, elle n'a même que trop d'esprit, et j'espérais que si elle avoit passé deux ou trois mois au Refuge (1), elle comprendroit que cette demeure est encore plus triste que la présence d'un mari que l'on n'aime pas. Au reste, celui-ci est d'une humeur si commode, qu'il se passera d'être aimé, pourvu que sa femme veuille bien retourner chez lui et ne lui pas dire à tous moments, qu'elle le hait plus que le diable. Mais la femme répond qu'elle ne sçaurait mentir, que l'honneur d'une femme consiste à dire vrai, que le reste n'est qu'une chimère, et qu'elle se tueroit sur l'heure si elle prévoyoit qu'elle dût avoir pour son mari la moindre tendresse.
Agent politique. — 30 décembre 1703. — Le (4) N. D. P. Trop fort. Lui parler sévèrement.
DK lî. D'ARGENSUN HT,
sieur Poggcnberg, que j'ai fait conduire k la Bastille depuis quelques jours, n'est pas Anglois comme on l'avoit cru, mais originaire de Copenhague. Il est certain néamoins que ses discours ordinaires n'étoientpas d'un homme bien intentionné pour la France, et l'on prétend qu'il se trouvera dans ses papiers des preuves d'une correspondance criminelle avec quelques domestiques du prince Georges de Danemarck. Je les examinerai incessamment, et j'aurai l'honneur de vous en rendre compte avant la fin de la semaine. 11 est certain aussi qu'il a passé à la cour de Londres les quatre ou cinq années de paix qui se sont écoulées depuis la paix de Riswick, et la protection vive et déclarée de M. de Mayereroon ne suffit pas, ce me semble, pour effacer tant de soupçons.
Crimes de la femme Pei>gré. — 19 septembre 1704. — Si jamais personne a mérité d'être renfermée à l'Hôpital de l'ordre du Roi, c'est assurément Marie Leclerc la nommée femme du sieur Peingré, d'une famille très-honorable parmi les bourgeois du faubourg Saint-Marcel. L'impiété, le blasphème, la prostitution et l'ivrognerie, sont ses occupations les plus continuelles. Elle a vendu ses fils à des sodomites, et sa fille, qui n'est pas encore âgée de treize ans, à tous ceux qui la lui demandent.
lU NOTES
Elle a iiièlc plusieurs fois du vif argent dans la boisson de son mari. Elle l'a fait battre et voler par les complices de ses débauches ; elle a eu l'insolence de le menacer elle-même de l'assassinat et du poison. Laide, vieille et infestée des maladies les plus infâmes, elle a corrompu, par des présents ou plutôt par des vols faits à son mari, plusieurs jeunes gens dont quelques-uns sont dans les remèdes. Les principaux d'entre eux se nomment Mazaix, fils d'un épicier; Lafleur, soldat au régiment des gardes; Neuilly, Ranchin et Bidault. On impute encore à cette femme abominable plusieurs autres crimes qui mérileroient les châtiments les plus rigoureux. Cependant son mari n'a pu se résoudre à la déférer en justice. Mais des personnes de piété lui ont fait coimoître que sans l'exposer à la vengeance de sa femme, capable de le poignarder s'il se rendoit son accusateur, le Roi pourroit bien la faire renfermer à l'Hôpital, et je crois qu'il n'y a pas moins de charité que de justice à lui accorder cette grâce (1).
Nous avons ici quelques Genevois qui, après s'être mariés avec des protestantes au prêche de M. l'envoyé de Danemarck, ou en présence d'un des ministres de la religion P. R. qui sont
(1) N. D. P. Bon pour un an.
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auprès des régiments suisses, font baptiser leurs enfants dans le même prêche, au lieu de les porter à l'église. Le nommé Lantissu, horloger, est de ce nombre, et quoiqu'il m'ait promis de faire porter à l'avenir, dans sa paroisse, les enfants qui lui pourront noître, j'ai cru qu'il étoit de mon devoir de vous en donner avis et de vous supplier très-humblement de me faire sçavoiria conduite que je dois tenir à l'égard des Genevois ou des autres étrangers protestants qui en useront de la sorte (l).
Duel entre financiers. — 24 avril 1704. — Vous avez sçu sans doute que les sieurs Gardel et Saint-Léger, l'un trésom}r général des fortifications, l'autre son commis, étant hier dans le cabinet du sicur Crozat, qui venoit de les juger de concert avec le sieur Menou, en conséquence d'un renvoi du Conseil, qu'ils avoient demandé euxmêmes, se querellèrent, mirent l'épée à la main et s'en donnèrent plusieurs coups. Le sieur Gardel se trouve néanmoins le plus blessé, mais on ne croit pas qu'aucune de ses blessures soit dangereuse. Il seroit à désirer pour l'un et pour l'autre, qu'ils fussent meilleurs financiers et beaucoup moins braves. Ils ont rendu leurs plaintes respectivement,
(l) N. D. P. Sçavoîr si les femmes sont Françoises. Les étrangers peuvent le faire.
IIG NOTES
mais on ne croit pas qu'ils fassent aucunes poursuites. Ce seroit un nouveau ridicule qu'ils se donneroient.
Visite a l'Hôpital. — 14 mai 4704. — Il y a aujourd'hui huit jours, que j'allai faire à l'Hôpital une de ces visites que j'y fais ordinairement tous les mois, et l'état abrégé qui accompagnera cette lettre vous fera connoîlre que les pauvres n'y sont pas en aussi grand nombre que l'année dernière, quoiqu'on n'ait jamais été plus attentif à renfermer les mendiants et à retenir ceux qui paroissent incorrigibles, ou que leur âge ou leurs infirmités rendent incapables d'un travail pénible et assidu. Ainsi l'on ne peut doulft*, ce me semble, que ce grand ouvrage ne se soutienne, et j'ose dire qu'il n'y a point d'abus qu'on ne puisse abolir à Paris, lorsque le Roi voudra bien y employer son autorité.
Querelles conjugales. — 22 juillet 1704. — l\ est arrivé depuis quelques jours deux aventures où les maris font un assez vilain personnage. Voici la première : Vous savez que M. le marquis de La Hautonnière, gouverneur de Rennes, a épousé M*"^ D'Angennes, et que leur mésintelligence a suivi de près leur mariage. U a résolu de a ramener en Bretagne, et elle s'est mise en tète
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de n'y pas aller. Il l'a sommée de venir avec lui, a démeublé son appartement et loué sa maison ; elle a méprisé toutes ses procédures et l'a traduit à l'officialité, où elle prétend avoir des raisons essentielles pour faire casser son mariage. M. le lieutenant civil, qui ne hait pas les querelles domestiques, parce que le pillage est toujours pour lui, n'a pas jugé à propos de prévenir les suites de celle-ci, et M'"*^ de La Ilautonnière, fière de la protection qu'elle peut espérer de ses parents, aigrit de plus en plus la colère de son mari par les manières les plus méprisantes. Il l'a laissée dans une maison toute démeublée, et il s'est logé dans un hôtel garni, d'où il n'a de commerce avec elle que • par des exploits qui se succèdent les uns aux autres, de trois en trois jours. Elle n'y répond que par des railleries ou par des injures. Le public est charmé de la scène qu'on lui donne, et personne n'a eu encore la charité de tirer le rideau pour cacher un spectacle si ridicule.
La seconde aventure est beaucoup moins importante, mais elle n'est pas moins singulière. Deux hommes originaires de Lyon et fort connus dans le commerce après y avoir mal fait leurs affaires, se sont cachés à Paris, où ils ont connu deux jeunes filles assez jolies et d'une réputation fort équivoque; l'un d'entre eux, nommé de Romans, a eu la complaisance d'épouser celle qu'il
aimoit; son caraarade, beaucoup moins crédule, a continué de voir la sienne, et a voulu l'éprouver un peu davantage. Ils éloient tous quatre dans le même carrosse jeudi dernier, et après avoir soupe ensemble à Chaillot, l'ami marié s'avisa de faire quelques caresses h la maîtresse de son ami. Celui-ci crut qu'il lui étoit permis de s'en venger sur la femme du sieur de Romans, qui n'entendit pas raillerie et cria au meurtre. Quelques gens accoururent; la brigade même, avertie parle bruit, s'informa de ce que c'étoit; mais quand elle fut auprès du carrosse, elle apprit qu'ils étoient réconcilies, et que le quiproquo étoit réparé.
Succession d*dn ëatard. — l^i* janvier 1703. — Le sieur de Durfort, bâtard de la maison de Duras, mourut le 30 du mois dernier, dans la rue Jacob, et le scellé fut mis aussitôt sur le peu de bardes et de meubles qu'il avoit dans sa cbarabre. On dit néanmoins qu'il possédoit aux environs de Toulouse deux terres assez considérables, l'une nommée Genac, et l'autre Espersar. On assure aussi qu'il les donne par son testament aux enfants de M. de Nogaret de Treslan, et qu'il les institue ses héritiers universels. Il y a beaucoup d'apparence que cette succession sera troublée par un donataire
du Roi, et cette eonsidcration m'a porto h, vous informer promptcment de ces circonstances.
12 janvier. — Je vous ai dit que le sieur de Durfort, bâtard de Duras, n'a laissé que fort peu de meubles, et que toute sa succession apparente ne vaut pas plus de 3,000 liv., outre ses deux terres du Languedoc, qu'il a léguées h M. de Nogarct de Treslan. Au reste, j'ai toujours cru que les bâtards ne pouvoient tester valablement, si ce n'est tout au plus en faveur de leurs enfants, et si cette faculté leur est interdite par rapport aux biens ordinaires, à plus forte raison à l'égard des fiefs dont la possession est beaucoup plus importante et plus précieuse.
CONFISCATTON SUR UX PROTESTANT. — 4 UiarS
1705. — J'ai déjà eu l'honneur de vous rendre compte de l'état des biens de François Du Prat, dont le sieur de La Gacherie, officier de marine, demande au Roi la confiscation par le placet que TOUS m'avez fait l'honneur de me renvoyer. Je pris la liberté de vous marquer alors que ce pauvre homme étoitmo.rt au village de Chaillot, sans avoir reçu les sacrements de l'église, quoiqu'il ait fait son abjuration dès l'année 1685, que même ce refus l'avoit fait déclarer indigne de la sépulture
ecclésiastique etavoit obligé le procureur fiscal du lieu de requérir que son corps fût enterré dans un champ.
On ne fit aucune procédure en conséquence de ce réquisitoire, et les religieuses de la Visitation, ayant demandé au Roi la confiscation de ces mêmes biens. Sa Majesté ne jugea pas à propos de la leur accorder, tant parce que le crime de relaps, qu'on imputoit à sa mémoire, ne pût être prouvé juridiquement, que parce que le sieur Chabot, banquier de cette ville, rapporta non-seulement un testament en bonne forme, qui l'appeloit à sa succession en qualité de légataire universel, mais aussi des certificats de trois médecins de la Faculté de Paris qui atlestoient que quelque temps avant sa mort, il étoit tombé dans une espèce de délire causé par une paralysie presque générale. D'où le sieur Chabot concluoit que le défunt, ayant perdu l'usage de la parole et même celui de la raison, n'avoit pu faire au curé de Chaillot le refus qu'on lui reprochoil. Au reste, le sieur Du Prat avoit peu de biens dans le royaume, dont voici le détail :
Une maison à La Rochelle, rue Saint-Yon, qui vaut environ 3,500 liv. ;
Des marais salants dans l'île de Ré, dont la valeur est aussi de 3,500 liv. environ;
Une rente de 70 liv., due par un particulier du village de Saint-Maurice, au pays d'Aunis, et une
autre rente de 10 à 12 liv., due par des particuliers du village de Lobres, dans la même province. Il a légué ce peu de biens à Gabriel Du Prat, son neveu, né catholique, établi à Québec depuis plusieurs années, et qui est arrivé à Paris depuis un mois.
Le sieur Chabot lui a délivré tous les titres qui le concernent, et il assure que son legs universel ne consiste qu'en une somme de 80,000 liv. qui est à Amsterdam entre les mains d'un François fugitif, aussi neveu du défunt, qu'il se propose, dit-il, de poursuivre après la paix, pour la délivrance de cette somme.
Il semble donc que la confiscation demandée par le sieur de La Gascherie n'est ni juste ni ftivorable, puisqu'il ny a contre ic défunt aucun jugement qui lui puisse servir de titre.
Mort d'un prisonnier. — 8 août 1703. — Le chevalier Des Brières, fameux scélérat, qui vouloit que pour récompense de ses crimes, le Roi lui fît une pension et l'entretînt dans le lieu de son exil, où il ne vouloit aller qu'à cette condition, est mort depuis deux ou trois jours dans la prison du grand Châtelet, sans avoir voulu recevoir les sacrements, quelques instances qu'on lui ait faites, disant toujours qu'il savoit bien à quoi s'en tenir. Cette mort nous défait d'un des plus dangereux fripons qui
fût à Paris, où il avoit trouvé moyen de subsister aux dépens de ses dupes, depuis plus de quinze ans, devant plus de deux ou trois mille francs à différents aubergistes, outre les cueillères et les fourchettes d'argent qu'il leur avoit volées. 11 laisse pour tout bien une cassette, qui est entre les mains du concierge de la prison, et quelques mauvais meubles, que son dernier hôte retient pour les loyers qui lui sont dus; mais tout cela ne vaut pas les frais d'une poursuite judiciaire. Ainsi je ferai venir chez moi les principaux créanciers, j'ouvrirai cette cassette en leur présence, et s'il y a quelques effets que l'on puisse convertir en argent (ce que je ne crois pas), je le leur distribuerai h l'amiable.
Religieux AUGUSTIN dénoncé. — 20 mai 1705. — Je viens de recevoir un& lettre datée du 27 du mois passé, dont je ne connais ni l'écriture ni l'auteur. Elle concerne un religieux augustin nommé le Père Billot, qui est en effet relégué par ordre du Roi au couvent des Gardes, dans le diocèse d'Angers, et chassé de Paris, non-seulement pour ses intrigues, mais pour un commerce scandaleux de livres défendus, dont les remontrances ni l'autorité de ses supérieurs n'avoient pu le détacher. On l'accuse, par cette lettre, de plusieurs relations.
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qui paroîtroieut encore plus suspectes que celles qui ont donné lieu à sa relégatiou ; mais comme cette accusation paroît assez vague, et par conséquent assez incertaine, je crois que vous jugerez à propos d'écrire à M. Turgot, pour en éclaircir la vérité, d'autant plus que les habitudes et les inclinations naturelles de ce moine indocile, l'ont éloigné depuis longtemps des devoirs de son état, et lui ont rendu le repos et la solitude du cloître également insupportables.